Pour le retour d’un vrai jeu vidéo physique : moderniser le support, pas le supprimer.

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Le problème

Aujourd’hui, posséder un jeu vidéo n’a plus le même sens qu’avant.

Pendant longtemps, acheter un jeu, c’était tenir entre ses mains un véritable objet : une boîte travaillée, une jaquette intérieure, un support, un mode d’emploi, parfois une carte, des illustrations, des publicités, des bonus, une sensation de collection. Ce n’était pas seulement un fichier ou une licence, mais une véritable partie de notre passion que l’on pouvait ranger, prêter, revendre voir même transmettre (regardez l’engouement actuel pour Mario !)

Aujourd’hui, le jeu physique s’est appauvri. Trop souvent, il se résume à une simple boîte plastique devenue le standard de l’industrie, une jaquette imprimée, parfois une feuille publicitaire glissée à l’intérieur, et un disque Blu-ray qui sert surtout à installer le jeu sur le stockage interne de la console. Le support physique existe encore, mais il a perdu une grande partie de son âme.

Bien sûr, certains diront que les modes d’emploi papier n’étaient pas toujours lus, que beaucoup de joueurs les perdaient (ou était-ce simplement moi qui était bordélique), ou qu’ils étaient pressés de lancer leur partie. C’est vrai. Mais c’est souvent quand une chose disparaît qu’on réalise ce qu’elle représentait. Le manuel numérique a remplacé le papier, les menus ont remplacé les fascicules, et ainsi, le confort moderne a pris le dessus. Ce n’est pas forcément un mal en soi. Le jeu vidéo évolue, comme tout le reste.

Mais cela ne veut pas dire que tout doit devenir dématérialisé.

Le numérique a ses qualités : il est rapide, pratique, accessible, souvent plus simple à lancer. Il évite les disques, les installations interminables depuis un lecteur optique, les rayures, les boîtes vides de contenu. Pourtant, il pose aussi une vraie question : possédons-nous encore réellement nos jeux, ou ne faisons-nous que louer un droit d’accès tant que les serveurs, les comptes et les plateformes le permettent ?

C’est là que le jeu vidéo doit inventer son prochain support physique.

Cher Sony, chers constructeurs, chers éditeurs,

La vie est cyclique. Les modes disparaissent puis reviennent sous une autre forme. Le vinyle est revenu. Les cassettes reviennent dans certaines niches. Les objets physiques retrouvent de la valeur dans un monde saturé d’abonnements, avec toutes ces plateformes et des contenus « invisibles ».

Tout ne peut pas être « Netflixisé ».

Oui, les abonnements ont leur utilité. Oui, le dématérialisé a trouvé son public. Oui, les plateformes font partie de l’avenir. Mais le jeu vidéo n’est pas seulement un flux de données, c’est aussi une culture, une collection, une mémoire, et surtout, un rapport affectif à l’objet.

Au lieu d’abandonner progressivement le jeu physique, pourquoi ne pas le réinventer ?

Il existe plusieurs pistes.

La première piste serait de proposer des éditions physiques modernes prenant la forme de véritables objets de collection : figurines, statues, cartes, artworks, médaillons, plaques ou autres objets numérotés. Chacun d’eux comporterait un code unique, gravé ou intégré de manière sécurisée, que l’acheteur pourrait saisir sur le store afin de rattacher la licence du jeu à son compte et de télécharger sa version numérique. S’il souhaitait ensuite revendre l’édition, il pourrait détacher la licence de son compte afin de permettre au nouvel acquéreur de l’activer à son tour. L’objet physique deviendrait ainsi à la fois un produit de collection, une preuve de propriété et une clé d’accès transférable au jeu, conciliant l’évolution vers le numérique avec la possibilité de posséder, collectionner et revendre.

Mais cette solution ne règle pas tout. Si les serveurs ferment un jour, si le jeu n’est plus téléchargeable, si la plateforme disparaît, que reste-t-il vraiment au joueur ?

C’est pourquoi une deuxième piste mérite d’être sérieusement étudiée : remplacer le Blu-ray par un nouveau support physique ultra-rapide.

Le Blu-ray a rendu service, mais il n’est plus adapté aux usages modernes. Les jeux actuels s’installent sur SSD. Les consoles modernes ont besoin de débits élevés, d’accès rapides aux textures, de chargements quasi instantanés. Le disque optique n’est plus le meilleur support pour cela.

Alors pourquoi ne pas imaginer des jeux vendus sur des cartes SSD NVMe propriétaires, ou sur un support équivalent : rapide, robuste, compact, pensé pour la lecture directe et la conservation à long terme ?

Une sorte de “Game Card SSD” pour console de salon.

Pas une cartouche rétro. Pas un gadget. Un vrai support physique moderne.

Avec les progrès de la compression, notamment la compression des textures, la décompression matérielle, les technologies inspirées de DirectStorage, RTX IO ou des systèmes de streaming d’assets modernes, il devient réaliste d’imaginer des jeux complets stockés sur des supports de 64, 128 ou 256 Go selon leur taille. Les plus gros AAA pourraient exiger davantage, mais la majorité des jeux pourraient tenir sur un format rapide, durable et pratique.

Nintendo a déjà montré avec ses consoles hybrides que la cartouche pouvait survivre au disque. Mais il est possible d’aller plus loin : créer un support plus adulte, plus premium, plus rapide, plus proche du SSD miniature que de la cartouche traditionnelle.

Un support physique moderne pourrait offrir plusieurs avantages :

–         un vrai jeu complet que l’on possède réellement,

–         une lecture beaucoup plus rapide qu’un Blu-ray,

–         moins ou pas d’installation obligatoire,

–         une meilleure conservation des jeux,

–         la possibilité de revendre, prêter ou collectionner,

–         une alternative concrète au tout-dématérialisé,

–         une sécurité supplémentaire face à la fermeture future des serveurs.

Les consoles pourraient même être pensées autrement. Plutôt que d’augmenter sans cesse la taille du stockage interne pour compenser des installations toujours plus lourdes, pourquoi ne pas faire porter une partie du jeu directement par son support physique rapide ? Le SSD interne resterait utile pour les sauvegardes, les mises à jour, les caches et les jeux numériques, mais le support physique redeviendrait central.

Ce serait un vrai retour en avant.

Pas une nostalgie figée. Pas un refus du progrès. Au contraire : une manière d’utiliser la technologie moderne pour redonner du sens à la possession d’un jeu.

 

Une troisième piste permettrait de réconcilier encore plus directement le dématérialisé et le support physique : proposer des Game Cards réutilisables, vendues vierges, sur lesquelles les joueurs pourraient télécharger et stocker les jeux achetés en ligne.

Au moment de l’achat d’un jeu dématérialisé, le joueur pourrait choisir de l’installer sur le stockage interne de sa console ou de le transférer sur l’une de ses Game Cards. Le jeu pourrait ensuite être lancé directement depuis cette carte, comme avec un véritable support physique moderne, sans devoir occuper une place importante sur le SSD interne de la console.

Ces cartes pourraient être proposées avec différentes capacités et accueillir un seul jeu ou plusieurs titres. Elles deviendraient ainsi de véritables bibliothèques physiques personnelles, que le joueur pourrait organiser, ranger et collectionner tout en conservant les avantages du téléchargement numérique.

Pour rendre l’objet encore plus concret, chaque Game Card pourrait intégrer une petite étiquette électronique utilisant la technologie e-ink. Celle-ci afficherait automatiquement la jaquette, le titre ou la liste des jeux enregistrés sur la carte. L’affichage serait actualisé lorsque la carte serait insérée dans la console, sans nécessiter d’alimentation permanente puisque l’encre électronique conserve l’image affichée même lorsqu’elle n’est plus alimentée.

Le joueur retrouverait ainsi le plaisir de choisir une cartouche dans sa collection, d’identifier immédiatement son contenu et d’insérer physiquement son jeu dans la console, tout en bénéficiant de la rapidité, de la simplicité et de la souplesse du dématérialisé.

Cette solution ne remplacerait pas nécessairement les autres formats. Elle offrirait un choix supplémentaire : télécharger un jeu sur la console, l’installer sur une Game Card personnelle ou acheter une édition physique officielle contenant directement le titre.

Le dématérialisé ne signifierait alors plus obligatoirement la disparition de l’objet. Il pourrait au contraire donner naissance à un nouveau support physique, réutilisable, personnalisable et adapté aux usages modernes.

Nous ne demandons pas le retour forcé aux années 90. Nous demandons que le futur du jeu vidéo ne soit pas uniquement celui des licences invisibles, des abonnements empilés, des bibliothèques numériques dépendantes de serveurs et de conditions d’utilisation modifiables à tout moment.

Nous demandons un nouveau support physique pour une nouvelle génération.

Un support rapide. Durable. Revendable. Collectionnable. Compatible avec les exigences techniques modernes.

Un support qui respecte à la fois les joueurs, les collectionneurs, les éditeurs, les boutiques physiques et l’histoire du jeu vidéo.

Le jeu vidéo a toujours été un terrain d’innovation. Il ne doit pas devenir une simple extension du modèle PC ou du streaming généralisé.

Soyez précurseurs.

Ne supprimez pas le jeu physique.

Réinventez-le.

ENGLISH :

Today, owning a video game no longer means what it once did.

For a long time, buying a game meant holding a real object in your hands: a carefully designed box, reversible cover art, a physical disc, an instruction manual, and sometimes a map, illustrations, advertisements, or bonus content. It was not merely a file or a licence, but a tangible part of our passion—something we could place on a shelf, lend to someone, resell, or even pass down to future generations. Just look at the current enthusiasm surrounding Mario games!

Today, physical games have become increasingly stripped down. Far too often, they amount to little more than a standard plastic case, a printed cover, perhaps an advertising leaflet tucked inside, and a Blu-ray disc whose main purpose is to install the game onto the console’s internal storage. Physical media still exists, but it has lost much of its soul.

Of course, some people will argue that printed manuals were not always read, that many players lost them—or was I simply the disorganised one?—or that they were too eager to start playing to bother opening them. That is true. But it is often only when something disappears that we realise what it truly represented. Digital manuals replaced paper ones, menus replaced booklets, and modern convenience eventually took over.

That is not necessarily a bad thing in itself. Video games evolve, just like everything else.

But that does not mean everything must become digital-only.

Digital gaming has many advantages: it is fast, convenient, accessible, and often easier to launch. It eliminates discs, lengthy installations from optical drives, scratches, and empty boxes containing little of value.

Yet it also raises a fundamental question: do we still truly own our games, or are we merely renting a right of access for as long as the servers, accounts, and platforms allow us to?

This is where the video game industry must invent its next physical format.

Dear Sony, dear console manufacturers, dear publishers,

Life is cyclical. Trends disappear and then return in a different form. Vinyl records came back. Cassette tapes are returning within certain niche communities. Physical objects are regaining value in a world saturated with subscriptions, countless platforms, and “invisible” content.

Not everything can—or should—be Netflixified.

Yes, subscription services have their uses. Yes, digital games have found their audience. Yes, online platforms are part of the future.

But video games are not merely streams of data. They are also culture, collections, memories and, above all, an emotional connection to a physical object.

Instead of gradually abandoning physical games, why not reinvent them?

Several possibilities deserve to be explored.

The first would be to offer modern physical editions designed as genuine collectable objects: figurines, statues, cards, artwork, medallions, plaques, or other individually numbered items.

Each object would feature a unique code, securely engraved or embedded within it. The buyer could enter this code in the digital store to link the game licence to their account and download the digital version.

Should the owner later decide to sell the edition, they could unlink the licence from their account, allowing the new owner to activate it in turn.

The physical object would therefore become a collectable product, proof of ownership, and a transferable access key to the game. It would reconcile the shift towards digital distribution with the ability to truly own, collect, and resell video games.

However, this solution would not solve everything.

What would genuinely remain for the player if the servers eventually shut down, the game could no longer be downloaded, or the platform itself disappeared?

That is why a second possibility deserves serious consideration: replacing Blu-ray discs with a new generation of ultra-fast physical media.

Blu-ray has served the industry well, but it is no longer suited to modern gaming requirements. Today’s games are installed on SSDs. Modern consoles require high transfer speeds, rapid texture access, and almost instantaneous loading.

Optical discs are no longer the best medium for achieving this.

So why not imagine games being sold on proprietary NVMe SSD cards, or an equivalent format that is fast, durable, compact, designed for direct reading, and suitable for long-term preservation?

A kind of “Game Card SSD” for home consoles.

Not a retro cartridge. Not a gimmick. A genuine modern physical format.

Thanks to advances in compression—particularly texture compression, hardware decompression, technologies inspired by DirectStorage and RTX IO, and modern asset-streaming systems—it is becoming realistic to imagine complete games being stored on 64GB, 128GB, or 256GB media, depending on their size.

The largest AAA games might require greater capacities, but most titles could fit onto a fast, durable, and practical physical format.

Nintendo has already demonstrated through its hybrid consoles that cartridges can outlive discs. But the concept could be taken much further by creating a more mature, premium, high-performance format—something closer to a miniature SSD than a traditional game cartridge.

A modern physical format could offer several advantages:

– a complete game that the player genuinely owns,
– much faster data access than a Blu-ray disc,
– little or no mandatory installation,
– improved long-term preservation,
– the ability to resell, lend, or collect games,
– a genuine alternative to an entirely digital future,
– additional protection against future server shutdowns.

Consoles themselves could even be designed differently.

Instead of continuously increasing internal storage capacity to compensate for ever-larger installations, why not allow part—or even most—of the game to run directly from its own high-speed physical medium?

The internal SSD would remain useful for save files, updates, cache data, and digital games, but physical media would once again become central to the experience.

It would be a genuine return to the future.

A third possibility could reconcile digital distribution and physical media even more directly: reusable Game Cards sold blank, onto which players could download and store games purchased online.

When buying a digital game, players could choose either to install it on their console’s internal storage or transfer it onto one of their Game Cards. The game could then be launched directly from the card, just like a genuine modern physical format, without taking up a significant amount of space on the console’s internal SSD.

These cards could be offered in different capacities and hold either a single game or several titles. They would effectively become personal physical game libraries that players could organise, store, and collect while retaining all the advantages of digital downloads.

To make the object feel even more tangible, each Game Card could feature a small electronic label using e-ink technology. It could automatically display the cover art, title, or list of games stored on the card. The display would update whenever the card was inserted into the console, without requiring a permanent power supply, since electronic ink retains the image even when it is no longer powered.

Players would once again experience the pleasure of choosing a cartridge from their collection, instantly identifying its contents, and physically inserting their game into the console, while still benefiting from the speed, convenience, and flexibility of digital distribution.

This solution would not necessarily replace other formats. It would simply offer an additional choice: downloading a game directly onto the console, installing it on a personal Game Card, or purchasing an official physical edition containing the game itself.

Digital distribution would therefore no longer have to mean the disappearance of the physical object. On the contrary, it could give rise to an entirely new kind of physical medium—reusable, customisable, and designed for modern gaming habits.

Not nostalgia frozen in time.

Not a rejection of progress.

Quite the opposite: it would be a way of using modern technology to restore meaning to the ownership of video games.

We are not demanding a forced return to the 1990s.

We are asking that the future of gaming should not consist solely of invisible licences, stacked subscriptions, and digital libraries dependent on remote servers and terms of service that can be changed at any time.

We are asking for a new physical format for a new generation.

A format that is fast.

Durable. Resellable. Collectable.

Compatible with modern technical requirements.

A format that respects players, collectors, publishers, physical retailers, and the history of video games itself.

Video games have always been a field of innovation. They should not become a mere extension of the PC model or a future dominated entirely by streaming.

Lead the way. Do not eliminate physical games!

Reinvent them.

Les décisionnaires

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