Dépotichons le métier d'hôtesse en événementiel !

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Je m’appelle Alice et je suis hôtesse d'accueil depuis 6 ans. J’ai soutenu la pétition pour mettre fin à la tradition sexiste des hôtesses de podium au Tour de France, parce que derrière les sourires et les talons se cachent souvent la déconsidération, le harcèlement, les discriminations et la précarité.

Madame la Ministre du Travail, il est grand temps de mettre fin au sexisme récurrent dans le métier d’hôtesse d'accueil.  

Dans mon métier, j’ai eu la chance de réaliser des missions dans des cadres hors du commun et je fais souvent de belles rencontres. Si le métier d’hôtesse d’accueil peut s’avérer utile au quotidien, dans l’événementiel, il est aussi fréquent que je réalise des missions perchée sur des talons hauts en tenue de soirée pendant des heures sans bouger d’un poil et avec parfois pour seul tâche celle de sourire. A ce moment-là, j’ai réellement l’impression de passer aux yeux des autres pour une plante verte, c’est dégradant et je ne me sens pas utile dans mon travail. 

J’ai aussi appris très vite que dans ce métier, le dicton “sois belle et tais-toi” était de mise, le port obligatoire des talons, portant ces injonctions sexistes à son paroxysme. J’ai déjà dû porter des talons deux tailles en dessous de la mienne pendant 3 heures sans broncher, une vraie torture. Il est aussi fréquent que des hôtesses fassent des malaises. Alors qu’au Canada et au Japon, le port obligatoire des talons est remis en question, ici, notre santé en fait encore les frais au nom du supposé “glamour à la française”.

Cette image de « gentilles potiches écervelées » qu’on nous colle nous expose encore plus au mépris social et au sexisme bien souvent perpétrés par des hommes de catégories socioprofessionnelles supérieures abusant de leurs privilèges : médecins, hommes politiques, avocats, commerciaux...

J’ai moi-même été victime d’agression sexuelle par un homme puissant lors d’une soirée. Cet homme s’en était déjà pris à d’autres hôtesses auparavant en toute impunité. Mon agence m’avait donc envoyée au casse-pipe en toute connaissance de cause. Elle n’a aussi rien fait une fois les faits reportés, parce qu’il s’agissait d’un de leur plus gros client : mon intégrité physique et morale sacrifiée sur l’autel d’un contrat juteux

Mon cas est loin d'être isolé. Les nombreux témoignages d’hôtesses du compte Twitter récemment lancé, @PasTaPotiche, en disent long sur le sexisme encore prégnant dans le milieu des hôtesses d’accueil, tel que les demandes discriminantes d’entreprises préférant des hôtesses “de type nordique” et n'allant pas au-delà de la taille 38 à celles à “l’accent banlieue”.

Empotichées à outrance, surexposées au harcèlement, et fragilisées par des contrats précaires, lorsqu’on exerce un métier où à la moindre plainte, l’agence risque tout bonnement de « ne plus nous rappeler » (c’est la version disruptive du “licenciement”) nos marges de manœuvre pour réclamer de meilleures conditions de travail sont alors bien maigres. C’est ainsi qu’on peut “se faire virer” pour avoir par exemple demandé une écharpe en plein hiver

Je suis à bout de constater que les agences et leurs clients s’entêtent à jouer les cow-boys du code du travail sur le dos des hôtesses d’accueil en événementiel. 

Je m’en remets donc à Madame Pénicaud, Ministre du Travail : faites respecter la loi pour que je puisse exercer mon travail dans le respect et la dignité ! L’égalité professionnelle c’est aussi revaloriser les métiers fortement féminisés, précaires et souffrant particulièrement de sexisme et de discriminations tel que le métier d’hôtesse d’accueil. 

Vous vous êtes engagée à ratifier la convention contre le harcèlement et les violences au travail de l’OIT et à ainsi favoriser un « environnement général de tolérance zéro ».

Organisons donc rapidement une réunion de travail afin de mettre en place un plan de lutte contre le sexisme, les discriminations et la précarité dans le milieu de l’accueil, car il y a urgence !