Aggiornamento sulla petizioneNon aux incitations à l'abattage des chevaux !Parlons d'éthique : les sources de la motivation
Amélie TSAAG VALRENJosselin, Francia
21 mar 2016
Merci d'être plus de 17 000 à avoir signé cette pétition. J'ai caché une information importante. Après avoir rencontré Josef Schovanec – qui milite pour la dignité des personnes dans mon cas – ce dimanche, j'ai réalisé n'avoir jamais parlé clairement de mes motivations. Un jour, alors qu'on m'avait envoyée dans une colonie de vacances pour y être « sociabilisée », je me suis réfugiée dans le box d'un cheval, Elgado. Un box est aussi autiste-compatible qu'il est incompatible avec l'éthogramme du cheval : peu de lumière, une petite pièce avec des coins où se coller, une bonne odeur de foin... Le crottin sent peu – au contraire de la bouse de vache -, par contre l'urine de cheval contient de l'ammoniaque, tendance agression des narines. Seuls les box propres sont autiste-compatibles ;) On parle souvent de l'autisme comme d'une prison. Je ne me suis jamais sentie en prison. Les chevaux enboxés toute la journée, eux, vivent en prison. Ils ne reçoivent que trop peu de visites. On commence juste à mesurer combien ils ont besoin de contacts avec leurs congénères. Quand un humain prostré dans un coin partage son box, le cheval vient le voir. Et quand tu as 10-11 ans, un « Selle français » de 520 kg pour 1,70, c'est impressionnant. Pourtant, il prend mille précautions pour ne pas te bousculer ni t'écraser. Jamais je ne me suis sentie autant en sécurité que dans ce box, avec ce grand alezan dégingandé à trois balzanes et liste tordue. C'est l'un des aspects que j'aimais beaucoup chez Elgado : ses marques blanches asymétriques. Ça, et poser mon oreille droite sur son flanc, pour écouter ses bruits de digestion. Le flanc se soulève lentement à chaque inspiration. Suivre la respiration d'un cheval a un étrange pouvoir calmant. Quant aux vibrisses qui chatouillent, c'est le côté amusant. Les vaches ont un mufle visqueux et tout lisse, d'un goût salé – je l'ai découvert par hasard en mangeant une pomme après avoir caressé un veau. Pourquoi je vous raconte ça ? Vingt-cinq ans après, alors que bon nombre d'autistes s'empêtrent dans une foule de problèmes, j'ai réussi à éviter les prises de médicaments anti-anxiété, et gagné une indépendance financière relative. J'ai cherché ce qu'il avait pu advenir d'Elgado. Même si j'avais peu de fonds, j'aurai volontiers donné de quoi lui assurer une retraite heureuse et digne. Il n'était qu'un numéro sur un fichier du SIRE, qu'un animal « de rente » équarri ou abattu pour... rester rentable. J'aurai souhaité me recueillir en un lieu, en parler avec quelqu'un qui se souvienne de lui, le remercier d'avoir croisé ma route. C'est possible avec les chiens ou les chats parce qu'on les enterre, pas avec les vaches ou les chevaux. L'une de mes amies avec autisme travaillait au contrôle laitier. Elle se posait au milieu d'un troupeau de vaches laitières pendant une demi-heure le matin. Non seulement, elle repérait immédiatement leur état de santé, mais en plus, cela a rabattu le caquet des « professionnels de santé » qui ne jurent que par Saint Temesta, le Grand Assommeur, pour te "soigner". Les personnes autistes ne souffrent pas d'une « prison » que les non-autistes imaginent dressée autour d'elle. Par contre, les chevaux souffrent quotidiennement des prisons et de la réification qu'une société incapable d'évoluer leur impose. On avance sur l'idée de « soigner » (la longue digression sur ce concept sera pour une autre fois) les personnes avec autisme par l'équithérapie. Pour qu'un partenaire thérapeutique puisse être considéré comme tel, encore faut-il que la société et les lois le considèrent comme un individu doté de différences, et non comme une « chose » ou un objet inerte.
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