Petition updateNon aux expulsions sans relogement !à Camélia
DAL 49, en alliance avec PSN49 et l'Assemblée de lutte pour le logement initiée par la Grande Ourse
Sep 28, 2018

C’était une princesse de la rue. Elle y avait trop souvent vécu. Mais elle ne tenait plus. Son fils avait disparu. Elle se sentait abattue, abattue de ne pas être comprise.


Camélia sera inhumée dans le cimetière de sa ville natale en Roumanie samedi 29 septembre 2018. En même temps, à Angers, sous le pont Confluences côté rivière Maine, ses proches, ses ami-e-s, ses soutiens même d’un jour, lui rendrons hommage, un dernier hommage à 15 heures, un hommage sobre, sans voyeurisme où toutes les personnes, associations ou collectifs solidaires sont les bienvenu-e-s.


Camélia tenait à attendre le retour du seul fils qu’elle avait. Par respect des coutumes, elle mettait quelques bougies sur l’eau de la rivière. Lorsqu’elle est partie ce lundi 17 septembre 2018, des bougies s’allumaient déjà au bord de sa caravane, rue du Maine, jouxtant l’ancien campement des expulsé-e-s.


Les décès des personnes contraintes à la rue, sont souvent, trop souvent inaperçus malheureusement. Un collectif veille à leur respect à Angers, et nous les saluons. Camélia avait ses proches, des personnes qui, comme elle, survivaient hors abri en dur.


Entre un 115 saturé, des squats expulsés, des carences d’accès aux droits, ou entre un droit au logement bafoué et l’oppression aux habitations alternatives, les difficultés s’ajoutent à la rigueur du quotidien pour le moindre besoin. Un monde associatif aussi généreux que fermé en fonction des personnes, la longue attente au respect devient parfois parcours du combattant.
Même dans la mort, Camélia n’y a pas échappé.


Elle avait résisté au sentiment d’abandon, après que son fils a disparu noyé dans la Loire ce 8 juillet 2018. Aucune aide psychologique n’a été présentée. Mais rien ne peut soigner la douleur vive d’une mère.
Inscrite dans la lutte des sans logis et des mouvements militants parce qu’elle était concernée, elle était présente le 15 septembre 2018 pour manifester contre la loi Élan. Elle avait habité aux différentes réquisitions libres depuis des années, dont celles du Chêne vert, du campement des expulsé-e-s, et de la Romanerie. Elle vivait depuis l’expulsion de cette dernière, rue du Maine à Angers, sur un bout de terrain désaffecté.


Ayant mal vécu une tentative d’expulsion de la Police municipale et le traitement d’un de ses agents il y a quelques semaines, Camélia se renfermait parfois dans sa solitude. Mais la convergence avec des familles libres, des familles représentantes du voyage, lui avait fait du bien. Enfin, des familles Rroms françaises se rapprochaient des familles Rroms de Roumanie. Elle qui avait été sédentarisée depuis des générations, avait facilement, comme d’autres, trouvé bien, la vie en caravane, même si l’appréhension du froid et le manque de sanitaire compliquait parfois les choses.


Même dans la mort, Camélia n’a pas échappé à toutes les complications possibles et inimaginables.
Le 17 septembre, la Police a été appelée. Certains agents arrogants sont parus enjoués devant les proches de Camélia qui étaient eux atterré-e-s. Camélia, décédée, fut emmenée dans un camion d’une entreprise de Pompes funèbres bien connue sur Angers. Cette dernière, en partenariat par appel d’offre avec la Police et la Justice, réquisitionnée par un bon de commande pour l’heure, n’a eu de cesse de réclamer le prix exorbitant d’un transport de Camélia des quelques kilomètres de son lieu de décès à celui de la chambre funéraire. Cette entreprise alla même jusqu’à menacer de ne pas restituer le corps si le paiement n’était pas assuré, des menaces proférées aussi à l’entreprise roumaine des Pompes funèbres choisies par la famille. Stratégie d’image oblige, la première entreprise affichera après coup que cette attitude correspondait à la nécessité de s’assurer que Camélia partirait dans de bonnes conditions sur une garantie de présentation des autorisations réglementaires de transport par sa confrère roumaine.
En plein flagrant délit de condescendance discriminatoire, l’entreprise commerciale en question avait la complicité du CCAS d’Angers, un CCAS sur une même posture de vigilance mal placée, ce CCAS qui a décidé de payer la réclamation exigée de l’entreprise des Pompes funèbres indiquée. Nous saluons au passage le CCAS de Corné qui a joué un rôle positif dans des démêlés qui auraient pu risquer une inhumation indigne de Camélia.
D’ailleurs, il a fallu l’insistance de militant-e-s pour rattraper l’erreur d’information d’un des responsables du CCAS d’Angers et aider les proches de Camélia dans la complexité juridique et administrative pour l’inhumation. Une erreur qui aurait pu démotiver les proches de Camélia à la recherche de la meilleure solution pour un enterrement respectueux. Mais la suite a pu s’améliorer positivement dans l’assistance des professionnelles du CCAS.

Surtout la suite qui s’en est suivie a démontré la solidarité sans faille de nombreux/ses généreux et généreuse donateurs et donatrices anonymes, individuel-le-s, ou collectif/ve-s.
En quelques jours, ces dernier-e-s ont pu permettre d’assurer les paiements relatifs au transport de Camélia jusqu’en Roumanie, son inhumation complète, et les attraits des différentes cérémonies.
La fin se clôturera donc ce samedi à 15h sous le pont Confluences à Angers côté rivière, une fin amère des difficultés que certain-e-s opposent, mais une continuité victorieuse de tous ceux et toutes celles qui apposent sans cesse la réalité d’une humanité qui se vit dans le plus petit des actes, quels qu’ils soient.

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