Rattrapages en septembre, parcours brisés : la colère des étudiants de l’IED Paris 8


Rattrapages en septembre, parcours brisés : la colère des étudiants de l’IED Paris 8
Le problème
Paris 8 : combien de parcours brisés faudra-t-il pour réagir ?
Paris 8 sacrifie-t-elle l’avenir de ses étudiants à distance ? La décision de repousser les examens de rattrapage à septembre 2025 et le jury final à octobre replonge les 3 600 étudiants de l’Institut d’enseignement à distance (IED) dans une incertitude insoutenable. Elle bloque l’accès aux masters (les admissions via MonMaster ferment mi-juillet), entrave les transferts vers d’autres universités, compromet le renouvellement des bourses en temps et en heure et des logements étudiants, et met en péril les visas des étudiants étrangers. Après des années de dysfonctionnements graves – décisions illégales annulées en justice, avertissements de la CNIL , menaces, désorganisation chronique – nous, étudiants de l’IED Paris 8, prenons la parole. Nous dénonçons fermement ces manquements qui brisent nos parcours et exigeons des mesures immédiates de la présidence de l’université, du rectorat et du ministère de l’Enseignement supérieur.
Des examens retardés qui compromettent notre avenir
En plein mois de mai, les étudiants de l’IED Paris 8 ont appris avec stupeur que la session de rattrapage des examens pour les étudiants de licence psychologie, initialement attendue en juillet, serait repoussée au début septembre 2025, avec un jury final se tenant début octobre. Cette décision tardive est désastreuse. Elle empêche purement et simplement de poursuivre nos études l’année prochaine. En effet, la plateforme nationale MonMaster clôture ses phases d’admission à la mi-juillet 2025 ; comment pourrions-nous intégrer un master à la rentrée si nos résultats de licence ne sont officialisés qu’en octobre ? Nombre d’entre nous, actuellement en fin de cycle, se voient déjà exclus des masters faute de validation de leur diplôme dans les délais impartis . C’est une génération d’étudiants à distance que l’on sacrifie, en l’empêchant de se projeter vers le deuxième cycle universitaire.
Les conséquences néfastes de ce calendrier aberrant vont bien au-delà des masters manqués. Tout retard de délivrance des résultats bloque les transferts et inscriptions dans d’autres universités, puisque les étudiants n’ont aucune preuve de réussite à fournir pour intégrer une nouvelle formation en septembre. De plus, les allocations étudiantes et les logements du CROUS sont en jeu : sans inscription administrative validée à temps, les boursiers risquent de perdre le bénéfice de leur bourse d’étude ou de leur logement universitaire pour la rentrée. Les enseignants de l’IED eux-mêmes ont reconnu que décaler les rattrapages à septembre aurait des effets dramatiques sur les affectations en master. On parle ici d’adultes souvent en reconversion, exerçant une activité salariée, assumant des charges familiales ou vivant avec un handicap. Pour beaucoup, un report de diplomation signifie un gel des projets de poursuite d’études, une désorganisation complète de leur planning professionnel et personnel, ou une remise en cause de leur équilibre déjà précaire.
Pour les étudiants étrangers, la situation est tout aussi préoccupante. Une partie des inscrits à l’IED réside hors de France et suit cette formation précisément parce qu’elle est à distance. Or, pour ceux qui postulent à un master en France l’année prochaine — où certains regroupements et soutenances peuvent exiger une présence physique — la validation de la licence dans les délais est une condition incontournable pour obtenir un visa étudiant.
Sans résultats avant l’été, aucune inscription administrative ne pourra être finalisée à temps pour engager les démarches consulaires, qui nécessitent plusieurs semaines. Il ne s’agit pas de renouveler un visa existant, mais bien d’en obtenir un nouveau dans un cadre réglementaire strict.
Cette problématique n’est pas théorique. Lors des années précédentes, des étudiants à distance ont été empêchés de valider leur année parce qu’aucune solution n’était prévue pour ceux qui ne pouvaient se déplacer. Ils avaient alors dû renoncer à passer leurs examens, faute de visa délivré à temps pour répondre à des convocations en présentiel.
Aujourd’hui, même avec des examens redevenus à distance, retarder la délivrance des diplômes jusqu’en octobre empêche ces étudiants d’accéder à la suite logique de leur cursus, et menace leur admission en master dans des formations où une présence ponctuelle peut être requise.
Ignorer cette réalité reviendrait à les exclure silencieusement du système, non pas par incompétence, mais par manque d’anticipation administrative.
Au-delà des aspects administratifs, ce report inopiné replonge les étudiants dans l’angoisse et l’instabilité psychologique. Après une année universitaire déjà chaotique, émaillée de changements de modalités et de batailles juridiques, il nous est demandé de passer tout l’été dans l’incertitude. Au lieu de pouvoir tourner la page et préparer sereinement la suite, nous voilà condamnés à des révisions estivales sous pression, sans garantie que cela suffira. Cette attente prolongée, ce sursis imposé, aggravent une détresse psychologique déjà bien réelle chez les étudiants de l’IED. Dès 2022, beaucoup témoignaient de leur souffrance face au stress de la sélection et aux difficultés de poursuivre leurs études, d’autant que nombre d’entre eux sont des salariés à temps plein, des parents isolés ou des personnes en situation de handicap . Aujourd’hui, cette souffrance atteint un niveau critique. Une étudiante en situation de handicap a même, en janvier 2025, exprimé des intentions suicidaires, parce que cela fait deux ans qu’elle n’a pas pu passer ses examens du fait de la désorganisation de l’IED, et aucune réelle solution d’aménagement adapté ne lui a été proposée . Faut-il attendre un drame pour que l’université réagisse ? Combien d’entre nous vont perdre pied à force de naviguer à vue, sans calendrier fiable ni perspective d’issue .
L’IED Paris 8 : trois ans de chaos et de décisions illégales
Ce nouveau report des examens n’est pas un incident isolé, il s’inscrit dans une série de dysfonctionnements graves qui minent l’IED depuis 2022. Notre institut est englué dans un scandale permanent, où les décisions hasardeuses et illégales s’enchaînent, au mépris des étudiants et des règles universitaires. À plusieurs reprises déjà, la justice administrative a dû intervenir pour rappeler l’IED à l’ordre. Le 14 décembre 2022, le tribunal administratif de Montreuil a suspendu en urgence l’utilisation du logiciel de télésurveillance d’examens TestWe, que l’IED voulait imposer, jugeant que cette application violait gravement le droit à la protection des données personnelles des étudiants . En clair, l’IED a tenté de nous imposer un outil de surveillance numérique intrusif sans cadre légal – un non-respect du RGPD qui lui a valu une interdiction en référé. Pourtant, au lieu de tirer les leçons de cet avertissement cinglant, la direction de l’IED a persisté dans l’erreur.
Privée de TestWe par la justice, elle a choisi d’imposer des examens 100 % en présentiel dès 2023, rompant avec des années de pratique du distanciel et ignorant les besoins spécifiques de son public. Cette obstination a immédiatement suscité l’opposition des étudiants et de leurs représentants élus à la CFVU, qui y voyaient une décision inadaptée et illégitime. De fait, la Commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) de Paris 8 avait refusé d’approuver les nouvelles modalités d’examen de l’IED. En 2023, la CFVU a rejeté le projet de modalités de contrôle des connaissances et compétences (MCCC) présenté par l’IED a deux reprises, et aucune approbation n’a eu lieu en 2024 . Or, selon l’article L.613-1 du Code de l’éducation, chaque composante universitaire doit faire approuver explicitement ses modalités d’évaluation chaque année. L’université Paris 8 a donc toléré que l’IED organise des examens sur une base potentiellement illégale, sans validation régulière des règles du jeu, ce qui jette le doute sur la validité même des évaluations en cours . Ce mépris des procédures réglementaires est particulièrement préoccupant.
Devant l’illégalité manifeste de ces examens en présentiel non validés par la CFVU, des étudiants ont saisi la justice. Ils ont eu gain de cause : par un jugement du 5 février 2025, le tribunal administratif de Montreuil a annulé la tenue d’examens en présentiel, faute de délibération régulière de l’université pour les autoriser. Le tribunal a estimé que « faire venir des centaines d’étudiants [à Paris] dans les circonstances de l’espèce était illégal ». Il a annulé la décision, soulignant ainsi l’évidence de l’irrégularité. Bien qu’il ne mentionne pas expressément une “carence de gouvernance”, la passivité de l’université – qui n’a ni répondu en défense, ni fait obstacle à une décision manifestement illégale – constitue de fait un grave manquement à ses obligations de direction et de légalité. Cette inertie a laissé l’IED agir en dehors du droit, au détriment de ses usagers.
Malgré ce jugement sans appel, la direction de l’IED a tenté de passer outre. Elle prévoyait encore d’organiser les examens du second semestre 2025 en présentiel, en avril, bravant l’autorité de la CFVU et du tribunal. Il a fallu qu’une ordonnance de référé du 14 avril 2025 vienne de nouveau la stopper : le juge a enjoint l’Université Paris 8 d’organiser sous un mois les examens à distance pour remplacer le présentiel illégalement maintenu. Cette injonction judiciaire, assortie d’un délai impératif d’un mois, souligne la gravité de la situation : il a fallu l’intervention d’un juge pour remettre l’IED dans le droit chemin et garantir aux étudiants la tenue normale de leurs examens du semestre.
Hélas, même cette décision de justice n’a pas été respectée dans les délais. L’ordonnance du 14 avril exigeait une réaction immédiate ; or l’IED a tergiversé, ne mettant pas en place à temps les solutions de repli à distance . Le climat délétère au sein de l’IED s’est encore aggravé. Certains enseignants ont ouvertement manifesté leur hostilité : menaces de ne pas corriger les copies , et et vigilance accru dans les corrections face aux examens qui se déroulerais à distance. Pire, ils ont brandi la menace de ne proposer les rattrapages qu’en septembre (menace aujourd’hui mise à exécution), avec des conséquences dramatiques pour les masters et tous les étudiants. De tels propos trahissent un profond mépris des étudiants et des instances universitaires. Depuis 2022, certains discours laissent entendre que la triche serait devenue systémique chez les étudiants à distance — sans preuve tangible ni étude sérieuse pour l’étayer. Cette obsession du soupçon a pris le pas sur la confiance pédagogique, comme si la surveillance importait plus que la réussite.
Ces attitudes hostiles ont plongé les étudiants dans la confusion et la crainte de représailles, sapant la confiance nécessaire au bon déroulement des études.
Les problèmes de l’IED ne s’arrêtent pas là. La désorganisation structurelle de cette composante atteint un niveau intolérable, empêchant la continuité pédagogique et la sérénité des études. L’IED donne aujourd’hui l’image d’un institut qui fonctionne en vase clos, dans une relative impunité structurelle, comme hors du périmètre de contrôle de l’université elle-même. Pour beaucoup d’étudiants, c’est un sentiment d’abandon qui domine : même l’université semble impuissante ou résignée face aux dérives de sa propre composante. Ce climat entretient un profond désarroi, où les décisions tombent sans logique apparente, sans transparence, et sans que personne ne semble en mesure d’enrayer la spirale de dysfonctionnements.
Les instances régulières sont contournées ou ignorées : la CFVU voit ses décisions bafouées. L’an dernier, le conseil de l’IED a voulu imposer une hausse de 15 % des frais d’inscription pédagogique sous prétexte d’inflation et de revalorisation salariale – en d’autres termes, faire payer sa crise budgétaire aux étudiants. Les élus étudiants de la CFVU ont réussi à faire annuler cette augmentation en CFVU , mais l’université a quand même appliqué une hausse de 5 % en Conseil d’administration, en dépit du vote opposé de la CFVU et avec la complaisance de la présidence . C’est un déni de démocratie universitaire.
L’atmosphère de travail est délétère à l’IED : peur, démotivation, sentiment d’injustice et de gâchis dominent parmi les étudiants, qui voient leur institut sombrer dans le chaos.
Enfin, alors que les problèmes de l’IED sont bien connus, toutes les alertes ont été ignorées. Les syndicats étudiants, les collectifs d’étudiants de l’IED, les parlementaires – dont plusieurs ont interpellé le ministère sur cette situation – ont tiré la sonnette d’alarme à maintes reprises . Une pétition de plus de 850 étudiants a été envoyée sans effet . Cette fuite en avant, cette surdité aux alertes, ont mené à la situation catastrophique que nous subissons aujourd’hui.
Responsabilités engagées et rappel à la loi
Face à ces manquements répétés, nous rappelons aux dirigeants de l’Université Paris 8 et du ministère leurs obligations légales. L’Université est un service public, et à ce titre son fonctionnement doit obéir aux grands principes de continuité, d’égalité des usagers, de neutralité et de transparence . La continuité du service public de l’enseignement supérieur, en particulier, est consacrée par le Code de l’éducation (articles L.123-3 et L.952-1) : les étudiants ont le droit à une continuité dans l’offre de formation et dans l’organisation des examens, sans ruptures injustifiées. Or, que constate-t-on ? Une interruption de fait du service universitaire pour les étudiants de l’IED, laissés en suspens pendant des mois, dans l’impossibilité de planifier la suite de leurs études. Cette situation est une entorse flagrante au principe de continuité du service public, et porte atteinte à notre droit fondamental à la poursuite d’études.
Le président de l’université est, aux termes de la loi, le premier garant de cette continuité et du bon fonctionnement des composantes. L’article L.712-2 du Code de l’éducation est clair : le président est responsable de la direction de l’établissement, du bon fonctionnement des composantes et de la mise en œuvre des décisions du conseil d’administration . Cela signifie que le président ne peut rester les bras croisés alors qu’une composante, l’IED, dérive et pénalise ses usagers. En vertu de l’article L.712-3, le président est en outre garant du respect de la légalité dans toutes les composantes, et il dispose à ce titre d’un pouvoir propre de suspension d’un organe défaillant dont l’autonomie contreviendrait aux principes du service public (comme l’égalité ou la continuité) . Autrement dit, si un institut autonome comme l’IED sombre dans la carence, le président a non seulement le pouvoir, mais le devoir d’intervenir directement pour rétablir le fonctionnement normal.
Or, l’IED dispose d’une autonomie de gestion relative en tant qu’institut interne de l’université, comme le prévoit l’article L.713-9 du Code de l’éducation. Cet article précise que les instituts universitaires sont administrés par un conseil élu et dirigés par un directeur, mais que leurs décisions doivent s’inscrire « dans le cadre de la politique de l’établissement dont ils font partie et de la réglementation nationale en vigueur ». Autrement dit, cette autonomie n’est ni absolue, ni indépendante : l’IED reste pleinement soumis au contrôle de l’université, et en particulier à la responsabilité du président, garant de la légalité, de la continuité du service public et du bon fonctionnement des composantes.
En cas de dérive grave d’un institut, rien n’empêche le président d’en reprendre temporairement le pilotage . Cette disposition d’exception vise précisément à éviter qu’une composante ne porte atteinte aux droits des usagers ou à la légalité républicaine. Nous estimons qu’au vu des carences manifestes et répétées de l’IED, ce seuil est largement franchi. Toutes les conditions sont réunies : nos droits fondamentaux d’étudiants sont compromis, des décisions de justice sont bafouées, et les obligations légales de l’université ne sont pas respectées . Il en va de la responsabilité personnelle du président de l’université de faire cesser ces manquements. Faute d’action de sa part, l’État devra prendre le relais, car nul établissement public n’est au-dessus des lois.
Par ailleurs, la jurisprudence administrative rappelle qu’une université commet une faute en n’assurant pas l’organisation des examens dans des délais permettant aux étudiants de poursuivre leur cursus. Retarder les délibérations finales jusqu’en octobre et empêcher ainsi l’inscription en master ou le renouvellement des bourses constitue une défaillance inadmissible de la part de l’université. D’autres étudiants, ailleurs, ont déjà obtenu réparation lorsque des dysfonctionnements les empêchaient de s’inscrire dans la formation suivante. Il serait tragique d’en arriver là à Paris 8, alors que la solution est simple : organiser les rattrapages plus tôt, et garantir aux étudiants la délivrance de leurs résultats en temps utile pour la rentrée. Il est encore temps d’agir : le calendrier universitaire peut être ajusté en urgence pour sauver nos chances en 2025. Si l’université manquait à cette obligation élémentaire, sa responsabilité – y compris juridique – serait pleinement engagée.
Un appel à l’unité et à l’action immédiate
Nous, étudiants de l’IED de Paris 8, refusons de rester spectateurs impuissants de la destruction de nos parcours. Nous appelons à l’unité de tous les étudiants, qu’ils soient de l’IED ou des autres composantes de Paris 8, des enseignants et des personnels, autour de cette tribune. Ensemble, demandons des comptes et exigerons une solution. Nous vous invitons à signer massivement cette tribune pour soutenir nos revendications et mettre fin à l’injustice faite aux étudiants de l’IED.
Nos demandes sont claires : organiser sans délai une session de rattrapage, afin que tous les résultats académiques soient disponibles pour qu’un jury se tienne à temps pour nous permettre d’intégrer nos masters, et autres formations. Il en va de l’égalité des chances entre étudiants : les nôtres ne doivent pas être lésés par un calendrier aberrant. Nous demandons également la garantie écrite que plus aucun calendrier ne viendra entraver l’accès aux masters, aux bourses ou aux visas ; en un mot, que l’université respectera désormais la continuité de nos études. Enfin, nous attendons des mesures fortes pour remettre l’IED sur les rails. Une reprise en main ferme de cette composante s’impose, dès maintenant et pour les années à venir. Que ce soit par la présidence de Paris 8 elle-même ou via l’intervention du rectorat et du ministère, il faut rétablir un fonctionnement normal, démocratique et conforme au droit à l’IED. Le statu quo actuel n’est plus tenable : comme nous l’avons montré, il met en danger tant la santé mentale que l’avenir académique de milliers d’étudiants.
Nous adressons cette tribune à Monsieur le Président de l’Université Paris 8, à Monsieur le Recteur de l’Académie et à Madame la Ministre de l’Enseignement supérieur, dans l’espoir d’une réaction rapide et à la hauteur de l’urgence. Nous demandons une réponse sans délais, le silence vaudra complicité et inertie. Il est encore temps d’éviter le naufrage complet de l’IED et de recoller les morceaux d’une confiance bien entamée. Nous, étudiants de l’IED, sommes déterminés à sauver nos études. Nous resterons mobilisés et unis jusqu’à obtenir le respect de nos droits et la reconnaissance de notre dignité d’usagers du service public universitaire. Il en va de notre avenir, et de celui de l’université tout entière.
(Tribune initiée par les étudiants de l’IED – Université Paris 8, ouverte à signature par tous les membres de la communauté universitaire et soutiens)
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Le problème
Paris 8 : combien de parcours brisés faudra-t-il pour réagir ?
Paris 8 sacrifie-t-elle l’avenir de ses étudiants à distance ? La décision de repousser les examens de rattrapage à septembre 2025 et le jury final à octobre replonge les 3 600 étudiants de l’Institut d’enseignement à distance (IED) dans une incertitude insoutenable. Elle bloque l’accès aux masters (les admissions via MonMaster ferment mi-juillet), entrave les transferts vers d’autres universités, compromet le renouvellement des bourses en temps et en heure et des logements étudiants, et met en péril les visas des étudiants étrangers. Après des années de dysfonctionnements graves – décisions illégales annulées en justice, avertissements de la CNIL , menaces, désorganisation chronique – nous, étudiants de l’IED Paris 8, prenons la parole. Nous dénonçons fermement ces manquements qui brisent nos parcours et exigeons des mesures immédiates de la présidence de l’université, du rectorat et du ministère de l’Enseignement supérieur.
Des examens retardés qui compromettent notre avenir
En plein mois de mai, les étudiants de l’IED Paris 8 ont appris avec stupeur que la session de rattrapage des examens pour les étudiants de licence psychologie, initialement attendue en juillet, serait repoussée au début septembre 2025, avec un jury final se tenant début octobre. Cette décision tardive est désastreuse. Elle empêche purement et simplement de poursuivre nos études l’année prochaine. En effet, la plateforme nationale MonMaster clôture ses phases d’admission à la mi-juillet 2025 ; comment pourrions-nous intégrer un master à la rentrée si nos résultats de licence ne sont officialisés qu’en octobre ? Nombre d’entre nous, actuellement en fin de cycle, se voient déjà exclus des masters faute de validation de leur diplôme dans les délais impartis . C’est une génération d’étudiants à distance que l’on sacrifie, en l’empêchant de se projeter vers le deuxième cycle universitaire.
Les conséquences néfastes de ce calendrier aberrant vont bien au-delà des masters manqués. Tout retard de délivrance des résultats bloque les transferts et inscriptions dans d’autres universités, puisque les étudiants n’ont aucune preuve de réussite à fournir pour intégrer une nouvelle formation en septembre. De plus, les allocations étudiantes et les logements du CROUS sont en jeu : sans inscription administrative validée à temps, les boursiers risquent de perdre le bénéfice de leur bourse d’étude ou de leur logement universitaire pour la rentrée. Les enseignants de l’IED eux-mêmes ont reconnu que décaler les rattrapages à septembre aurait des effets dramatiques sur les affectations en master. On parle ici d’adultes souvent en reconversion, exerçant une activité salariée, assumant des charges familiales ou vivant avec un handicap. Pour beaucoup, un report de diplomation signifie un gel des projets de poursuite d’études, une désorganisation complète de leur planning professionnel et personnel, ou une remise en cause de leur équilibre déjà précaire.
Pour les étudiants étrangers, la situation est tout aussi préoccupante. Une partie des inscrits à l’IED réside hors de France et suit cette formation précisément parce qu’elle est à distance. Or, pour ceux qui postulent à un master en France l’année prochaine — où certains regroupements et soutenances peuvent exiger une présence physique — la validation de la licence dans les délais est une condition incontournable pour obtenir un visa étudiant.
Sans résultats avant l’été, aucune inscription administrative ne pourra être finalisée à temps pour engager les démarches consulaires, qui nécessitent plusieurs semaines. Il ne s’agit pas de renouveler un visa existant, mais bien d’en obtenir un nouveau dans un cadre réglementaire strict.
Cette problématique n’est pas théorique. Lors des années précédentes, des étudiants à distance ont été empêchés de valider leur année parce qu’aucune solution n’était prévue pour ceux qui ne pouvaient se déplacer. Ils avaient alors dû renoncer à passer leurs examens, faute de visa délivré à temps pour répondre à des convocations en présentiel.
Aujourd’hui, même avec des examens redevenus à distance, retarder la délivrance des diplômes jusqu’en octobre empêche ces étudiants d’accéder à la suite logique de leur cursus, et menace leur admission en master dans des formations où une présence ponctuelle peut être requise.
Ignorer cette réalité reviendrait à les exclure silencieusement du système, non pas par incompétence, mais par manque d’anticipation administrative.
Au-delà des aspects administratifs, ce report inopiné replonge les étudiants dans l’angoisse et l’instabilité psychologique. Après une année universitaire déjà chaotique, émaillée de changements de modalités et de batailles juridiques, il nous est demandé de passer tout l’été dans l’incertitude. Au lieu de pouvoir tourner la page et préparer sereinement la suite, nous voilà condamnés à des révisions estivales sous pression, sans garantie que cela suffira. Cette attente prolongée, ce sursis imposé, aggravent une détresse psychologique déjà bien réelle chez les étudiants de l’IED. Dès 2022, beaucoup témoignaient de leur souffrance face au stress de la sélection et aux difficultés de poursuivre leurs études, d’autant que nombre d’entre eux sont des salariés à temps plein, des parents isolés ou des personnes en situation de handicap . Aujourd’hui, cette souffrance atteint un niveau critique. Une étudiante en situation de handicap a même, en janvier 2025, exprimé des intentions suicidaires, parce que cela fait deux ans qu’elle n’a pas pu passer ses examens du fait de la désorganisation de l’IED, et aucune réelle solution d’aménagement adapté ne lui a été proposée . Faut-il attendre un drame pour que l’université réagisse ? Combien d’entre nous vont perdre pied à force de naviguer à vue, sans calendrier fiable ni perspective d’issue .
L’IED Paris 8 : trois ans de chaos et de décisions illégales
Ce nouveau report des examens n’est pas un incident isolé, il s’inscrit dans une série de dysfonctionnements graves qui minent l’IED depuis 2022. Notre institut est englué dans un scandale permanent, où les décisions hasardeuses et illégales s’enchaînent, au mépris des étudiants et des règles universitaires. À plusieurs reprises déjà, la justice administrative a dû intervenir pour rappeler l’IED à l’ordre. Le 14 décembre 2022, le tribunal administratif de Montreuil a suspendu en urgence l’utilisation du logiciel de télésurveillance d’examens TestWe, que l’IED voulait imposer, jugeant que cette application violait gravement le droit à la protection des données personnelles des étudiants . En clair, l’IED a tenté de nous imposer un outil de surveillance numérique intrusif sans cadre légal – un non-respect du RGPD qui lui a valu une interdiction en référé. Pourtant, au lieu de tirer les leçons de cet avertissement cinglant, la direction de l’IED a persisté dans l’erreur.
Privée de TestWe par la justice, elle a choisi d’imposer des examens 100 % en présentiel dès 2023, rompant avec des années de pratique du distanciel et ignorant les besoins spécifiques de son public. Cette obstination a immédiatement suscité l’opposition des étudiants et de leurs représentants élus à la CFVU, qui y voyaient une décision inadaptée et illégitime. De fait, la Commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) de Paris 8 avait refusé d’approuver les nouvelles modalités d’examen de l’IED. En 2023, la CFVU a rejeté le projet de modalités de contrôle des connaissances et compétences (MCCC) présenté par l’IED a deux reprises, et aucune approbation n’a eu lieu en 2024 . Or, selon l’article L.613-1 du Code de l’éducation, chaque composante universitaire doit faire approuver explicitement ses modalités d’évaluation chaque année. L’université Paris 8 a donc toléré que l’IED organise des examens sur une base potentiellement illégale, sans validation régulière des règles du jeu, ce qui jette le doute sur la validité même des évaluations en cours . Ce mépris des procédures réglementaires est particulièrement préoccupant.
Devant l’illégalité manifeste de ces examens en présentiel non validés par la CFVU, des étudiants ont saisi la justice. Ils ont eu gain de cause : par un jugement du 5 février 2025, le tribunal administratif de Montreuil a annulé la tenue d’examens en présentiel, faute de délibération régulière de l’université pour les autoriser. Le tribunal a estimé que « faire venir des centaines d’étudiants [à Paris] dans les circonstances de l’espèce était illégal ». Il a annulé la décision, soulignant ainsi l’évidence de l’irrégularité. Bien qu’il ne mentionne pas expressément une “carence de gouvernance”, la passivité de l’université – qui n’a ni répondu en défense, ni fait obstacle à une décision manifestement illégale – constitue de fait un grave manquement à ses obligations de direction et de légalité. Cette inertie a laissé l’IED agir en dehors du droit, au détriment de ses usagers.
Malgré ce jugement sans appel, la direction de l’IED a tenté de passer outre. Elle prévoyait encore d’organiser les examens du second semestre 2025 en présentiel, en avril, bravant l’autorité de la CFVU et du tribunal. Il a fallu qu’une ordonnance de référé du 14 avril 2025 vienne de nouveau la stopper : le juge a enjoint l’Université Paris 8 d’organiser sous un mois les examens à distance pour remplacer le présentiel illégalement maintenu. Cette injonction judiciaire, assortie d’un délai impératif d’un mois, souligne la gravité de la situation : il a fallu l’intervention d’un juge pour remettre l’IED dans le droit chemin et garantir aux étudiants la tenue normale de leurs examens du semestre.
Hélas, même cette décision de justice n’a pas été respectée dans les délais. L’ordonnance du 14 avril exigeait une réaction immédiate ; or l’IED a tergiversé, ne mettant pas en place à temps les solutions de repli à distance . Le climat délétère au sein de l’IED s’est encore aggravé. Certains enseignants ont ouvertement manifesté leur hostilité : menaces de ne pas corriger les copies , et et vigilance accru dans les corrections face aux examens qui se déroulerais à distance. Pire, ils ont brandi la menace de ne proposer les rattrapages qu’en septembre (menace aujourd’hui mise à exécution), avec des conséquences dramatiques pour les masters et tous les étudiants. De tels propos trahissent un profond mépris des étudiants et des instances universitaires. Depuis 2022, certains discours laissent entendre que la triche serait devenue systémique chez les étudiants à distance — sans preuve tangible ni étude sérieuse pour l’étayer. Cette obsession du soupçon a pris le pas sur la confiance pédagogique, comme si la surveillance importait plus que la réussite.
Ces attitudes hostiles ont plongé les étudiants dans la confusion et la crainte de représailles, sapant la confiance nécessaire au bon déroulement des études.
Les problèmes de l’IED ne s’arrêtent pas là. La désorganisation structurelle de cette composante atteint un niveau intolérable, empêchant la continuité pédagogique et la sérénité des études. L’IED donne aujourd’hui l’image d’un institut qui fonctionne en vase clos, dans une relative impunité structurelle, comme hors du périmètre de contrôle de l’université elle-même. Pour beaucoup d’étudiants, c’est un sentiment d’abandon qui domine : même l’université semble impuissante ou résignée face aux dérives de sa propre composante. Ce climat entretient un profond désarroi, où les décisions tombent sans logique apparente, sans transparence, et sans que personne ne semble en mesure d’enrayer la spirale de dysfonctionnements.
Les instances régulières sont contournées ou ignorées : la CFVU voit ses décisions bafouées. L’an dernier, le conseil de l’IED a voulu imposer une hausse de 15 % des frais d’inscription pédagogique sous prétexte d’inflation et de revalorisation salariale – en d’autres termes, faire payer sa crise budgétaire aux étudiants. Les élus étudiants de la CFVU ont réussi à faire annuler cette augmentation en CFVU , mais l’université a quand même appliqué une hausse de 5 % en Conseil d’administration, en dépit du vote opposé de la CFVU et avec la complaisance de la présidence . C’est un déni de démocratie universitaire.
L’atmosphère de travail est délétère à l’IED : peur, démotivation, sentiment d’injustice et de gâchis dominent parmi les étudiants, qui voient leur institut sombrer dans le chaos.
Enfin, alors que les problèmes de l’IED sont bien connus, toutes les alertes ont été ignorées. Les syndicats étudiants, les collectifs d’étudiants de l’IED, les parlementaires – dont plusieurs ont interpellé le ministère sur cette situation – ont tiré la sonnette d’alarme à maintes reprises . Une pétition de plus de 850 étudiants a été envoyée sans effet . Cette fuite en avant, cette surdité aux alertes, ont mené à la situation catastrophique que nous subissons aujourd’hui.
Responsabilités engagées et rappel à la loi
Face à ces manquements répétés, nous rappelons aux dirigeants de l’Université Paris 8 et du ministère leurs obligations légales. L’Université est un service public, et à ce titre son fonctionnement doit obéir aux grands principes de continuité, d’égalité des usagers, de neutralité et de transparence . La continuité du service public de l’enseignement supérieur, en particulier, est consacrée par le Code de l’éducation (articles L.123-3 et L.952-1) : les étudiants ont le droit à une continuité dans l’offre de formation et dans l’organisation des examens, sans ruptures injustifiées. Or, que constate-t-on ? Une interruption de fait du service universitaire pour les étudiants de l’IED, laissés en suspens pendant des mois, dans l’impossibilité de planifier la suite de leurs études. Cette situation est une entorse flagrante au principe de continuité du service public, et porte atteinte à notre droit fondamental à la poursuite d’études.
Le président de l’université est, aux termes de la loi, le premier garant de cette continuité et du bon fonctionnement des composantes. L’article L.712-2 du Code de l’éducation est clair : le président est responsable de la direction de l’établissement, du bon fonctionnement des composantes et de la mise en œuvre des décisions du conseil d’administration . Cela signifie que le président ne peut rester les bras croisés alors qu’une composante, l’IED, dérive et pénalise ses usagers. En vertu de l’article L.712-3, le président est en outre garant du respect de la légalité dans toutes les composantes, et il dispose à ce titre d’un pouvoir propre de suspension d’un organe défaillant dont l’autonomie contreviendrait aux principes du service public (comme l’égalité ou la continuité) . Autrement dit, si un institut autonome comme l’IED sombre dans la carence, le président a non seulement le pouvoir, mais le devoir d’intervenir directement pour rétablir le fonctionnement normal.
Or, l’IED dispose d’une autonomie de gestion relative en tant qu’institut interne de l’université, comme le prévoit l’article L.713-9 du Code de l’éducation. Cet article précise que les instituts universitaires sont administrés par un conseil élu et dirigés par un directeur, mais que leurs décisions doivent s’inscrire « dans le cadre de la politique de l’établissement dont ils font partie et de la réglementation nationale en vigueur ». Autrement dit, cette autonomie n’est ni absolue, ni indépendante : l’IED reste pleinement soumis au contrôle de l’université, et en particulier à la responsabilité du président, garant de la légalité, de la continuité du service public et du bon fonctionnement des composantes.
En cas de dérive grave d’un institut, rien n’empêche le président d’en reprendre temporairement le pilotage . Cette disposition d’exception vise précisément à éviter qu’une composante ne porte atteinte aux droits des usagers ou à la légalité républicaine. Nous estimons qu’au vu des carences manifestes et répétées de l’IED, ce seuil est largement franchi. Toutes les conditions sont réunies : nos droits fondamentaux d’étudiants sont compromis, des décisions de justice sont bafouées, et les obligations légales de l’université ne sont pas respectées . Il en va de la responsabilité personnelle du président de l’université de faire cesser ces manquements. Faute d’action de sa part, l’État devra prendre le relais, car nul établissement public n’est au-dessus des lois.
Par ailleurs, la jurisprudence administrative rappelle qu’une université commet une faute en n’assurant pas l’organisation des examens dans des délais permettant aux étudiants de poursuivre leur cursus. Retarder les délibérations finales jusqu’en octobre et empêcher ainsi l’inscription en master ou le renouvellement des bourses constitue une défaillance inadmissible de la part de l’université. D’autres étudiants, ailleurs, ont déjà obtenu réparation lorsque des dysfonctionnements les empêchaient de s’inscrire dans la formation suivante. Il serait tragique d’en arriver là à Paris 8, alors que la solution est simple : organiser les rattrapages plus tôt, et garantir aux étudiants la délivrance de leurs résultats en temps utile pour la rentrée. Il est encore temps d’agir : le calendrier universitaire peut être ajusté en urgence pour sauver nos chances en 2025. Si l’université manquait à cette obligation élémentaire, sa responsabilité – y compris juridique – serait pleinement engagée.
Un appel à l’unité et à l’action immédiate
Nous, étudiants de l’IED de Paris 8, refusons de rester spectateurs impuissants de la destruction de nos parcours. Nous appelons à l’unité de tous les étudiants, qu’ils soient de l’IED ou des autres composantes de Paris 8, des enseignants et des personnels, autour de cette tribune. Ensemble, demandons des comptes et exigerons une solution. Nous vous invitons à signer massivement cette tribune pour soutenir nos revendications et mettre fin à l’injustice faite aux étudiants de l’IED.
Nos demandes sont claires : organiser sans délai une session de rattrapage, afin que tous les résultats académiques soient disponibles pour qu’un jury se tienne à temps pour nous permettre d’intégrer nos masters, et autres formations. Il en va de l’égalité des chances entre étudiants : les nôtres ne doivent pas être lésés par un calendrier aberrant. Nous demandons également la garantie écrite que plus aucun calendrier ne viendra entraver l’accès aux masters, aux bourses ou aux visas ; en un mot, que l’université respectera désormais la continuité de nos études. Enfin, nous attendons des mesures fortes pour remettre l’IED sur les rails. Une reprise en main ferme de cette composante s’impose, dès maintenant et pour les années à venir. Que ce soit par la présidence de Paris 8 elle-même ou via l’intervention du rectorat et du ministère, il faut rétablir un fonctionnement normal, démocratique et conforme au droit à l’IED. Le statu quo actuel n’est plus tenable : comme nous l’avons montré, il met en danger tant la santé mentale que l’avenir académique de milliers d’étudiants.
Nous adressons cette tribune à Monsieur le Président de l’Université Paris 8, à Monsieur le Recteur de l’Académie et à Madame la Ministre de l’Enseignement supérieur, dans l’espoir d’une réaction rapide et à la hauteur de l’urgence. Nous demandons une réponse sans délais, le silence vaudra complicité et inertie. Il est encore temps d’éviter le naufrage complet de l’IED et de recoller les morceaux d’une confiance bien entamée. Nous, étudiants de l’IED, sommes déterminés à sauver nos études. Nous resterons mobilisés et unis jusqu’à obtenir le respect de nos droits et la reconnaissance de notre dignité d’usagers du service public universitaire. Il en va de notre avenir, et de celui de l’université tout entière.
(Tribune initiée par les étudiants de l’IED – Université Paris 8, ouverte à signature par tous les membres de la communauté universitaire et soutiens)
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Pétition lancée le 22 mai 2025