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Un couple d'artistes franco-chinois arrêtés en Chine pour un hommage à Liu Xiaobo et à Liu Xia

Béatrice DESGRANGES
France

Dec 18, 2017 — J'imaginais naïvement que la presse française reprendrait l'information. Mais rien, aucun journal, aucun de nos médias audiovisuels ne semble avoir eu vent de cette nouvelle qui concerne pourtant deux de nos concitoyens, victimes de la censure et de la répression implacables qui se sont abattues sur tout ce qui touche à Liu Xiaobo et à Liu Xia en Chine... Je traduis donc l'article du "South China Morning Post" dont je vous ai brièvement parlé dans ma dernière mise-à-jour. Je joins à ma traduction une photo de l'oeuvre incriminée. On y découvre, outre la chaise bleue de la cérémonie d'Oslo, outre le cordon de police, outre les barreaux de la prison et les caméras, bien des éléments symboliques. Le titre de l'oeuvre, "Discordance des Temps", illustre la confrontation voulue par l'artiste entre le temps présent, symbolisé par le paysage urbain aux angles agressifs qui s'encadre dans la fenêtre de droite, et le passé de la Chine, symbolisé par le paysage de la baie centrale ainsi que par les courbes élégantes des portes-de-lune, des rochers et des jardins traditionnels.

Dans la première pièce, à droite, une silhouette accroupie, recouverte d'un voile, évoque Liu Xia, prisonnière du régime depuis 2010, disparue comme par enchantement depuis le 15 juillet. Derrière elle, un mur-écran, typique de l'architecture du Sud, est censé arrêter l'invasion de la demeure par les "âmes errantes", en souvenir, sans doute, des massacres de Tian An'men. On aperçoit, derrière le mur, un rocher aux formes étranges, dont les sages faisaient un support de contemplation et de méditation. A gauche du paysage traditionnel, encadré dans la porte, un chien : il évoque peut-être le poème bouleversant de Liu Xiaobo "Mon petit chien est mort", dont je vous ai donné la traduction, à moins qu'il ne désigne "les chiens de garde" du régime. Le cheval qui lui fait pendant et dont on voit la croupe est peut-être une allusion à une expression chinoise 拍马屁 ou 排马屁, "flatter la croupe du cheval", qui fustige tous ceux qui se prosternent devant le pouvoir, comme le font, malheureusement, tant de nos politiques au lieu de s'engager, comme Hu Jiamin et Marine Brossard, pour la mémoire de Liu Xiaobo et la défense de Liu Xia.

Vous trouverez d'autres images dans l'article : http://www.scmp.com/news/china/policies-politics/article/2124573/artists-daring-tribute-late-dissident-liu-xiaobo-goes

L'AUTEUR DE CET HOMMAGE TÉMÉRAIRE AU DÉFUNT DISSIDENT LIU XIAOBO EST INJOIGNABLE EN CHINE

L’hommage téméraire d’un artiste au dissident à Liu Xiaobo n’aura été visible qu’une journée. On a vu l’artiste franco-chinois se faire emmener après que son œuvre, où figurait le siège vide de la cérémonie du Prix Nobel, a été recouverte par une bâche.

L’hommage d’un artiste franco-chinois au dissident Liu Xiaobo, Lauréat du Nobel de la Paix, aura survécu le temps de la première journée de son exposition à Shenzhen, beaucoup diraient «miraculeusement survécu» …

Mais le miracle n’a pas duré. A la tombée de la nuit, les autorités avaient déjà recouvert son œuvre d’une bannière promotionnelle. Un des organisateurs de l’exposition a déclaré au "South China Morning Post" que la police enquêtait sur l’affaire parce que l’œuvre était "politiquement problématique".

Selon le "Ming Bao", on a vu l’artiste Hu Jiamin et sa femme, qui disent être des citoyens français, emmenés par des policiers en civil dans la soirée de vendredi, à la fin de la manifestation artistique. On ne sait pas si le couple est toujours en détention.

Une chaise vide et une rangée de barreaux rouges devant un paysage idyllique, évoquant la tradition picturale chinoise, figuraient parmi les images que Hu Jiamin a peintes au centre du triptyque mural qu’il exposait à la "Biennale d’architecture urbaine de Shenzhen-Hong Kong", ouverte vendred dernier.

Ces détails sont éminemment symboliques. Liu Xiaobo, qui avait voué sa vie à la lutte pour la démocratisation de la Chine, était derrière les barreaux quand le Prix Nobel de la Paix a été doucement posé sur le siège d’une chaise vide bleue pendant la cérémonie d’Oslo. Il est mort d’un cancer du foie dans une prison d’Etat en Juillet.

« J’ai été bouleversé quand j’ai appris sa mort », a déclaré Hu au "Post" vendredi. J’avais toujours désiré faire quelque chose, mais je ne voyais pas ce que je pouvais faire, tant je suis désarçonné par l’évolution de la Chine ces dernières années. » Comme il l'a expliqué, il faisait allusion par là au contrôle grandissant du gouvernement sur tous les aspects de la vie en Chine.

Hu et sa femme, une Française, s’étaient envolés de Lyon, où ils habitent désormais, pour Shenzhen. Le couple, lassé du renforcement du contrôle politique à Pékin, où il avait vécu pendant trois ans, s’est installé à Lyon en 2015.

Hu dit qu’il n’était pas exagérément inquiet sur les conséquences de son œuvre. « Je ne suis ni un radical ni un dissident… Je n’ai peint cette chaise que pour exprimer ma peine et mon hommage personnels à M. Liu, ce n’est pas un manifeste adressé au public », a-t-il ajouté.

Il dit avoir espéré qu’on autoriserait son œuvre à rester exposée assez longtemps pour qu’un maximum de gens puissent la voir : « J’ai peur qu’une fois que la nouvelle se sera répandue, la chaise ne doive être effacée ou, au moins, changée de couleur », dit Hu en jetant un regard à son œuvre sous sa casquette grise. Il pensait néanmoins pouvoir échapper à de sérieux ennuis puisqu’il vit désormais en France et non en Chine : « Je vis en France maintenant, je pense donc qu’il est peu probable qu’il m’arrive quoi que ce soit. Mais, même si je vivais en Chine, je ne m’inquiéterais pas outre mesure parce que je pense que la peur vient de l’imagination des gens », déclarait-il de manière apparemment confiante dans l’après-midi de vendredi. Mais à la tombée de la nuit, les autorités sont passées à l’action, elles ont recouvert la fresque avec une grande bannière imprimée d’une longue introduction à l’exposition. Aucune raison n’a été donnée pour ce changement.

La femme de Hu, Marine Brossard, qui s’était précipitée vers la fresque, a éclaté en sanglots en voyant qu'elle était cachée. Selon le "Ming Bao", tous deux ont ensuite été emmenés séparément par des policiers en civil, en dépit de leurs vigoureuses protestations.

Un des organisateurs de l’exposition a déclaré au "South China Morning Post" que la police avait diligenté une enquête sur la présentation de cette œuvre murale : « L’enquête concerne tous ceux qui sont impliqués dans cette affaire, moi y compris, parce que j’étais responsable du projet de Hu », a-t-il affirmé.

Impossible de joindre Hu samedi, et son téléphone était encore éteint au moment de la publication de l’article. Une heure après son arrestation, Hu a envoyé un bref message disant qu’il allait bien mais le "Post" n’a pu vérifier s’il a envoyé le message de son plein gré ou sous la contrainte.

L’artiste de 34 ans avait passé plus de quinze jours à peindre son œuvre sur le mur d’enceinte d’un temple situé en lisière de la ville où se tient l’exposition, la cité historique de Nantou .

La fresque, intitulée "Discordance des Temps", représente trois pièces en enfilade, elle déploie ses couleurs acidulées dans une perspective linéaire.
Certains des objets qu’elle représente ont un sens politique implicite : des caméras, installées dans les coins, surveillent les pièces, un cordon de police est posé à terre et l’on peut lire sur le mur, délavé, le fameux slogan de Mao : « Servir le peuple ». Mais Hu insiste pour dire que son œuvre n’a rien de politique ; en fait, dit-il, elle contient énormément d’éléments et permet des interprétations multiples. « Une œuvre d’art réussie a nécessairement plusieurs niveaux de signification. Je ne travaillerais pas sur quelque chose qui exprime purement et simplement mes convictions politiques. Je pense que l’art serait très limité s’il en allait ainsi. »

La fresque a éveillé la méfiance des agents de police et des gardes qui patrouillaient à l’entrée de l’exposition mais l’arrestation de Liu Xiaobo, son incarcération et sa mort ayant été strictement censurées en Chine et le contrôle des médias, d’internet et de la vie des citoyens étant de plus en plus rigoureux depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, la plupart des passants n’avaient aucunement conscience du symbole que recelait la chaise bleue.

Cela n’a pas empêché les gens de prendre des photos. Une jeune femme habillée de noir a marché vers le mur pour en faire l’arrière-plan d’un selfie : « je trouvais seulement la peinture très belle, affirme cette vendeuse de 24 ans, et je voulais en prendre une photo, je ne savais pas ce que signifiait cette chaise bleue. » Et quand on lui parle de Liu Xiaobo, elle a l’air littéralement abasourdie : « je n’en ai jamais entendu parler », dit-elle avec un regard candide. Mais pour Ye Du, un poète dissident ami de Liu Xiaobo qui a fait le déplacement depuis Canton, c’était à la fois une immense surprise et une émotion intense que de découvrir cette chaise bleue sur le mur d’entrée de l’exposition vendredi matin : « Cela m’a fait un choc, dit-il. N’est-ce pas un hommage direct à Liu Xiaobo ? L'ironie de l'histoire, c’est que c’est sans doute la très efficace censure gouvernementale qui a d’abord autorisé l’exposition de cette chaise bleue ! J’ai un immense respect pour l’artiste qui a peint cela. Il a fait preuve d’un courage exceptionnel en rendant ainsi ouvertement hommage à Liu Xiaobo. »

Les militants des droits de l’homme qui ont participé à des cérémonies en mémoire de Liu Xiaobo ont été harcelés, arrêtés, interrogés par la police ; parmi eux figurent sept personnes originaires de la province du Guangdong (comme Ye Du) qui ont célébré le septième jour de deuil avec un cérémonial en bord de mer.

(voir la mise-à-jour correspondante : https://www.change.org/p/mme-hidalgo-apr%C3%A8s-la-mort-de-liu-xiaobo-paris-doit-afficher-son-soutien-%C3%A0-liu-xia/u/21257938)


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