Pour le maintien de l’émission Poésie et ainsi de suite sur France Culture

Signataires récents:
Monique FRIGARA et 12 autres ont signé récemment.

Le problème

Nous, écrivaines et écrivains, éditrices et éditeurs, libraires, lectrices, lecteurs, nous auditrices, auditeurs, nous contribuables, citoyennes et citoyens avons appris la décision brutale et désolante de la direction de France Culture de supprimer à la rentrée l’émission de Manou Farine, Poésie et ainsi de suite, mettant par là-même fin à la place historique donnée par cette radio à la poésie, place déjà réduite à peau de chagrin.

Cette émission, même dans son format resserré à une demi-heure hebdomadaire, offrait la seule fenêtre médiatique sur un champ essentiel de la création littéraire, vivier d’écrivains, espace de recherche, d’ouverture. Son animatrice possède une connaissance rare de ce vaste domaine et a toujours su ouvrir la porte à toutes et tous, dans des entretiens qui permettaient, contrairement à tant d’autres émissions, d’évoquer en profondeur la question de la langue, de la création. Poésie et ainsi de suite n’a cessé d’interroger le champ poétique en variant les approches et les esthétiques, les époques abordées, des grands classiques au champ contemporain dans toutes ses nuances, s’ouvrant à la relation avec les autres arts comme à la poésie étrangère, dans des épisodes denses en lien avec l’actualité poétique, littéraire, artistique, sociétale.

Il fut un temps où cette antenne, à travers les voix d’Alain Veinstein, Claude Royet-Journoud, Jean Daive, Christian Rosset, Jean-Baptiste Para, André Velter et bien d’autres, avait su donner sa place à ce pan essentiel de la littérature. Les poètes n’auront plus leur mot à dire sur Radio France. La seule fenêtre qui était accordée à la poésie contemporaine est désormais fermée. Le projet serait-il de laisser place à une vision simplifiée et partiale de la poésie, qui ne correspond absolument pas à sa diversité effective ? Ce serait bien méconnaître l’histoire des formes et le panorama littéraire actuel. C’est justement parce qu’aujourd’hui la poésie investit de nouveaux supports numériques qu’il faut continuer à la penser, à la contextualiser, à la mettre à l’épreuve, en écho. La poésie a besoin de personnes comme Manou Farine, sachant défricher au-delà des effets de mode.

Comment ne pas s’interroger après l’annonce de la disparition de La librairie francophone et d’autres chroniques de Radio France, toutes dans le sens d’une uniformisation ? Comment ne pas craindre une volonté de mise au pli de ce qui pourrait menacer l’emploi d’une langue de communicants, déborder du discours normé de la littérature acceptable, dépasser du cadre ?  

Cesser Poésie et ainsi de suite, c’est faire taire au lieu de donner à entendre comme France Culture l’a toujours fait. Éditrices et éditeurs de poésie, librairies aventureuses, festivals et lieux dédiés perdent ainsi le peu de visibilité accordé par la radio publique. Lectrices et lecteurs perdent une occasion de découvrir des œuvres moins visibles ailleurs dans les médias. La suppression d’une émission entièrement dédiée à la poésie fragilise cet écosystème courageux qui survit dans un marché ne mettant en avant que la nouveauté perpétuelle de la prose commerciale.

Nous attendons de France Culture qu’elle nous cultive, telle est sa mission de service public, qu’à l’instar de Poésie et ainsi de suite et de son animatrice, elle soit tête chercheuse. Nous refusons cette volonté de réduire la poésie à un rôle décoratif d’animation et souhaitons qu’un dialogue constructif s’instaure entre la direction, ses productrices et producteurs – qui chaque jour sont en contact avec l’actualité de leurs sujets –, les auditrices et auditeurs. Une radio, c’est l’alchimie de cette écoute attentive et de ces compétences.

Comme poètes, actrices et acteurs du monde culturel, comme citoyennes et citoyens, une inquiétude réelle nous étreint face aux choix opérés par la direction de France Culture pour la rentrée prochaine, qui plus est dans un contexte de projet de fusion de l’audiovisuel public. Nous souhaitons vivement que la direction comprenne à quel point Poésie et ainsi de suite fait partie de l’ADN de la chaîne et revienne sur sa décision. Nous demandons le retour, voire le développement, de cette émission indispensable, avec son animatrice, sur France Culture.

Julien d’Abrigeon (écrivain, enseignant), Frédéric Forte (poète, enseignant en création littéraire), Laure Limongi (écrivaine, enseignante en création littéraire), Virginie Poitrasson (écrivaine, traductrice).

Premiers signataires :

Dominique A, musicien.

Jean-Christophe Bailly, écrivain.

Michaël Batalla, directeur du Cipm, Centre international de poésie Marseille.

Stéphane Bouquet.

Magali Brazil, directrice de la Maison de la Poésie de Nantes.

Olivier Cadiot, écrivain.

Sorj Chalandon, écrivain.

Marie-Louise Chapelle, poète.

Anne-James Chaton, poète.

Claro, écrivain, traducteur, responsable des éditions Inculte.

Alain Damasio, écrivain.

Yves di Manno, écrivain, responsable de la collection Poésie/Flammarion.

Jean-Michel Espitallier, écrivain.

Liliane Giraudon, poétesse.

Maël Guesdon, écrivain et éditeur aux éditions Corti.

Yannick Haenel, écrivain.        

Maylis de Kerangal, écrivaine.

Camille Laurens, écrivaine.

Bertrand Leclair, écrivain et critique.

Marielle Macé, enseignante, écrivaine.

Michèle Métail, poète.

Pierre Michon, écrivain.

Alain Nicolas, critique littéraire.

Charles Pennequin, écrivain.

Bernard Plossu, photographe.

Denis Podalydès, comédien, metteur en scène.

Franck Pruja et Françoise Valéry, éditeurs aux Éditions de l’Attente.

Marie de Quatrebarbes, autrice et éditrice aux éditions Corti.

Christian Rosset, écrivain, compositeur.

Jacques Roubaud, poète.

Valérie Rouzeau, poète et traductrice.

Lionel Ruffel, universitaire (Paris 8), auteur, éditeur (éditions Verdier).

Alain Veinstein, peintre et écrivain.

 

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Signataires récents:
Monique FRIGARA et 12 autres ont signé récemment.

Le problème

Nous, écrivaines et écrivains, éditrices et éditeurs, libraires, lectrices, lecteurs, nous auditrices, auditeurs, nous contribuables, citoyennes et citoyens avons appris la décision brutale et désolante de la direction de France Culture de supprimer à la rentrée l’émission de Manou Farine, Poésie et ainsi de suite, mettant par là-même fin à la place historique donnée par cette radio à la poésie, place déjà réduite à peau de chagrin.

Cette émission, même dans son format resserré à une demi-heure hebdomadaire, offrait la seule fenêtre médiatique sur un champ essentiel de la création littéraire, vivier d’écrivains, espace de recherche, d’ouverture. Son animatrice possède une connaissance rare de ce vaste domaine et a toujours su ouvrir la porte à toutes et tous, dans des entretiens qui permettaient, contrairement à tant d’autres émissions, d’évoquer en profondeur la question de la langue, de la création. Poésie et ainsi de suite n’a cessé d’interroger le champ poétique en variant les approches et les esthétiques, les époques abordées, des grands classiques au champ contemporain dans toutes ses nuances, s’ouvrant à la relation avec les autres arts comme à la poésie étrangère, dans des épisodes denses en lien avec l’actualité poétique, littéraire, artistique, sociétale.

Il fut un temps où cette antenne, à travers les voix d’Alain Veinstein, Claude Royet-Journoud, Jean Daive, Christian Rosset, Jean-Baptiste Para, André Velter et bien d’autres, avait su donner sa place à ce pan essentiel de la littérature. Les poètes n’auront plus leur mot à dire sur Radio France. La seule fenêtre qui était accordée à la poésie contemporaine est désormais fermée. Le projet serait-il de laisser place à une vision simplifiée et partiale de la poésie, qui ne correspond absolument pas à sa diversité effective ? Ce serait bien méconnaître l’histoire des formes et le panorama littéraire actuel. C’est justement parce qu’aujourd’hui la poésie investit de nouveaux supports numériques qu’il faut continuer à la penser, à la contextualiser, à la mettre à l’épreuve, en écho. La poésie a besoin de personnes comme Manou Farine, sachant défricher au-delà des effets de mode.

Comment ne pas s’interroger après l’annonce de la disparition de La librairie francophone et d’autres chroniques de Radio France, toutes dans le sens d’une uniformisation ? Comment ne pas craindre une volonté de mise au pli de ce qui pourrait menacer l’emploi d’une langue de communicants, déborder du discours normé de la littérature acceptable, dépasser du cadre ?  

Cesser Poésie et ainsi de suite, c’est faire taire au lieu de donner à entendre comme France Culture l’a toujours fait. Éditrices et éditeurs de poésie, librairies aventureuses, festivals et lieux dédiés perdent ainsi le peu de visibilité accordé par la radio publique. Lectrices et lecteurs perdent une occasion de découvrir des œuvres moins visibles ailleurs dans les médias. La suppression d’une émission entièrement dédiée à la poésie fragilise cet écosystème courageux qui survit dans un marché ne mettant en avant que la nouveauté perpétuelle de la prose commerciale.

Nous attendons de France Culture qu’elle nous cultive, telle est sa mission de service public, qu’à l’instar de Poésie et ainsi de suite et de son animatrice, elle soit tête chercheuse. Nous refusons cette volonté de réduire la poésie à un rôle décoratif d’animation et souhaitons qu’un dialogue constructif s’instaure entre la direction, ses productrices et producteurs – qui chaque jour sont en contact avec l’actualité de leurs sujets –, les auditrices et auditeurs. Une radio, c’est l’alchimie de cette écoute attentive et de ces compétences.

Comme poètes, actrices et acteurs du monde culturel, comme citoyennes et citoyens, une inquiétude réelle nous étreint face aux choix opérés par la direction de France Culture pour la rentrée prochaine, qui plus est dans un contexte de projet de fusion de l’audiovisuel public. Nous souhaitons vivement que la direction comprenne à quel point Poésie et ainsi de suite fait partie de l’ADN de la chaîne et revienne sur sa décision. Nous demandons le retour, voire le développement, de cette émission indispensable, avec son animatrice, sur France Culture.

Julien d’Abrigeon (écrivain, enseignant), Frédéric Forte (poète, enseignant en création littéraire), Laure Limongi (écrivaine, enseignante en création littéraire), Virginie Poitrasson (écrivaine, traductrice).

Premiers signataires :

Dominique A, musicien.

Jean-Christophe Bailly, écrivain.

Michaël Batalla, directeur du Cipm, Centre international de poésie Marseille.

Stéphane Bouquet.

Magali Brazil, directrice de la Maison de la Poésie de Nantes.

Olivier Cadiot, écrivain.

Sorj Chalandon, écrivain.

Marie-Louise Chapelle, poète.

Anne-James Chaton, poète.

Claro, écrivain, traducteur, responsable des éditions Inculte.

Alain Damasio, écrivain.

Yves di Manno, écrivain, responsable de la collection Poésie/Flammarion.

Jean-Michel Espitallier, écrivain.

Liliane Giraudon, poétesse.

Maël Guesdon, écrivain et éditeur aux éditions Corti.

Yannick Haenel, écrivain.        

Maylis de Kerangal, écrivaine.

Camille Laurens, écrivaine.

Bertrand Leclair, écrivain et critique.

Marielle Macé, enseignante, écrivaine.

Michèle Métail, poète.

Pierre Michon, écrivain.

Alain Nicolas, critique littéraire.

Charles Pennequin, écrivain.

Bernard Plossu, photographe.

Denis Podalydès, comédien, metteur en scène.

Franck Pruja et Françoise Valéry, éditeurs aux Éditions de l’Attente.

Marie de Quatrebarbes, autrice et éditrice aux éditions Corti.

Christian Rosset, écrivain, compositeur.

Jacques Roubaud, poète.

Valérie Rouzeau, poète et traductrice.

Lionel Ruffel, universitaire (Paris 8), auteur, éditeur (éditions Verdier).

Alain Veinstein, peintre et écrivain.

 

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