Actualización de la peticiónLiu Xiaobo est mort, n'abandonnez pas Liu Xia !La propagande éhontée du Global Times

Béatrice DESGRANGESFrancia
25 jul 2017
Le Rédacteur-en-chef du Global Times vient de poster sur Twitter, pourtant rigoureusement interdit aux internautes chinois (!), une vidéo abjecte de mise-en-garde à l’Occident, coupable, à ses yeux, de vouloir faire de Liu Xia, contre sa volonté, la « militante d’une cause erronée », à l’image de son mari, Liu Xiaobo dont il affirme sans vergogne déplorer la mort !
Il se garde bien de dire, évidemment, que personne, en Occident, n’a jamais demandé à Liu Xia de porter un tel fardeau. Il se garde bien de dire où est Liu Xia, que personne n’a pu joindre depuis le 13 juillet, et qu’on n’a ni vue ni entendue depuis le 15 juillet, jour de l’immersion des cendres de Liu Xiaobo au large de Dalian. Il se garde bien de dire que Liu Xia a clairement exprimé sur son désir de quitter la Chine, d’échapper enfin au cauchemar de la « vie grotesque » que lui impose le PCC !
Pour faire bonne mesure, il salit honteusement la mémoire de Liu Xiaobo dont il fait un « traître à la patrie », insulte suprême en Chine.
Voici la traduction intégrale de la vidéo :
« Bonjour à tous, je suis Hu Xijin, l’éditeur en chef du "Global Times", Les médias occidentaux sont en train de chercher à faire de Liu Xia, la veuve de Liu Xiaobo, une héroïne, une militante. Mais pour les Chinois ordinaires comme pour les chercheurs, cela n’est pas juste pour elle. Si Liu Xia voulait être une héroïne, comme son dernier mari, il n’y aurait pas de problème mais nous doutons vraiment que ce soit sa volonté réelle. La politique d’opposition de Liu Xiaobo n’a pas d’avenir dans une Chine stable qui se développe. Demandez à l’Amérique, à l’Allemagne, à l’Australie si elles croient vraiment que la Chine va s’effondrer. Alors que le président Trump augmente les dépenses militaires en voyant l’essor de la Chine, la réponse devrait être claire. Liu Xiaobo a gâché sa vie pour une cause perdue. Ne poussez pas sa femme à faire la même chose, s’il vous plaît. L’histoire n’honorera pas Liu Xiaobo comme un héros. Ce qu’on retiendra de lui, c’est qu’il a dit que la Chine avait besoin de subir une colonisation de 300 ans. C’est pour ses discours extrémistes qu’il était connu. Le peuple chinois accueille de manière bienveillante les débats constructifs, ceux qui ont des résultats positifs. Les médias occidentaux auront beau présenter Liu Xiaobo comme un saint, ses idées politiques trahissent le peuple chinois et ce n’est pas ce que l’on attend d’un authentique héros. L’idéologie politique occidentale n’a été qu’un engouement passager qui a exploité la naïveté d’une poignée d’intellectuels chinois ; ils ont gâché leur vie pour une mauvaise cause. Nous pleurons leur perte. »
Hu Xijin invoque à l’appui de son accusation ignoble les propos que Liu Xiaobo a tenus en 1988 sur Hong Kong : « s’il a fallu 100 ans de colonisation à Hong Kong pour être ce qu'elle est, il faudrait 300 ans de colonisation à la Chine pour devenir comme Hong Kong mais je ne suis pas sûr que 300 ans suffiraient »
De quoi est-il question dans ce jugement à l'emporte-pièce ? comme Lu Xun au début du 20° siècle, Liu Xiaobo raisonne en moraliste désabusé et en historien. Il déplore la patience avec laquelle le peuple chinois, nourri de confucianisme, se soumet à l’oppression. Après des millénaires de domination impériale, les Chinois ont littéralement "pris le pli" de la soumission, ils se sont "pliés" à un nouvel empereur, aussi cruel, voire plus cruel encore que ceux du passé ! Liu Xiaobo se demande donc comment ils pourraient prendre le pli inverse (ceux et celles qui ont l'habitude du repassage, savent qu'il est bien difficile de redresser un "faux-pli" !). Or il se trouve que Hong Kong, après 100 ans de colonisation britannique, a pris le goût de la démocratie.
La domination anglaise a beau être, comme toute entreprise coloniale, illégitime, elle a au moins eu deux mérites : elle a soustrait Hong Kong à toutes les tragédies qui ont ensanglanté la Chine continentale pendant tout le XXème siècle, de la guerre civile aux massacres de Tian'Anmen en passant par les violences de la réforme agraire, les campagnes anti-droitières, les 36 à 45 millions de morts du Grand Bond en avant, les millions de victimes de la Révolution Culturelle, la répression du mouvement du Mur de la Démocratie (1979)... Préservés de la dictature, les Hongkongais ont perdu le sens millénaire de la soumission que les Chinois du continent ont hérité de la domination impériale puis de la terreur maoïste. Paradoxalement, Hong Kong a bénéficié d'un phénomène d'acculturation démocratique, c'est tout ce que veut dire Liu Xiaobo ! Il arrive parfois en effet que les colonisateurs sèment, à leur corps défendant, des valeurs dont ils se montrent eux-mêmes indignes avec ceux qu'ils dominent.
Mais Liu Xiaobo a repris confiance dans le peuple chinois en voyant le formidable soutien que la population de Pékin a apporté aux étudiants de la Place Tian’Anmen en 1989. Il a compris que, derrière la servilité apparente de ses concitoyens, il restait un amour intact de la liberté, un espoir invincible de la démocratie que rien, pas même la plus terrible des oppressions n’avait pu éradiqué. Hu Xijin se garde bien de le dire !
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