Brahim SENOUCIBagneux, France
Jun 19, 2016
A condition que tout le monde y mette du sien... Ci-dessous, un extrait de "Marianne et les colonies, une introduction à l’histoire coloniale de la France" de Gilles Manceron, éd. La Découverte, Paris, 2003, consacré à la position de Victor Hugo par rapport à la colonisation. Pourquoi un tel texte ici? Cela donne l'atmosphère ambiante qui a toujours entouré la colonisation, et qui donne un éclairage utile sur le supplice qu'ont vécu nos résistants des Zaatcha et d'ailleurs... Apprenant la nouvelle de la reddition d’Abd-el-Kader en décembre 1847, Victor Hugo semble satisfait, mais désapprouve la décision de Louis-Philippe de l’emprisonner en France alors que la liberté lui avait été promise : « Si la parole de la France est violée, ceci est grave. » Et dans son discours d’ouverture du Congrès de la Paix qu’il préside à Paris en août 1849 - un discours tout entier dirigé vers la lutte pour la paix et contre la misère -, c’est une émigration pacifique européenne dans les autres parties du monde, et non la colonisation par la force, qu’il préconise (sans pour autant, il est vrai, faire de distinction claire entre l’une et l’autre, dans un moment où le discours colonial cultive abondamment l’ambiguïté). Il plaide ainsi pour que les cent vingt-huit milliards des budgets européens pour la guerre soient dépensés pour la paix : « Au lieu de se déchirer entre soi, on se répandrait pacifiquement sur l’univers ! Au lieu de faire des révolutions, on ferait des colonies ! Au lieu d’apporter la barbarie à la civilisation, on apporterait la civilisation à la barbarie ! [...] L’Asie serait rendue à la civilisation, l’Afrique serait rendue à l’homme. » Ce qui reprend l’opposition manichéenne entre civilisation et barbarie qui est au cœur du discours colonial. C’est plus tard, quand il est contraint à l’exil par le coup d’État de Napoléon III de décembre 1851, et qu’il rencontre à Jersey un ancien officier de l’armée d’ Afrique devenu exilé républicain, qu’il laisse, dans Choses vues, une courte note qui le montre informé et indigné de la barbarie de l’armée en Algérie : « L’armée faite féroce par l’Algérie. Le général Le Flô me disait hier soir, le 16 octobre 1852 : "Dans les prises d’assaut, dans les razzias, il n’était pas rare de voir les soldats jeter par les fenêtres des enfants que d’autres soldats en bas recevaient sur la pointe de leurs baïonnettes. Ils arrachaient les boucles d’oreilles aux femmes et les oreilles avec, ils leur coupaient les doigts des pieds et des mains pour prendre leurs anneaux. Quand un Arabe était pris, tous les soldats devant lesquels il passait pour aller au supplice lui criaient en riant : cortar cabeza !. Le frère du général Marolles, officier de cavalerie, reçut un enfant sur la pointe de son sabre, Il en a du moins la réputation dans l’armée, et s’en est mal justifié." Atrocités du général Négrier. Colonel Pélissier : les Arabes fumés vifs. ». Mais cette réflexion ne semble écrite que pour lui-même, comme si, lui si prompt à combattre l’injustice, il ne voyait dans ces épisodes scandaleux nulle matière à hurler fortement au scandale... De même, un peu plus tard, autour de 1861 : « Tlemcen, Mascara. Pélissier, etc. Négrier, etc. L’armée d’Afrique devient tigre . » Allusions à des faits qu’il connaissait donc : massacre de femmes et d’enfants de l’oasis de Zaatcha ; bastonnade des contribuables de Tlemcen par Yussuf pour percevoir l’impôt ; incendie de Mascara par Clauzel ; enfumades de civils aux gorges du Dahra par le colonel Pélissier ; et violence sanguinaire déployée par le général Négrier lorsqu’il commandait la province de Constantine, qui, bien qu’il soit défendu par Bugeaud, a provoqué son rappel en 1842 par le maréchal Soult, président du Conseil et ministre de la Guerre.
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