Reconnaître le travail familial et l’aidance : un véritable revenu, des droits, des études

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Le problème

Reconnaître le travail familial et l’aidance : un véritable revenu, des droits, des études et un avenir

Élever ses enfants ou prendre soin d'un proche n'est pas être « inactif »

Élever ses enfants n'est pas être inactive.

S'occuper quotidiennement d'un enfant handicapé n'est pas être inactive.

Accompagner son conjoint malade ou handicapé n'est pas être inactive.

Prendre soin de sa mère, de son père ou de ses grands-parents devenus dépendants n'est pas être inactive.

Et pourtant, une grande partie de ce travail indispensable demeure invisible économiquement.

Nous demandons que la société reconnaisse enfin une réalité simple :

lorsqu'une personne consacre réellement une partie importante de sa vie à élever ses enfants ou à prendre en charge un proche malade, handicapé ou dépendant, cette activité doit pouvoir ouvrir droit à un véritable revenu, à des droits sociaux, à des droits à retraite et à la possibilité de poursuivre des études et des formations.

Il ne s'agit pas de rémunérer chaque geste accompli dans une famille.

Il s'agit de reconnaître les situations dans lesquelles les responsabilités familiales ou l'aidance constituent une activité quotidienne importante entraînant une réduction ou une interruption de l'activité professionnelle.

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Une question économique étudiée depuis plus d'un demi-siècle

La valeur économique du travail accompli gratuitement dans les familles n'est pas une idée nouvelle.

Dès 1970, François D. Lacasse publiait, pour la Commission royale d'enquête sur la situation de la femme au Canada, une étude intitulée Femmes au foyer : aspects économiques – Le coût pour l'économie canadienne de l'absence d'une partie importante de la population féminine sur le marché du travail.

SOURCE :

Gouvernement du Canada – François D. Lacasse, 1970

https://publications.gc.ca/site/fra/9.892090/publication.html

En 1975, une étude de la Social Security Administration américaine intitulée Economic Value of a Housewife examinait également les difficultés et les différentes méthodes permettant d'évaluer économiquement le travail non marchand effectué au foyer.

SOURCE :

U.S. Government – Economic Value of a Housewife, 1975

https://www.govinfo.gov/content/pkg/CPRT-94SPRT58799O/pdf/CPRT-94SPRT58799O.pdf

En 1976, l'économiste Oli Hawrylyshyn poursuivait ces travaux en étudiant les méthodes d'évaluation économique des services produits au sein des ménages.

SOURCE :

Oli Hawrylyshyn – The Value of Household Services: A Survey of Empirical Estimates, Review of Income and Wealth, 1976

https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/j.1475-4991.1976.tb01146.x

Plus d'un demi-siècle plus tard, la question demeure.

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En France : des milliards d'heures de travail invisibles

Pour 2010, l'INSEE estimait le volume du travail domestique entre 42 et 77 milliards d'heures par an, selon le périmètre retenu, contre environ 38 milliards d'heures de travail rémunéré.

Avec une définition et une valorisation intermédiaires, sa valeur atteignait environ 33 % du PIB.

64 % des heures de travail domestique étaient réalisées par les femmes.

SOURCE :

INSEE – Le travail domestique : 60 milliards d'heures en 2010, INSEE Première n°1423

https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb46780350j

Repas, linge, ménage, courses, accompagnement des enfants, organisation familiale, démarches administratives : ce travail existe.

Le fait qu'il ne donne pas lieu à une fiche de paie ne le fait pas disparaître.

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Au Maroc : une réalité encore très majoritairement féminine

Le Haut-Commissariat au Plan a également mesuré l'importance de cette activité.

Pour 2012, le volume du travail domestique atteignait environ 23,347 milliards d'heures.

Selon le périmètre retenu par le HCP, 92 % étaient réalisées par les femmes et le volume horaire du travail domestique représentait environ 91 % du volume du travail professionnel.

SOURCE :

Haut-Commissariat au Plan du Royaume du Maroc – Enquête Nationale sur l'Emploi du Temps 2011-2012

https://www.hcp.ma/downloads/Enquete-Nationale-sur-l-Emploi-du-Temps_t22399.html

Ces chiffres expliquent pourquoi cette pétition accorde une place particulière aux femmes.

Mais le principe que nous défendons doit pouvoir bénéficier à la personne qui assume réellement cette activité, femme ou homme.

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Être au foyer ne signifie pas ne rien apprendre ni ne rien produire

Anne-Marie Dieu, Christine Delhaye et Annie Cornet ont étudié les activités de femmes considérées comme « inactives ».

Leurs travaux montrent une réalité beaucoup plus complexe : activités familiales, bénévoles, associatives ou productives peuvent conduire au développement de compétences qui restent insuffisamment identifiées et valorisées lors d'un retour vers l'emploi.

SOURCE :

DARES – Les femmes au foyer : des activités méconnues et peu valorisées en employabilité

https://dares.travail-emploi.gouv.fr/sites/default/files/pdf/Travail_emploi_122_Dieu_Delhaye_Cornet.pdf

RÉFÉRENCE ACADÉMIQUE :

Université de Liège – ORBi

https://orbi.uliege.be/handle/2268/89064

Les années consacrées à la famille ne doivent plus être des années effacées d'un CV.

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Et il y a les aidants : une autre immense activité invisible

Le travail familial ne s'arrête pas à l'éducation des enfants.

Des millions de personnes accompagnent quotidiennement un proche en situation de handicap ou de perte d'autonomie.

Une mère accompagne son enfant handicapé.

Une fille prend soin de sa mère vieillissante.

Un fils accompagne son père devenu dépendant.

Un conjoint prend soin de la personne avec laquelle il vit.

Un petit-enfant peut aider un grand-parent.

Ces situations peuvent durer quelques mois, mais aussi plusieurs années.

En France, la DREES estimait qu'en 2021 9,3 millions de personnes âgées de 5 ans ou plus apportaient régulièrement une aide à un proche en situation de handicap ou de perte d'autonomie.

Parmi elles, 8,8 millions étaient des adultes, soit environ un adulte sur six.

L'aide peut concerner les activités de la vie quotidienne, le soutien moral ou encore une aide financière.

SOURCE :

DREES – 9,3 millions de personnes déclarent apporter une aide régulière à un proche en situation de handicap ou de perte d'autonomie en 2021

https://www.drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications/etudes-et-resultats/93-millions-de-personnes-declarent-apporter-une-aide-reguliere-un

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Écoutons aussi ce que demandent les aidants

Les difficultés exprimées par les aidants montrent que la reconnaissance symbolique ne suffit pas.

Le Baromètre des aidants réalisé par BVA pour la Fondation APRIL a notamment montré qu'un aidant sur cinq interrogé consacrait au moins 20 heures par semaine à l'aide apportée.

70 % étaient également actifs professionnellement.

Dans cette enquête, 83 % déclaraient avoir besoin d'une aide financière et/ou matérielle et 89 % estimaient que les aidants n'étaient pas suffisamment valorisés par les pouvoirs publics.

SOURCE :

BVA / Fondation APRIL – Baromètre des aidants

https://www.bva-xsight.com/sondages/barometre-aidants-bva-fondation-april-avancees-perspectives/

Le Collectif Je t'Aide a également construit un plaidoyer à partir de groupes de travail, d'une démarche de participation citoyenne et d'une consultation ayant recueilli les contributions de plus de 600 aidants.

Parmi les thèmes abordés figuraient notamment le statut et la reconnaissance des aidants, les inégalités, le répit et la situation des aidants qui travaillent.

SOURCE :

Collectif Je t'Aide – Plaidoyer des aidants

https://associationjetaide.org/2022/11/28/presentation-plaidoyer-2022/

Ces constats confortent la nécessité d'ouvrir un débat beaucoup plus large sur la place économique et sociale de l'aidance.

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Nous demandons un véritable revenu

Il existe déjà des prestations, indemnisations ou mécanismes de compensation pour certaines situations.

Mais cette pétition propose d'aller plus loin.

Lorsque l'éducation des enfants ou l'aide régulière apportée à une personne handicapée, malade ou dépendante devient une activité suffisamment importante pour entraîner une réduction substantielle ou une interruption de l'activité professionnelle, nous demandons l'étude et la création d'un véritable revenu lié au travail familial ou à l'aidance.

Pas simplement une reconnaissance symbolique.

Pas simplement une petite allocation temporaire qui ne permet pas de construire son avenir.

Un véritable revenu assorti de véritables droits.

Son niveau, ses conditions d'attribution, la durée et les critères permettant d'en bénéficier devront naturellement être déterminés après une étude économique et sociale sérieuse.

Il faudra également articuler ce revenu avec les dispositifs existants pour éviter les doubles financements ou les situations injustes.

Mais nous demandons que le principe soit enfin étudié.

Prendre soin des autres ne doit pas conduire à devenir soi-même pauvre ou économiquement dépendant.

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Des droits sociaux et une retraite

Cette reconnaissance doit ouvrir des droits.

Lorsqu'une personne sacrifie plusieurs années de carrière pour élever ses enfants ou prendre soin d'un proche, les conséquences peuvent continuer pendant des décennies :

perte de revenus, progression professionnelle interrompue, perte d'ancienneté, difficultés de retour vers l'emploi et conséquences sur la retraite.

Nous demandons donc que le dispositif comporte :

des droits sociaux, une protection économique et des droits à retraite adaptés.

Le libre choix n'existe réellement que lorsque celui qui choisit de prendre soin de sa famille ne compromet pas définitivement sa propre sécurité financière.

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Continuer ses études pendant ces années

C'est un point essentiel de cette pétition.

Une personne qui élève ses enfants ou devient aidante ne doit pas être intellectuellement et professionnellement mise entre parenthèses.

Elle doit pouvoir :

- reprendre ou poursuivre des études ;

- préparer un diplôme ;

- suivre une formation professionnelle ;

- obtenir une certification ;

- apprendre une langue ;

- développer ses compétences numériques ;

- préparer un concours ;

- préparer une reconversion ;

- créer une entreprise ;

- ou acquérir une nouvelle qualification.

Et cela doit pouvoir se faire pendant les années consacrées aux enfants ou à l'aidance, et non seulement lorsque cette période est terminée.

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Les études doivent être réellement accessibles

Dire à une mère seule ou à l'aidant d'une personne lourdement handicapée qu'il peut reprendre ses études n'a aucun sens si les conditions matérielles rendent ces études impossibles.

Il faut donc prévoir, selon les situations :

formation à distance, horaires aménagés, parcours à temps partiel, validation progressive des enseignements, outils numériques, solutions de répit et adaptations liées au handicap.

Une personne pourrait ainsi continuer à avancer pendant plusieurs années sans avoir à choisir entre abandonner son proche et abandonner son propre avenir.

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Former aussi pour transmettre

La formation ne doit pas avoir pour seul objectif le retour à l'emploi.

Elle peut également contribuer à l'égalité des chances entre les enfants.

Lecture, expression, mathématiques fondamentales, sciences, numérique, culture générale, développement de l'enfant, système scolaire, premiers secours, prévention du harcèlement et accès aux droits pourraient faire partie des connaissances proposées.

Il faut aussi transmettre des méthodes :

Comment rechercher une information ?

Comment vérifier une source ?

Comment distinguer un fait d'une opinion ?

Comment construire un raisonnement ?

Comment argumenter ?

Comment développer la curiosité et l'esprit critique ?

 

Il ne s'agit pas de transformer les parents en enseignants.

Il s'agit de leur donner davantage d'outils pour transmettre à leurs enfants.

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Les situations de handicap doivent être pleinement intégrées

Le handicap peut concerner l'enfant aidé.

Il peut concerner le conjoint.

Il peut concerner un parent vieillissant.

Mais le parent ou l'aidant peut également être lui-même handicapé ou atteint d'une maladie chronique.

Le dispositif devra donc être adaptable.

Les études et formations devront pouvoir être aménagées : rythme adapté, enseignement à distance, outils numériques accessibles, commande vocale, accompagnement humain ou technique lorsque cela est nécessaire.

Une obligation de formation ne doit jamais devenir une sanction pour une personne dont le handicap ou la maladie empêche temporairement de la suivre.

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Le père doit également pouvoir bénéficier du dispositif

Les données montrent que les femmes accomplissent encore majoritairement le travail domestique et familial.

Il serait cependant contradictoire de lutter contre une assignation des femmes pour en créer une nouvelle.

Lorsqu'un père assume principalement l'éducation des enfants ou devient aidant d'un proche, le même principe doit s'appliquer.

Ce sont le travail réellement accompli et la situation de la famille qui doivent être pris en considération.

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Une attention particulière aux familles monoparentales

Pour un parent seul, la notion de « libre choix » peut rapidement devenir théorique.

Il faut travailler.

Il faut s'occuper des enfants.

Il faut assurer les démarches, l'école, les rendez-vous et l'organisation quotidienne.

Et lorsque l'enfant est malade ou handicapé, ces responsabilités peuvent devenir considérables.

La monoparentalité doit donc être explicitement prise en compte dans les critères du futur dispositif.

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CE QUE NOUS DEMANDONS

Nous demandons l'ouverture d'un débat public et d'une étude économique et sociale sur la création d'un véritable statut du travail familial et de l'aidance, comprenant :

- un véritable revenu lorsque l'éducation des enfants ou l'aidance entraîne une réduction importante ou une interruption de l'activité professionnelle ;

- des droits sociaux associés ;

- des droits à retraite adaptés ;

- une protection économique préservant l'autonomie de la personne ;

- la reconnaissance des aidants d'enfants handicapés, de conjoints malades ou handicapés, de parents, grands-parents et proches dépendants ;

- une attention particulière aux familles monoparentales ;

- le droit de poursuivre ou de reprendre des études pendant cette période ;

- le financement de formations qualifiantes et certifiantes ;

- des parcours d'études compatibles avec les responsabilités familiales et l'aidance ;

- la reconnaissance des compétences réellement acquises pendant ces années lorsqu'elles peuvent être objectivement évaluées ;

- des aménagements spécifiques pour les personnes handicapées ou malades ;

- des solutions de répit permettant aux aidants d'étudier, de se former, de travailler ou simplement de souffler ;

- des passerelles vers une reprise progressive de l'activité professionnelle ;

- et l'accès au dispositif pour les femmes comme pour les hommes selon la réalité du travail familial ou de l'aidance assumé.

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Le véritable libre choix

Nous ne voulons pas opposer les femmes aux hommes.

Nous ne voulons pas opposer les parents qui travaillent aux parents au foyer.

Nous ne voulons pas davantage opposer les professionnels du soin aux aidants familiaux : leurs rôles sont différents et complémentaires.

Nous voulons donner aux familles de véritables possibilités.

Travailler.

Réduire temporairement son activité.

Élever ses enfants.

Accompagner un enfant handicapé.

Prendre soin de sa mère, de son père, de son conjoint ou d'un proche devenu dépendant.

Continuer ses études.

Se former.

Puis reprendre une activité professionnelle lorsque la situation le permet.

Reconnaître n'est pas enfermer.

Protéger n'est pas assigner.

Rémunérer un travail réel n'est pas verser l'aumône.

Former et étudier, c'est préserver l'avenir.

Une société ne repose pas uniquement sur ce qui apparaît sur une fiche de paie.

Elle repose aussi sur les millions d'heures pendant lesquelles quelqu'un élève un enfant, accompagne une personne handicapée, aide un parent vieillissant ou soutient un proche malade.

Ce travail existe déjà. Nous demandons qu'il cesse d'être invisible.

Un véritable revenu.

De véritables droits.

Une retraite.

Le droit aux études et à la formation.

Et la possibilité, après avoir consacré plusieurs années à prendre soin des autres, de ne pas avoir sacrifié son propre avenir.

Signez et partagez cette pétition pour que le travail familial et l'aidance fassent enfin l'objet d'un véritable débat public.

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Céline AMERYLanceur de pétition

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