Pas d'évaluations dans ces conditions !

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-- à l'attention des directions des Licences, des Masters, et des trois Facultés de Sorbonne Université

    Depuis le lundi 16 mars et jusqu'à nouvel ordre, Sorbonne Université a fermé ses portes en raison de l'épidemie de coronavirus (Covid-19). Nous, ses étudiant·e·s, nous retrouvons dans de petits espaces sans pièce à soi (42%*), sans connexion Internet décente (48%) ou sans ordinateur personnel (30%). Nous sommes souvent confiné·e·s avec des proches malades (31%), parfois confronté·e·s à des comportements abusifs. Et nous avons encore à prendre en charge l'organisation de la vie familiale et la continuité de notre activité professionnelle (15%).

    C'est aussi le cas de nos enseignant·e·s, à qui l'on a confié la charge de pallier la déficience des outils d’enseignement à distance – à caser entre leur inquiétude générale et la garde de leurs enfants. Dans ces circonstances, le simulacre de remplacement des cours en présentiel n'est tout simplement pas gérable pour nous.

    Nous refusons d'avoir à suivre un pseudo-apprentissage à marche forcée jusqu'au mois de juin.

    Les inégalités sont exacerbées par la conjecture actuelle, et il nous semble aberrant de continuer à étudier comme si de rien n'était. 

    Sans ordinateur, sans accès Internet, sans nos espaces calmes habituels (bibliothèques), sans la tranquillité d'esprit minimale qu'assurent habituellement les services de santé, nous dénonçons un grave manque d’équité dans toute notation qui serait mise en place aujourd’hui. Les étudiant·e·s employé·e·s travaillent encore. Les étudiant·e·s en situation de handicap n'ont plus accès à leurs résidences aménagées. Les étudiant·e·s étrangèr·e·s qui ont retrouvé leurs familles cumulent le décalage horaire pour les cours en ligne et l'impossibilité matérielle de revenir à temps pour être évalué·e·s.

    Pour des questions d'égalité, si chère à notre République, de respect des personnes en situation difficile et de respect de la loi, nous nous opposons à toute forme d'évaluation à distance.

    Les estimations les plus fiables repoussent la fin du confinement à la fin officielle de la période d'enseignement, ce qui laisse craindre des évaluations en ligne.

    L'article D 611-12 du code de l'éducation dispose que "la validation des enseignements contrôlée par des épreuves organisées à distance sous forme numérique doit être garantie par la vérification que le candidat dispose des moyens techniques lui permettant le passage effectif des épreuves". Cette vérification étant impossible dans l'état actuel des choses, la décision de soumettre les étudiant·e·s à des examens dématérialisés est contraire à la loi.

    Nous exigeons la validation exceptionnelle du semestre pour tou·te·s les étudiant·e·s, seule option envisageable dans les circonstances qui sont les nôtres.

    Une validation automatique ne revient pas à mettre fin à notre activité d'étude, et une catastrophe sanitaire comme celle que nous subissons nous paraît une raison suffisante. A titre d'illustration, des universités du top 10 européen ont déjà prévu une annulation complète des examens. Les directions de ces universités sont-elles moins éclairées que les nôtres ? Il est clair que le maintien à tout prix de la validation par notation n'est justifié que par une volonté de maintenir la "valeur" des diplômes : ce n'est qu'un choix de confort qui pénalise les plus vulnérables d'entre nous. Nous avons chiffré nos dires et prouvé qu'iels constituaient une part essentielle de la population de cette université.

    Ignorer cette situation, c'est faire comme si les comités de sélection, les commissions, les jurys, allaient oublier du jour au lendemain l'année 2020 et la crise du coronavirus, le confinement, l'état d'urgence sanitaire, et avant eux le mouvement social contre la réforme des retraites et la LPPR - avec toute la confusion afférente. 

    Cette année restera dans la mémoire collective comme une année historique, et les universités qui auront le courage de le concéder en sortiront grandies. Elles sortiront grandies si elles accordent une autre valeur à leurs diplômes : celle de la solidarité qui convient à la situation et qui est appelée par toutes et tous aujourd'hui.

          -- Les étudiant·e·s confiné·e·s de Sorbonne Université

 

*Les statistiques que nous évoquons viennent soit d'un sondage réalisé par et pour les étudiant·e·s de la Faculté des Sciences, soit de celui qui a été effectué par la direction de la Licence d'informatique. Quelques témoignages issus de ce sondage :

   Je travaille dans les commerces alimentaires, la semaine dernière de lundi à dimanche avec un jour de repos, j'ai travaillé 42h (je n'ai pas été forcée mais je ne voulais pas refuser, pour rester solidaire avec l'équipe de travail dans la galère). Je n'ai donc pas pu travailler/réviser de la semaine par fatigue physique.

   N'ayant pas de connexion internet, je dois me déplacer pour me connecter sur un wifi public, ce qui va à l'encontre des mesures de confinement (et ne sera peut être bientôt plus possible). De plus, ayant subi le décès d'un très proche membre de ma famille, je n'ai pu me reposer que sur mes professeurs pour l'organisation différée de partiels, l'administration peinant vraisemblablement à répondre à mes mails.

   Mon père est malade du coronavirus, il a 65 ans, est handicapé et cumule au moins 3 autres facteurs de comorbidité. Mes parents sont divorcés, je suis le seul de ses fils qui habite proche de chez lui et je ne suis pas véhiculé. Nous avons donc dû attendre qu’il ressente des difficultés pour respirer pour appeler les urgences afin qu’ils l’emmènent mercredi dernier. En plus de cette responsabilité, difficile à assumer pour un jeune adulte, j’ai encore beaucoup de devoirs (dont un mémoire) à rendre pour le mois prochain, alors même que les bibliothèques sont fermées. Si en plus de cela on doit continuer des enseignements à distance qui ne valent pas ceux en présentiel, puis être évalué dessus, alors vous signez notre arrêt de mort.