Poètes et ingénieurs, ensemble pour créer le monde de demain

The Issue

La semaine dernière le journal La Libre accordait une interview à Georges-Louis Bouchez, Président du Mouvement Réformateur, dans laquelle nous avons pu lire avec étonnement la phrase suivante : « On va gérer le pays comme des ingénieurs, pas comme des poètes ».

En tant qu’ingénieurs, nous ne pouvions laisser passer sans réaction cet aphorisme qui comporte plusieurs insinuations.

Tout d’abord, cette déclaration véhicule la caricature de l’ingénieur technicien, dépourvu de sensibilité. Comme si on pouvait “gérer la société” comme on “gère” la conception d’un avion ou d’un pont. Comme si on pouvait gérer le pays uniquement avec des indicateurs économiques obsolètes comme le PIB ou dans le même mirage technosolutionniste que celui qui nous ferait “régler” le climat. A cet égard, il est aujourd’hui plus important que jamais, à l’instar du mouvement des « ingénieurs qui doutent » ou des « ingénieurs en  transition », de délester l’image de l’ingénieur du technocentrisme post-industriel qui nous a amené la pléthore de problèmes économiques, écosystémiques, climatiques, de raréfaction des ressources, de pollution, de perte de biodiversité et de santé publique que nous connaissons. De nombreux ingénieurs sont aujourd’hui en quête d’une refonte du système de valeurs sur lesquelles reposent leurs études et leur métier, afin de s'attacher davantage à la résolution des problèmes actuels. Et le principal constat de ces ingénieurs est la limite de leurs compétences et la nécessité de collaborer avec d’autres disciplines, telles que les sciences humaines, ou les arts et donc…les poètes.

Le rôle de l’ingénieur aujourd’hui n’est plus de trouver les solutions technologiques d’un monde industriel en quête d’efficacité et de croissance mais de trouver, avec d'autres, celles qui pourront se défaire du superflu, prendre soin de l’existant et rendre omniprésentes les questions d’impact global se cachant derrière chaque hypothétique avancée technologique dans un contexte d’urgence écologique et de quête de sens.

Cette phrase implique enfin que la société serait divisée en clans, en factions, en silos. En ingénieurs ou en poètes. Les scientifiques les plus brillants ont tous su comprendre l’importance de la créativité, de l’imprévu, du mystère, de la beauté. L’émerveillement et la beauté ont de tous temps été les moteurs de civilisation florissantes et leurs citoyens ont su les exprimer autant en vers qu’en formules. Les ingénieurs n’ont d’ailleurs pas le monopole de l’efficacité ni les poètes celui du verbe fou. On ne fait pas société en opposant les gens et en renforçant des stéréotypes, mais en rassemblant, en pensant avec nuance, et en agissant avec conviction.

Dès lors, nous attendons de celles et ceux qui nous gouvernent d’avoir la lucidité de comprendre la diversité et la richesse de tout pays (et de la Belgique en particulier), et la nécessité non seulement de gouverner pour toutes et tous, mais justement de gouverner avec ce qui définit cette même somme de complémentarités : de l’efficacité ET de la sensibilité, de la rigueur ET de l’empathie.

Il est possible de prendre le pouvoir en clivant, il s'agit à présent de s'en montrer digne en rassemblant.

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La semaine dernière le journal La Libre accordait une interview à Georges-Louis Bouchez, Président du Mouvement Réformateur, dans laquelle nous avons pu lire avec étonnement la phrase suivante : « On va gérer le pays comme des ingénieurs, pas comme des poètes ».

En tant qu’ingénieurs, nous ne pouvions laisser passer sans réaction cet aphorisme qui comporte plusieurs insinuations.

Tout d’abord, cette déclaration véhicule la caricature de l’ingénieur technicien, dépourvu de sensibilité. Comme si on pouvait “gérer la société” comme on “gère” la conception d’un avion ou d’un pont. Comme si on pouvait gérer le pays uniquement avec des indicateurs économiques obsolètes comme le PIB ou dans le même mirage technosolutionniste que celui qui nous ferait “régler” le climat. A cet égard, il est aujourd’hui plus important que jamais, à l’instar du mouvement des « ingénieurs qui doutent » ou des « ingénieurs en  transition », de délester l’image de l’ingénieur du technocentrisme post-industriel qui nous a amené la pléthore de problèmes économiques, écosystémiques, climatiques, de raréfaction des ressources, de pollution, de perte de biodiversité et de santé publique que nous connaissons. De nombreux ingénieurs sont aujourd’hui en quête d’une refonte du système de valeurs sur lesquelles reposent leurs études et leur métier, afin de s'attacher davantage à la résolution des problèmes actuels. Et le principal constat de ces ingénieurs est la limite de leurs compétences et la nécessité de collaborer avec d’autres disciplines, telles que les sciences humaines, ou les arts et donc…les poètes.

Le rôle de l’ingénieur aujourd’hui n’est plus de trouver les solutions technologiques d’un monde industriel en quête d’efficacité et de croissance mais de trouver, avec d'autres, celles qui pourront se défaire du superflu, prendre soin de l’existant et rendre omniprésentes les questions d’impact global se cachant derrière chaque hypothétique avancée technologique dans un contexte d’urgence écologique et de quête de sens.

Cette phrase implique enfin que la société serait divisée en clans, en factions, en silos. En ingénieurs ou en poètes. Les scientifiques les plus brillants ont tous su comprendre l’importance de la créativité, de l’imprévu, du mystère, de la beauté. L’émerveillement et la beauté ont de tous temps été les moteurs de civilisation florissantes et leurs citoyens ont su les exprimer autant en vers qu’en formules. Les ingénieurs n’ont d’ailleurs pas le monopole de l’efficacité ni les poètes celui du verbe fou. On ne fait pas société en opposant les gens et en renforçant des stéréotypes, mais en rassemblant, en pensant avec nuance, et en agissant avec conviction.

Dès lors, nous attendons de celles et ceux qui nous gouvernent d’avoir la lucidité de comprendre la diversité et la richesse de tout pays (et de la Belgique en particulier), et la nécessité non seulement de gouverner pour toutes et tous, mais justement de gouverner avec ce qui définit cette même somme de complémentarités : de l’efficacité ET de la sensibilité, de la rigueur ET de l’empathie.

Il est possible de prendre le pouvoir en clivant, il s'agit à présent de s'en montrer digne en rassemblant.

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