L’alternative maritime qui balaye le mirage du pont à 5 milliards !


📢 MISE À JOUR :
Introduction
Le projet de pont sur le Saguenay est régulièrement présenté comme la seule solution durable aux enjeux de mobilité entre Charlevoix et la Côte-Nord. Cette affirmation repose toutefois sur l'hypothèse que la traverse Tadoussac–Baie-Sainte-Catherine a atteint sa capacité maximale et qu'elle ne peut plus évoluer de façon significative.
Or, l'expérience observée dans plusieurs réseaux de traversiers au Canada et à l'international démontre qu'il existe de nombreuses façons d'améliorer le débit d'une liaison maritime sans nécessairement construire une infrastructure fixe de plusieurs milliards de dollars [6].
La capacité d'une traverse dépend principalement de quatre variables :
- la capacité des navires;
- le temps d'embarquement;
- le temps de traversée;
- le temps d'accostage et de débarquement [6].
Toute amélioration de l'un de ces paramètres augmente directement le nombre de véhicules pouvant être transportés quotidiennement.
Les traversiers actuellement exploités par la Société des traversiers du Québec (STQ) sur la liaison Tadoussac–Baie-Sainte-Catherine possèdent une capacité nominale d'environ 110 véhicules par traversée [1].
L'objectif du présent document n'est pas de proposer un modèle unique ni de reproduire exactement les solutions utilisées ailleurs, mais de démontrer que les possibilités de modernisation de la traverse méritent d'être étudiées rigoureusement avant d'écarter cette option au profit d'un pont permanent.
1. L'OPTIMISATION DU QUAI DE BAIE-SAINTE-CATHERINE
La rive ouest présente des caractéristiques géographiques offrant davantage de possibilités d'aménagement que le terminal de Tadoussac.
Gestion des files d'attente
L'agrandissement des aires d'attente permettrait de mieux répartir les véhicules avant l'embarquement et d'éviter l'accumulation récurrente des files sur la route 138 durant les périodes de pointe.
Cette approche contribuerait également à mieux séparer le trafic de la traverse du trafic touristique lié aux croisières et aux activités récréotouristiques.
Modernisation des installations d'embarquement
Toute amélioration de la capacité de la traverse nécessitera vraisemblablement certaines adaptations du terminal de Baie-Sainte-Catherine.
La topographie du site permet d'envisager diverses solutions destinées à accélérer les opérations d'embarquement et de débarquement, notamment par une meilleure organisation des voies d'accès et des aires de circulation.
Parmi les options pouvant être étudiées figurent l'ajout de passerelles d'embarquement plus performantes ou de systèmes permettant le chargement simultané de plusieurs sections du navire lorsque la configuration des traversiers et des quais le permet. De telles approches sont déjà utilisées dans différents réseaux de traversiers afin de réduire les temps d'escale et d'améliorer le débit global des opérations, sans nécessairement augmenter la durée des traversées elles-mêmes [6].
Fluidité de la route 138
L'ajout de voies de dépassement dans certains secteurs stratégiques en direction de La Malbaie permettrait une dispersion plus rapide du trafic après le débarquement et réduirait l'effet de ralentissement provoqué par les véhicules lourds.
2. LE QUAI DE TADOUSSAC : AMÉLIORER LE DÉBIT SANS TRANSFORMER LA BAIE
Le terminal de Tadoussac est implanté dans un environnement fortement contraint par la topographie, la présence immédiate des falaises et la sensibilité écologique du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent [7].
Dans ce contexte, l'objectif ne devrait pas être de transformer radicalement la baie de Tadoussac, mais plutôt d'améliorer l'efficacité globale du système de traversier.
Optimisation des opérations
La configuration précise d'une future génération de traversiers devrait faire l'objet d'études d'ingénierie détaillées tenant compte des contraintes des deux terminaux.
L'objectif n'est pas de présumer d'une solution technique unique, mais de reconnaître que plusieurs approches existent déjà dans l'industrie maritime afin d'améliorer la capacité et la fluidité des opérations [6].
Réduction des temps d'escale
L'un des gains potentiels les plus importants pourrait provenir de l'automatisation des opérations portuaires.
Les systèmes modernes d'amarrage automatisé, tels que la technologie MoorMaster développée par Cavotec, permettent de sécuriser un traversier en environ 30 secondes et de le libérer en une dizaine de secondes [4].
Selon une étude réalisée pour l'Université norvégienne de sciences et technologies (NTNU), les opérations d'amarrage et de désamarrage automatisés nécessitent généralement moins d'une minute, contre six à huit minutes pour les méthodes conventionnelles utilisant des amarres [5].
Dans le contexte d'une traversée d'environ dix minutes, ces gains de temps pourraient contribuer à améliorer significativement le débit global du service [5][6].
Une approche progressive
Plutôt que de considérer la capacité actuelle comme une limite définitive, une analyse comparative indépendante devrait évaluer les gains pouvant être obtenus grâce à :
la modernisation de la flotte;
l'amélioration des terminaux;
l'automatisation des opérations d'amarrage;
l'optimisation de la gestion des files d'attente;
l'électrification progressive des navires.
3. LA FLOTTE DE RECHANGE : DES TRANSBORDEURS ÉCORESPONSABLES ET ÉVOLUTIFS
L'amélioration de la traverse passe également par le renouvellement progressif de la flotte.
Évolution de la capacité des navires
L'affirmation selon laquelle la traverse Tadoussac–Baie-Sainte-Catherine aurait atteint sa capacité maximale repose en partie sur une comparaison avec les navires actuellement en service.
Or, l'industrie maritime a continuellement développé de nouvelles configurations permettant d'améliorer l'utilisation du volume intérieur des navires, la circulation des véhicules à bord et l'efficacité des opérations de chargement et de déchargement [6].
Sans présumer d'une solution technique unique, il apparaît raisonnable de considérer que l'évolution future des traversiers pourrait offrir des possibilités d'augmentation de capacité qui méritent d'être étudiées avant de conclure que la traverse a atteint ses limites définitives.
Réduction du bruit sous-marin
Les traversiers électriques ou hybrides-électriques permettent de réduire les vibrations mécaniques et le bruit généré par les moteurs thermiques conventionnels [8].
Cette réduction du bruit constitue un enjeu particulièrement important dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, qui abrite l'une des dernières populations de bélugas du Saint-Laurent [7].
Flexibilité énergétique
La propulsion électrique est aujourd'hui une technologie mature dans plusieurs réseaux de traversiers nordiques [8].
Une transition progressive vers des navires hybrides rechargeables permettrait de réduire les émissions atmosphériques et la consommation de carburants fossiles tout en limitant les risques associés à une conversion immédiate de l'ensemble de la flotte [8].
Une solution évolutive
Contrairement à un pont permanent, dont les caractéristiques demeurent essentiellement fixes une fois construit, une flotte de traversiers peut être modernisée progressivement en fonction de l'évolution des besoins, des technologies disponibles et des contraintes budgétaires.
Cette flexibilité constitue un avantage important dans un contexte où les technologies de propulsion continuent d'évoluer rapidement.
4. LA QUESTION DE LA PROPORTIONNALITÉ DES INVESTISSEMENTS
La Côte-Nord regroupe moins de 90 000 résidents permanents [9].
Bien que la région mérite des infrastructures de transport fiables et performantes, il demeure pertinent d'évaluer si un investissement de plusieurs milliards de dollars constitue la réponse la plus efficiente aux besoins actuels et futurs de mobilité.
Une comparaison rigoureuse avec les scénarios de modernisation de la traverse devrait faire partie intégrante du processus décisionnel.
Conclusion
Avant d'engager plusieurs milliards de dollars dans la construction d'un pont permanent au-dessus du Saguenay, une analyse comparative indépendante devrait évaluer rigoureusement les gains potentiels associés à la modernisation de la traverse existante.
Les exemples observés au Canada et à l'international démontrent que l'amélioration de la capacité des navires, l'automatisation des opérations portuaires, l'optimisation des terminaux et l'électrification progressive des flottes peuvent accroître significativement la performance d'une liaison maritime tout en limitant les impacts environnementaux et financiers [4][5][6][8].
La Côte-Nord compte moins de 90 000 habitants [9]. Dans ce contexte, tout projet d'infrastructure d'une telle ampleur devrait faire l'objet d'un examen particulièrement rigoureux quant à sa pertinence, à sa rentabilité collective et à ses impacts à long terme.
Cette réflexion est d'autant plus importante que le financement d'un ouvrage de plusieurs milliards de dollars pourrait ultimement se traduire par l'imposition d'un péage et d'autres coûts directs pour les usagers. Une telle situation représenterait un changement majeur pour les résidents de la Côte-Nord, qui bénéficient actuellement d'un lien routier gratuit grâce à la traverse Tadoussac–Baie-Sainte-Catherine [1].
La question n'est donc pas seulement de savoir si la construction d'un pont constitue l'option la plus appropriée sur les plans économique, environnemental et social, mais également de déterminer si toutes les possibilités réalistes d'amélioration de la traverse actuelle ont été pleinement évaluées avant d'envisager une transformation aussi importante destructrice du territoire.
Références
[1] STQ – Données techniques des traversiers Tadoussac–Baie-Sainte-Catherine.
[4] Cavotec – MoorMaster Automated Mooring System.
[5] NTNU – Automatic Mooring Technical Gap Analysis.
[6] Transportation Research Board – Ferry Transportation Systems and Double-Ended Vessel Operations.
[7] Parcs Canada – Documentation scientifique sur le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent.
[8] DNV – Electrification of Ferry Fleets: Technical and Environmental Assessment.
[9] Institut de la statistique du Québec – Profil démographique de la Côte-Nord.
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Lien vers le Mémoire : https://drive.google.com/file/d/1Cbcu-yQukL8MqxsHApZd-m_awKFpJsQL/view?usp=sharing