Petition updateSaint-Denis Ilot8 en grand danger Patrimoine Habitat social Architecture Renée GailhoustetPatrimoine matériel et immatériel, renforcer le caractère public de la dalle et non la privatiser
Hélène DEGOYFrance
28 Apr 2025

Patrimoine matériel et immatériel, renforcer le caractère public de la dalle et non la fermer et privatiser

Quasiment 750 signatures sur la pétition nationale qui continue à monter.

La situation se tend. PCH notre bailleur a fait changer les serrures du local résidentiel où nous tenons nos réunions, gardons nos tracts et réalisons nos banderoles. En catimini, en annulant la réunion qu'ils avaient prévue le jour-là pour organiser de façon concertée l'utilisation du local. Après que la Mairie ait annulé unilatéralement la convention avec l'association qui en assurait la responsabilité, lui faisant perdre par là-même des subventions conséquentes par un partenariat d'entreprise destinées à des projets d'animation. La Mairie et PCH espèrent sans doute nous mettre des bâtons dans les roues, si ce n'est nous contraindre à renoncer à défendre notre patrimoine social et architectural.

De façon ahurissante nous sommes qualifiés sur facebook de collectif violent, quand nous nous contentons de déambuler en musique pour poser des affiches et suspendre des banderoles, et faisons signer des pétitions. On crie à la promenade haute invivable pour raison de trafic et d'insécurité, on nous reproche de ne pas proposer de solutions pour « pacifier » la dalle ! On se croirait en situation coloniale...

Dans le même temps, les locataires, qui ont rejeté à 63% la fermeture de la dalle selon l'enquête sociale préalable aux travaux, et dont la Mairie et PCH ont eux-mêmes fait état, signent à la quasi unanimité la pétition pour refuser la résidentialisation et exiger le démarrage urgent de la réhabilitation des appartements pour lesquels les fonds ont été prévus. L'enquête publique sur la privatisation des passages publics a donné lieu à 61 contributions, toutes défavorables au projet, dont plusieurs ont pour auteurs des architectes initiateurs de la ZAC Basilique dont nous vous donnons un aperçu ci- après ainsi que dans les mises à jours suivantes.

Il n'y a pas plus et pas moins de trafics et d'insécurité sur notre dalle que dans les rues de Saint-Denis ou de la capitale, et ils sont plutôt en recul ces mois derniers. Et quand bien même, ferme-t-on pour autant les Champs Elysées ou l'esplanade de Montmartre où les touristes se font détrousser? Y pose-t-on des grilles, des portes à codes, y casse-t-on les accès publics pour les rendre faciles à surveiller?

Veut-on des pistes pour traiter l'insécurité, ouvertes à la réflexion collective? Que PCH et la Mairie fassent ce que Renée Gailhoustet avait prévu : au lieu de transformer la dalle en désert promis à la seule vigilance privée des habitants, au lieu de chasser la crèche, la Maison de l'Emploi, de fermer l'accès au cabinet de radiologie, qu'ils ouvrent tous les locaux qui y existent aux associations de la ville, gardent et étendent les services qui y existent déjà, organisent systématiquement des visites touristiques, facilitent les fêtes de quartier, implantent des jeux pour les enfants, développent un vrai jardin public de partage et de rencontres pour les dionysiens, organisent des stages de jardinage pour aider les habitants à prendre soin des terrasses plantées...L'aménagement de la dalle à partir du moment où elle reste publique et le niveau de l'animation, c'est une discussion qui doit être ouverte avec tous les habitants : et pourquoi pas à l'occasion des concours de poésie, de rapp, des cours de croquis en plein air, des stages de danse, des lieux d'expositions dans des appartements du rez de dalle...à débattre! Là où il y a de la vie, la peur recule.

Ce qui suppose a minima dès aujourd'hui un entretien quotidien par Plaine Commune pour assurer la propreté au même titre que dans les autres espaces publics pour la rendre dores et déjà agréable. En un mot: il s'agit de renforcer le caractère public de la dalle au lieu de la privatiser.

Et pour ce qui est de traiter l'insécurité sur le fond, partout, ici, ailleurs: il faut donner des papiers, du travail, des salaires, des logements, supprimer le racisme, faire baisser la violence dans la société... arrêter les guerres... Nos pistes de solutions à débattre sont des réponses modestes, les moins pires, d'adaptation à la donne actuelle, issues de l'expérience du quotidien à Saint-Denis. 

Peut-être la nervosité de nos fauteurs de privatisation est-elle due à la montée de ce scandale national que constitue le saccage programmé de l'architecture de Renée Gailhoustet, l'absurdité évidente de la fausse solution de la fermeture de dalle, qui de toutes façons, restera poreuse quels que soient les moyens utilisés pour la fermer, et le gâchis de plus en plus visible que constituerait la destruction des escaliers et passerelles et la disparition de la promenade haute entre tous les îlots du Centre-Ville, précisément au moment où la labellisation en cours en reconnaît le caractère patrimonial pour Saint-Denis. Il est d'ailleurs urgent que ce label « patrimoine contemporain remarquable » qu'on dit imminent soit enfin publié. Qu'attend-on ?

 


Vous qui avez signé la pétition, vous pouvez encore faire plusieurs choses pour nous soutenir :

  • envoyer des mails au Président de Plaine Commune Habitat notre bailleur, pour qu'il nous rende l'usage du local résidentiel « la Maison Jaune », aussi souvent que nous en avons besoin:  adrien.delacroix@ville-saint-denis.fr
  • envoyer des mails au Maire de Saint-Denis pour qu'il renonce à la résidentialisation et négocie avec les habitants : mathieu.hanotin@ville-saint-denis.fr ou mairie.saint.denis@ville-saint-denis.fr
  •  nous aider financièrement à couvrir les frais de la lutte et surtout du recours en justice et les frais d'avocat : 

https://www.papayoux.com/fr/cagnotte/soutien-au-collectif-ilot8-frais-juridiques

  •  et bien sûr continuer à solliciter vos réseaux et amis pour la signature de la pétition

 


CI-DESSOUS QUELQUES CONTRIBUTIONS À L'ENQUÊTE PUBLIQUE SUR LE DÉCLASSEMENT ET LA REQUALIFICATION DE L'ESPACE PUBLIC

 

LA CONTRIBUTION DE BERNARD PAURD :

J'ai débuté en 1976 les études du premier édifice construit (après les provisoires de Guy Naizot) de la ZAC     Basilique à Saint Denis, initiée semble-t-il par l'arrivée du métro. 
C'était une copropriété de 65 logements livrée en 1980.40 ans après, l'Agence Nationale du Renouvellement Urbain ré-intervient sur cette ZAC. Je suis surpris de ce que ni mes collègues, ni moi-même, n'ayons étés consultés par l'ANRU, afin d'analyser comment l'opération a été menée, et saisir sa situation dans l'histoire longue de saint Denis.Basilique..., celle de saint Denis (Dionysos)premier évêque, (grec), décapité à Mont Martre (Mercure puis martyrs), qui, au 3ème siècle, aurait porté lui-même sa tête à la nécropole de Catulliacum.Au 5ème siècle, la très politique Geneviève y initia le chantier d'une première basilique.1144, Suger consacre là le premier grand édifice «gothique» de l'histoire, moment clé de l'Architecture mondiale, qui retentit dans toute l'Europe..Au 9ème siècle est cité le Croult, (aqueduc de l 'abbaye, il peut avoir été construit dès le 6ème siècle), dérivé à partir du «Trou Provendier» de Dugny, il contournait la zone inondable de la «vieille» Mer, puis, un bras traversait le périmètre de la ZAC Basilique, alimentant des teinturiers (Paul Poiret 1930 y faisait teindre) et, en aval, des tanneurs. Il faisait tourner deux moulins, celui de l'Abbaye et celui du pont «Godet»L'opération Basilique, à la merci des financements de la Résorbtion d'Habitat Insalubre (R.H.I.), a préféré ne pas ou peu s'occuper de cette Histoire.Les ABF, MM. Froidevaux et Donzet, demandèrent en coordination, des cônes de vue ménagés en direction de la Basilique, et Il fut décidé de conserver la rue Jean Jaurès.

La proposition de «résidentialiser» (terme que je vis apparaître vers 1983, venu de paroles de locataires des Cités:«alors voyez, ici, ça fait résidence».).. les opérations de la ZAC, linduit celle de déclassifier l'espace public situé sur dalle au-dessus du centre commercial dessiné par Jean et Maria Deroche, sur l'ilôt 8 dessiné par Renée Gailhoustet, et les autres îlôts construits plus en arrière, tous reliés par des passerelles.

Faut-il «tout déclassifier»?. Saint Denis est légitimement une destination du tourisme mondial, national, et de la région Ile de France et du «Grand Paris».Or, tout semble être fait pour l'entraver: 

Le grand toit vert de la basilique a été masqué depuis la Porte de Paris par les bureaux de Plaine Commune Habitat (désormais seuls à avoir cette vue).
Par conséquence, le drone qui relatait la cérémonie de clôture des J.O. au stade de France a «oublié» de montrer la basilique de saint Denis située à 1000 mètres!..
La privation d'accès à la dalle au dessus du centre commercial peut, mal interprétée, interdire aux touristes lun des cônes de vue que Jean et Maria Deroche avaient disposé au moyen de la grande «fenêtre urbaine» ouverte en direction de la basilique, reprise par l'opération de l'autre côté de la rue Jean Jaurès, par ailleurs, la déambulation connexe par la passerelle vers l'opération de Renée Gailhoustet (remarquable dans la 2ème moitié du XXème siècle),faite pour cette pratique, sera rendue impossible par la destruction de la passerelle et de ses autres accès.
Pourtant, le tourisme représente la deuxième source de rentrée de devises de l'hexagone, il est une chance pour saint Denis et la Seine saint Denis traités avec misérabilisme.Je crois donc que des itinéraires touristiques dans le quartier Basilique devraient être étudiés, et propose, dans le cadre de la rénovation du centre commercial, une grande rampe d'accès à sa dalle de couverture depuis la place du Caquet, à côté du Métro, et que, de cette dernière, un accès au moins par escalier, clairement dessiné, donne envie d'aller se promener dans l'oeuvre remarquable de Renée Gailhoustet.Bernard PAURD Architecte d,p,l,g, ancien Maître Assistant des Ecoles d'Architecture


UN PROJET DE RÉSIDENTIALISATION DÉCIDÉ SANS LES HABITANT-E-S, CONTRE LES HABITANT-E-S ( Jean-Marc Bourquin)


Le projet affirme vouloir améliorer les circulations piétonnes, faciliter l'accessibilité des habitants et des usagers quotidiens du quartier, vouloir rendre la dalle au locataires, etc mais en fait c'est tout autre chose qui est en cause.

Si c'était le sort des habitants qui était visé les promoteurs du projet auraient eu tout à gagner à concerter les habitants, élaborer avec eux le projet. Or c'est tout le contraire qui s'est passé, alors même que c'est une obligation dans l'élaboration des plans de rénovation ANRU.


Pourquoi fermer les passages ?

Pour celui qui relie la rue Albert Walter à la place du Caquet cette question se pose. On comprend que l'étroitesse du passage des Poulies pose problème alors que cet accès est très fréquenté par celles et ceux qui sortent du métro et veulent rejoindre le Tram T1 et réciproquement. L'élargir est possible en évidant les espaces entre les poteaux, c'est à dire en mordant sur le magasin BAO. Il se trouve que c'était la solution que les habitants de l’îlot avaient proposé quand il était question d'écorner les logements situés dans le passage des Poulies, lors de la présentation du premier projet en 2019.


Mais pourquoi fermer l'autre ? Pour « compenser une partie de cette éviction en étendant ce commerce et ses réserves à l'emplacement... »

Juste une troc avec un commerçant sans la moindre considération pour ce passage. Ce dernier n'est certes pas un axe essentiel de circulation comme le chemin des Poulies. C'est juste un passage qui relie la Place du Caquet à la rue Albert Walter, aux écoles de la Source et de Saint Vincent de Paul, utilisés par les habitant-e-s et usagers locaux. Certes négligé, pas entretenu, dévalorisé mais utile pour celles et ceux qui habitent là ou se déplace dans le centre-ville. Mais que pèse dans ce projet la parole des habitants-e-s ?


Le passage entre la rue Pierre-Dupont et le passage de l'Ancienne Tannerie est lui aussi une concession aux gestionnaires du centre commercial qui vise l'installation d'un restaurant ouvrant sur la place Jean-Jaurès.

Ce passage a été l'arrière cour du marché quand il était installé place Jean Jaurès. Il put l'urine. Des pissotières pour hommes ont même été installées pendant un temps sous l'escalier ce qui n'a en rien réduit les odeurs. Ce passage est pourtant utile quand on vient de la place Jean-Jaurès pour rentrer dans le centre commercial Basilique, pour aller à Carrefour. C'est la voie directe.

Une fois de plus on résout un problème clairement identifié, celui de l'absence des sanitaires dans le centre ville, particulièrement les jours de marché, par la suppression du lieu. Qu'en disent les habitant-e-s ? C'est une question hors sujet. C'est la rentabilité du centre commercial qui est l'élément décisif de la prise de décision, pas le confort et l'amélioration des conditions de vie des habitant-e-s et des usagers du centre.


Pourquoi le retournement des halls ?

« En rez-de-rue, certains des halls ne sont accessibles que depuis le centre commercial et non 

depuis les rues du secteur, ce qui les rend difficiles d’accès : les visiteurs, les professionnels 

de santé, les services de secours et d’urgence, les livreurs ont du mal à trouver les halls pour 

se rendre chez un habitant. »

Voilà ce qui est dit dans le projet pour justifier du retournement des halls ! Évidement ce n'est pas la raison qu'il faut plutôt aller chercher du côté de la volonté de transformation du centre commercial en un ensemble uniquement destiné aux commerces, ce qui est clairement en contradiction avec l'esprit du projet de Renée Gailhoustet.


Une information a été faite, précise et détaillée, hall par hall, aux locataires par le bailleur. Des remarques importantes ont été faites. Pas pour tous. Le retournement de certains halls ne pose pas vraiment de problèmes. Pour d'autres c'est beaucoup plus grave. Cela concerne surtout ceux qui sont situés sur la rue Blanqui parce que cette rue restera la rue d'accès pour les camions au marché, la rue des poubelles, malgré toutes les requalifications. Le 8 Blanqui en est la caricature. Alors que son accès naturel c'est la galerie c'est par un long couloir qu'il atteindra la rue Blanqui côté poubelles.


Il avait été question dans le projet initial de retourner aussi les commerces sur la rue Blanqui qui est effectivement une rue aveugle. Mais dans ce projet-ci seul les halls sont retournés, les commerces restant accessibles par la galerie. La société gestionnaire se garde bien de vouloir retourner ses commerces. Les locataires, lors de la réunion d'information, ont exprimé leur désaccord d'être les seuls contraints au retournement mais une fois de plus leur avis ne compte pour rien.


Rendre la dalle aux résidents des logements. C'est par ce slogan démagogique que la résidentialisation de la dalle est abordée dans le dossier.

Les initiateurs du projet fabrique un scénario pour justifier la fermeture de la dalle.

« Or cette ouverture au public a rendu la dalle et les logements en rez-de-dalle insécures. 

Les locataires y vivent en conséquence avec des volets fermés toute l’année et les terrasses 

ou jardins sont abandonnés,... »

D'abord combien de logements sont en rez de dalle ? Réponse 5 ou 6 tout au plus sur les 180 lgts de l'îlot dont 1 ou 2 locataires vivent les volets fermés. L'essentiel des surfaces en rez de dalle ne sont pas des logements, mais des locaux associatifs qui accueillent la radiologie, la MAM, Objectif emploi, la Maison Jaune, la crèche...et des locaux vides inutilisés. Dans le projet initial, concerté avec les habitants.es, il était dit : «  Cinq logements de rez de dalle de l'îlot 8 pourraient être reconvertis en locaux d'activité au départ des locataires pour accompagner la vocation publique de la dalle. »

Combien de terrasses sont abandonnées en rez de dalle ? A peine 2 ou 3, petites en plus, les plus grandes étant aménagées et cultivées. Le problème c'est la mise à distance de la terrasse vis à vis de la dalle. Les locataires ont surélevé les barrières pour récupérer de l'intimité. Tout ceci avait été discuté dans la concertation du premier projet et des solutions avaient été trouvées. De même pour la partie de la dalle proche de l'entrée du 1-3 Albert Walter.


Les initiateurs du projet osent écrire « Cette difficulté à habiter les logements donnant sur la dalle haute, se traduisent par un fort taux de rotation des logements en rez-de-dalle. » Mais de quoi parlent-ils ? De un ou deux logements ? Ils méconnaissent ou se moquent de leur propre enquête sociale faite par la Trame Urbaine en mars 2023 qui fait état d'une rotation importante dans les logements des entrées du 13 Place du Caquet et du 10 Blanqui pour des raisons qui méritent attention mais qui n'ont rien à voir avec la dalle.


Ils se lamentent à l'envi: « l'entretien d'une dalle publique en étage avec accès limité présente des défis considérables en termes de sécurité, d'efficacité et de logistique, aggravée par l’existence de mésusages liés à divers types de trafic et à la présence potentielle de caches sous les dalles, qui peuvent dissimuler des activités illicites ou dangereuses, et- exposent les habitants et les agents à des risques » est-il écrit. Pourtant de l'autre côté de la passerelle Ouest, qui relie l’îlot 8 à l’îlot 9, une autre dalle publique existe, celle de l'îlot 9, au dessus de C&A, accessible tout temps par 3 grands escaliers, composé à 100% de logements sociaux, certes gérés non pas par PCH mais par un autre bailleur « Antin Résidence » et qu'il n'est pas question de privatiser, qui n'est pas montré du doigt et qui arrive à faire face aux « défis considérables » de la gestion de sa dalle.


Combien va coûter aux locataires la résidentialisation de l'îlot 8 ?

Le collectif de l'îlot 8 a immédiatement répondu au slogan des initiateurs du projet par « rendre la dalle aux locataires c'est d'abord leurs rendre les factures d'entretien ». En effet celui-ci est assuré par Plaine Commune et les locataires ne participent pas avec leurs charges . C'est vrai qu'elles ne doivent pas être très importantes quand on voit l'état dans laquelle la dalle se trouve ce qui donne ce sentiment d'abandon, de pourrissement, de découragement de ses usagers.


La dalle résidentialisée, l'entretien évidemment sera à la charge des locataires. Combien ça va leur coûter ? La question est posée depuis 2020 sans qu'il y ait la moindre réponse du bailleur. Il paraît que le calcul est compliqué. La réponse est claire : la résidentialisation de la dalle va coûter aux locataires, pas sur le loyer qui est déjà au plafond mais sur les charges, et de façon substantielle. Si on compare avec l'îlot 4 c'est au minimum 30 000 euros par an avant travaux.


Cette question financière est très importante dans l'acceptation du projet par les locataires. Depuis 2021, la hausse de l'énergie, la hausse continue des loyers, a mis sous tension leur budget. La gestion des charges 2021 sur l'îlot 8 et 4 par PCH a été tellement chaotique qu'il a du leurs rembourser cette année 160 000 euros de trop perçus. Que le bailleur ne réponde pas sur le coût de la résidentialisation alors que le projet a été déposé en décembre 2022, que les recours étaient possible jusqu'en décembre 2023, témoigne du peu de cas qu'il fait de l'avis des locataires, des difficultés qu'ils rencontrent, de leur adhésion au projet.


C'est bien le fond de la question. Alors que le projet initial avait été concerté avec les habitants, le projet qui nous est soumis aujourd'hui, radicalement différent, est non négociable. Avant même la signature de la convention avec l'ANRU, lors du comité de pilotage du 5 mai 2021, Monsieur Hanotin annonçait son intention de résidentialiser l’îlot 8, de remettre en cause le 100% logement social avec comme cible 50% public 50% privé, sans rien s'interdire sur la modification du statut des logements en termes de propriété. On comprend dans ces conditions que l'avis des habitants.es actuels dont on veut modifier la composition sociale, ne soit pas à l'ordre du jour.


Jean-Marc Bourquin

Locataire de l'ilot 8, Administrateur, représentant élu des locataires pour le DAL (Droit Au Logement) à Plaine Commune Habitat

 

 

 

 AVIS SUR LE DECLASSEMENT DE VOIRIE sur l’îlot 8 de Renée Gailhoustet (Katherine Fiumani)

Cette contribution n’est pas une remise en cause de la procédure ANRU car une rénovation des bâtiments de l’îlot 8 est impérative mais il s’agit de demander la prise en compte du caractère patrimonial de cette réalisation.

1_ Remarque sur le déroulement de l’enquête publique qui dure à peine 2 semaines et demie, dont une semaine et demie de vacances scolaires, ce délai est beaucoup trop court pour analyser un dossier technique de 186 pages, avec les problématiques exposées. La répétition des mêmes arguments tout au long des notices pour justifier le projet NPNRU en complique la lecture et l’analyse. C’est une tactique pour décourager les réponses, comme dans le cas des révisions des PLUI avec des milliers de pages à lire.

2_L’œuvre de Renée Gailhoustet est largement reconnue, elle a reçu de nombreux prix à Londres, Berlin et Paris. La Maladrerie à Aubervilliers est labellisée Architecture Contemporaine Remarquable (ACR), et une demande d’Inscription aux Monuments historiques est en cours. A Ivry ses opérations sont ACR ou inscrite aux Monuments historiques. Cette reconnaissance de la part de la DRAC confère un caractère patrimonial à ses réalisations. 

La ZAC du centre-ville fait l’objet d’une labélisation ACR validée par la DRAC le 27 septembre 2024 mais l’enregistrement du label n’est pas effectif (pourquoi ?). Des pressions s’exercent-elles pour le différer ?

3_ Exposé des raisons de mon opposition à ce déclassement voirie qui permet la mise en œuvre des points suivants du NPNRU en transformant radicalement le fonctionnement de l’îlot 8 :

a) La démolition des six escaliers et des deux passerelles reliant l’îlot 8 aux 2 îlots 4 et 9.

L’îlot 8 est porteur de la pensée de Renée Gailhoustet, avec la riche organisation des flux piétonniers qui illustre sa vision de la ville dans laquelle le piéton occupe une place centrale. Les six escaliers permettent des échanges du rez-de-chaussée à la dalle haute, ouverts à toutes et tous, voulus par l’architecte, il ne peut être question de les supprimer. La suppression des deux passerelles isolerait les locataires chacun dans leur îlot.

b) Avec la démolition des escaliers, le NPNRU porte atteinte à l’aspect patrimonial des façades des rez-de-chaussée.

La perception des rez-de-chaussée est dans le détail architectural et les rythmes des façades. L’espace donné au piéton dans les réalisations de Renée Gailhoustet est très important, ce qui explique le soin apporté à la volumétrie des rez-de-chaussée, avec les escaliers et les passages, extraits volontairement et ostensiblement du volume du bâtiment, créant un relief rythmant l’ensemble.

Les escaliers sont constitutifs des façades au même titre que les passages couverts. Ils relèvent de la protection patrimoniale. 

Les escaliers démolis seraient remplacés par des escaliers hélicoïdaux standards dissimulés dans les halls. Pour Renée Gailhoustet, l’escalier ne se limite pas simplement à sa fonction d’accès à l’étage supérieur dans un volume simplement réglementaire, mais il se signale comme composant de l’architecture urbaine. Les six escaliers, avec une forme particulière pour chacun, attestent de la grande créativité de l’architecte. 

c) La démolition des six escaliers impliquerait la résidentialisation de la dalle haute : elle serait définitivement fermée aux dionysiens.

Tout d’abord, il faut respecter l’avis des habitants qui ont indiqué à 63 % être opposés à la fermeture de la dalle et à la démolition des escaliers, c’est à eux de décider de l’avenir de leur environnement.

Dans le texte du rapport de l’enquête il est écrit : Notice 1 p 9

« S’agissant des espaces extérieurs, il convient de distinguer d’une part le cœur : la dalle située au 1er étage, qui a pour objectif de proposer aux habitants un calme alternatif aux mouvements et bruits continuels de l’espace de la rue et du centre commercial du niveau 0. » 

L’ANRU et la ville de Saint-Denis ont bien compris la signification de ces deux niveaux, alors pourquoi vouloir fermer le niveau 1 et priver les dionysiens de ce calme ? 

L’architecte dans ses présentations insistait sur cette superposition d’ambiances différentes.

Dans le texte du rapport de l’enquête il est écrit : Notice 1 p 36

« Valoriser les points de vue existants sur les alentours. Les aménagements pensés participent à la valorisation de cette architecture remarquable du XXème siècle »

Ce n’est pas une valorisation, au contraire la fermeture de la dalle est un appauvrissement, puisque les points de vue « sur les alentours » seront réservés à une minorité et le promeneur inattendu sera privé de la promenade haute.

Dans le texte du rapport de l’enquête il est écrit : Notice 1 p 9

« En conclusion, l'entretien d'une dalle publique en étage avec accès limité présente des défis considérables en termes de sécurité, d'efficacité et de logistique, aggravée par l’existence de mésusages liés à divers types de trafic ... » Les habitants ont indiqué qu’il n’y avait plus de trafic, pourquoi maintenir cet argument, la ville ne peut se penser uniquement sécuritaire et policée.

Dans le texte du rapport de l’enquête il est écrit : Notice 1 p 9

« D’importantes difficultés de gestion et d’entretien de la dalle haute, du fait de l’architecture et du flou des propriétés sont constatées quotidiennement : dalles cassées, éclairage public dégradé, carence de nettoyage. »

L’entretien relève de PCH et PC qui ne font pas leur travail, pas de remise en état des luminaires, ni reprise des dalles détériorées et pas de nettoyage. Ce n’est pas l’architecture qui est responsable du manque d’entretien.

d) Avec la résidentialisation, il y a un risque de vente à la découpe

Une fois résidentialisée, la dalle haute offrira l’image « d’une résidence », favorisant une future vente à la découpe d’une partie des logements. Avec les procédures ANRU, certains maires en profitent pour changer leur population et repousser au loin les classes modestes.

e) Le retournement des halls : Dans le projet, les halls sont repositionnés sur les rues. Par exemple, sur la rue Auguste Blanqui, actuellement les halls des n° 10 et 12 sont situés dans les passages de la galerie. Dans le projet ils sont implantés sur la rue. Ce repositionnement des halls sur la rue risque de préfigurer une fermeture à certains horaires de la galerie commerciale, puisque les commerçants sont favorables à isoler les halls des commerces. Les habitants ne pourraient accéder à leur hall que par la rue A. Blanqui, or cette rue n’est pas très agréable car elle présente des dysfonctionnements importants les jours de marché et elle est délimitée par les arrières des réserves des commerces. C’est le thème de la simplification de la trame viaire préconisée par l’ANRU qui se met en place, en réalité c’est un appauvrissement du riche réseau piétonnier proposé par l’architecte.

4_ En conclusion : Le rouleau compresseur de l’ANRU est en route pour déstructurer le fonctionnement des deux premiers niveaux de l’îlot 8 :

1)En démolissant les six escaliers et leur porche, le projet aplanit et lisse le relief des façades des rez-de-chaussée, c’est une altération de la volumétrie.. 

2)En résidentialisant la dalle haute, définitivement fermée au public.

Il écrit dans la notice 1 p 9 « C’est également une recherche particulièrement pionnière …»

Quel cynisme de décrire cette opération « pionnière » d’une façon élogieuse et ensuite de proposer de la déstructurer.

Rappel de la reconnaissance, à l’étranger et en France, de l’œuvre de Renée Gailhoustet par les nombreux prix qu’elle a reçus : 

• En 2014 le Prix des Femmes Architectes avec la mention spéciale architecte pionnière, 

• En 2018 la Médaille d’Honneur de l'Académie d'Architecture pour l’ensemble de son œuvre, 

• En 2019 le Großer Kunstpreis, Prix décerné par l’Académie des Arts de Berlin, 

• En 2022 Prix d’architecture de la Royal Academy of Arts à Londres, 

• En 2022 Prix d’Honneur du Grand Prix d’Architecture en France. 

La rénovation sur cette opération doit se faire avec le plus grand respect de son architecture. Modifier le fonctionnement de cet îlot relève d’une totale trahison de la pensée de l’architecte. 

Je suis totalement opposée au déclassement de ces emprises figurant en hachures rouges sur le plan 43 de la notice 1 permettant la réalisation du NPNRU qui entraine une profonde dénaturation de l’organisation urbaine et architecturale de l’îlot 8.

 

 

 

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