

On n'accouche pas en gériatrie !
Le problème
Lettre ouverte pour l'abandon officiel du terme « grossesse gériatrique »
À l'attention de Monsieur le Président du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français, de Madame la Présidente du Collège National des Sages-Femmes de France, de Monsieur le Président de la Haute Autorité de Santé, de Madame la Ministre de la Santé, et des médias francophones,
Madame la Ministre, Messieurs les Présidents, Mesdames les Présidentes,
Alexandra a 36 ans. Elle attend son premier enfant. Elle est en bonne santé, mène une vie active, est en pleine possession de ses choix. Pourtant, dès son premier rendez-vous médical, on qualifie sa grossesse de tardive. Avant même de parler de son bébé, on lui parle de son âge avec un vocabulaire jugeant et stigmatisant. Tardif. Par rapport à qui ? Par rapport à quoi ?
Alexandra rentre chez elle, ce mot la heurte. Elle le cherche. Et découvre tout un vocabulaire encore associé aux grossesses après 35 ans : « grossesse tardive », « âge maternel avancé », et le plus récurrent :
« grossesse gériatrique ». Des expressions qu'elle retrouve dans des articles, des forums, des contenus médicaux, et dans les témoignages de nombreuses femmes qui, avant elle, ont ressenti la même sidération.
Ces mots ne sont pas un détail. Avant de raconter un parcours, ils désignent un âge. Et parfois, ils le font avec un vocabulaire qui renvoie au retard, au vieillissement, voire au grand âge.
Ce terme est un anachronisme. Il date d'une époque où devenir mère après 35 ans était l'exception. Cette époque est révolue. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 14% des naissances concernaient une mère de 35 ans ou plus en 1995, 21% en 2010, 30% en 2025¹.
Une mère sur trois. Voilà la réalité que certains usages continuent pourtant de qualifier de « gériatrique ». L'âge moyen à l'accouchement atteint désormais 31,2 ans : la maternité « normale » d'aujourd'hui frôle le seuil de l'« anomalie » d'hier. Les femmes font des études plus longues, construisent leur autonomie, choisissent leur moment pour fonder une famille. La société a changé. Le dictionnaire, lui, est resté figé.
Ce terme est inadapté. La gériatrie est la médecine du grand âge. Aucune femme enceinte n'en relève. Qualifier de « gériatrique » une grossesse à 35, 39 ou 44 ans n'apporte aucune information clinique que la simple mention de l'âge ne fournirait déjà. Il n'informe pas. Il juge et enferme.
Ce terme a des conséquences. Les mots prononcés en consultation ne sont jamais neutres. Ils façonnent la manière dont une femme vit sa grossesse, sa confiance en son corps, sa relation avec les soignants. S'entendre dire « grossesse gériatrique » ou se découvrir « âgée » dans un dialogue médical ou dans l’espace médiatique, c'est vivre sa grossesse avec un sentiment d'alerte, parfois de culpabilité ou de vulnérabilité. Le chemin vers la maternité est déjà, pour beaucoup de femmes, semé d'attente, de doutes, d'examens, de traitements et parfois de deuils. Il n'a pas besoin, en plus, du poids d'un vocabulaire qui stigmatise.
Que l'on ne s'y trompe pas. Nous ne demandons pas une médecine moins exigeante, mais une médecine plus juste dans ses mots. Les risques liés à l'âge existent : les femmes ont le droit d'en être pleinement informées. Mais l'information n'a jamais eu besoin d'un vocabulaire dévalorisant pour être efficace.
C'est pourquoi nous demandons :
1- L'abandon officiel des termes « grossesse gériatrique » et « grossesse tardive » dans les recommandations, protocoles, logiciels métiers, formations et supports d'information ;
2- L'adoption d'une terminologie neutre et factuelle, privilégiant « grossesse après 35 ans » ou, lorsque cela est médicalement pertinent, la mention précise de l'âge maternel ;
3- La sensibilisation des professionnels de santé au poids du vocabulaire employé dans l'accompagnement des femmes et à son impact sur leur vécu de la grossesse ;
4- L'engagement des institutions, médias, marques et acteurs de la santé des femmes à faire évoluer ce langage, afin que les termes abandonnés par les référentiels cessent aussi de se perpétuer dans l'espace public.
Ailleurs, les terminologies médicales ont déjà commencé à évoluer². La France, qui ambitionne d'être une référence en matière de santé des femmes, ne peut plus continuer à employer un terme que notre époque a laissé derrière elle.
Les femmes n'ont pas à s'excuser de l'âge auquel elles deviennent mères.
Ce n'est pas leur grossesse qui est dépassée. C'est ce mot.
On n'accouche pas en gériatrie.
Caroline Lainé, Sabrina Bestani et Laureline Reygner, co-fondatrices de la marque Boome
¹ Source : INSEE, statistiques de l'état civil : « Les naissances en 2025 », Insee Focus n° 383, et « Les naissances en 2023 », Insee Focus n° 339 ; bilan démographique 2025 pour l'âge moyen à l'accouchement.
² Source : National Library of Medicine — MeSH « Advanced Maternal Age » · SOGC — Clinical Practice Guideline

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Le problème
Lettre ouverte pour l'abandon officiel du terme « grossesse gériatrique »
À l'attention de Monsieur le Président du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français, de Madame la Présidente du Collège National des Sages-Femmes de France, de Monsieur le Président de la Haute Autorité de Santé, de Madame la Ministre de la Santé, et des médias francophones,
Madame la Ministre, Messieurs les Présidents, Mesdames les Présidentes,
Alexandra a 36 ans. Elle attend son premier enfant. Elle est en bonne santé, mène une vie active, est en pleine possession de ses choix. Pourtant, dès son premier rendez-vous médical, on qualifie sa grossesse de tardive. Avant même de parler de son bébé, on lui parle de son âge avec un vocabulaire jugeant et stigmatisant. Tardif. Par rapport à qui ? Par rapport à quoi ?
Alexandra rentre chez elle, ce mot la heurte. Elle le cherche. Et découvre tout un vocabulaire encore associé aux grossesses après 35 ans : « grossesse tardive », « âge maternel avancé », et le plus récurrent :
« grossesse gériatrique ». Des expressions qu'elle retrouve dans des articles, des forums, des contenus médicaux, et dans les témoignages de nombreuses femmes qui, avant elle, ont ressenti la même sidération.
Ces mots ne sont pas un détail. Avant de raconter un parcours, ils désignent un âge. Et parfois, ils le font avec un vocabulaire qui renvoie au retard, au vieillissement, voire au grand âge.
Ce terme est un anachronisme. Il date d'une époque où devenir mère après 35 ans était l'exception. Cette époque est révolue. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 14% des naissances concernaient une mère de 35 ans ou plus en 1995, 21% en 2010, 30% en 2025¹.
Une mère sur trois. Voilà la réalité que certains usages continuent pourtant de qualifier de « gériatrique ». L'âge moyen à l'accouchement atteint désormais 31,2 ans : la maternité « normale » d'aujourd'hui frôle le seuil de l'« anomalie » d'hier. Les femmes font des études plus longues, construisent leur autonomie, choisissent leur moment pour fonder une famille. La société a changé. Le dictionnaire, lui, est resté figé.
Ce terme est inadapté. La gériatrie est la médecine du grand âge. Aucune femme enceinte n'en relève. Qualifier de « gériatrique » une grossesse à 35, 39 ou 44 ans n'apporte aucune information clinique que la simple mention de l'âge ne fournirait déjà. Il n'informe pas. Il juge et enferme.
Ce terme a des conséquences. Les mots prononcés en consultation ne sont jamais neutres. Ils façonnent la manière dont une femme vit sa grossesse, sa confiance en son corps, sa relation avec les soignants. S'entendre dire « grossesse gériatrique » ou se découvrir « âgée » dans un dialogue médical ou dans l’espace médiatique, c'est vivre sa grossesse avec un sentiment d'alerte, parfois de culpabilité ou de vulnérabilité. Le chemin vers la maternité est déjà, pour beaucoup de femmes, semé d'attente, de doutes, d'examens, de traitements et parfois de deuils. Il n'a pas besoin, en plus, du poids d'un vocabulaire qui stigmatise.
Que l'on ne s'y trompe pas. Nous ne demandons pas une médecine moins exigeante, mais une médecine plus juste dans ses mots. Les risques liés à l'âge existent : les femmes ont le droit d'en être pleinement informées. Mais l'information n'a jamais eu besoin d'un vocabulaire dévalorisant pour être efficace.
C'est pourquoi nous demandons :
1- L'abandon officiel des termes « grossesse gériatrique » et « grossesse tardive » dans les recommandations, protocoles, logiciels métiers, formations et supports d'information ;
2- L'adoption d'une terminologie neutre et factuelle, privilégiant « grossesse après 35 ans » ou, lorsque cela est médicalement pertinent, la mention précise de l'âge maternel ;
3- La sensibilisation des professionnels de santé au poids du vocabulaire employé dans l'accompagnement des femmes et à son impact sur leur vécu de la grossesse ;
4- L'engagement des institutions, médias, marques et acteurs de la santé des femmes à faire évoluer ce langage, afin que les termes abandonnés par les référentiels cessent aussi de se perpétuer dans l'espace public.
Ailleurs, les terminologies médicales ont déjà commencé à évoluer². La France, qui ambitionne d'être une référence en matière de santé des femmes, ne peut plus continuer à employer un terme que notre époque a laissé derrière elle.
Les femmes n'ont pas à s'excuser de l'âge auquel elles deviennent mères.
Ce n'est pas leur grossesse qui est dépassée. C'est ce mot.
On n'accouche pas en gériatrie.
Caroline Lainé, Sabrina Bestani et Laureline Reygner, co-fondatrices de la marque Boome
¹ Source : INSEE, statistiques de l'état civil : « Les naissances en 2025 », Insee Focus n° 383, et « Les naissances en 2023 », Insee Focus n° 339 ; bilan démographique 2025 pour l'âge moyen à l'accouchement.
² Source : National Library of Medicine — MeSH « Advanced Maternal Age » · SOGC — Clinical Practice Guideline

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Pétition lancée le 25 août 2026