Actualización de la peticiónLiu Xiaobo est mort, n'abandonnez pas Liu Xia !Les lettres à Liu Xia de Catherine Blanjean à la Maison de la poésie
Béatrice DESGRANGESFrancia
22 jun 2018
« Quand elle a appris le sort fait à Liu Xia, écrit la Maison de la poésie dans sa présentation de la soirée, Catherine Blanjean a entrepris de lui écrire des lettres dont elle savait pourtant qu’elles ne pourraient jamais lui parvenir. Catherine Blanjean est alors allée à la rencontre des rares personnes capables d’évoquer Liu Xia ; elle s’est aussi plongée dans des textes qui parlent de la Chine et de son régime. Il en ressort le portrait bouleversant d’une femme “interdite”. Le cri d’une femme pour une femme. Et pour l’humanité. » Jean-François Bouthors : On va demander à Catherine Blanjean comment elle est entrée dans cette aventure et dans ce dialogue à distance avec Liu Xia et d’écrire ces lettres qui n’auraient pas de réponse... Catherine Blanjean : J’ai écrit un livre dont le titre est "Liu Xia, lettres à une femme interdite", mais je ne suis pas du tout une spécialiste de Liu Xia, j’ai essayé de glaner des informations en allant voir Jean-Philippe Béja, en allant voir Marie Holzman et Liao Yiwu. Pour moi, tout a commencé par un coup de cœur pour les photos de Liu Xia et les poèmes que j’ai pu trouver sur Internet. Je n’étais pas du tout au départ une militante des droits de l’homme, je ne connais pas du tout la culture chinoise, je ne m’intéressais pas du tout à ce pays, mais j’ai entendu parler de Liu Xia, de la situation dramatique d’une femme assignée à résidence depuis 7 ans, une situation qui m’a touchée en tant que femme et, je ne sais pas pourquoi, je suis allée voir sur Internet et j’ai trouvé les photos de Liu Xia, celles qu’on a vues dans la vidéo du début. J’ai vu ça, j’ai entendu des extraits du premier poème sur lequel je suis tombée, c’est le poème de l’arbre qu’on entendra tout à l’heure, et je me suis demandé comment c’était possible de survivre à sept années d’enfermement et d’isolement complets, voilà. Est-ce que c’est par l’isolement de la censure, est-ce que c’est par une force intérieure qui n’a pas la place de s’exprimer, comment ça se fait ? Alors, il se fait que depuis toujours, j’écris facilement des correspondances à des gens, je l’ai déjà fait des années auparavant et donc, assez naturellement, j’ai écrit à Liu Xia en sachant qu’elle n’aurait jamais la lettre. Mais c’est une manière pour moi de mettre sur le papier mes questions et tout ce qui résonnait en moi en découvrant son œuvre et en découvrant Liu Xia. J’ai écrit quelques lettres […] et j’avais vraiment envie de partager ceci. Jean-François Bouthors : Ce qui est très fort dans votre œuvre, c’est la portée de la réclusion ; il y a une grande expérience de la réclusion dans l’histoire des femmes, les femmes qu’on enfermait au Moyen Age, derrière les murs, etc. Catherine Blanjean : J’ai été très frappée par une affiche où l’on voit la photo de Liu Xia avec une croix sur la bouche (moi ça m’a rappelé le scotch qu’on me mettait sur la bouche à l’école quand j’étais gamine) et par cette censure, cet isolement, cette solitude auxquels elle était confrontée. Et j’ai découvert dans cette femme, effectivement, quelqu’un qui vit […] sans compromis par rapport au monde politique, par rapport au monde économique et qui voulait « vivre en vérité ». Voilà, pour moi, c’était quelque chose qui était vraiment très très fort et qui résonne dans ma pratique professionnelle ; je fais beaucoup de théâtre, je programme des spectacles et j’ai voulu transmettre cette forme de liberté, cette forme de dissidence et de [vérité]. Ca m’a rappelé ces femmes qu’on emmurait vivantes au Moyen Age parce qu’on les traitait de sorcières, voilà c’est un peu difficile de prendre la parole. Jean-François Bouthors : Vous parlez de la relation assez particulière entre Liu Xiaobo et Liu Xia, une relation sans accommodement… Catherine Blanjean : La deuxième chose qui m’a vraiment touchée, c’est de découvrir cet amour et de voir comment leurs textes se répondaient dans les poèmes […] et puis il y a aussi des textes, enfin des poèmes, où Liu Xia lui rentre dedans ! Elle ne mâche pas ses mots, mais il y a un dialogue constant entre eux, chacun écrit à sa manière. Liu Xiaobo c’est un politique, c’est un penseur, tandis que Liu Xia, c’est [une écriture] poétique.
Copiar enlace
WhatsApp
Facebook
Nextdoor
E-mail
X