Pour que DataGueule retire leur vidéo «Santé mentale : La came isole» et leur fakenews


Pour que DataGueule retire leur vidéo «Santé mentale : La came isole» et leur fakenews
Le problème
Le 13 décembre 2019, France Télévision, chaîne publique française, a diffusé sur Internet, les réseaux sociaux et à la télévision le documentaire «Santé mentale : La came isole» de Data Gueule. DataGueule est une émission de télévision et une websérie à publication variable diffusée depuis juin 2014 sur France 4 ainsi que sur YouTube, Dailymotion et PeerTube. L’émission propose des vidéos d’animation traitant de l’actualité sur un mode ludique, et condensé dans un but didactique. Les 5 premières minutes du reportage évoquent la problématique de la santé mentale et de la médication.
Certaines informations diffusées par les journalistes de Data Gueule sont fausses et relèvent de la désinformation auprès du grand public, elles sont susceptibles de mettre en danger la vie d'autrui.
Le psychiatre Jean-Baptiste Alexanian a publié une vidéo sur sa chaîne YouTube, a relevé toutes les fakenews du documentaire https://www.youtube.com/watch?v=TnESeQFB7NM&t=2s et les a enrichies d’études scientifiques* sérieuses, d’un très haut niveau d’expertise.
Nous avons signalé à Data Gueule qu’ils s’étaient trompés et qu’ils devaient revoir leur copie. Data Gueule a fait ensuite un communiqué ** sous leur vidéo Youtube et sur Facebook le 16 décembre 2019.
Restant sur leurs positions, ne souhaitant pas admettre leurs erreurs et le danger que leur discours pouvait induire auprès du grand public, nous les avons saisis auprès du CSA.
A ce jour, nous n’avons aucune réponse ni de la part du CSA ni de Data Gueule malgré les signalements et les commentaires des internautes. Il nous paraît important d’ajouter que Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’université de Paris, Président des médeçins des hôpitaux de Paris a twitté le 15 décembre 2019: «Vidéo portée par France Télévisions mélange complotisme, incompétence, mépris de la psychiatrie, irrespect des patients. Une forme raffinée de méconnaissance des troubles mentaux. Oserait-on attaquer autant les anti-cancéreux ?».
Nous demandons au CSA que le documentaire «Santé mentale : La came isole» soit retiré de toutes les plateformes de visionnage (Internet et télévision) et ainsi de leur faire reconnaître publiquement qu'il y a beaucoup d'erreurs dedans.
Nous demandons à ce qu'elle soit retirée car il est bien trop grave et très dangereux de donner de fausses informations au grand public par le service public sur un sujet aussi sensible que la maladie mentale et les médicaments.
Signez cette pétition, la presse ne doit pas informer le grand public sans avoir fait au préalable une analyse rigoureuse, approfondie et sérieuse de son sujet. Ce n'est ensuite pas éthique que de faire la politique de l'autruche et ainsi mépriser les spectateurs.
* Les éléments d’appréciation concernant ce reportage par le psychiatre Jean-Baptiste Alexanian
1. « La came isole » (selon eux) avec un logo de médicament montre qu’ils font un lien entre traitements et drogue
(de la « came »). Il y a aussi le jeu de mots avec « camisole »
sous-entendu « camisole chimique » avec le logo du médicament. Cela est suffisant pour mettre en danger des personnes prenant un traitement psychotrope.
2. « Si les symptômes sont dans la tête, les bénefs sont dans la poche » : Typique d’une rhétorique de théorie du complot.
3. « Dont la source pourrait être dans la chimie du cerveau » : cela laisse entendre que ce n’est pas prouvé et laisse donc entendre que des traitements qui agissent sur la chimie du cerveau ne seraient donc pas forcément adaptés, puisqu’on n’en serait pas sûrs. Or, on en est certains. C’est un des éléments majeurs des troubles psychiques.
4. « Les troubles mentaux seraient dûs à des déséquilibres chimiques dans le cerveau ». Idem supra, le conditionnel suspicieux.
5. « Adieu parole, bonjour pilule » : laisse entendre que les psychiatres ou la psychiatrie ont abandonné la relation avec le patient, la parole, la discussion, la bienveillance. C’est évidemment une fausse information tant dans les recommandations que dans les pratiques.
6. « Qui dit pathologie listée dit vente assurée » : laisse entendre que les psychiatres « inventent » des pathologies pour les faire rentrer dans les classifications pour ensuite que des traitements pour ces pathologies soient remboursées et que les « bénef so(ie)nt dans la poche » comme ils disent… L’exemple de l’impuissance ou des troubles prémenstruels démontre ce complotisme associé a du sensationnalisme et au côté aguicheur…
7. « un très flou trouble dysphorique prémenstruel » : Le « très flou » est là pour vous convaincre que ça n’a rien de réel et que c’est inventé pour faire des « ventes assurées », comme ils disent…
8. Concernant les dépressions légères, ci-après un article qui démontre le bon rapport bénéfice/risque de ces traitements dans les dépressions modérées c’est parfaitement faux, c’est un biais méthodologique qui nous a fait croire que c’était peut-être le cas. Un très bon article publié dans un des plus grands journaux au monde de médecine explique parfaitement cela (Lancet Psychiatry 2019, Published Online, July 11, 2019, http://dx.doi.org/10.1016/S2215-0366(19)30216-0 je cite :
a. « The use of an outcome measure that includes symptoms that rate low at baseline in patients with non-severe depression might result in the interpretation that SSRIs are ineffective in these patients. With respect to alleviation of HDRS-6 items, SSRIs appear to be as effective in patients with non-severe depression as in those with severe depression. »
b. Ce que dit le « reportage » est donc simplement faux.
9. « On est loin de la preuve irréfutable d’efficacité », cette phrase est scientifiquement fausse, met le doute aux personnes prenant un traitement ou s’apprêtant à le prendre sur les conseils d’un professionnel, d’un médecin. Cela représente une mise en danger de la vie de personnes vulnérables. A moins que le journaliste soit mieux qu’une revue de la littérature scientifique avec méta-analyse de l’efficacité des traitements, il devrait s’abstenir de diffuser de fausses informations de nature à faire peur aux gens. Je cite cette étude publié dans le LANCET (DOI:https://doi.org/10.1016/S0140-6736(17)32802-7 :
a. « All antidepressants were more efficacious than placebo in adults with major depressive disorder. »…
b. Ce que dit le « reportage » est donc simplement faux, il y a des preuves irréfutables d’efficacité des antidépresseurs.
10. « Le risque de dépendance, de malformation fœtale ou, au hasard (sic), la levée de l’inhibition qui peut conduire à des tendances suicidaires, notamment chez les adolescents, tiens donc (sic) ». Concernant les risques liés aux antidépresseurs, une excellente méta analyse très récente (2019) et publié dans un très grand journal (JAMAPsychiatry.doi:10.1001/jamapsychiatry.2019.2859) ne semble pas être de l’avis du journaliste… je cite l’étude :
a. « Convincing evidence emerged from both main and sensitivity analyses for the association between antidepressant use and risk of suicide attempt or completion among children and adolescents, autism spectrum disorders with antidepressant exposure before and during pregnancy, preterm birth, and low Apgar scores. None of these associations remained supported by convincing evidence after sensitivity analysis, which adjusted for confounding by indication. »
b. « This study’s findings suggest that most putative adverse health outcomes associated with antidepressant use may not be supported by convincing evidence, and confounding by indication may alter the few associations with convincing evidence. »
c. Il n’y a pas de dépendance aux antidépresseurs, il y a par contre des gens qui, quand ils arrêtent le traitement, rechute, comme pour le doliprane, pour les traitements du diabète, de l’asthme ou des infections. Ça ne s’appelle pas une dépendance.
d. Il n’y a pas de risques de malformation fœtale liés à la prise des antidépresseurs les plus prescrits en France selon le CRAT, Centre de REFERENCE sur les agents tératogènes… rien que cela. A moins que le journaliste soit plus compétent que le centre de référence, le CRAT s’impose en termes d’information aux patientes concernées.
i. PAROXETINE : https://lecrat.fr/spip.php?page=article&id_article=1
ii. CITALOPRAM : https://lecrat.fr/spip.php?page=article&id_article=2
iii. SERTRALINE : https://lecrat.fr/spip.php?page=article&id_article=11
iv. FLUOXETINE : https://lecrat.fr/spip.php?page=article&id_article=8
11. « Et elles se vendent » : comme si c’était un argument scientifique. Rappelons que l’écrasante majorité des antidépresseurs prescrits en France le sont sous forme générique, qui rapportent beaucoup moins aux laboratoires.
12. « Considérer que les troubles psychiques sont d’ordre biologique nous amène à considérer les personnes touchées comme des malades, fondamentalement différentes de nous, comme si le faussé entre normal et anormal était encodé dans nos gènes dérangeant non ».
a. Concernant l’expérience rapportée avec des images violentes de choc électrique sur des bonhommes qui manifestement en souffrent, elle laisse entendre que les médecins qui traitent leurs patients en considérant qu’ils souffrent d’un trouble avec une composante biologique sont plus susceptibles de les maltraiter.
b. Considérer que les personnes qui souffrent de dépression souffrent en partie d’un problème biologique c’est au contraire ne pas les culpabiliser ou les stigmatiser…
c. Concernant le fait de trouver dérangeant que les troubles psychiques aient une composante génétique (« dans nos gènes ») c’est typiquement de la psychophobie car la schizophrénie, le trouble bipolaire, le trouble du spectre de l’autisme, le TDAH sont des troubles TRÈS TRÈS majoritairement explicables par la génétique. Cela n’a rien de dérangeant sauf si on est psychophobe….
13. « La pression commerciale des laboratoires » : typique d’une rhétorique du complot.
14. « 30% des personnes vivants dans la rues présentent des troubles psychiques », encore une fois, une fausse information dont l’objectif est de démontrer que les soignants ne s’occupent pas des précaires (je cite : « Nous surmédicamentons les troubles les plus faibles, les marchés les plus rentables, et nous abandonnons progressivement ceux et celles qui en ont le plus besoin »), en fait, selon une étude qui est une méta analyse des SDF allemand, c’est en fait 2/3 voir plus de SDF souffrant d’un trouble psychiatrique… The Prevalence of Mental Illness in Homeless People in Germany (DOI: 10.3238/arztebl.2017.0665), je cite :
a. « The pooled prevalence of axis I disorders was 77.4%, with a 95% confidence interval [95% CI] of [71.3; 82.9]. Substance-related disorders were the most common type of disorder, with a pooled prevalence of 60.9% [53.1; 68.5]. The most common among these was alcoholism, with a prevalence of 55.4% [49.2; 61.5]. There was marked heterogeneity across studies. »
15. « rééquilibrer la balance entre pilule et paroles » : encore une fois, le terme dénigrant de pilule et le sous-entendu que les professionnels ne parlent pas assez avec leurs patients.
Au total, presque tout dans la présentation est faux et presque tout ce qui est faux est de nature à créer un trouble significatif chez les gens prenant ou susceptible de prendre un traitement antidépresseur prescrit par leur médecin. Par la très large diffusion de cette vidéo, il est fort probable que statistiquement des personnes arrêtent leur traitement à la suite de cette vidéo. Cette vidéo doit être supprimée de tous les supports et une autre vidéo doit être diffusée avec des informations scientifiquement valables en rappelant également le lien essentiel entre le médecin et son patient."
** la réponse de DataGueule
"#Santé mentale et débat serein
Bien l’bonjour !
Il semblerait que notre dernier épisode en date, intitulé “Santé Mentale : la came isole” (https://youtu.be/cnPVDDPMsK8 ait réveillé quelques querelles apparemment sensibles. Ça tombe bien, c’est en partie le sujet de cet épisode.
Nous n’avons pas pour habitude de prendre part aux échanges qui font vivre un sujet dans les commentaires et sur les différents réseaux après la mise en ligne de nos épisodes. La raison est simple : nous ne sommes pas là pour asséner des vérités mais partager des questionnements et tenter de susciter des échanges. Comme nous l’avons déjà expliqué (https://youtu.be/woqwcjmrMHw pour chaque sujet que nous traitons, nous menons des recherches, nous en tirons un épisode que nous partageons en même temps que nos sources. Une façon de dire “Voilà ce que nous avons compris de cette question. Voilà ce qui nous a interrogé sur ce sujet. À vous d’en discuter et de vous faire votre opinion.” Nous ne sommes donc pas à l’abri d’erreurs, nous ne cherchons pas la perfection mais le questionnement, qui est à l’opposé des certitudes.
Voilà 91 épisodes que ça dure et une fois de plus ici, un débat riche et complexe naît autour de cet épisode. Il y a des échanges passionnés et passionnants entre de nombreuses personnes - personnel soignant, malades, proches… - qui ne prennent pas ces 15 minutes autour de la santé mentale pour parole d’évangile mais qui se forgent un avis en comparant leurs expériences intimes, leurs lectures et les discussions avec d’autres dans ces espaces numériques ou ailleurs.
Mais, une fois n’est pas coutume, cet épisode fait l’objet de critiques virulentes où l’on nous reproche pêle-mêle : de mentir délibérément, d’alimenter les théories du complot (sujet sur lequel on a pourtant fait un épisode (https://youtu.be/Z9uDmY-aj64 assez clair il y a quatre ans) et de mettre en danger la vie d’autrui. Dont acte. Il n’est plus question ici de débat sain et utile socialement mais d’une attaque ciblée et diffamante à laquelle nous avons choisi de répondre. En partie. En partie car notre but n’est pas et n’a jamais été de creuser des tranchées pour alimenter des guerres stériles.
Ces critiques émanent principalement de psychiatres qui ont regardé notre épisode avec un premier biais majeur : ils/elles sont convaincu·e·s qu’il est à charge contre leur profession. C’est faux. Factuellement, nous ne mentionnons aucune profession issue des personnels soignant liés aux questions de santé mentale dans cet épisode. Pas de psychiatre, ni de psychologue, ni de médecin, ni de psychotérapeuthe, personne. C’est normal : il n’a jamais été question de les mettre en cause. Mieux : sur les deux tiers de l’épisode - soit prêt de dix minutes - nous laissons la parole à Mathieu Bellahsen, psychiatre toujours en poste.
Et voilà un second biais qui apparaît : les critiques violentes qui nous sont adressées le sont en se basant uniquement sur le seul premier tiers de la vidéo : ce que l’on appelle le motion design. Comme si un patient, décidait de ne se conformer qu’à un tiers de sa prescription médicale, ou que vous jugiez un livre de cent pages en vous arrêtant aux trente premières. Ça n’a pas vraiment de sens. Un épisode de Datagueule est le fruit d’une écriture multiple comprenant un motion design suivi d’une interview. Ça n’est pas un hasard : l’écriture spécifique du motion design ne permet pas toutes les nuances que l’on souhaiterait avoir sur un sujet mais il permet de poser une problématique. Les nuances émergent ensuite grâce à l’interview où cette parole non scriptée ajoute de la complexité et de la profondeur sur le sujet posé. Or ces 10 minutes d’interview de Mathieu Bellahsen, celles et ceux qui sont si généreux en reproches n’ont pas pris la peine de les commenter. C’est dommage.
Dommage car ce psychiatre en poste donc, y explique clairement qu’il prescrit des antidépresseurs et qu’ils peuvent être utiles. Et nous voilà sur le troisième reproche radical qui nous est adressé : avec cet épisode, nous inciterions les patient·e·s à stopper leurs traitements et ainsi nous mettrions la vie d’autrui en danger. Ce qui est donc faux. À aucun moment de l’épisode nous ne disons qu’il faut se passer totalement des médicaments sur les questions de santé mentale. Cela serait aussi idiot qu’absurde. Mieux : Mathieu Bellahsen formule clairement que les médicaments peuvent être utiles et dans le motion design, nous écrivons : “Pour les maladies psychiatriques sévères, les médicaments découverts dans les années 60 offrent de vrais résultats”. On n’est loin d’une récusation en règle de toute forme de médication.
Nous arrivons au coeur du sujet de cet épisode : questionner les traitements chimiques en matière santé mentale. Ce qui ne veut pas dire vouloir les faire disparaître. Cela veut juste dire : les questionner. Ni plus, ni moins. Voilà le sujet que nous avons voulu aborder et, au vu des échanges dans les commentaires, c’est bien ce qu’y ont vu une grande majorité de celles et ceux qui ont visionné l’épisode et qui ont choisi de participer aux discussions. Apparemment, il s’agit bien d’une question qui passionne du monde, personnel soignant comme patient·e·s.
Comme le dit Mathieu Bellahsen, cette question nous semble être un enjeu démocratique auquel tout le monde doit pouvoir participer : personnels soignants mais aussi malades, proches, citoyennes et citoyens car nous pouvons toutes et tous être concerné·e·s par cette question. Or, à écouter celles et ceux qui en appellent au CSA pour faire retirer purement et simplement cet épisode, seul·e·s les psychiatres devraient avoir voix au chapitre. Nous ne sommes pas de cet avis (ce qui ne nous empêche pas de donner la parole pendant la majeure partie de notre épisode à un psychiatre, bis).
Enfin, dernier point : nous serions des menteur·euse·s et des colporteur·euse·s de “fake news” (attention, ce terme popularisé par l’administration Trump n’est pas le plus précis qui soit. En matière de désinformation, la réalité est plus complexe qu’un slogan, cf par là : https://is.gd/LDQnM3 Le souci étant que notre motif supposé pour colporter ces “fake news” serait que l’on voudrait imposer une certaine théorie: tous les médicaments sont néfastes en matière de santé mentale. Ce qui n’est donc pas le cas, cf supra. La motivation supposée étant fausse, il y a de fortes chances pour que les accusations de mensonges soient abusives.
Quels mensonges ? Nous écrivons par exemple : “En 1980, dans le DSM-III, c'est l'approche neurobiologique qui prend le dessus : les troubles mentaux seraient dus à des déséquilibres chimiques du cerveau”. Or, il nous est reproché que personne n’a jamais dit que les troubles mentaux seraient uniquement dus à des déséquilibre chimiques du cerveau. Ça tombe bien, personne ne l’a dit et nous non plus. Cela dit, nous avons effectivement laissé une approximation dans cette phrase si elle est prise hors contexte. Nous aurions pu écrire : “En 1980, dans le DSM-III, c'est l'approche neurobiologique qui prend le dessus : les troubles mentaux seraient principalement dus à des déséquilibres chimiques du cerveau”. Dont acte. Malgré tout, si l’on remet la phrase dans son contexte (c’est-à-dire l’épisode dans son intégralité pas uniquement les cinq premières minutes) et que l’on ne part pas du principe qu’il s’agit d’un épisode à charge contre la médecine (ce qui est toujours faux), on peut percevoir que ce “mensonge” n’en n’est pas un. Par ailleurs, si la question de l’évolution des perceptions des maladies mentales et de la façon de les traiter vous intéresse, parmi les sources que nous avons consulté (dispo sur notre Wiki comme à notre habitude : https://frama.link/WcvDcWqr cet article nous a particulièrement frappé (https://is.gd/oQAZF9 Il est bien évidemment bien plus complexe et riche qu’un motion design de cinq minutes, libre à chacun·e de le lire intégralement et de se faire son idée.
Autre exemple : “Qui dit pathologie listée, dit médicament remboursé et donc ventes assurées”. Là encore, on nous reproche une “fake news”, notamment sous le prétexte que cela n’est en rien le parcours d’un médicament depuis sa fabrication jusqu’à sa mise sur le marché puis sa prescription potentielle. Sauf qu’une fois de plus, ce n’est absolument pas ce que nous avons écrit. Nous écrivons que le fait d’avoir un médicament qui répond à une pathologie listée dans le DSM, ouvre la possibilité au remboursement. Ce qui est bien le cas, notamment aux États-Unis. Par contre, il est tout à fait juste qu’avant de pouvoir être prescrit, un médicament doit disposer d’une AMM, une Autorisation de Mise sur le Marché, conditionnée à des études cliniques. Nous avions même prévu de faire un paragraphe sur les mécanismes des AMM appliqués aux questions de santé mentale car ça le mérite, tant les dérives sont problématiques. Malheureusement, ne pouvant pas faire un motion design de huit minutes pour des questions de coûts, nous sommes obligés de faire des choix. Nous avons donc décidé de laisser cette enjeu des AMM de côté mais pour celles et ceux que ça intéresse, voici un article passionnant et documenté sur le sujet, issu de la revue spécialisée Prescrire (https://is.gd/CxTKLp"
Le problème
Le 13 décembre 2019, France Télévision, chaîne publique française, a diffusé sur Internet, les réseaux sociaux et à la télévision le documentaire «Santé mentale : La came isole» de Data Gueule. DataGueule est une émission de télévision et une websérie à publication variable diffusée depuis juin 2014 sur France 4 ainsi que sur YouTube, Dailymotion et PeerTube. L’émission propose des vidéos d’animation traitant de l’actualité sur un mode ludique, et condensé dans un but didactique. Les 5 premières minutes du reportage évoquent la problématique de la santé mentale et de la médication.
Certaines informations diffusées par les journalistes de Data Gueule sont fausses et relèvent de la désinformation auprès du grand public, elles sont susceptibles de mettre en danger la vie d'autrui.
Le psychiatre Jean-Baptiste Alexanian a publié une vidéo sur sa chaîne YouTube, a relevé toutes les fakenews du documentaire https://www.youtube.com/watch?v=TnESeQFB7NM&t=2s et les a enrichies d’études scientifiques* sérieuses, d’un très haut niveau d’expertise.
Nous avons signalé à Data Gueule qu’ils s’étaient trompés et qu’ils devaient revoir leur copie. Data Gueule a fait ensuite un communiqué ** sous leur vidéo Youtube et sur Facebook le 16 décembre 2019.
Restant sur leurs positions, ne souhaitant pas admettre leurs erreurs et le danger que leur discours pouvait induire auprès du grand public, nous les avons saisis auprès du CSA.
A ce jour, nous n’avons aucune réponse ni de la part du CSA ni de Data Gueule malgré les signalements et les commentaires des internautes. Il nous paraît important d’ajouter que Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’université de Paris, Président des médeçins des hôpitaux de Paris a twitté le 15 décembre 2019: «Vidéo portée par France Télévisions mélange complotisme, incompétence, mépris de la psychiatrie, irrespect des patients. Une forme raffinée de méconnaissance des troubles mentaux. Oserait-on attaquer autant les anti-cancéreux ?».
Nous demandons au CSA que le documentaire «Santé mentale : La came isole» soit retiré de toutes les plateformes de visionnage (Internet et télévision) et ainsi de leur faire reconnaître publiquement qu'il y a beaucoup d'erreurs dedans.
Nous demandons à ce qu'elle soit retirée car il est bien trop grave et très dangereux de donner de fausses informations au grand public par le service public sur un sujet aussi sensible que la maladie mentale et les médicaments.
Signez cette pétition, la presse ne doit pas informer le grand public sans avoir fait au préalable une analyse rigoureuse, approfondie et sérieuse de son sujet. Ce n'est ensuite pas éthique que de faire la politique de l'autruche et ainsi mépriser les spectateurs.
* Les éléments d’appréciation concernant ce reportage par le psychiatre Jean-Baptiste Alexanian
1. « La came isole » (selon eux) avec un logo de médicament montre qu’ils font un lien entre traitements et drogue
(de la « came »). Il y a aussi le jeu de mots avec « camisole »
sous-entendu « camisole chimique » avec le logo du médicament. Cela est suffisant pour mettre en danger des personnes prenant un traitement psychotrope.
2. « Si les symptômes sont dans la tête, les bénefs sont dans la poche » : Typique d’une rhétorique de théorie du complot.
3. « Dont la source pourrait être dans la chimie du cerveau » : cela laisse entendre que ce n’est pas prouvé et laisse donc entendre que des traitements qui agissent sur la chimie du cerveau ne seraient donc pas forcément adaptés, puisqu’on n’en serait pas sûrs. Or, on en est certains. C’est un des éléments majeurs des troubles psychiques.
4. « Les troubles mentaux seraient dûs à des déséquilibres chimiques dans le cerveau ». Idem supra, le conditionnel suspicieux.
5. « Adieu parole, bonjour pilule » : laisse entendre que les psychiatres ou la psychiatrie ont abandonné la relation avec le patient, la parole, la discussion, la bienveillance. C’est évidemment une fausse information tant dans les recommandations que dans les pratiques.
6. « Qui dit pathologie listée dit vente assurée » : laisse entendre que les psychiatres « inventent » des pathologies pour les faire rentrer dans les classifications pour ensuite que des traitements pour ces pathologies soient remboursées et que les « bénef so(ie)nt dans la poche » comme ils disent… L’exemple de l’impuissance ou des troubles prémenstruels démontre ce complotisme associé a du sensationnalisme et au côté aguicheur…
7. « un très flou trouble dysphorique prémenstruel » : Le « très flou » est là pour vous convaincre que ça n’a rien de réel et que c’est inventé pour faire des « ventes assurées », comme ils disent…
8. Concernant les dépressions légères, ci-après un article qui démontre le bon rapport bénéfice/risque de ces traitements dans les dépressions modérées c’est parfaitement faux, c’est un biais méthodologique qui nous a fait croire que c’était peut-être le cas. Un très bon article publié dans un des plus grands journaux au monde de médecine explique parfaitement cela (Lancet Psychiatry 2019, Published Online, July 11, 2019, http://dx.doi.org/10.1016/S2215-0366(19)30216-0 je cite :
a. « The use of an outcome measure that includes symptoms that rate low at baseline in patients with non-severe depression might result in the interpretation that SSRIs are ineffective in these patients. With respect to alleviation of HDRS-6 items, SSRIs appear to be as effective in patients with non-severe depression as in those with severe depression. »
b. Ce que dit le « reportage » est donc simplement faux.
9. « On est loin de la preuve irréfutable d’efficacité », cette phrase est scientifiquement fausse, met le doute aux personnes prenant un traitement ou s’apprêtant à le prendre sur les conseils d’un professionnel, d’un médecin. Cela représente une mise en danger de la vie de personnes vulnérables. A moins que le journaliste soit mieux qu’une revue de la littérature scientifique avec méta-analyse de l’efficacité des traitements, il devrait s’abstenir de diffuser de fausses informations de nature à faire peur aux gens. Je cite cette étude publié dans le LANCET (DOI:https://doi.org/10.1016/S0140-6736(17)32802-7 :
a. « All antidepressants were more efficacious than placebo in adults with major depressive disorder. »…
b. Ce que dit le « reportage » est donc simplement faux, il y a des preuves irréfutables d’efficacité des antidépresseurs.
10. « Le risque de dépendance, de malformation fœtale ou, au hasard (sic), la levée de l’inhibition qui peut conduire à des tendances suicidaires, notamment chez les adolescents, tiens donc (sic) ». Concernant les risques liés aux antidépresseurs, une excellente méta analyse très récente (2019) et publié dans un très grand journal (JAMAPsychiatry.doi:10.1001/jamapsychiatry.2019.2859) ne semble pas être de l’avis du journaliste… je cite l’étude :
a. « Convincing evidence emerged from both main and sensitivity analyses for the association between antidepressant use and risk of suicide attempt or completion among children and adolescents, autism spectrum disorders with antidepressant exposure before and during pregnancy, preterm birth, and low Apgar scores. None of these associations remained supported by convincing evidence after sensitivity analysis, which adjusted for confounding by indication. »
b. « This study’s findings suggest that most putative adverse health outcomes associated with antidepressant use may not be supported by convincing evidence, and confounding by indication may alter the few associations with convincing evidence. »
c. Il n’y a pas de dépendance aux antidépresseurs, il y a par contre des gens qui, quand ils arrêtent le traitement, rechute, comme pour le doliprane, pour les traitements du diabète, de l’asthme ou des infections. Ça ne s’appelle pas une dépendance.
d. Il n’y a pas de risques de malformation fœtale liés à la prise des antidépresseurs les plus prescrits en France selon le CRAT, Centre de REFERENCE sur les agents tératogènes… rien que cela. A moins que le journaliste soit plus compétent que le centre de référence, le CRAT s’impose en termes d’information aux patientes concernées.
i. PAROXETINE : https://lecrat.fr/spip.php?page=article&id_article=1
ii. CITALOPRAM : https://lecrat.fr/spip.php?page=article&id_article=2
iii. SERTRALINE : https://lecrat.fr/spip.php?page=article&id_article=11
iv. FLUOXETINE : https://lecrat.fr/spip.php?page=article&id_article=8
11. « Et elles se vendent » : comme si c’était un argument scientifique. Rappelons que l’écrasante majorité des antidépresseurs prescrits en France le sont sous forme générique, qui rapportent beaucoup moins aux laboratoires.
12. « Considérer que les troubles psychiques sont d’ordre biologique nous amène à considérer les personnes touchées comme des malades, fondamentalement différentes de nous, comme si le faussé entre normal et anormal était encodé dans nos gènes dérangeant non ».
a. Concernant l’expérience rapportée avec des images violentes de choc électrique sur des bonhommes qui manifestement en souffrent, elle laisse entendre que les médecins qui traitent leurs patients en considérant qu’ils souffrent d’un trouble avec une composante biologique sont plus susceptibles de les maltraiter.
b. Considérer que les personnes qui souffrent de dépression souffrent en partie d’un problème biologique c’est au contraire ne pas les culpabiliser ou les stigmatiser…
c. Concernant le fait de trouver dérangeant que les troubles psychiques aient une composante génétique (« dans nos gènes ») c’est typiquement de la psychophobie car la schizophrénie, le trouble bipolaire, le trouble du spectre de l’autisme, le TDAH sont des troubles TRÈS TRÈS majoritairement explicables par la génétique. Cela n’a rien de dérangeant sauf si on est psychophobe….
13. « La pression commerciale des laboratoires » : typique d’une rhétorique du complot.
14. « 30% des personnes vivants dans la rues présentent des troubles psychiques », encore une fois, une fausse information dont l’objectif est de démontrer que les soignants ne s’occupent pas des précaires (je cite : « Nous surmédicamentons les troubles les plus faibles, les marchés les plus rentables, et nous abandonnons progressivement ceux et celles qui en ont le plus besoin »), en fait, selon une étude qui est une méta analyse des SDF allemand, c’est en fait 2/3 voir plus de SDF souffrant d’un trouble psychiatrique… The Prevalence of Mental Illness in Homeless People in Germany (DOI: 10.3238/arztebl.2017.0665), je cite :
a. « The pooled prevalence of axis I disorders was 77.4%, with a 95% confidence interval [95% CI] of [71.3; 82.9]. Substance-related disorders were the most common type of disorder, with a pooled prevalence of 60.9% [53.1; 68.5]. The most common among these was alcoholism, with a prevalence of 55.4% [49.2; 61.5]. There was marked heterogeneity across studies. »
15. « rééquilibrer la balance entre pilule et paroles » : encore une fois, le terme dénigrant de pilule et le sous-entendu que les professionnels ne parlent pas assez avec leurs patients.
Au total, presque tout dans la présentation est faux et presque tout ce qui est faux est de nature à créer un trouble significatif chez les gens prenant ou susceptible de prendre un traitement antidépresseur prescrit par leur médecin. Par la très large diffusion de cette vidéo, il est fort probable que statistiquement des personnes arrêtent leur traitement à la suite de cette vidéo. Cette vidéo doit être supprimée de tous les supports et une autre vidéo doit être diffusée avec des informations scientifiquement valables en rappelant également le lien essentiel entre le médecin et son patient."
** la réponse de DataGueule
"#Santé mentale et débat serein
Bien l’bonjour !
Il semblerait que notre dernier épisode en date, intitulé “Santé Mentale : la came isole” (https://youtu.be/cnPVDDPMsK8 ait réveillé quelques querelles apparemment sensibles. Ça tombe bien, c’est en partie le sujet de cet épisode.
Nous n’avons pas pour habitude de prendre part aux échanges qui font vivre un sujet dans les commentaires et sur les différents réseaux après la mise en ligne de nos épisodes. La raison est simple : nous ne sommes pas là pour asséner des vérités mais partager des questionnements et tenter de susciter des échanges. Comme nous l’avons déjà expliqué (https://youtu.be/woqwcjmrMHw pour chaque sujet que nous traitons, nous menons des recherches, nous en tirons un épisode que nous partageons en même temps que nos sources. Une façon de dire “Voilà ce que nous avons compris de cette question. Voilà ce qui nous a interrogé sur ce sujet. À vous d’en discuter et de vous faire votre opinion.” Nous ne sommes donc pas à l’abri d’erreurs, nous ne cherchons pas la perfection mais le questionnement, qui est à l’opposé des certitudes.
Voilà 91 épisodes que ça dure et une fois de plus ici, un débat riche et complexe naît autour de cet épisode. Il y a des échanges passionnés et passionnants entre de nombreuses personnes - personnel soignant, malades, proches… - qui ne prennent pas ces 15 minutes autour de la santé mentale pour parole d’évangile mais qui se forgent un avis en comparant leurs expériences intimes, leurs lectures et les discussions avec d’autres dans ces espaces numériques ou ailleurs.
Mais, une fois n’est pas coutume, cet épisode fait l’objet de critiques virulentes où l’on nous reproche pêle-mêle : de mentir délibérément, d’alimenter les théories du complot (sujet sur lequel on a pourtant fait un épisode (https://youtu.be/Z9uDmY-aj64 assez clair il y a quatre ans) et de mettre en danger la vie d’autrui. Dont acte. Il n’est plus question ici de débat sain et utile socialement mais d’une attaque ciblée et diffamante à laquelle nous avons choisi de répondre. En partie. En partie car notre but n’est pas et n’a jamais été de creuser des tranchées pour alimenter des guerres stériles.
Ces critiques émanent principalement de psychiatres qui ont regardé notre épisode avec un premier biais majeur : ils/elles sont convaincu·e·s qu’il est à charge contre leur profession. C’est faux. Factuellement, nous ne mentionnons aucune profession issue des personnels soignant liés aux questions de santé mentale dans cet épisode. Pas de psychiatre, ni de psychologue, ni de médecin, ni de psychotérapeuthe, personne. C’est normal : il n’a jamais été question de les mettre en cause. Mieux : sur les deux tiers de l’épisode - soit prêt de dix minutes - nous laissons la parole à Mathieu Bellahsen, psychiatre toujours en poste.
Et voilà un second biais qui apparaît : les critiques violentes qui nous sont adressées le sont en se basant uniquement sur le seul premier tiers de la vidéo : ce que l’on appelle le motion design. Comme si un patient, décidait de ne se conformer qu’à un tiers de sa prescription médicale, ou que vous jugiez un livre de cent pages en vous arrêtant aux trente premières. Ça n’a pas vraiment de sens. Un épisode de Datagueule est le fruit d’une écriture multiple comprenant un motion design suivi d’une interview. Ça n’est pas un hasard : l’écriture spécifique du motion design ne permet pas toutes les nuances que l’on souhaiterait avoir sur un sujet mais il permet de poser une problématique. Les nuances émergent ensuite grâce à l’interview où cette parole non scriptée ajoute de la complexité et de la profondeur sur le sujet posé. Or ces 10 minutes d’interview de Mathieu Bellahsen, celles et ceux qui sont si généreux en reproches n’ont pas pris la peine de les commenter. C’est dommage.
Dommage car ce psychiatre en poste donc, y explique clairement qu’il prescrit des antidépresseurs et qu’ils peuvent être utiles. Et nous voilà sur le troisième reproche radical qui nous est adressé : avec cet épisode, nous inciterions les patient·e·s à stopper leurs traitements et ainsi nous mettrions la vie d’autrui en danger. Ce qui est donc faux. À aucun moment de l’épisode nous ne disons qu’il faut se passer totalement des médicaments sur les questions de santé mentale. Cela serait aussi idiot qu’absurde. Mieux : Mathieu Bellahsen formule clairement que les médicaments peuvent être utiles et dans le motion design, nous écrivons : “Pour les maladies psychiatriques sévères, les médicaments découverts dans les années 60 offrent de vrais résultats”. On n’est loin d’une récusation en règle de toute forme de médication.
Nous arrivons au coeur du sujet de cet épisode : questionner les traitements chimiques en matière santé mentale. Ce qui ne veut pas dire vouloir les faire disparaître. Cela veut juste dire : les questionner. Ni plus, ni moins. Voilà le sujet que nous avons voulu aborder et, au vu des échanges dans les commentaires, c’est bien ce qu’y ont vu une grande majorité de celles et ceux qui ont visionné l’épisode et qui ont choisi de participer aux discussions. Apparemment, il s’agit bien d’une question qui passionne du monde, personnel soignant comme patient·e·s.
Comme le dit Mathieu Bellahsen, cette question nous semble être un enjeu démocratique auquel tout le monde doit pouvoir participer : personnels soignants mais aussi malades, proches, citoyennes et citoyens car nous pouvons toutes et tous être concerné·e·s par cette question. Or, à écouter celles et ceux qui en appellent au CSA pour faire retirer purement et simplement cet épisode, seul·e·s les psychiatres devraient avoir voix au chapitre. Nous ne sommes pas de cet avis (ce qui ne nous empêche pas de donner la parole pendant la majeure partie de notre épisode à un psychiatre, bis).
Enfin, dernier point : nous serions des menteur·euse·s et des colporteur·euse·s de “fake news” (attention, ce terme popularisé par l’administration Trump n’est pas le plus précis qui soit. En matière de désinformation, la réalité est plus complexe qu’un slogan, cf par là : https://is.gd/LDQnM3 Le souci étant que notre motif supposé pour colporter ces “fake news” serait que l’on voudrait imposer une certaine théorie: tous les médicaments sont néfastes en matière de santé mentale. Ce qui n’est donc pas le cas, cf supra. La motivation supposée étant fausse, il y a de fortes chances pour que les accusations de mensonges soient abusives.
Quels mensonges ? Nous écrivons par exemple : “En 1980, dans le DSM-III, c'est l'approche neurobiologique qui prend le dessus : les troubles mentaux seraient dus à des déséquilibres chimiques du cerveau”. Or, il nous est reproché que personne n’a jamais dit que les troubles mentaux seraient uniquement dus à des déséquilibre chimiques du cerveau. Ça tombe bien, personne ne l’a dit et nous non plus. Cela dit, nous avons effectivement laissé une approximation dans cette phrase si elle est prise hors contexte. Nous aurions pu écrire : “En 1980, dans le DSM-III, c'est l'approche neurobiologique qui prend le dessus : les troubles mentaux seraient principalement dus à des déséquilibres chimiques du cerveau”. Dont acte. Malgré tout, si l’on remet la phrase dans son contexte (c’est-à-dire l’épisode dans son intégralité pas uniquement les cinq premières minutes) et que l’on ne part pas du principe qu’il s’agit d’un épisode à charge contre la médecine (ce qui est toujours faux), on peut percevoir que ce “mensonge” n’en n’est pas un. Par ailleurs, si la question de l’évolution des perceptions des maladies mentales et de la façon de les traiter vous intéresse, parmi les sources que nous avons consulté (dispo sur notre Wiki comme à notre habitude : https://frama.link/WcvDcWqr cet article nous a particulièrement frappé (https://is.gd/oQAZF9 Il est bien évidemment bien plus complexe et riche qu’un motion design de cinq minutes, libre à chacun·e de le lire intégralement et de se faire son idée.
Autre exemple : “Qui dit pathologie listée, dit médicament remboursé et donc ventes assurées”. Là encore, on nous reproche une “fake news”, notamment sous le prétexte que cela n’est en rien le parcours d’un médicament depuis sa fabrication jusqu’à sa mise sur le marché puis sa prescription potentielle. Sauf qu’une fois de plus, ce n’est absolument pas ce que nous avons écrit. Nous écrivons que le fait d’avoir un médicament qui répond à une pathologie listée dans le DSM, ouvre la possibilité au remboursement. Ce qui est bien le cas, notamment aux États-Unis. Par contre, il est tout à fait juste qu’avant de pouvoir être prescrit, un médicament doit disposer d’une AMM, une Autorisation de Mise sur le Marché, conditionnée à des études cliniques. Nous avions même prévu de faire un paragraphe sur les mécanismes des AMM appliqués aux questions de santé mentale car ça le mérite, tant les dérives sont problématiques. Malheureusement, ne pouvant pas faire un motion design de huit minutes pour des questions de coûts, nous sommes obligés de faire des choix. Nous avons donc décidé de laisser cette enjeu des AMM de côté mais pour celles et ceux que ça intéresse, voici un article passionnant et documenté sur le sujet, issu de la revue spécialisée Prescrire (https://is.gd/CxTKLp"
Pétition fermée
Partagez cette pétition
Les décisionnaires
Mises à jour sur la pétition
Partager la pétition
Pétition lancée le 19 décembre 2019