Decision Maker Response

Edouard Philippe’s response

Oct 18, 2018 — Chère Muriel Robin, Chers signataires,

Vous avez parfaitement raison. Il ne faut rien lâcher et nous ne lâcherons rien tant que perdurent les violences sexuelles et sexistes, notamment les violences conjugales. En banalisant l’horreur, elles asphyxient et détruisent les femmes qui les subissent. Ces violences sont indignes de la France.

Pour les éradiquer, il faut mener un grand combat culturel, dans les esprits et dans les mœurs. Et ce combat, nous allons le gagner parce que nous sommes de plus en plus nombreux à dire que ça suffit. Je pense à #Metoo, à Marie Laguerre, à la pétition que vous avez lancée : je vous en remercie car un appel qui émane d’une grande figure, aimée des Français, décuple la portée de notre action. Depuis un an, avec la Secrétaire d’État Marlène Schiappa et sous l’égide du Président de la République, nous avons décidé que l’égalité entre les femmes et les hommes devait être la grande cause de notre quinquennat. Car, vous avez raison, il y a urgence.

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, nous portons un ensemble de mesures pour prévenir les violences, accompagner celles qui les subissent vers la résilience et l’autonomie, punir et suivre ceux qui les pratiquent. C’est dans cet esprit que la secrétaire d’État a présenté le 1er octobre le premier plan de lutte contre les violences conjugales. Nous nous assurerons que toutes ces mesures produisent des effets bien réels pour nos concitoyens.

Le gouvernement a lancé, le 30 septembre, une grande campagne de publicité pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, notamment conjugales. Cette campagne, « Réagir peut tout changer », en appelle à la responsabilité individuelle et à la mobilisation collective. Chacun doit se sentir concerné s’il est témoin d’une scène de violences, dans les transports, à l’école, au travail ou dans le cercle familial. L’indifférence n’est pas une option quand une femme meurt, tous les trois jours, tuée par son conjoint ou son ex-conjoint. Cessons de trouver des excuses à ceux qui sont violents. Cessons de mettre en doute la parole des femmes qui ont le courage d’appeler à l’aide. Cessons d’être lâches.

Ces victimes, nous leur devons la justice. Actuellement, seules 2% d’entre elles portent plainte. Car porter plainte est une démarche difficile, douloureuse. Pour reprendre vos mots, c’est parfois « un autre cauchemar » qui commence pour les femmes battues. Nous lançons donc en novembre la première plateforme de signalement en ligne des violences sexistes et sexuelles, opérationnelle 24H/24. Elle permettra aux victimes d’échanger avec des policiers spécialement formés qui pourront les aider dans leurs démarches.

Pour gagner cette bataille culturelle, vous avez raison de dire qu’il faut mieux former les professionnels qui reçoivent les victimes. Depuis janvier 2018, nous avons déployé, sur tout le territoire, un grand plan de formation des policiers, des gendarmes et des magistrats. En 2019, les médecins seront également incités, grâce à un guide, à pratiquer ce qu’on appelle un « questionnement systématique » des femmes. Le but est de déceler celles qui sont victimes de violences pour les accompagner sur le chemin de la reconstruction et de la réinsertion.

Tout notre système de santé doit s’adapter pour mieux accompagner les victimes. Pour assurer une prise en charge globale de leurs psycho-traumatismes, nous allons créer dix sites d’accueil et de soin, à partir de novembre prochain. Ils seront répartis sur tout le territoire. Le 28 septembre dernier, j’ai visité un centre, à Paris, qui héberge et protège, pendant plusieurs mois, des femmes âgées de 18 à 25 ans. « Je cherchais à survivre tous les jours, et c’est plus fatigant que de travailler 35h par semaine », m’a dit l’une d’elles. Je n’oublierai ni leurs témoignages, ni la seconde vie que leur offre ce centre d’accueil, dont nous allons nous inspirer. Nous ouvrons aussi 5 000 places d’hébergement pour les femmes réfugiées victimes de violences.

Enfin, pour gagner cette bataille culturelle, qui est un combat de civilisation, il faut renforcer notre arsenal législatif. C’est dans cet esprit que nous avons porté le projet de loi qui renforce la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Il a été adopté cet été, à l’unanimité. Le harcèlement de rue est désormais puni par la loi. Par ailleurs, le délai de prescription pour les crimes sexuels commis sur les mineurs a été allongé de 20 à 30 ans, pour laisser aux victimes le temps de surmonter leur traumatisme avant de porter plainte. Enfin, la qualification du viol sur mineur de moins de 15 ans est désormais facilitée et étendue par la loi.

Ce combat, chère Muriel Robin, il sera long et parfois pénible. Car vous savez, comme moi, que les résistances et les stéréotypes sont tenaces. Les actions que nous avons engagées ne montreront pas immédiatement tous leurs effets : il va falloir du temps pour qu’elles infusent les pratiques et, finalement, la société dans son ensemble. Mais notre détermination est totale et nous ne lâcherons rien. Car, pour reprendre vos mots, les Françaises et les Français le méritent.