22 Septembre : Journée officielle Semira Adamu

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Le problème

Il est impératif d’adresser l’intersection race/genre au sujet des femmes noires en général et en particulier sur les questions des violences policières. Comme le disait fort justement Bell Hooks dans Ne-suis-je pas une femme ? : Lutter contre l’oppression sexiste est important pour la libération noire, car aussi longtemps que le sexisme divise les femmes et les hommes noir.e.s, nous ne pouvons allier nos forces pour lutter contre le racisme.
Dans cet ordre d’idée, j’aimerais que soit institué en Belgique le 22 septembre la journée Semira Adamu, en hommage à cette demandeuse d’asile nigériane de 20 ans qui est morte étouffée à l’aide d’un coussin maintenu contre son visage par deux policiers pendant que les 7 autres policiers présents faisaient bloc pour empêcher les passagers de voir la scène.
L’affaire Semira Adamu illustre parfaitement le caractère systémique des violences racistes en Belgique. Les 9 gendarmes en question ont appliqué la technique du coussin conformément aux procédures prescrites par le ministre de l’intérieur parce que Semira résistait à son expulsion. Ils ont maintenu un coussin sur sa tête pendant 11 minutes -soit 3 minutes et 14 secondes de plus que l’agonie de George Floyd- malgré le fait qu’elle ait perdu urines et selles pendant qu’ils l’étouffaient. Lorsque l’arrêt respiratoire fut constaté par les gendarmes, et suite à l’échec de la réanimation, Semira fut emmenée sous escorte policière aux Urgences des Cliniques Universitaires de Saint-Luc où elle sera déclarée morte. L’admission de Semira ne fut pas enregistrée par l’hôpital et un urgentiste témoignera auprès de Lise Thiry alors sénatrice et avertie par le comité de soutien de Semira, avoir reçu des instructions de sa direction de ne pas ébruiter l’affaire pour éviter des retombées politiques. La sénatrice affirme s’être vu demandé par le directeur de Saint-Luc de déclarer qu’il n’y avait pas eu de violences alors même qu’elle constatera des tuméfactions sur le visage de Semira. Il faudra attendre l’arrivée sur place du président de la ligue des droits de l’homme et de journaliste pour que l’hôpital fasse une conférence de presse et annonce une mort accidentelle. Dans un premier temps la justice soutiendra la thèse accidentelle présentée par le communiqué médical de Saint-Luc. L’autopsie pratiquée permettra d’écarter l’hypothèse de l’accident. L’enquête judiciaire se concentrera d’abord sur la responsabilité du comité de soutien à la demande d’asile de Semira, la justice estimant que Semira n’aurait pas résisté son expulsion sans leur soutien et que cette résistance était le principal déterminant de sa mort. Face au tollé médiatique et à la mobilisation du monde associatif cette hypothèse dû être abandonnée. L’enquête mènera à l’inculpation des 9 gendarmes sans jamais mettre en cause la responsabilité directe du ministre de l’intérieur ni de la direction de Saint-Luc. Lors du procès, 5 ans plus tard, seulement 4 des 9 gendarmes incriminés furent condamnés pour « coups et blessures involontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner », l’état Belge fut condamné civilement à verser une amende de 20 000 €.
Plus de 20 ans ont passés depuis que nous avons perdu Semira et même si la technique du coussin n’est plus autorisée peu de choses ont changées comme l’ont montré l’affaire Adama Traoré en France, Mawda en Belgique et dernièrement George Floyd aux USA. Pire encore, à en croire la plupart des médias français et belges, le racisme systémique n’existe pas chez nous et les militants antiracistes cherchent à importer une problématique américaine en Europe. Si certains médias (très peu) ont fait le parallèle avec la mort d’Adama Traoré, le nom Semira Adamu n’a jamais été évoqué dans les débats sur les violences policières chez nous. Elle a été oubliée. Des médias. De nos luttes. Parce que la vie des femmes noires ne compte pas vraiment.
Quand Semira est morte j’avais 3 ans et demi, ma mère n’avait pas encore été naturalisée belge. Semira ça aurait pu être ma mère ou une de ces femmes avec qui je jouais dans le centre pour demandeurs d’asile. Aujourd’hui, je viens d'avoir 25 ans et ça me boulverse de me dire que Semira n’aura jamais 25 ans. Sa mort me hante, encore plus maintenant que les violences négrophobes sont sur le devant de la scène médiatique. Je veux profiter de ce momentum pour rendre hommage à Semira et à toutes les femmes noires tuées, violées, harcelées, violentées dans l’indifférence générale. Parce que la vie des noirs ne sera pas importante tant que toutes les vies noires ne seront pas prises en compte. La journée officielle Semira Ademu est pour moins l’occasion de démarrer la construction du monde d’après. Il faut réinventer les luttes antiracistes en tenant compte des membres les plus fragilisé.e.s de la société, en visibilisant l’intersection des oppressions race, genre et identité de genre, handicap, orientation sexuelle, classes, et religion. Qu’une femme noire africaine sans-papier devienne le symbole de la lutte pour les droit des noir.e.s serait une excellente façon d’ouvrir une nouvelle ère pour une Belgique antiractiste.

Les décisionnaires

parlement bruxellois
parlement bruxellois

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