

NON AU WHITEWASHING DE LOLA


NON AU WHITEWASHING DE LOLA
Le problème
English version below
Bruxellons, retirez ce casting ou annulez votre production de Kinky Boots
Pétition adressée au Festival Bruxellons, à Music Theatre International (MTI), ainsi qu’aux producteur·rice·s et décisionnaires de la comédie musicale francophone.
Pour sa production de Kinky Boots prévue à l’été 2026, le Festival Bruxellons a choisi de confier le rôle de Lola à un homme blanc.
Lola n’est pas un rôle anodin. Ce n’est pas un personnage neutre que l’on pourrait déplacer hors de son histoire sans conséquence. C’est une drag-queen noire, un personnage rare dans le répertoire de la comédie musicale : central, flamboyant, vulnérable, drôle, complexe, et profondément marqué par une expérience afrodescendante.
Nous demandons que ce casting soit revu, ou que la production soit annulée dans sa forme actuelle.
POURQUOI CE RÔLE COMPTE
Lola n'est pas devenue noire par hasard, par tradition ou par simple habitude de casting. Son rapport au rejet, à la masculinité imposée, à la différence, à la flamboyance et à la résistance s'inscrit dans une réalité culturelle précise. Ce que Lola porte sur scène n'est pas seulement une histoire individuelle : c'est aussi une histoire de corps, de regard social, de famille, de honte imposée et de dignité retrouvée.
Le personnage s'inscrit dans une réalité afro-britannique qui fait écho à l'histoire de la génération Windrush, ces milliers de personnes originaires des Caraïbes arrivées au Royaume-Uni à partir de 1948. Leur histoire est indissociable des questions de racisme systémique, d'appartenance, de rejet et de construction identitaire qui traversent le parcours de Lola. Cette dimension n'est pas un détail de contexte. Elle participe à la manière dont le personnage a été conçu, compris et incarné depuis la création du spectacle.
Ce n'est pas une lecture inventée par les personnes qui dénoncent ce choix aujourd'hui. Dans la documentation officielle de Music Theatre International, Cyndi Lauper et Harvey Fierstein rappellent que Lola a toujours été interprétée par un acteur noir à Broadway et dans le West End, et que cela demeure leur forte préférence pour les productions futures.
Autrement dit : les auteur·ice·s ont formulé clairement une intention.
Bruxellons a choisi de ne pas la respecter.
CE CHOIX NE TOMBE PAS DU CIEL
Cette décision ne peut pas être regardée comme un simple choix artistique isolé.
Elle arrive dans un milieu où les artistes noir·e·s francophones ont déjà très peu d’opportunités d’accéder à des rôles écrits pour eux·elles.
Dans une analyse indépendante menée à partir d’un corpus de 78 comédies musicales majeures de Broadway et du West End, seules 17 œuvres comportent au moins un personnage noir nommé avec du texte et un véritable arc narratif. Cela représente environ 21,8 % du répertoire étudié.
Et même dans ces 21,8 %, la majorité des rôles noirs sont liés à des récits de souffrance historique, de ségrégation, de violence raciale, de biographie musicale, ou à des univers fantastiques et symboliques.
Les personnages noirs contemporains, complexes, désirables, drôles, vulnérables, contradictoires, qui existent sans être uniquement définis par le trauma, sont rares.
Lola fait partie de ces rares personnages.
C’est précisément pour cela que ce casting pose problème.
Quand un rôle comme celui-ci existe, et qu’une production choisit malgré tout de le confier à un interprète blanc, ce n’est pas une simple liberté artistique. C’est une décision qui entraîne des conséquences concrètes sur des artistes déjà trop souvent écarté·e·s des rôles qui les concernent.
LE "MEILLEUR POUR LE RÔLE" N'EST PAS UN ARGUMENT NEUTRE
Face aux critiques, la production a évoqué un « casting ouvert » et un « choix artistique réfléchi ».
Mais ces arguments reviennent régulièrement dans les controverses liées à la représentation raciale au théâtre. Ils donnent l'impression que la représentation serait secondaire, comme si elle devait toujours s'effacer devant une idée supposée pure du talent.
Or l'histoire récente de la scène anglo-saxonne montre que ces débats ne sont ni nouveaux ni anecdotiques.
En 1991, la controverse autour de Miss Saigon a profondément marqué le théâtre musical américain lorsque le rôle de l'ingénieur, personnage asiatique, fut confié à un acteur blanc grimé. Le débat qui s'en est suivi a durablement transformé la manière dont le milieu abordait les questions de représentation raciale.
Plus récemment, plusieurs productions de The Mikado ont suscité de vives critiques pour leur recours à des représentations caricaturales de personnages japonais interprétés par des artistes non asiatiques. Certaines compagnies ont finalement retiré ou annulé leurs productions à la suite de mobilisations collectives.
Ces précédents ne sont pas identiques au cas de Kinky Boots. Mais ils démontrent une chose essentielle : les choix de casting ne sont jamais totalement séparés des réalités historiques et sociales qui entourent les personnages représentés.
La question n'est donc pas de savoir si l'interprète choisi est talentueux.
La question est de savoir pourquoi, lorsqu'un des rares rôles noirs majeurs du répertoire existe, une production francophone estime encore possible de le confier à un homme blanc.
L'argument du « meilleur pour le rôle » devient problématique lorsqu'il laisse entendre, même indirectement, qu'aucun·e artiste noir·e n'était suffisamment légitime, disponible ou capable pour porter ce personnage.
Nous refusons cette idée.
CE QUE NOUS DEMANDONS
Nous demandons au Festival Bruxellons :
- 1 - De revoir immédiatement le casting du rôle de Lola afin de le confier à un·e artiste noir·e, conformément à l’intention clairement exprimée par les auteur·ice·s.
- 2 - À défaut, d’annuler la production dans sa forme actuelle, plutôt que de maintenir un choix qui efface l’identité d’un personnage noir rare.
Nous demandons à Music Theatre International :
- 3 - De transformer la “forte préférence” des auteur·ice·s en condition contractuelle claire pour les futures licences de Kinky Boots, afin qu’aucune production ne puisse utiliser le flou juridique actuel pour contourner l’intention artistique de l’œuvre.
Nous demandons aux producteur·rice·s, metteur·euse·s en scène, programmateur·rice·s et directeur·rice·s de théâtre francophones :
- 4 - De prendre au sérieux la question des rôles racialement spécifiques.
- 5 - De ne plus utiliser le “colorblind casting” comme excuse lorsque celui-ci sert, dans les faits, à reconduire les mêmes déséquilibres.
- 6 - D’ouvrir une réflexion réelle sur les œuvres produites, les licences choisies, les équipes décisionnaires et les artistes à qui l’on donne accès aux rôles.
POURQUOI SIGNER
Ce type de situation se répète trop souvent.
Une production fait un choix problématique. Des artistes concerné·e·s s’expriment. On leur répond qu’ils exagèrent, qu’ils ne comprennent pas, que l’art doit rester libre, que le talent n’a pas de couleur. Puis le spectacle a lieu. La polémique retombe. Et rien ne change.
Nous ne voulons pas que cette fois-ci se passe comme les autres.
Cette pétition n’est pas une attaque contre un interprète. Elle est une prise de position contre une décision de production, et contre un système qui continue à traiter les rôles noirs comme interchangeables tout en laissant les artistes noir·e·s se battre pour des opportunités déjà trop rares.
Signer cette pétition, c’est dire que les artistes noir·e·s méritent mieux qu’une présence conditionnelle sur les scènes francophones.
C’est dire que l’intention des auteur·ice·s doit être respectée.
C’est dire que la représentation n’est pas un détail.
C’est dire que nous voyons ce qui se passe, et que nous refusons de le laisser passer en silence.
La scène nous appartient aussi.
Manifeste rédigé par Pascal Topige.
Cette pétition s'appuie sur l'essai de recherche indépendant « La Scène nous appartient aussi » (Pascal Topige, mai 2026), les rapports annuels AAPAC (2010–2022), la documentation officielle de licence Music Theatre International pour Kinky Boots, et les précédents documentés des controverses Miss Saigon (1991) et The Mikado (2015).
ENGLISH VERSION
Bruxellons, withdraw this casting or cancel your Kinky Boots production
Petition addressed to the Bruxellons Festival, Music Theatre International (MTI), and the producers and decision-makers of French-language musical theatre.
For its production of Kinky Boots scheduled for summer 2026, the Bruxellons Festival has chosen to cast a white man in the role of Lola.
Lola is not a neutral role. She is not a character who can be removed from her story without consequence. She is a Black drag queen, a rare character in the musical theatre repertoire: central, flamboyant, vulnerable, funny, complex, and deeply marked by an Afro-descendant experience.
We demand that this casting be reconsidered, or that the production be canceled in its current form.
WHY THIS ROLE MATTERS
Lola did not become Black by chance, by tradition, or simply as a matter of casting practice. Her relationship to rejection, imposed masculinity, difference, flamboyance, and resistance is rooted in a specific cultural reality. What Lola brings to the stage is not merely an individual story: it is also a story of the body, of social perception, of family, of imposed shame, and of reclaimed dignity.
The character is situated within an Afro-British reality that resonates with the history of the Windrush generation, those thousands of people of Caribbean origin who arrived in the United Kingdom from 1948 onwards. Their story is inextricably linked to the issues of systemic racism, belonging, rejection, and identity construction that permeate Lola's journey. This dimension is not a mere contextual detail. It contributes to how the character has been conceived, understood, and embodied since the show's inception.
This is not an interpretation invented by those who criticize this choice today. In official Music Theatre International documentation, Cyndi Lauper and Harvey Fierstein reiterate that Lola has always been played by a Black actor on Broadway and in the West End, and that this remains their strong preference for future productions.
In other words: the writers clearly stated their intention.
Bruxellons chose not to respect it.
THIS CHOICE DIDN'T COME OUT OF THE SKY
This decision cannot be viewed as a simple, isolated artistic choice.
It comes in a context where Black Francophone artists already have very few opportunities to access roles written for them.
In an independent analysis of a corpus of 78 major Broadway and West End musicals, only 17 works feature at least one named Black character with dialogue and a genuine narrative arc. This represents approximately 21.8% of the repertoire studied.
And even within those 21.8%, the majority of Black roles are tied to narratives of historical suffering, segregation, racial violence, musical biography, or fantastical and symbolic universes.
Contemporary Black characters who are complex, desirable, funny, vulnerable, contradictory, and who exist without being solely defined by trauma are rare.
Lola is one of these rare characters.
This is precisely why this casting is problematic.
When a role like this exists, and a production nevertheless chooses to cast a white actor, it's not simply a matter of artistic freedom. It's a decision that has concrete consequences for artists who are already too often excluded from the roles that concern them.
"BEST FOR THE ROLE" IS NOT A NEUTRAL ARGUMENT
Faced with criticism, the production cited an "open casting" and a "considered artistic choice."
But these arguments regularly resurface in controversies surrounding racial representation in theater. They give the impression that representation is secondary, as if it should always give way to a supposedly pure idea of talent.
Yet the recent history of the Anglo-Saxon stage shows that these debates are neither new nor anecdotal.
In 1991, the controversy surrounding Miss Saigon profoundly impacted American musical theater when the role of the engineer, an Asian character, was given to a white actor in blackface. The ensuing debate permanently transformed how the industry addressed issues of racial representation.
More recently, several productions of The Mikado have drawn sharp criticism for their use of caricatured portrayals of Japanese characters played by non-Asian actors. Some companies ultimately withdrew or canceled their productions following public protests.
These precedents are not identical to the case of Kinky Boots. But they demonstrate one essential thing: casting choices are never entirely separate from the historical and social realities surrounding the characters portrayed.
The question, therefore, is not to know if the chosen performer is talented.
The question is why, when one of the few major Black roles in the repertoire exists, a French-language production still considers it possible to entrust it to a white man.
The "best for the role" argument becomes problematic when it implies, even indirectly, that no Black artist was sufficiently legitimate, available, or capable to embody this character.
We reject this idea.
WHAT WE DEMAND
We ask the Bruxellons Festival:
1 - To immediately reconsider the casting of the role of Lola in order to entrust it to a Black artist, in accordance with the clearly expressed intention of the writers.
2 - Failing that, to cancel the production in its current form, rather than maintain a choice that erases the identity of a rare Black character.
We ask Music Theatre International:
3 - To transform the authors' "strong preference" into a clear contractual condition for future Kinky Boots licenses, so that no production can exploit the current legal ambiguity to circumvent the work's artistic intent.
We ask Francophone producers, directors, programmers, and theatre directors:
4 - To take the issue of racially specific roles seriously.
5 - To stop using "colorblind casting" as an excuse when it serves, in practice, to perpetuate the same imbalances.
6 - To initiate a genuine discussion about the works produced, the licenses chosen, the decision-making teams, and the artists given access to the roles.
WHY SIGN
This type of situation happens way too often.
A production makes a problematic choice. Affected artists speak out. They are told they are exaggerating, that they don't understand, that art must remain free, that talent has no color. Then the show goes on. The controversy dies down. And nothing changes.
We don't want this time to be like the others.
This petition is not an attack on a performer. It is a stand against a production decision, and against a system that continues to treat Black roles as interchangeable while leaving Black artists to fight for already scarce opportunities.
Signing this petition means saying that Black artists deserve better than a conditional presence on Francophone stages.
It means saying that the writers' intentions must be respected.
It means saying that representation is not a minor detail.
It means saying that we see what is happening, and that we refuse to let it go unchallenged.
The stage belongs to us too.
Manifesto written by Pascal Topige.
This petition is based on the independent research essay "The Stage Belongs to Us Too" (Pascal Topige, May 2026), the AAPAC annual reports (2010–2022), the official Music Theatre International licensing documentation for Kinky Boots, and the documented precedents of the Miss Saigon (1991) and The Mikado (2015) controversies.

177
Le problème
English version below
Bruxellons, retirez ce casting ou annulez votre production de Kinky Boots
Pétition adressée au Festival Bruxellons, à Music Theatre International (MTI), ainsi qu’aux producteur·rice·s et décisionnaires de la comédie musicale francophone.
Pour sa production de Kinky Boots prévue à l’été 2026, le Festival Bruxellons a choisi de confier le rôle de Lola à un homme blanc.
Lola n’est pas un rôle anodin. Ce n’est pas un personnage neutre que l’on pourrait déplacer hors de son histoire sans conséquence. C’est une drag-queen noire, un personnage rare dans le répertoire de la comédie musicale : central, flamboyant, vulnérable, drôle, complexe, et profondément marqué par une expérience afrodescendante.
Nous demandons que ce casting soit revu, ou que la production soit annulée dans sa forme actuelle.
POURQUOI CE RÔLE COMPTE
Lola n'est pas devenue noire par hasard, par tradition ou par simple habitude de casting. Son rapport au rejet, à la masculinité imposée, à la différence, à la flamboyance et à la résistance s'inscrit dans une réalité culturelle précise. Ce que Lola porte sur scène n'est pas seulement une histoire individuelle : c'est aussi une histoire de corps, de regard social, de famille, de honte imposée et de dignité retrouvée.
Le personnage s'inscrit dans une réalité afro-britannique qui fait écho à l'histoire de la génération Windrush, ces milliers de personnes originaires des Caraïbes arrivées au Royaume-Uni à partir de 1948. Leur histoire est indissociable des questions de racisme systémique, d'appartenance, de rejet et de construction identitaire qui traversent le parcours de Lola. Cette dimension n'est pas un détail de contexte. Elle participe à la manière dont le personnage a été conçu, compris et incarné depuis la création du spectacle.
Ce n'est pas une lecture inventée par les personnes qui dénoncent ce choix aujourd'hui. Dans la documentation officielle de Music Theatre International, Cyndi Lauper et Harvey Fierstein rappellent que Lola a toujours été interprétée par un acteur noir à Broadway et dans le West End, et que cela demeure leur forte préférence pour les productions futures.
Autrement dit : les auteur·ice·s ont formulé clairement une intention.
Bruxellons a choisi de ne pas la respecter.
CE CHOIX NE TOMBE PAS DU CIEL
Cette décision ne peut pas être regardée comme un simple choix artistique isolé.
Elle arrive dans un milieu où les artistes noir·e·s francophones ont déjà très peu d’opportunités d’accéder à des rôles écrits pour eux·elles.
Dans une analyse indépendante menée à partir d’un corpus de 78 comédies musicales majeures de Broadway et du West End, seules 17 œuvres comportent au moins un personnage noir nommé avec du texte et un véritable arc narratif. Cela représente environ 21,8 % du répertoire étudié.
Et même dans ces 21,8 %, la majorité des rôles noirs sont liés à des récits de souffrance historique, de ségrégation, de violence raciale, de biographie musicale, ou à des univers fantastiques et symboliques.
Les personnages noirs contemporains, complexes, désirables, drôles, vulnérables, contradictoires, qui existent sans être uniquement définis par le trauma, sont rares.
Lola fait partie de ces rares personnages.
C’est précisément pour cela que ce casting pose problème.
Quand un rôle comme celui-ci existe, et qu’une production choisit malgré tout de le confier à un interprète blanc, ce n’est pas une simple liberté artistique. C’est une décision qui entraîne des conséquences concrètes sur des artistes déjà trop souvent écarté·e·s des rôles qui les concernent.
LE "MEILLEUR POUR LE RÔLE" N'EST PAS UN ARGUMENT NEUTRE
Face aux critiques, la production a évoqué un « casting ouvert » et un « choix artistique réfléchi ».
Mais ces arguments reviennent régulièrement dans les controverses liées à la représentation raciale au théâtre. Ils donnent l'impression que la représentation serait secondaire, comme si elle devait toujours s'effacer devant une idée supposée pure du talent.
Or l'histoire récente de la scène anglo-saxonne montre que ces débats ne sont ni nouveaux ni anecdotiques.
En 1991, la controverse autour de Miss Saigon a profondément marqué le théâtre musical américain lorsque le rôle de l'ingénieur, personnage asiatique, fut confié à un acteur blanc grimé. Le débat qui s'en est suivi a durablement transformé la manière dont le milieu abordait les questions de représentation raciale.
Plus récemment, plusieurs productions de The Mikado ont suscité de vives critiques pour leur recours à des représentations caricaturales de personnages japonais interprétés par des artistes non asiatiques. Certaines compagnies ont finalement retiré ou annulé leurs productions à la suite de mobilisations collectives.
Ces précédents ne sont pas identiques au cas de Kinky Boots. Mais ils démontrent une chose essentielle : les choix de casting ne sont jamais totalement séparés des réalités historiques et sociales qui entourent les personnages représentés.
La question n'est donc pas de savoir si l'interprète choisi est talentueux.
La question est de savoir pourquoi, lorsqu'un des rares rôles noirs majeurs du répertoire existe, une production francophone estime encore possible de le confier à un homme blanc.
L'argument du « meilleur pour le rôle » devient problématique lorsqu'il laisse entendre, même indirectement, qu'aucun·e artiste noir·e n'était suffisamment légitime, disponible ou capable pour porter ce personnage.
Nous refusons cette idée.
CE QUE NOUS DEMANDONS
Nous demandons au Festival Bruxellons :
- 1 - De revoir immédiatement le casting du rôle de Lola afin de le confier à un·e artiste noir·e, conformément à l’intention clairement exprimée par les auteur·ice·s.
- 2 - À défaut, d’annuler la production dans sa forme actuelle, plutôt que de maintenir un choix qui efface l’identité d’un personnage noir rare.
Nous demandons à Music Theatre International :
- 3 - De transformer la “forte préférence” des auteur·ice·s en condition contractuelle claire pour les futures licences de Kinky Boots, afin qu’aucune production ne puisse utiliser le flou juridique actuel pour contourner l’intention artistique de l’œuvre.
Nous demandons aux producteur·rice·s, metteur·euse·s en scène, programmateur·rice·s et directeur·rice·s de théâtre francophones :
- 4 - De prendre au sérieux la question des rôles racialement spécifiques.
- 5 - De ne plus utiliser le “colorblind casting” comme excuse lorsque celui-ci sert, dans les faits, à reconduire les mêmes déséquilibres.
- 6 - D’ouvrir une réflexion réelle sur les œuvres produites, les licences choisies, les équipes décisionnaires et les artistes à qui l’on donne accès aux rôles.
POURQUOI SIGNER
Ce type de situation se répète trop souvent.
Une production fait un choix problématique. Des artistes concerné·e·s s’expriment. On leur répond qu’ils exagèrent, qu’ils ne comprennent pas, que l’art doit rester libre, que le talent n’a pas de couleur. Puis le spectacle a lieu. La polémique retombe. Et rien ne change.
Nous ne voulons pas que cette fois-ci se passe comme les autres.
Cette pétition n’est pas une attaque contre un interprète. Elle est une prise de position contre une décision de production, et contre un système qui continue à traiter les rôles noirs comme interchangeables tout en laissant les artistes noir·e·s se battre pour des opportunités déjà trop rares.
Signer cette pétition, c’est dire que les artistes noir·e·s méritent mieux qu’une présence conditionnelle sur les scènes francophones.
C’est dire que l’intention des auteur·ice·s doit être respectée.
C’est dire que la représentation n’est pas un détail.
C’est dire que nous voyons ce qui se passe, et que nous refusons de le laisser passer en silence.
La scène nous appartient aussi.
Manifeste rédigé par Pascal Topige.
Cette pétition s'appuie sur l'essai de recherche indépendant « La Scène nous appartient aussi » (Pascal Topige, mai 2026), les rapports annuels AAPAC (2010–2022), la documentation officielle de licence Music Theatre International pour Kinky Boots, et les précédents documentés des controverses Miss Saigon (1991) et The Mikado (2015).
ENGLISH VERSION
Bruxellons, withdraw this casting or cancel your Kinky Boots production
Petition addressed to the Bruxellons Festival, Music Theatre International (MTI), and the producers and decision-makers of French-language musical theatre.
For its production of Kinky Boots scheduled for summer 2026, the Bruxellons Festival has chosen to cast a white man in the role of Lola.
Lola is not a neutral role. She is not a character who can be removed from her story without consequence. She is a Black drag queen, a rare character in the musical theatre repertoire: central, flamboyant, vulnerable, funny, complex, and deeply marked by an Afro-descendant experience.
We demand that this casting be reconsidered, or that the production be canceled in its current form.
WHY THIS ROLE MATTERS
Lola did not become Black by chance, by tradition, or simply as a matter of casting practice. Her relationship to rejection, imposed masculinity, difference, flamboyance, and resistance is rooted in a specific cultural reality. What Lola brings to the stage is not merely an individual story: it is also a story of the body, of social perception, of family, of imposed shame, and of reclaimed dignity.
The character is situated within an Afro-British reality that resonates with the history of the Windrush generation, those thousands of people of Caribbean origin who arrived in the United Kingdom from 1948 onwards. Their story is inextricably linked to the issues of systemic racism, belonging, rejection, and identity construction that permeate Lola's journey. This dimension is not a mere contextual detail. It contributes to how the character has been conceived, understood, and embodied since the show's inception.
This is not an interpretation invented by those who criticize this choice today. In official Music Theatre International documentation, Cyndi Lauper and Harvey Fierstein reiterate that Lola has always been played by a Black actor on Broadway and in the West End, and that this remains their strong preference for future productions.
In other words: the writers clearly stated their intention.
Bruxellons chose not to respect it.
THIS CHOICE DIDN'T COME OUT OF THE SKY
This decision cannot be viewed as a simple, isolated artistic choice.
It comes in a context where Black Francophone artists already have very few opportunities to access roles written for them.
In an independent analysis of a corpus of 78 major Broadway and West End musicals, only 17 works feature at least one named Black character with dialogue and a genuine narrative arc. This represents approximately 21.8% of the repertoire studied.
And even within those 21.8%, the majority of Black roles are tied to narratives of historical suffering, segregation, racial violence, musical biography, or fantastical and symbolic universes.
Contemporary Black characters who are complex, desirable, funny, vulnerable, contradictory, and who exist without being solely defined by trauma are rare.
Lola is one of these rare characters.
This is precisely why this casting is problematic.
When a role like this exists, and a production nevertheless chooses to cast a white actor, it's not simply a matter of artistic freedom. It's a decision that has concrete consequences for artists who are already too often excluded from the roles that concern them.
"BEST FOR THE ROLE" IS NOT A NEUTRAL ARGUMENT
Faced with criticism, the production cited an "open casting" and a "considered artistic choice."
But these arguments regularly resurface in controversies surrounding racial representation in theater. They give the impression that representation is secondary, as if it should always give way to a supposedly pure idea of talent.
Yet the recent history of the Anglo-Saxon stage shows that these debates are neither new nor anecdotal.
In 1991, the controversy surrounding Miss Saigon profoundly impacted American musical theater when the role of the engineer, an Asian character, was given to a white actor in blackface. The ensuing debate permanently transformed how the industry addressed issues of racial representation.
More recently, several productions of The Mikado have drawn sharp criticism for their use of caricatured portrayals of Japanese characters played by non-Asian actors. Some companies ultimately withdrew or canceled their productions following public protests.
These precedents are not identical to the case of Kinky Boots. But they demonstrate one essential thing: casting choices are never entirely separate from the historical and social realities surrounding the characters portrayed.
The question, therefore, is not to know if the chosen performer is talented.
The question is why, when one of the few major Black roles in the repertoire exists, a French-language production still considers it possible to entrust it to a white man.
The "best for the role" argument becomes problematic when it implies, even indirectly, that no Black artist was sufficiently legitimate, available, or capable to embody this character.
We reject this idea.
WHAT WE DEMAND
We ask the Bruxellons Festival:
1 - To immediately reconsider the casting of the role of Lola in order to entrust it to a Black artist, in accordance with the clearly expressed intention of the writers.
2 - Failing that, to cancel the production in its current form, rather than maintain a choice that erases the identity of a rare Black character.
We ask Music Theatre International:
3 - To transform the authors' "strong preference" into a clear contractual condition for future Kinky Boots licenses, so that no production can exploit the current legal ambiguity to circumvent the work's artistic intent.
We ask Francophone producers, directors, programmers, and theatre directors:
4 - To take the issue of racially specific roles seriously.
5 - To stop using "colorblind casting" as an excuse when it serves, in practice, to perpetuate the same imbalances.
6 - To initiate a genuine discussion about the works produced, the licenses chosen, the decision-making teams, and the artists given access to the roles.
WHY SIGN
This type of situation happens way too often.
A production makes a problematic choice. Affected artists speak out. They are told they are exaggerating, that they don't understand, that art must remain free, that talent has no color. Then the show goes on. The controversy dies down. And nothing changes.
We don't want this time to be like the others.
This petition is not an attack on a performer. It is a stand against a production decision, and against a system that continues to treat Black roles as interchangeable while leaving Black artists to fight for already scarce opportunities.
Signing this petition means saying that Black artists deserve better than a conditional presence on Francophone stages.
It means saying that the writers' intentions must be respected.
It means saying that representation is not a minor detail.
It means saying that we see what is happening, and that we refuse to let it go unchallenged.
The stage belongs to us too.
Manifesto written by Pascal Topige.
This petition is based on the independent research essay "The Stage Belongs to Us Too" (Pascal Topige, May 2026), the AAPAC annual reports (2010–2022), the official Music Theatre International licensing documentation for Kinky Boots, and the documented precedents of the Miss Saigon (1991) and The Mikado (2015) controversies.

177
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Pétition lancée le 5 juin 2026