Pour la gratuité des articles sur le dérèglement écologique

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Je suis directeur de recherches au CNRS. J’y travaille particulièrement sur les conséquences économiques du réchauffement et des effondrements de la biodiversité. J’ai également été chef économiste de l’Agence Française de Développement, cette grande banque publique d’investissement dont l’une des missions est d’accompagner des projets d’adaptation au dérèglement climatique dans les pays du Sud. Il y a cinq ans, j’ai co-fondé la Chaire Energie & Prospérité, qui s’occupe des questions économiques liées à la transition vers des énergies renouvelables dans un contexte de raréfaction des ressources minières.

À travers l’ensemble de mes activités de chercheur, de responsable économique mais également d’humanitaire au Sahel, j’ai été confronté de près à la question climatique.

Le réchauffement climatique expose nos sociétés à des phénomènes de plus en plus dramatiques. Nous en avons particulièrement subi les conséquences cet été avec des canicules exceptionnelles en France, des sécheresses inédites qui frappent durement notre agriculture, ainsi que les terribles incendies qui ravagent l’Amazonie, l’Indonésie, certains pays d’Afrique et même la forêt boréale. Les scientifiques confirment une accélération préoccupante du phénomène.

Le climat et la biodiversité ne sont donc pas des sujets comme les autres. Ils conditionnent la pérennité à court terme des sociétés européennes, sans parler de celle des Suds. Devant cette réalité, la mobilisation de la société doit être totale.

Mais les bonnes nouvelles sont nombreuses également : en ce moment-même, l’Afrique du Sud prend des décisions courageuses pour se libérer du charbon ; l’Indonésie a mis fin définitivement aux subventions publiques aux hydrocarbures fossiles, etc. Partout dans le monde, des projets fleurissent et des mobilisations triomphent, qui esquissent les visages d’une société plus durable. Il est important de donner à voir ces évolutions positives car, si la peur peut motiver, l’espoir est un moteur bien plus puissant pour l’action. 

Nous avons donc besoin d’une information sur l’environnement qui soit globale, de qualité et accessible à toutes et à tous. Les débats, les discussions, les accords et les désaccords politiques que cette information suscite doivent également être visibles du grand public. Sans information libre, il n’y aura pas de délibération démocratique éclairée. Or la presse a précisément la mission de mettre à disposition cette information.

C’est pourquoi nous demandons que l’ensemble des articles liés à la question environnementale soient en accès libre, qu’ils soient gratuits. Il est essentiel que les barrières à l’information tombent pour permettre un élargissement de la mobilisation citoyenne. L'information sur l’urgence écologique concerne notre avenir commun. Elle est donc un bien commun, une ressource dont nous pouvons tous partager les fruits à des fins de mobilisation collective.

Il y va également de la facilité d’accès à l’information pour l’éducation, à l’heure où l’intégration de la question climatique dans les programmes scolaires, de la maternelle à l’enseignement supérieur, fait enfin surface. 

Nous savons les temps difficiles pour la presse, confrontée à la concurrence de l’information numérique gratuite et des réseaux sociaux, prompts à diffuser des contenus parfois inexacts ou trompeurs. Cette pétition est adressée à une presse généraliste institutionnelle, nationale et régionale. Seule une petite fraction des papiers est concernée (5% ?), et il est peu probable que les personnes qui s’y abonnent le fassent spécifiquement pour les articles sur le dérèglement climatique, pour lesquels il existe une presse spécialisée. De plus, des articles gratuits créent du flux sur les sites, ce qui bénéficie aussi au taux d’abonnement global.

Bref, nous ne demandons pas une transformation du business modèle de la presse institutionnelle, mais juste une réorganisation marginale, cohérente avec les enjeux de notre époque. La lutte contre le changement climatique doit mobiliser l’ensemble de la société et ne devrait souffrir de barrière à l’information, a fortiori chez nos concitoyens qui n’ont pas forcément les moyens financiers de s’abonner à un ou plusieurs médias. 

Nous voulons que la presse française soit la première au monde à s’engager de la sorte pour notre environnement. Pour que cette volonté soit entendue, soyons nombreuses et nombreux à signer cette pétition et à la partager autour de nous.

De mon côté, je vous tiendrai informés de la réponse des rédactions sollicitées.