NON AU TRI DES ENFANTS .... en pédopsychiatrie

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Pédopsychiatrie : NON AU TRI DES ENFANTS

 

Le constat fut unanime et la dégradation du système de santé reconnue.

Devant les restrictions ayant frappé l’hôpital depuis des lustres, il fut souligné que la psychiatrie était naufragée … Elle avait souvent servi de variable d’ajustement à des politiques gestionnaires par trop aveugles.

En son sein, les manques les plus criants concernait la pédopsychiatrie « déshéritée parmi les déshéritées ».

La pandémie est passée par là, avec sa dérégulation de nos vies confinées.

Elle a mis en évidence, en les exacerbant, tous les écueils que peuvent rencontrer tant de jeunes, pris dans des contextes inédits, incertains et anxiogènes.

Ces difficultés, les équipes de psychiatrie y sont familiarisées : au sein de structures débordées, elles les accueillent, tous les jours, et constatent leur incidence croissante.

 Les troubles anxieux modérés mais aussi sévères, les phobies (dont la phobie scolaire), les addictions les plus diverses, les troubles alimentaires, les difficultés d’apprentissage peuplent nos salles d’attente.

C’est aussi vers la psychiatrie, sanitaire comme médico-sociale, que sont orientés ces enfants en désarroi, présentant de graves troubles de l’attachement et de la personnalité, suivis par les services sociaux (ASE), dans des parcours existentiels chaotiques alternant institutions diverses, foyers de vie et familles d’accueil.

 

Par ailleurs depuis plusieurs années, on note la multiplication des dépressions, jusqu’alors rares, du jeune enfant (soulignée par l’OMS). Pour leur part, l’ensemble des professionnels se montrent de plus en plus attentifs aux signes précoces de ce qui pourrait devenir une psychose grave de l’adulte, schizophrénie ou troubles bi polaires.

 

L’ensemble de ses complications très diverses rencontrés par les jeunes, met en situation plus que tendue les équipes chargées de les recevoir CMP comme CMPP[1] qui, vu l’exiguïté de leurs moyens, tentent de prioriser les cas les plus urgents tout en assurant les soins medico psychologiques de tous.

 

Dans ce contexte de pénurie, l’ARS de Nouvelle Aquitaine, a élaboré un véritable plan de reconversion de ses 29 CMPP en plateformes de diagnostic précoce pour l’autisme .

Il n’est pas ici question de critiquer l’intention :

On sait que, dans ce type de troubles, plus le diagnostic est précoce, plus les possibilités d’aide sont larges, et qu’il est indispensable de démarrer tôt la prise en charge. Le problème est récurrent, et a provoqué tant de colère et de frustration légitime pour leur famille.

Cette démarche est nécessaire pour soulager les proches, initier un parcours de vie le plus acceptable, et tenter d’enrayer les pertes de chances qu’accumulent ces enfants.

Cela nécessite un réel effort de l’État, malgré, les succès toujours relatifs, des plans autisme depuis 15 ans.

 

Avec un doigté souvent relevé dans les agissements de certaines ARS, ce projet a été élaboré sans aucune concertation ni avec les professionnels, ni avec les populations des territoires concernés et leurs élus.

La brusquerie de la démarche est inédite et va engendrer des ruptures de soins en cascade : certaines équipes ont ainsi été « sommées » de mettre fin aux traitements de leurs actuels patients dans un délai …de trois mois !

Quelle autre spécialité médicale accepterait de se voir ainsi dicter la conduite de sa pratique par une lointaine instance administrative.

Que fait-on des 60 000 enfants de cette région, actuellement suivis pour des difficultés psychologiques et psychiques, et de ceux tout aussi nombreux qui attendent un début de traitement ?

 

Ceux-ci, disposaient jusque-là, sur l’ensemble de la région, malgré les manques chroniques, de traitements   pluridisciplinaires de proximité, accessibles à tous et pris en charge par l’Assurance Maladie.

Dans son « cahier des charges » imposé aux CMPP, l’ARS évacue la question, les taxant fallacieusement de « cas légers » et les renvoyant soit vers un secteur libéral quasi inexistant, soit vers les structures d’aide des écoles (RASED) démantelées depuis plusieurs années et inadaptées à ce type de prise en charge.

Un des CMPP, lui, est directement fermé, ses moyens redéployés en d’autres lieux, pour diagnostiquer exclusivement d’autres pathologies et une autre population … les familles locales apprécieront.

 

Tenter d’accaparer ainsi un dispositif efficient pour une catégorie des jeunes, menacés psychiquement, scolairement et socialement est une facilité hautement injuste car délaissant sciemment cette population tout aussi vulnérable que les enfants pour lesquels on craint une évolution autistique.

Tous doivent nous soucier !

 

On peut se demander pourquoi ces (très) nombreux enfants, se retrouvent ainsi abandonnés, au profit d’autres jeunes, minoritaires, mais porteurs de troubles plus « ciblés ».

La réponse est probablement à chercher dans leur manque de lisibilité pour les pouvoirs publics.

Par la grande variété des pathologies concernées, par le peu d’action collective les soutenant, les jeunes présentant des troubles psychiques pourtant invalidants sont devenus des « invisibles », notamment aux yeux du Secrétariat d’État aux Handicapés.

A l’opposé les familles d’autistes, bien constituées en de solides associations (certains peuvent contester leurs méthodes, mais surement pas leur pugnacité et leur légitimité) y sont fort influentes.

Peut-être que nous, parents, professionnels, enseignants ou citoyens, n’avons pas su faire entendre que tous nos jeunes peuvent souffrir de façons très diverses, que nous devons les accompagner et que nous n’avons en aucun cas à avaliser un tri parmi les détresses.

Nous refusons le modèle de l'ARS Nouvelle Aquitaine et nous nous opposerons à sa généralisation !

C’est à la République de ne pas discriminer entre ses enfants, surtout quand ils ont besoin de son soutien actif.

C’est la mission de l’État et de ses représentants, en concertation avec professionnels, associations, populations et élus de ne pas déshabiller les uns pour tenter de vêtir les autres, et en dernier ressort de n’en laisser aucun « sur le carreau »

 

Tribune parue dans Lbération le 8 juillet 2020

 

[1] CMP : Centre Médico Psychologique gestion hospitalière inscrit dans le secteur sanitaire

CMPP Centre Médico Psycho Pédagogique à gestion associative inscrit dans le secteur médico social