Réponse à Barbara Butch, l'antisionisme n'est pas un crime.

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Le problème

Réponse à Barbara Butch, l’antisionisme n’est pas un crime.

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Barbara Butch,

 

Tu te présentes comme une femme de gauche, une DJ militante et une "love activist".

Permets-nous donc de te tutoyer.

À "gauche", nous devons pouvoir nous parler franchement, surtout lorsqu’il est question de colonialisme, de génocide et de répression.

Dans ta tribune publiée ce lundi (Barbara Butch et son avocate, Audrey Msellati : « L’antisionisme invoqué n’a été, à Grenoble, que le vêtement de l’antisémitisme », Tribune, Le Monde, 20 juillet 2026.), après que tu aies enfin décidé d’arrêter ton concert au Cabaret Frappé, tu affirmes que l’antisionisme n’aurait été, à Grenoble, que "le vêtement de l’antisémitisme".

Les personnes présentes témoignent de deux jets isolés, espacés de plusieurs minutes : une bouteille d’eau en plastique, puis une pinte de bière.

Les camarades présent·e·s sont immédiatement intervenu·e·s pour que cela cesse.

Bien avant ton passage, ce même groupe avait déjà insulté et menacé l’artiste Piche, tout en lançant des objets sur scène. Ni l’organisation du Cabaret Frappé, ni la sécurité, ni la police pourtant déployée en nombre n’ont réagi.

Au fil de la soirée, les camarades présent·e·s ont donc dû gérer seul·e·s la situation. Pourquoi personne n’est-il intervenu alors que les membres de ce groupe étaient clairement identifiables ?

Tu ignores qui sont les auteurs de ces deux gestes isolés et quelles étaient leurs motivations. Pourtant, tu t’en sers pour transformer des centaines de personnes mobilisées en "foule violente" et criminaliser l’ensemble de nos luttes.

Quant aux accusations d’insultes antisémites et LGBTphobes, elles sont contestées par les personnes présentes et ne reposent, à ce jour, sur aucun élément rendu public.

Mais le plus important est ailleurs. Tu ne réponds toujours pas sur le fond. Le tour de passe-passe est malhonnête.

Parce que tu es une personne de confession juive et que nous combattons tes positions sionistes, notre mobilisation serait nécessairement antisémite ?

Ce raisonnement ne protège pas les personnes de confession juive, au contraire. Il instrumentalise l'anti-sémitisme pour placer le sionisme à l’abri de la contestation.

Le sionisme n’est ni une religion, ni une origine, ni une identité naturellement attachée à la judéité.

C’est une idéologie politique, un projet colonial et un système matériel de domination. Comme toute idéologie, il peut être nommé, combattu et renversé.

Des Juif·ves ont toujours combattu le sionisme. Effacer leur histoire, c’est essentialiser toutes les personnes juives, les assigner à l’État d’Israël et les rendre collectivement responsables de ses crimes.

Cette confusion ne combat pas l’antisémitisme : elle en reprend la logique.

Nous ne nous sommes évidemment pas basé.es sur ta judéité pour "inventer" tes positions...

Nous ne t’avons pas désignée en raison de ce que tu es. Nous avons combattu ce que tu as choisi de faire.

Ce 12 juin 2025, tu te produisais dans la résidence de l’ambassadeur de France à Jaffa, à l’occasion du "mois des fiertés".

Pendant ce temps, après plus de deux mois de blocus total de l’aide alimentaire, Gaza était affamée et coupée du monde. Le Madleen venait d’être “intercepté”, des milliers de participant·es à la Marche mondiale vers Gaza étaient bloqué·es en Égypte et, le jour même, Israël lançait son offensive contre l’Iran. Le trafic aérien était interrompu, les aéroports fermaient pendant que les bombes pleuvaient.

Puis, en mars 2026, tu as signé une tribune en faveur de la loi Yadan 2, que tu présentes aujourd’hui comme une simple tribune "contre l’antisémitisme", alors qu’elle visait à criminaliser les luttes internationalistes et antisionistes.

Tu t’es ensuite récemment rétractée en affirmant ne pas avoir lu le texte. Mais qui peut sérieusement croire qu’on appose son nom sur une tribune aussi politique sans même en connaître le contenu ?

C’est ainsi que tu participes au pinkwashing. En te produisant à Jaffa au nom des fiertés, tu contribues à fabriquer l’image d’un territoire festif, "progressiste" et accueillant pour les personnes LGBTQIA+, comme si cette vitrine pouvait être séparée de la réalité coloniale qui l’entoure.

En soutenant la loi Yadan 2, tu participes à l’autre versant de cette opération, disqualifier et criminaliser celles et ceux qui refusent de détourner le regard.

Nos fiertés ne serviront jamais de caution à un État qui massacre, affame, enferme et colonise. Elles ne blanchiront jamais ses crimes.

Nous combattrons toujours l’antisémitisme, la lesbophobie, la grossophobie et toutes les violences réactionnaires qui te visent. Mais ces violences ne peuvent pas devenir un bouclier contre toute critique politique.

Être soi-même victime d’oppressions n’empêche pas, par ses choix politiques, de participer à l’oppression d’un autre peuple.

Tu tentes de placer sur le même plan le cyberharcèlement réactionnaire que tu as subi après les Jeux olympiques et la mobilisation anticolonialiste de Grenoble.

C’est, encore, une confusion obscène.

L’extrême droite s’en est prise à toi pour ton corps, ta judéité et ta lesbianité. Nous avons contesté des actes, des soutiens et des choix politiques précis.

Assimiler ces deux situations permet de faire disparaître le contenu de notre lutte et de présenter les antifascistes et les soutiens des luttes internationalistes en soutien au peuple Palestinien comme le miroir de celleux qu’iels combattent.

Notre antifascisme n’est pas à géométrie variable.

Nous ne combattrons pas l’extrême droite en France pour fermer les yeux sur l’extrême droite israélienne.

Nous ne dénoncerons pas le racisme ici pour accepter la déshumanisation des Palestinien.nes là-bas.

Nous ne défendrons pas les droits des personnes LGBTQIA+ pour qu’ils deviennent un argument publicitaire au service d’un État colonial.

Tu présentes le boycott comme une entreprise destinée à te faire disparaître. Mais tu n’as disparu de nulle part. Tu disposes de scènes, de réseaux, de soutiens institutionnels et maintenant d’une tribune dans les principaux médias du pays.

Ce que nous avons contesté, c’est ta présence dans un festival municipal, public et gratuit. Personne ne possède un droit naturel à être programmé, financé et applaudi sans contradiction.

Le boycott est un outil historique des luttes anticoloniales.

Il consiste à retirer notre argent, notre présence et notre consentement à celles et ceux qui contribuent à normaliser l’oppression. Réclamer une déprogrammation n’interdit à personne de créer.

Cela signifie qu’une collectivité, une salle ou un festival doit répondre politiquement de ses choix. Une programmation n’est jamais neutre. Elle sélectionne, légitime et offre une tribune.

Tu invoques la liberté artistique comme si elle imposait notre silence.

Mais la liberté de création n’est pas un privilège accordant aux artistes un droit sur toutes les scènes et sur tous les publics.

Elle n’abolit ni la liberté de critique, ni la liberté de manifester, ni celle de de militer symboliquement durant un événement politique et culturel.

Le public n’est pas un décor docile chargé de consommer ce qu’une institution a choisi pour lui.

Voilà ce que ta tribune cherche à imposer.

Ta parole serait une liberté et la nôtre une menace. Ta programmation serait un droit et notre boycott une censure. Ton engagement serait légitime et notre antisionisme une haine.

Derrière les grands mots sur la démocratie se dessine une "démocratie à sens unique", dans laquelle les institutions peuvent programmer qui elles veulent, mais où le peuple  emmené par les mouvements anticoloniaux devraient protester assez discrètement pour ne jamais déranger personne.

C’est ainsi que se construit la criminalisation de l’antisionisme.

On commence par le présenter comme un antisémitisme honteux.

On transforme ensuite chaque slogan, chaque affiche et chaque boycott en indice de “radicalisation”.

 

Puis vient tout l’arsenal répressif :


les procédures-bâillons,

les convocations,

les gardes à vue,

les perquisitions,

les saisies de matériel,

la surveillance,

le fichage,

les amendes,

les contrôles judiciaires,

les assignations à résidence,

les interdictions de manifester,

la fermeture de lieux militants,

la prison,

les dissolutions de collectifs...

 

Et, toujours, de nouvelles lois d’exception...

La proposition Yadan (1 et 2) participe de cette offensive.

Ta tribune lui prépare déjà une suite, une "loi Yadan 3" destinée à faire taire celles et ceux qui refusent d’abandonner la Palestine.

Cette confusion entretenue affaiblit la lutte contre l’antisémitisme.

Si toute critique de l’État d’Israël devait être assimilée à de l’antisémitisme, comment identifier et combattre les agressions, les discriminations, les violences, les discours et politiques visant des personnes en raison de leur appartenance, vraie ou supposée, à la religion juive ?

En associant, en assimilant systématiquement les personnes de confession juive à Israël, tu reproduis toi-même l’assignation que tu prétends combattre.

Nous refusons qu’elles soient rendues comptables des crimes de l’entité sioniste, comme nous refusons que cette entité prétende agir en leur nom.

Notre antisionisme n’est pas une haine dissimulée. Il est anticolonial, antiraciste, antifasciste et internationaliste.

Il affirme qu’aucun “peuple” ne construit sa liberté sur l’expulsion, l’enfermement ou l’effacement d’un autre. Il porte l’exigence d’une Palestine libérée et souveraine, de la mer au Jourdain où toutes et tous pourront vivre avec les mêmes droits.

L’antisémitisme est un crime. L’antisionisme est un combat politique. Tu peux le contester. Tu ne le transformeras pas en délit.

Nous ne laisserons personne utiliser nos espaces de fête pour appliquer un vernis progressiste aux crimes de l’entité sioniste visant à faire disparaître la Palestine.

Aucun drapeau arc-en-ciel, aucun discours sur l’amour et aucune mise en scène inclusive ne feront disparaître les ruines de Gaza, la famine organisée, les familles décimées et les corps ensevelis partout en Palestine.

Quel progressisme pourrait faire oublier qu’un projet visant à placer des crocodiles autour de prisons détenant des Palestinien.nes est désormais envisagé ? Quel discours sur l’amour pourrait recouvrir la marche vers Gaza menée par des ministres et des colons réclamant sa recolonisation ?

Pendant ce temps, en France, c’est encore à nous de nous justifier à cause de toi.

Nous devons une nouvelle fois expliquer que défendre la Palestine ne signifie pas haïr les personnes de confession juive, que combattre le sionisme ne signifie pas combattre une religion et que dénoncer un État ne signifie pas s’en prendre à un peuple.

Alors que la normalisation du génocide là-bas encourage l’installation de l’extrême droite ici, de par la banalisation du supremacisme, de l’apartheid et de la militarisation de la société nous sommes toustes responsables

Tout cela au moment même où le Front National envisage un référendum visant à “faire tomber” le port du voile dans l’espace public, tout en comparant l’islam au nazisme.

Au même moment ou un adolescent de 21ans mets fin à ses jours à 60km de Grenoble après avoir enduré des années de harcèlement, humiliations, insultes raciste...

Au même moment, ou l’Assemblée nationale criminalise les fêtes, les jeunesses et la vie elle-même à coups de violences et de répression, avec la loi RIPOSTE.

Et dans le même élan sécuritaire, elle donne un permis de tuer aux prétendues « forces de l’ordre ».

En choisissant de frapper « ton camp », tu participes à déplacer la cible et à désarmer celles et ceux qui devraient combattre ensemble l’offensive réactionnaire.

 

Voilà ce dont tu te rends politiquement complice.

 

Rien n’effacera
les images de la Palestine.

 


Jamais ne s’éteindront
les larmes et la colère.

 


Rien ne nous fera renoncer
à notre solidarité avec le peuple palestinien.

 


Vive la Palestine libre,
de la mer au Jourdain.

 

 

 

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Premier·es signataires :

 

- Action Collective Antifasciste Valence (26)

- Action Nivernaise Antifasciste et Rurale (58)

- AFA39 – Jura Antifasciste (39)

- AFA Annecy (74)

- AFA Annemasse (74)

- AFA Felger (35)

- AFA Grenoble (38)

- AfroQueer Revolution-R (13)

- Agorae

- Auber Deter (93)

- Banlieues Antifascistes & Populaires (93–94)

- CNAQ – Collectif Nîmois Antifasciste et Queer (30)

- Front Social Antifasciste (67–75)

- Gentilly Antifasciste Antiraciste (94)

- Metz Antifasciste (57)

- No Pasaran 84 (84)

- Òai e Libertat

– Nîmes Antifasciste (30)

- Orléans Riposte Antifasciste (45)

- Riposte Antifasciste Marseille (13)

- Riposte Populaire

- RPGP - Riposte Populaire Grand Paris (75)

- Rouen Antifasciste (76)

- Sabaudia Antifasciste (73–74)

- STUCS - CNT-SO - Syndicat des travailleur·euses uni·es de la culture et du spectacle

- Tours Antifa (37)

- Unité Rouge (07–26–38)

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Les organisations, collectifs, associations et syndicats qui le souhaitent sont invités à se joindre à notre texte, via le formulaire ci-dessous, afin de faire front ensemble et de porter une réponse unitaire et internationaliste contre la criminalisation des luttes antisionistes.


De Grenoble à Gaza, solidarité !

https://framaforms.org/signer-reponse-a-barbara-butch-lantisionisme-nest-pas-un-crime-1784985905


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✊ Cet appel et cette pétition sont portés par Riposte Populaire, dans la volonté de construire une riposte antifasciste, antiraciste et anti-impérialiste large, populaire et unitaire.


➡️ ripostepopulaire.fr

 

 

 

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