Mise à jour de Jean-Marie Fossey
Une inscription de l’interdit de l’inceste dans la Loi des Lois
En tant que psychanalystes, nous sommes régulièrement confrontés aux effets dramatiques des passages à l’acte incestueux et abus sexuels. Notre expérience nous enseigne, qu’il faut bien souvent de longues années de thérapie pour sortir de cet enfermement aliénant et que prendre en compte ce délit ou crime est bien délicat, tant il est noué étroitement à cet univers clos, celui de la famille et tissé à des liens d'amour.
La publication de « La familia grande » de Camille Kouchner, a mis en ce début année 2021, la France des médias, des réseaux sociaux en émoi, en nous disant combien « l'inceste, ça fout en l'air la famille … ». Le mouvement porté par ce livre et la vague revendicatrice des réseaux sociaux a permis une levée de voile, s’accompagnant de mesures pénales. Mais l’on sait combien une actualité en chasse une autre et ouvre la voie du silence de l’oubli.
Deux interdits fondamentaux structurent l’humanité, deux interdits permettent le vivre ensemble : celui du crime et de l’inceste. La loi de l’interdit de l’inceste, nécessaire à l’humanité est jusqu’à maintenant implicite, non écrite, elle fait loi au-dessus des lois, une loi, effet d'un ordre symbolique qui préexiste au sujet.
L’histoire de l’humanité montre combien l’inceste a toujours été présent, les premiers textes le rappellent. L’interdit de l’inceste est peu parlé, le mutisme est séculaire, inceste et secrets ont partie liée pour que souvent le tabou de l’inceste engendre le tabou de la parole.
Au sein de la FEP, certains d’entre-nous ont pris acte qu’il était important que cette prohibition de l’inceste dans sa valeur de protection préventive soit affirmée.
Par différentes démarches, nous avons demandé à des législateurs de dire la place symbolique de cet interdit majeur, en l’inscrivant, non pas dans la loi pénale, qui ne peut accueillir un interdit (nous sommes ici dans l’après-coup), mais de l’inscrire dans le chapeau des lois, une prescription en amont de l’acte. Dans le fil de cette logique, nous avons retenu de proposer une inscription dans la Constitution ou dans un texte à valeur constitutionnelle.
Un acte pour donner à cet interdit tout son poids de haute valeur symbolique comme le rappelait en 2012 l’historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu : « Nommer l’interdit, c’est donc offrir la possibilité de mieux le cerner à ceux-là mêmes qui l’ignoraient et l’ignorent encore ou ne l’ont simplement pas assimilé. »
Une telle inscription à titre d’impératif constitutionnel, permettrait de s’appuyer sur un « C’est inscrit dans la loi ! ». Une loi qui puisse renforcer la légitimité de la parole d’un parent, d’un professeur des écoles, d’un éducateur. Françoise Dolto rappelait qu’il faut dire très tôt à l’enfant « qu’un seul désir est pour nous interdit, c’est l’inceste ».
Le travail d’humanisation est bien de transmettre aux générations à venir d’un côté le savoir, de l’autre la limite, les interdits. S’appuyer sur l’interdit l’inceste écrit, avec une valeur d’impératif constitutionnel, c’est renforcer cet ordre symbolique porteur de culture.
Jean-Marie Fossey
Président de la Fondation Européenne pour la Psychanalyse