
Je me lance dans les observations visuelles et sonores des oiseaux de la rue Viala
(avec la rue Grévin, celle du mur ordonné en 1543 par François Ier).
Moins attendues que les tourterelles turques et les pigeons ramier,
depuis plusieurs années, tout le long de la rue Viala, un groupe de perruches à collier (grandes perruches vertes arrivées « en fraude » par l'aéroport d'Orly) nichent dans les cavités des arbres.
Au début de la rue, en fin de nuit, un rouge-queue noir fait entendre ses « cui cui » et donne des coups de bec sur les toits du centre de loisirs de l'Est, 18 avenue de l'Est - rue Viala.
Un des attraits de la nuit en ce moment est aussi qu'entre le 14 juillet et le 15 août, la pression de pollution est moindre et je suis parvenu à compter dans le ciel une vingtaine d'étoiles.
Quel exploit !
Aussi étonnant que cela puisse paraître, un hibou (ils vivent normalement en forêt ou à leur proximité) signale sa présence certaines nuits autour du stade Auguste Marin, du 17 bd Champigny (lieu amené à disparaître) et du début de la rue Viala. Il m'est difficile de localiser la provenance exacte des hululements qui ont une grande portée.
Enfin, à partir du crépuscule, virevoltent des petites chauve-souris, probablement des pipistrelles communes (Pipistrellus pipistrellus) mais il faudrait pouvoir étudier les ultrasons émis...
Ces petits mammifères voient leurs effectifs fortement en déclin à cause de la pollution lumineuse et du manque d'insectes et sont donc protégés.
On peut les observer autour du 43 ter, rue Viala (là où un lotissement de blockhaus est prévu à la place du mur historique et de chênes centenaires) et aussi au 36-38, rue Viala.
Au Q.G. des pipistrelles habite un charmant monsieur de 88 ans qui y réside depuis 1967.
Sachez que, TOUS LES JOURS, ce brave homme est importuné par la visite de promoteurs qui veulent le mettre à la porte moyennant compensation financière.
L'autre jour, l'un s'est même payé le luxe de lui chercher des poux, comme quoi son portail n'aurait pas été conforme...
Notre monsieur d'âge vénérable est encore suffisamment vert pour avoir su le reconduire promptement.
Par ailleurs, cette propriété est entourée par deux projets immobiliers, d'abord une construction prévue de 2880 m² de plancher et 15,86 m. de haut, ensuite une préemption par la Préfecture au 40, rue Viala.
Au passage, j'ai discuté avec plusieurs riverains du 53, bis rue Viala. Ils étaient choqués par l'éventration importante du mur à cet endroit et pensaient, comme moi jusqu'à peu, que le mur était protégé par un classement. Ces personnes ignoraient la supercherie du 26, rue Viala
(« le petit pan de mur jaune »), même le propriétaire ignore la raison du classement.
Enfin, la nuit, en été, on rencontre rue Viala et dans les rues à proximité (en fonction des odeurs alléchantes dégagées par leurs poubelles) un renard (le.s corbeau.x, c'est de jour).
Rien d'étonnant. L'extrémité de la rue Viala donne sur les talus du RER et l'un des derniers chemins latéraux de l'Est parisien. Longeant le tracé de l'ancienne ligne, ces passages de terre permettaient autrefois à la Compagnie des chemins de fer de l'Est d'entreposer le matériel d'exploitation des trains. Certes, le sentier est tronqué, mais il pourrait à l'avenir bénéficier d'une réhabilitation et devenir lieu de promenade.
Les renards « prennent donc le RER » pour relier deux de leurs spots favoris, la forêt de Gros-Bois et le bois de Vincennes.
L'été dernier, j'ai aussi découvert dans mon propre jardin qu'un renard est capable de sauter un mur de deux mètres de haut sans problème.
Ces observations animalières sommaires confirment ce à quoi on s'attendrait intuitivement, à savoir qu'un lieu de paix (peu de circulation automobile), bordé de jardins clos par le mur de François Ier, avec de nombreux arbres très anciens (tout ceci pour peu de temps encore !), explique la richesse et la variété des espèces animales qu'on y trouve.
Mais quelle perte de biodiversité cela est en train de représenter, quoiqu'en dise la communication du Maire de Saint-Maur, de transformer une cité pavillonnaire près de Paris en un de ses arrondissements supplémentaires (« Der Gross Paris »).
Une boutade au passage :
un métier d'avenir pour vos enfants s'ils ne savent pas quoi faire :
conducteur/conductrice de bétonneuse en région parisienne.
Une petite anecdote pour finir :
une dame très haut placée dans la hiérarchie de la défense du Patrimoine auprès de qui je m'étonnais que le mur de François Ier ne fût pas classé monument historique m'a répondu que c'était à moi de m'en occuper.
Avis aux amateurs qui aimeraient s'en charger !
Illustration :
le beau vol d'une perruche à collier, photo tirée du site https://www.oiseaux.net/ que m'a indiqué Denis Laurent et qui m'a aidé pour les reconnaissances sonores.