Actualización de la peticiónLiu Xiaobo est mort, n'abandonnez pas Liu Xia !Journée internationale des droits de l'homme, un poème désespéré de Liu Xia

Béatrice DESGRANGESFrancia

10 dic 2017
10 décembre, journée internationale des Droits de l’homme.
Contrairement à tant de monuments dans le monde (de Francfort ou Genève à Vancouver et Toronto en passant par Beyrouth, Taipei, Sydney, San Francisco, New York, Miami ou Chicago), la Tour Eiffel ne s’est pas illuminée en bleu aux couleurs de "Human Rights Watch", elle n’a affiché aucun message de solidarité avec les innombrables victimes des dictatures et des régimes autoritaires, aucun portrait de Liu Xiaobo et de Liu Xia non plus… Elle affichera, aujourd'hui encore, le "Merci Johnny" qu'elle arbore depuis le 8 décembre...
Toujours recluse, Liu Xia vient pourtant de réussir à faire passer un message à travers les barreaux invisibles de sa cage, une courte lettre à Herta Müller, Prix Nobel de littérature 2009, persécutée en son temps par Nicolae Ceaușescu.
C’est un poème désespéré, dont voici le texte chinois et la traduction :
親愛的赫塔:Chère Herta,
我蜷縮成一團 Je me recroqueville sur moi-même
因為有人敲嚮了門 En entendant frapper à la porte
我的脖子開始變得僵硬 Mon cou se raidit
我卻不能離開 Mais je n’ai pas le droit de partir
我自言自語 A force de soliloque
我要瘋了Je vais devenir folle
我那麼孤單 Je me sens si seule
我沒有權力說話 Je n’ai pas la faculté de parler
大聲說話 De m'exprimer à voix haute
我像植物一樣活着 J’ai l’impression de vivre à la manière des plantes
我像屍體一樣躺着 De n’être plus qu’un cadavre gisant
Il n’est pas indifférent que la transcription de texte, qui m'a été envoyée par Liao Yiwu, soit écrite en caractères traditionnels. En refusant d’utiliser les caractères simplifiés, Liao Yiwu, l'auteur de "Dans l'Empire des ténèbres", refuse la langue du Parti. Car la réforme des caractères imposée dans les années 50 n’avait pas seulement pour but de rendre l’apprentissage du chinois plus facile aux illettrés, elle avait aussi pour but de rendre inintelligible toute un pan de la littérature et de la pensée aux hommes de la Chine nouvelle ! Sous couvert de simplification, c’était bel et bien de normalisation idéologique qu’il s’agissait.
Liao Yiwu a joint à ce texte de Liu Xia le récit de l’arrestation de Liu Xiaobo, le 8 décembre 2008, et le nouvel appel qu’il a rédigé pour la libération de Liu Xia. Vous trouverez successivement ici ma traduction en français, le texte anglais et le texte chinois :
« Mon appel,
C’est aujourd’hui le neuvième anniversaire de la « Charte 08 ». A onze heures du soir, le 8 décembre 2008, une bande de policiers s’est massée devant l’appartement de Liu Xiaobo et de Liu Xia. Quand ils ont frappé à la porte, Xiaobo, qui était devant son ordinateur, a sauté sur ses pieds : « téléphone vite », a-til crié à Liu Xia. Mais Liu Xia n’avait pas l’habitude du téléphone… Elle n’avait plus le temps de décrocher : « Ouvre la porte, Xiaobo », a-t-elle dit.
Elle en avait la prémonition depuis longtemps. Et elle avait souvent mis en garde Xiaobo…
Xiaobo a été emmené avec un bandeau noir sur les yeux. Un mois plus tard, une Liu Xia désorientée était emmenée vers un hôtel où ils ont pu se retrouver dans une pièce hermétiquement close. Xiaobo y avait été conduit depuis un endroit inconnu.
Mon cher ami, tu as disparu. Mais, dans ces ténèbres si noires que je ne peux pas même voir le bout de mes doigts, tu verrais encore de la lumière. Tu n’arrêtais pas de répéter : « je la vois, je la vois, je la vois ». Nous, nous ne la voyions pas. Liu Xia disait qu’elle ne la voyait pas non plus. Sa série de photographies les plus récentes s’appelle « Planètes solitaires », toi, moi, nous, elle, nous sommes tous des planètes solitaires.
Au seuil de la mort, tes jambes se sont mises à bouger de haut en bas, et de bas en haut, comme si tu marchais encore et encore. Cela a duré un peu plus d’une heure. Puis ton souffle et ton pouls ont brusquement cessé.
Tu es maintenant sur cette planète solitaire. Et les livres que Liu Xia t’a achetés ces dernières années sont restés dans sa bibliothèque. Ton plus grand regret est que Liu Xia n’ait pas pu quitter la Chine, qu’elle n’ait pas retrouvé la liberté qu’elle mérite. C’est pourquoi j’écris ces mots pour appeler publiquement, une fois encore, à sa libération.
J’espère que le gouvernement chinois, par simple respect de la dignité humaine et par respect de la loi, rendra sa liberté à une personne qui souffre d’une grave dépression et qui n’a jamais enfreint aucune loi.
J’en appelle à l’Allemagne, aux Etats-Unis, à la France, à la Grande-Bretagne et aux autres gouvernements occidentaux, aux organisations de défense des Droits de l’homme et aux militants pour qu'ils continuent à négocier avec le gouvernement chinois pour la libération de la veuve du lauréat du Prix Nobel de la Paix 2010.
Merci à tous,
Liao Yiwu, écrivain en exil, lauréat German Book Industry Peace Prize 2012.
My Appeal
Today is the ninth anniversary of “Charter ‘08”. At eleven o’clock at night on the 8th of December 2008, a hoard of police officers flocked towards the home of Liu Xiaobo and Liu Xia. As the pounding on the door resounded through their home, Xiaobo got to his feet in front of his computer and shouted to Liu Xia: “Quick, make the call!” But Liu Xia normally didn’t use a phone…. There was no time. Liu Xia said: “Open the door, Xiaobo.”
She’d long had a premonition. And warned him often….
Xiaobo was led off with a black cloth over his eyes. Over a month later, a disoriented Liu Xia was taken to a hotel where they met again in a sealed room. Xiaobo was brought there from a place he did not know.
My dear friend, you’ve gone. In a darkness so black I can’t see the fingers of my extended hand, you could yet see a trace of light. You always insisted in a stammer: “I see, see, see it.” We didn’t see. Liu Xia says she also did not see. Her most recent group of photographs is called “Solitary Planets”, you, me, us, her, all solitary planets.
On the verge of departure, your two legs were moving up and down, ceaselessly, ceaselessly walking. Up until an hour or so later, till your breath and pulse abruptly halt.
You’re on that solitary planet. And the books Liu Xia bought you these last few years still lie in the bookcase. Your greatest regret was that Liu Xia was unable to leave the country, could not find the freedom that was properly hers. And so I write these words and publicly appeal for her freedom once more.
I hope the government of China, out of basic human decency and in accordance with the law, will release a person suffering deeply from depression who has never broken a law. I hope that Germany, the United States, France, Great Britain and other Western governments, human rights organizations and activists would continue to negotiate with the government of China for the freedom of the widow of the 2010 Nobel Peace Prize laureate.
Thank you all.
Liao Yiwu,
Writer in exile, recipient of the 2012 German Book Industry Peace Prize
le 8 décembre 2017, neuvième anniversaire de la Charte 08
我的呼籲
今天是《零八憲章》九周年,2008年12月8日午夜11點,一大幫警察湧向曉波和劉霞的家,擂門聲一陣緊似一陣。曉波從電腦前站起來,衝劉霞喊:“快打電話!”但劉霞平時不用電話。不到一分鐘,來不及了。劉霞說:“曉波開門吧。”
她早就有預感。并一次次提醒。
曉波是被黑布蒙住雙眼帶走的。一個多月後,暈頭轉向的劉霞被帶到一個賓館,在密閉房間中,他們重逢。曉波也是從另一個他不知道的地方,被帶到這兒的。
親愛的朋友,你走了,在伸手不見五指的黑暗中,你也能看見一絲光,你總是結結巴巴強調:“我看,看,看到了。”我們沒看到。劉霞說她也沒看到。她最近的一組攝影叫《孤獨星球》,你,我,我們,她,都是孤獨星球。
你在臨終之際,兩條腿上上下下地走著,不停的,不停的,不停的走著。直至一個多小時後,呼吸和脈搏都嘎然而止。
你在那個孤獨星球。而劉霞這些年為你買的書,還躺在書櫃裏。你最大遺憾是劉霞不能出國,沒辦法找到本該屬於她的自由。所以我寫下這些話,并再次為她公開呼籲。
希望中國政府出於基本人道,依法釋放一個沒任何犯罪記錄的深度抑鬱患者。希望德國、美國、法國、英國等西方民主國家政府、人權組織與活動者們,為2010年諾貝爾和平獎得主的寡婦的自由,繼續與中國政府交涉。謝謝您們。
廖亦武
流亡作家,2012年德國書業和平獎獲得者
2017年12月8日,《零八憲章》九周年
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