
Le rond-point d’accès à l’hypothétique zone commerciale de Pluvigner est désormais en cours de construction. Après avoir acheté à prix d’or (30 % plus cher que l’estimation des domaines) le terrain attenant, appartenant au même propriétaire, la municipalité de Pluvigner a lancé les travaux d’accès à une zone toujours soumise aux recours, et qui ne verra donc peut-être jamais le jour.
« Faut pas nous prendre pour des imbéciles »
L'ancien maire et actuel conseiller municipal spécial en charge du dossier, avait pourtant promis : Rien ne devait se faire sans la certitude que le projet soit mené à son terme. « Faut pas nous prendre pour des imbéciles » avait-il martelé lors d’une réunion publique organisée par l’association PARÉ.
L’affaire est pourtant loin d’être close. Pour certains juristes des affaires environnementales, la petite cité de Pluvigner est devenue un symbole de ce que l’on ne devrait plus jamais voir, y compris à l’échelle nationale. En effet, alors que le porteur de projet devait présenter une demande de dérogation au titre des espèces protégées, il a obtenu de la préfecture une dispense qui lui a permis de démarrer les travaux. Pour cela, il avait promis toute une série de mesures, par exemple le fait de ne pas commencer le chantier aux beaux jours. Alors qu’il a bafoué ses propres engagements, en démarrant au milieu du printemps, la justice n’avait rien pu faire, en dehors d’une leçon de morale à l’intéressé, au moment de l’audience. En effet, la juge ne pouvait se prononcer que sur ce qu’il avait promis, mais pas sur le fait que ces promesses aient été tenues ou non… Cela ouvre donc la porte à une jurisprudence dans laquelle on pourrait laisser faire tout et n’importe quoi, au prétexte d’avoir édicté une litanie de belles paroles, sans jamais avoir l’intention de les mettre en œuvre. C’est la raison pour laquelle le Conseil d’État a été saisi dans cette affaire, par l’association PARÉ, soutenue par « Bretagne vivante ». Cette fois-ci, c’est le fond qui sera évalué.
Y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis
En dehors de la procédure au Conseil d’État, un recours sur le permis d’aménager est toujours en vigueur. Malgré les efforts médiatiques du porteur de projet et de la municipalité pour faire croire que la messe est dite, leur chemin est donc encore long et semé d’embûches. Lors de l’assemblée générale de l’association PARÉ, en mars 2025, les adhérents se sont étonnés du risque pris par l’homme d’affaires (même si c’est son métier), et surtout par la mairie qui le soutient aveuglément. Les travaux pourraient s’arrêter brutalement si la justice en décidait ainsi. On a vu récemment qu’elle n’avait pas hésité à stopper la construction de l’autoroute A69, malgré les sommes considérables engagées. Plus près de Pluvigner, c’est le SCOT de la ville de Vannes qui a été annulé.
C'est vrai, « y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ». Certes, les élections municipales approchent et on imagine aisément que les élus s’impatientent. Mais est-ce bien raisonnable de miser ainsi, à l’aveugle, l’argent du contribuable local, devenu encore plus précieux de nos jours avec la baisse drastique des dotations de l’État ?
Imbéciles heureux et idiots du village
Dans cette partie de bonneteau, il y a, d’un côté, le gagnant systématique : le propriétaire du terrain de projet de zone commerciale. Il acquiert plus de 10 hectares de prairie. La mairie le soutient en autorisant la création d’une zone sur la plus grande partie, sans chercher d'autre espaces disponibles, et en rachetant - bien trop cher - le reste. Les élus espèrent aussi probablement tirer leur épingle du jeu en faisant leur campagne électorale sur le thème d’un pseudo-dynamisme, qui consiste en réalité à faire de l’étalement urbain sous-traités à des promoteurs, c’est-à-dire le degré zéro de la politique d’aménagement.
De l’autre côté de la table du bonneteau, on retrouve le contribuable, qui finance un rond-point qui ne mènera peut-être jamais à rien. Ce ne serait malheureusement pas le premier. Et même si la zone commerciale finissait par voir le jour, elle pourrait bien être une grosse coquille quasi vide. Le propriétaire du « Mr Bricolage », qui devait y être implanté, s’est déjà retiré du projet, faute de modèle économique viable. Il s’agissait pourtant de l’une des enseignes principales confirmées. Le porteur du projet a donc placardé, sur la parcelle de la mairie, une grande affiche (cf. photo) relayant un appel à candidatures pour des locaux disponibles. Nous avions pourtant compris que la zone était soit-disant indispensable et déjà pleine…
Quid alors des taxes afférentes ? Qui remboursera les contribuables pluvignois si la zone n’allait pas au bout ou si elle était réduite à sa plus simple expression ? Qui seront les idiots du village ?