

Bonjour à toutes et tous chers soutiens à la pétition pour plus d'aliments bio et locaux dans les cantines réunionnaises,
Ces derniers mois, nous avons observé silencieux tellement de paradoxes que nous sommes profondément lassés de réagir, fatigués de tant d’anecdotes vers la lente destruction de l’environnement réunionnais. Mais c’est animés d’une grande bienveillance que nous vous écrivons aujourd’hui, loin de vouloir alimenter les peurs ou les polémiques, suivant simplement notre philosophie et l’état de nos connaissances sur l’écologie.
Réinventer l’alimentation, l’énergie, l’habitat, les transports vers un mode de vie économe en ressources et s’adapter aux bouleversements annoncés, tels sont les défis et l’urgence face à un avenir qui s’annonce difficile.
C’est à la multitude de personnes mesurées et raisonnables que nous nous adressons, à celles et ceux qui assistent un peu perdus aux errances de quelques personnages disant agir pour la protection de l’environnement mais qui de façon incompréhensible, ne remettent pas en cause leur train de vie, leur dépendance au matériel, qui s’appuient sur le manque d’informations structurées de la part des médias ou des politiques pour servir leur ambition de pouvoir, maintenant une réflexion très limitée sur les problématiques en lien avec l’environnement.
Nous ne sommes ni naïfs ni rêveurs, nous savons que chaque foyer a besoin d’un logement, de conditions de vie décentes et d’infrastructures. C’est l’argument systématiquement repris pour poursuivre le traitement des déchets et l’aménagement du territoire tels qu’on les connaît depuis des années, ou bien encore pour importer ou produire des cultures d’exportations… Mais quel est le bilan de ces orientations jusqu’à aujourd’hui ? La faim dans le monde n’a pas été éradiquée. Le chômage, la pauvreté, les inégalités sont bien réels à La Réunion. Peu de place pour les valeurs de solidarité et de fraternité, dans une société de maltraitances en tous genres et de maladies… Et on nous dit qu’il faut continuer avec les mêmes méthodes ?
Nous connaissons désormais les effets secondaires de ces orientations, ceux sur l’environnement, qui ont mené au changement climatique (http://www.meteofrance.re/climat/changement-climatique) : les températures pourraient devenir insupportables sur le littoral, l’alternance de phénomènes météo subites, intenses et de sècheresses modifie profondément les conditions de culture des productions alimentaires telle que le letchi.
Comment ne pas voir que l’océan grignote peu à peu le littoral ? Ce ne sont pas les habitants de Bel Air à Saint-Louis, ceux des fronts de mer de Saint-Paul, de Saint André ou Sainte Suzanne qui nous contrediraient : ils sont de plus en plus fréquemment inondés, et même évacués lors du dernier épisode de forte houle pour les saint louisiens. Pas non plus, les usagers de la plage de Roches Noires, pas non plus les plaisanciers des ports de Saint Gilles ou Sainte Marie, simultanément ensablés l’an dernier.
Demain, pas dans 100 ans d-e-m-a-i-n, la montée du niveau de la mer contraindra partout dans le monde et à La Réunion aussi à l’aménagement voire l’abandon souvent brutal de zones littorales et au déplacement des activités vitales stratégiques (portuaires, pétrolières, électriques…) qui s’y trouvent. Autrement dit des migrations, de grands bouleversements pour les réseaux d’approvisionnement en eau, fonciers et économiques... La zone humide de l’Etang St Paul par exemple, qui permet encore aux Saint Paulois de bénéficier d’eau et d’un climat moins sec, qu’en sera-t-il quand le sel de l’Océan qui avance, modifiera l’équilibre de l’écosystème ? Quelle idée étrange de consacrer 3 milliards d’euros à construire à Cambaie, en périphérie d’une zone qui pourrait devenir à court terme un marais nauséabond, une cité qui n’a d’éco que le nom… Il faudra aussi déménager les cimetières marins, surélever les ports qui peuvent l’être, et encore plein d’autres choses auxquelles nous ne pensons pas…
Mais dans un défaut total de lucidité, les priorités des politiciens ne sont ni à la préparation à ces grands bouleversement, ni au bio, ni à l’organisation d’approvisionnements électriques autonomes (sans électricité pas d’eau potable !).
La biodiversité est reconnue pour être un rempart contre l’insécurité alimentaire, les nuisibles et les maladies que ne manqueront pas de générer l'augmentation des températures. Sous le terme de biodiversité, il y a un subtil équilibre entre les espèces animales, végétales, minérales, du plus petit insecte au plus gros des poissons. Un fragile équilibre que nous brisons à chaque nouvel épandage depuis des années, en nous empoisonnant nous-mêmes : en résumé une solution pire que le problème. C’est une grave erreur de catégoriser la nature et de décider d’en exterminer les parties qui posent des difficultés, de surcroît résistantes, en ignorant quels impacts cela peut avoir sur les espèces à proximité et en négligeant d’expérimenter d’autres solutions.
Suivez votre intuition, faites l’effort d’imagination que les inconscients qui imposent leur vision limitée du monde n’ont même pas l’idée de faire, ne croyez pas que seuls les modèles actuels sont possibles et que vivre en sécurité, dans le confort et l’abondance est incompatible avec une gestion des ressources intelligente. En réalité, il y a des centaines d’alternatives dans de nombreux corps de métiers : chaque jour des milliers de personnes à travers le monde expérimentent dans leurs domaines d’expertise les solutions naturelles, renouvelables et les moins polluantes possibles pour la poursuite de leurs activités. Ils méritent notre soutien.
Sauf pour les ignorants, les grands projets destructeurs de ressources, technologies et autres produits de la recherche qui se font au détriment du collectif, ne sont plus un progrès ni même accessibles.
Nous sommes de plus en plus nombreux à redéfinir nos priorités, nos modes de vie, qui trouvons avec patience et bon sens d’autres voies de progrès, nous éloignant d’un confort matériel trompeur qui n’apporte plus que turpitudes dans les rapports humains, et finalement beaucoup d’insatisfaction et d’inégalités.
Pour nous, le luxe n’est pas dans ce cosmétique hors de prix bourré de parfum de synthèse et de perturbateurs hormonaux, cette salade en sachet sous conservateur ou ce saumon de Norvège sous plastique mais bien dans les essences fleuries de l’île, le curcuma frais, les brèdes de Dos d’Ane, les haricots wem ou cette belle dorade ramenée le matin même par l’artisan pêcheur du coin. Nous apprécions aller chercher la surprise sans cesse renouvelée chez les producteurs et sur les étals multicolores des marchés plutôt que décréter vouloir absolument ceci ou cela vu à la télé. Sortez de votre liste de courses, soyez créatifs !
Nous préférons attendre et ne pas mettre de coco d’Indonésie dans nos gâteaux. Le coco frais des amis ou celui de la voisine est bien meilleur. En connaissant toutes les utilisations possibles, culinaires, cosmétiques, médicinales ou encore substrat et paillage au jardin, nous serions heureux de contribuer à la structuration d’une telle filière locale créatrice d’emplois et de bien-être.
L’abondance c’est découvrir ou redécouvrir les tisanes, les huiles essentielles et végétales, prendre ce temps nécessaire vers plus de savoir et d’indépendance pour se soigner quand on a le choix. Avoir le choix, pour les petits maux du quotidien d’éviter la prise de médicaments synthétiques importés, avoir le choix de braver les douleurs s’il le faut, parfois échouer et devoir tester autre chose puis enfin réussir à trouver le remède naturel efficace qui ne pollue ni le corps ni la planète. Et mieux vivre le jour où nous n’aurons plus le choix.
L’abondance, c’est apprendre grâce à l’esprit de transmission de la mémoire et de partage de ce jeune homme et de son père jardiniers de Saint-Philippe, les vertus insecticides des feuilles d’arbre à pain ou de la citronnelle. C’est savoir que cette fougère très commune Pteris Vittata est capable de dépolluer les sols de l’arsenic contenu dans le glyphosate et autres produits nocifs encore épandus sur les sols, c’est penser non sans dérision que le margousier (Neem) ramené d’Inde par les travailleurs engagés et qui servent d’ornement dans les rues ci et là présentent des vertus médicinales et insecticides qui serviront assurément aux générations futures. C’est se rendre compte qu’un purin ou une décoction, c’est beaucoup plus simple que de devoir affronter le rayon pesticides de votre jardinerie préférée. C’est créer un îlot de biodiversité dans son jardin ou son quartier, faire le choix tant en tant que consommateur que comme jardinier de renoncer à telle ou telle culture pour la remplacer par une autre plus adaptée, d’abandonner aux chenilles les plantes auxquelles vous teniez tant parce qu’il faut bien qu’ils vivent les papillons pour polliniser !
Qu’on le veuille ou non, le secteur agro-alimentaire connaîtra prochainement de profondes mutations.
Les cultivateurs locaux de productions d’exportation feraient d’ailleurs bien d’envisager rapidement de se tourner vers les marchés réunionnais, de restauration collective, car de l’autre côté de la mer, tout comme nous qui refusons les pommes d’Afrique du Sud ou les carottes de Chine, les consommateurs et les restaurateurs réduisent peu à peu leurs achats de denrées importées, notamment les fruits tropicaux comme les mangues, ananas, chers et mauvais d’avoir parcouru tant de kilomètres en containers frigorifiés jusque chez eux… Les producteurs métropolitains pour lesquels il s’agit d’opportunités s’empressent de prendre le relais avec les fruits locaux qui remplaceront les champs de blé. En effet, il faut être cohérent : si nous devons réduire les importations, nous devons réduire également les exportations.
Le public alerté désormais du fait que la canne à sucre est nourrie au glyphosate et des conséquences de cette culture sur la santé des consommateurs et sur l’environnement se détourne de sa consommation. Nous le disons d’ailleurs dans votre intérêt, si vous ne vous en êtes pas encore débarrassés chez vous, nous vous conseillons de jeter ces bombes à retardement et de ne plus y revenir, surtout que l’on trouve du sucre de canne bio et équitable à prix très abordable.
Aussi, le phénomène de rejet qui s’étend inexorablement à l’ensemble de la société pousse les transformateurs et la grande distribution à stopper l’ajout de sucre dans les produits préparés. Vous avez probablement observé ces quelques étagères de produits bio devenir des rayons entiers ou pris connaissance comme nous des objectifs affichés de la grande distribution qui annonce vouloir assainir les produits alimentaires vendus en magasins, réduire les aliments exposés aux pesticides, aux additifs et autres colorants, doubler le nombre de produits végétariens en vente, etc.
Il ne restera bientôt pas grand-chose de l’industrie sucrière, à l’image de ces usines vieillissantes, proches de la ruine, victimes des pannes quotidiennes, des machines pour lesquelles Tereos n’investit plus sauf quelques soudures ci et là. Ce bateau-là coule, il faut être aveugle pour ne pas s’en rendre compte.
Rappelons qu’au plus tard en 2022, les restaurants collectifs d’entreprises, d’hôpitaux, de maisons de retraite et les cantines scolaires devront proposer 50 % d’aliments de qualité dont 20 % de produits bio. En outre, ces restaurants qu’ils soient publics ou privés, devront proposer au moins 1 menu végétarien par semaine. Rappelons également que ces mesures correspondent à une forte mobilisation citoyenne et qu’ici à La Réunion, notre pétition recueille plus de 10 000 signatures.
Les restaurants collectifs ont 3 ans pour se mettre en conformité et inverser la dépendance à l’importation pour les 17 millions de repas servis à La Réunion chaque année ! Bien qu’insuffisante en terme de proportion, de délais et sur certains aspects comme les pesticides, la loi Egalim a permis une ouverture majeure : nous espérons que les producteurs, transformateurs et autres acteurs en lien avec le développement de l’agriculture péi y voient les opportunités économiques et d’emploi.
L’augmentation et la réduction probables des transports en prévision d’économies nécessaires de pétrole compliqueront brutalement la vie des producteurs locaux qui en dépendent tant pour leurs semences, leurs produits phyto sanitaires que pour l’écoulement des marchandises à l’exportation.
Vaut-il mieux subir brutalement ces transformations plutôt que s’y adapter sereinement tant qu’il est temps ? Car des drames bien plus grands nous attendent.
Avec l’augmentation des pollutions dans l’atmosphère, on observe la réduction de la qualité nutritive, notamment des protéines et minéraux présents dans les aliments tels que le riz (https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/rechauffement-climatique-hausse-co2-atmospherique-reduira-qualite-aliments-base-68160/). En résumé une même quantité de riz est aujourd’hui moins nourrissante. Pas dans 10 ou 20 ans, ça se passe maintenant alors que d’après certains scientifiques, nous subissons les pollutions d’il y a 30 ans, ça va donc continuer à s’aggraver.
En métropole et dans toute l’Europe cet été à la suite des sécheresses, les productions céréalières de maïs, de blé, de colza ont chuté du fait de la chaleur et du manque d’eau générant des flambées de prix. Les vaches se sont moins nourries et ont produit moins de lait. Les prévisions sont mauvaises car le fourrage pour l’hiver ne sera pas suffisant (https://www.terre-net.fr/meteo-agricole/article/l-etat-des-lieux-des-degats-en-agriculture-2179-140140.html). Cette situation se répétera inlassablement jusqu’à ce que, plus tenables, ces cultures soient déplacées, remplacées. Très dépendante de ces productions importées, La Réunion pourrait être durement impactée, la sécurité alimentaire des réunionnais.es est plus que jamais menacée !
En 2016, le directeur général de la FAO, José Graziano da Silva déclarait « Il ne fait aucun doute que les changements climatiques ont un impact sur la sécurité alimentaire » (https://www.ictsd.org/bridges-news/passerelles/news/fao-face-au-changement-climatique-la-lutte-contre-la-malnutrition).
Réagissons !