Travailleurs sociaux face au COVID-19/ Paris: il y à urgence!

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Crée dans l’urgence du confinement, notre collectif constitué uniquement de professionnels de terrain diffuse l’évolution de la situation sur l’ensemble des dispositifs sociaux de Paris (fermeture, maintien des prestations vers les plus démunis) et d’Ile de France et récolte des informations sur la réalité du terrain actuel sur Paris et sa banlieue.

Nous souhaitons attirer à votre attention le fait que cette crise sanitaire majeure ne peut être dissociée de la réalité sociale d’une part de la population francilienne qui est en grande vulnérabilité psychique, sociale et somatique et des dispositifs existants.

Ces personnes sont, comme tous les autres citoyens, placées sous la responsabilité des instances ministérielles, sous votre responsabilité, et le contrat républicain ne saurait à cet égard être trahi. Les mesures que nous préconisons peuvent aisément et rapidement être adoptées et s'inscriraient dans la politique d'urgence sanitaire que le gouvernement a désormais lancée.

Succinctement et parce que nous recueillons en direct la parole des personnes concernées, voici ce que nous observons et craignons pour les jours et semaines à venir.

-Les familles hébergées par le 115, disséminées sur toute la région, commencent à avoir faim. Elles n’ont aucune information, gardent leurs enfants en permanence auprès d’elles, sans relais cantine. Des situations de tensions familiales et de protection de l’enfant pourraient se poser.

- En date du mercredi 18 mars, le SIAO de Paris et le 115 n’ont aucune information sur ce qui est prévu sur leur secteur (création de lieux d’hébergement, réquisitions d’hôtels) pour les personnes A LA RUE et/ou porteurs de pathologies médicales.

-Des personnes séropositives, diabétiques, etc., et avec enfants sont actuellement confinées dans des locaux impropres à l’occupation (sous-sols, par exemple) par le 115 des Hauts-de-Seine, à plus d’une cinquantaine dans une seule et même pièce.

-Les campements de migrants et bidonvilles ne possèdent pas d’accès à l’eau et les conditions sanitaires minimales ne peuvent pas être respectées.

-La direction de l’AP-HP n’a aucune consigne pour les sorties maternité de femmes SDF avec leur nourrisson, pas de renforcement de places avec le 115 ou en centres maternels. Elles demeurent dans les halls de maternité et occupent des lits qui pourraient s’avérer nécessaires dans les jours/semaines à venir.

-Si les distributions alimentaires se précisent à Paris, elles restent floues en Région parisienne où aucune information n’est accessible de façon centrale, mis à part le site Solinum (www.solinul.org peu connu des travailleurs sociaux.

-Des enfants ou adolescents avec troubles du comportement violents ne peuvent plus être accueillis en structure et leurs conditions de vie sont inadaptées (chambre d’hôtel pour 4 personnes), mettant en péril leur sécurité et celle de leurs familles.

-Des employeurs, publics ou privés, demandent en majorité aux travailleurs sociaux de ne plus assurer les visites à domicile, d’accueillir le public et de faire du télétravail depuis leur domicile.

-Les distributions alimentaires sur Paris sont insuffisantes au regard des besoins. L’ordre public à court terme risque d’être compromis, face à la tension grandissante relevée sur le terrain.

-Certains CHU restent fermés la journée, obligeant des personnes à sortir de 8h à 18H avec des difficultés pour avoir accès à l’hygiène, des états de santé précaires et sans possibilité de respecter le confinement.

-Des excès de zèle ont été constatés de la part d’agents de la force publique pour les personnes sdf sans autorisation dérogatoire alors même qu’elles se déplaçaient pour des nécessités alimentaires.

Ces observations sont non exhaustives, relevées face à la nouveauté de la situation dans les quelques jours écoulés.

Professionnels de terrain, nous suggérons :

-de donner des consignes rapidement aux employeurs pour que les travailleurs sociaux, qui le souhaitent et informés des consignes sanitaires indispensables et équipés, puissent exercer leurs missions de service a minima auprès des personnes les plus vulnérables et participer, comme cela a toujours été le cas, à l’aide aux plus démunis, contribuant ainsi à la paix sociale dans cette situation de crise sanitaire et sociale majeure.

-de leur donner accès à l’accueil pour leurs enfants auprès de l’Education sociale, quel que soit leur lieu d’action et pas uniquement le médico-social.

-La mise en place de campements tenus par l’armée sur les grands espaces verts parisiens (Bois de Boulogne, Vincennes) avec les conditions d’hygiène et alimentaire nécessaire, tenus par les associations habituelles, l’accès aux soins des ONG, le recours à la protection civile et la présence d’interprètes professionnels. Et l’engagement de l’Etat que ce recours soit à des fins strictement sanitaires et humanitaires, sans effets post-crise sur la situation administratives des personnes.

- de mobiliser les professionnels de l’alimentaire : restaurateurs fermés, grande distribution, traiteurs….

- de fournir des masques et du gel hydro-alcoolique aux Centres d’hébergement avec chambres partagées si suspicion d’infection et pas d’isolement possible (manque de chambres individuelles).

- de fermer les CRA où des personnes ont été dépistées, assurées leur transfert vers les campements militaires dédiés  et notamment en l'absence de toute recours possible actuellement auprès du Juge des Libertés

- de réquisitionner des hôtels/locaux vides et des logements AIRBNB. Si le ministre DENORMANDIE annonce ce jeudi 19 mars un début de mobilisation avec 500 places dans les jours à venir, elle nous semble nettement insuffisante et trop lente. En effet, la Nuit des Solidarités en janvier 2020 a compté 3552 personnes à la rue, dans les bois et sur les espaces institutionnels, ne prenant pas en compte les camps de migrants, les bidonvilles,  et uniquement sur le secteur de Paris Intra-muros.

- de maintenir tous les droits (CAF, Pôle emploi, CPAM) jusqu’au mois de juin 2020, pour l'ensemble de la population.

- de demander aux Maires des communes de la Région Île-de-France de mettre à disposition des paniers repas pour les familles hébergées par le 115 et sans ressources.

- de renforcer les Visites à Domicile du personnel de la Protection de l’enfance, sur la base du volontariat.

-de renforcer la communication et les moyens du 3919 et 119 pour les personnes en danger, violences conjugales, enfance maltraitée.

- d’encourager la compréhension du personnel RATP/SNCF à l’égard des personnes SDF sans titre de voyage et la bienveillance des forces de l’ordre pour les personnes qui se déplacent vers un organisme social, un hébergement ou une distribution alimentaire. En leur demandant où ils vont, ils répondront. Nous nous engageons par ailleurs à leur donner les documents nécessaires et à les informer de l’obligation de justifier leur déplacement.

Ces mesures devront être engagées à des fins strictement sanitaires et humanitaires, sans effets post-crise sur la situation administratives des personnes vulnérables concernées.

Nous vous alertons sur les risques sanitaires et sur les besoins vitaux non pourvus de ces populations et sur leurs conséquences (malnutrition, ordre public…). Chaque jour compte quand on a faim, quels que soient son origine, son âge, sa langue, son niveau culturel.

Si nous espérons, comme l’a souligné le Président de la République, qu’il y aura un avant et un après,  nous vous invitons à traiter le maintenant car la situation est explosive sur le terrain. Pour mieux, ensuite, penser à l’après.

Collectif des Travailleurs sociaux  face au COVID-19/PARIS

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