NON à la démolition du site du Manoir de la Chapelle (Normandie) par un projet autoroutier

Le problème

[ Mise à jour du 15 juin 2023 ]

Le projet autoroutier de contournement Est de Rouen est toujours d’actualité, menaçant l’environnement mais également un site patrimonial : le manoir de La Chapelle à Oissel.

Le tracé impacte l’intégralité du patrimoine bâti bien que le site fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques pour son puits en 1946.  De façon commode, la déclaration d’utilité publique prévoit que seul le puits serait conservé en étant tout simplement déplacé sous prétexte qu’il n’a plus de fonction, ce qui est faux. Alors que le ministère de la Culture, dans son avis rendu le 11 janvier 2016 lors de l’enquête publique,  s’enquérait «  […] qu’il est regrettable que cette variante ne prévoit pas également la conservation de l’édifice en pierre comportant des baies arrondies et une tour mitoyenne seuls vestiges subsistants du manoir du XVIe siècle », et considérant même la nécessité d’études complémentaires concernant ce site : «  Toutefois, des études complémentaires sur l’écrin du monument me paraissent nécessaire afin de déterminer si cette solution garantie sa conservation et le maintien de son intérêt dans un environnement transformé. Si ces études ne permettaient pas de trouver un aménagement en ce sens, il serait alors nécessaire d’étudier l’hypothèse d’un déplacement du monument ».

En l’absence d’étude, nous avons réalisé un travail de recherche sur l’histoire du lieu qui s’est avérée conséquente. Dans l’hypothèse où le projet d’autoroute ne voit pas le jour, nous espérons que la collectivité puisse valoriser l’environnement de ce site, ou que des travaux de recherches approfondies puissent être engager, en sachant que le propriétaire actuel (DS Smith Packaging) ne semble ne pas être opposé à une restauration. On rappelle aussi que le manoir et ses dépendances étaient déjà menacés dans les années 1970, mais un projet de sauvegarde a pu être mis en place soutenu par le maire de l’époque, Pierre Toutain, mais surtout par le financement de travaux de restauration par l’ancien propriétaire la papeterie Nouvelle Chapelle Darblay.

Il s’avère que l’architecture du manoir, de ses dépendances, ses agréments (la grotte artificielle et le puits), et de son parc (détruit lors de la restauration de 1986) sont semblables aux plan des maisons des champs établis par Jacques Ier Androuet du Cerceau, qui est l’instigateur d’une nouvelle architecture à la française s’inspirant des codes de la renaissance italienne. Tandis que l’histoire des personnes qui y ont vécu est associée à des évènements historiques importants de la seconde moitié du XVIe siècle, lors du développement du commerce international à Rouen favorisé par la piraterie et la contrebande, et à cause de la fonctionnalité de ce manoir fortifié lors des guerres de religion.

On en tire plusieurs éléments importants :

- Vers 1550, le premier détenteur et potentiel commanditaire du domaine de La Chapelle était un corsaire, il s’agit de Pierre de Contes, un marin d’origine orléanaise – fils de Jeanne de Beauharnais. En 1549, ce capitaine de la marine du Ponant s’installe en Normandie, alors à la tête de L’Espérance, l’un des douze navires garde-côtes basés au Havre de Grâce et entretenus par Henri II, et a très certainement accompagné le capitaine François Le Clerc – réputé comme le premier corsaire français surnommé Jambe de Bois et qualifié selon l’adage de « toujours prêt à l’abordage » – à l’occasion des conflits avec l’Angleterre en Écosse.

Un document des archives générales des Indes espagnoles nous renseigne sur les corsaires français ayant sévi depuis la paix du Cateau-Cambrésis, et indique la participation de « Pierre de Compte Alias el Cappitan de la Chappelle ». De Contes fait donc partie des premiers pirates ou corsaires normands du XVIe siècle, et le seul à notre connaissance qui aurait fait édifier un domaine autour de Rouen, cela à la manière du dieppois Jean Ango mais dans des dimensions plus réduites. C’est au lendemain du traité du Cateau-Cambrésis, en mai 1560, que Pierre de Contes ira piller plusieurs navires espagnols alors à la tête d’un autre navire, La Pucelle ; pour ce faire il va être le premier à engager le pilote portugais Francisco Díaz Mimoso – connu comme « le pilote borgne » –, celui-ci sera employé plus tard par le parti protestant pour conduire les navires de René de La Laudonnière lors l’expédition avortée pour établir un Refuge protestant en Floride ;

- Sur ordre de François II, le capitaine de La Chapelle a été chargé de s’emparer de dix navires hollandais pour les fournir à la flotte de guerre du Ponant rassemblée au Havre, pour la tentative désespérée des Guise cherchant à repousser l’armée anglaise d’Elisabeth Ière qui encerclait le contingent français et sa régente, Marie de Guise, à Leith en Écosse ;

- Pierre de Contes est aussi le dédicataire de la dernière œuvre de Guillaume Le Testu, la Mappemonde en deux hémisphères de 1566. Le Testu n’a fait de dédicace qu’à une seule autre personne : l’amiral de Coligny, dans sa Cosmographie universelle – au vu de son pedigree, de Contes s’est probablement converti au protestantisme, tout comme une large partie de sa famille vivant à Orléans, ce qui pourrait en partie expliquer cette dédicace. Son blason se trouvant sur la carte est aussi celui qui orne le puits monumental ;

- L’épouse du capitaine de La Chapelle, Florimonde Feu, était alliée à la famille de L’Aubespine – les frères Sébastien et Claude de L’Aubespine ont été des personnages centraux du pouvoir royal depuis François Ier jusqu’à la régence de Catherine de Médicis, et ont été des architectes du traité de paix du Cateau-Cambrésis –, et son père Jean Feu, un important président du parlement de Normandie de son époque, étant celui qui avait la confiance de François Ier pour traiter entre la cour et le parlement de Rouen, il a aussi été un important régent-docteur en droit de l’université d’Orléans ;

- Concernant l’architecture du site, outre les aménagements dans leur ensemble seraient similaires aux plans de maisons des champs établis par du Cerceau, il y subsiste les vestiges d’une grotte artificielle de type renaissance, quasiment unique en Normandie – une autre au château de Dieppe redécouverte en 2017 –, ressemblant à certains égards à la grotte des Pins de Fontainebleau – attribuée au Primatice.

Il reste aussi une large part de l’architecture défensive du manoir en partie remaniée au cours du XIXe siècle, notamment son portail et ses tours, tandis que le manoir en lui-même a reçu un parement de briques. Le fief sur lequel le manoir est implanté, était la possession de l’armateur rouennais Jacques Ier Le Pelletier, seigneur de Martainville en 1504. Ce fief nommé Herlandais est connu pour avoir été donné par le roi d’Angleterre, Henri Ier de Beauclerc, fils de Guillaume Le Conquérant, avec la charge de préparer sa « maison d’Oissel » donnée à Roland d’Oissel ;

- Marie de Contes, fille unique du capitaine de La Chapelle, a épousé Jean Camus de Saint Bonnet. Ce dernier, originaire d’une famille lyonnaise participant à renflouer les caisses du royaume pendant les conflits, dont de nombreux membres ont été proches du gouvernement, va prendre le parti d’Henri IV.  Il a été à Rouen le trésorier général de France, et un des treize commissaires des États de Normandie de 1587. Il a participé à la prise de Louviers, et est nommé « capitaine général des Chasses et forest de nostre bailliage de Rouen » par Henri IV en 1595, au même moment où ce roi a instauré une nouvelle politique forestière, les forêts étant alors en partie décimées après un siècle de guerres. Son père Jean (II) Camus a été un important intendant des finances de Charles IX, et le greffier de son Conseil privé, tandis que ses oncles, Antoine et Claude Camus, ont été les premiers receveurs généraux du clergé sous Charles IX, et Geoffroy Camus de Pontcarré, un proche d’Henri III puis d’Henri IV. En 1594, Maximilien de Béthune, duc de Sully, va séjourner au manoir du « sieur de Saint-Bonnet » avant d’aller à la rencontre du chef ligueur André-Baptiste de Villars pour traiter de la reddition de la ville de Rouen ;

- Marie de Contes et Jean sont les parents de l’écrivain Jean-Pierre Camus, évêque de Belley, une figure importante de la littérature baroque du XVIIe siècle, un proche de François de Sales et Honoré d’Urfé, le plus prolifique de son temps – 275 volumes incluant plus de 900 nouvelles. Il aurait influencé Pierre Corneille pour Polyeucte, et serait selon certains un précurseur du roman noir. De retour à Rouen 1646 et 1649, il prend le poste de vicaire général et coadjuteur du Chapitre de Rouen, et s’y voit opposé à Blaise Pascal dans l’affaire dite de Saint-Ange. En tant que directeur spirituel, Camus a notamment encadré sa cousine, Louise de Marillac, et le père Claude Bernard. Il a inscrit des passages autobiographiques dans un de ses romans édifiants, où il raconte sa jeunesse passée au manoir de La Chapelle, endroit qu’il surnomme le « château d’Icidie », mais aussi des paysages environnants, en particulier celui des coteaux de Saint-Adrien. Ce récit permet de croiser la fonction architecturale réelle et une idée de la manière dont la vie devait s’y dérouler, et à l’occasion de la dernière guerre de religion. On peut citer de cet ouvrage :

« Du côté où le soleil darde ses premiers rayons, la veuë est bornée, par l’éloignement d’une grande demie lieuë, d’une agréable colline, qui d’un traict d’œil faict voir en sa pante une agréable variété de vallons, de rochers, de vignes, de bois, de prez, de tertres & de pentes ; au pied coule ce grand fleuve, qui baigne les hauts murs de Paris : Fleuve dont le dos toujours chargé de richesses merveilleuses. Les rivages tous semez de fleurs font voir une grande & vaste prairie verdoyante en tout temps, & qui dure autant & pus que la portée de l’œil ».

............

[ Publication initiale ]

Aidez-nous à sauver le site du Manoir de la Chapelle à Oissel (Normandie),  menacé par le projet autoroutier dit "Contournement Est de Rouen".
IL Y A URGENCE !

Ce projet de Contournement Est a pris du retard grâce aux contestations émanant des nombreuses collectivités concernées par les emprises. Hélas, l’opération a été déclarée d’utilité publique par décret du 14 novembre 2017. Pire, le 19 novembre 2020, le Conseil d’Etat a rejeté en bloc les recours contre ce décret formés par de nombreux requérants dont 8 communes et 7 associations.

UN IMPACT AUSSI SUR LE PATRIMOINE ARCHÉOLOGIQUE ET DES CONSÉQUENCES ENVIRONNEMENTALES MAJEURES

Outre ce site remarquable, le tracé du "Contournement Est  de Rouen" passant par Oissel met en péril un autre site proche, au caractère également exceptionnel. Des vestiges archéologiques  et des fossiles préhistoriques, bison et mammouth pour ne citer qu’eux, sont disséminés à proximité du site et le long de la Seine et ont déjà été mis à jour. Une partie de ces vestiges seraient donc voués à l’oubli et recouverts de béton, détériorés et/ou rendu inaccessibles.

Il a été aussi attesté une présence de Vikings notamment sur « l’Île Sainte Catherine » à Oissel. Les « Iles le long des berges de la Seine » auraient abritées les Camps Vikings lors de leurs raids sur la ville de Rouen au IXe s. Oissel est chargée d’une histoire encore trop peu explorée et ce projet achèvera tout espoir d’exploration du passé.

·················

Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur les impacts environnementaux aux abords du site qu’implique le Contournement Est.

D’une part, l’impact sur le point captage d’eau dit de la Chapelle, ressource en eau majeure de la Métropole Rouen-Normandie. Selon l’étude d’impact, ce point de captage est menacé par un risque fort de pollution induit par le projet.

D’autre part, le site Natura 2000 que sont les « Îles et berges de la Seine en Seine-Maritime » qui est une zone spéciale de conservation de 236 ha, dont 19.35% (45.71ha) pour la seule ville de Oissel  et sera impacté par le tracé du viaduc entre les Authieux et Oissel. Il s’agit d’un lieu de passage et de nidation de certains oiseaux migrateurs, et il représente presque un tiers des espèces végétales invasives connues en Haute-Normandie

·················

Pour les points détaillés ci-dessus, il est important d’alerter et de se mobiliser contre le tracé destructeur du Contournement Est de Rouen. 
Nous vous remercions pour votre aide et votre soutien !

Toutes les infos dans notre article ici :
http://oissel.net/2021/01/destruction-du-patrimoine-manoir-de-la-chapelle

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Comité Citoyen de Sauvegarde du Patrimoine et de l'Environnement d'Oissel, Boucles de SeineLanceur de pétition

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Le problème

[ Mise à jour du 15 juin 2023 ]

Le projet autoroutier de contournement Est de Rouen est toujours d’actualité, menaçant l’environnement mais également un site patrimonial : le manoir de La Chapelle à Oissel.

Le tracé impacte l’intégralité du patrimoine bâti bien que le site fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques pour son puits en 1946.  De façon commode, la déclaration d’utilité publique prévoit que seul le puits serait conservé en étant tout simplement déplacé sous prétexte qu’il n’a plus de fonction, ce qui est faux. Alors que le ministère de la Culture, dans son avis rendu le 11 janvier 2016 lors de l’enquête publique,  s’enquérait «  […] qu’il est regrettable que cette variante ne prévoit pas également la conservation de l’édifice en pierre comportant des baies arrondies et une tour mitoyenne seuls vestiges subsistants du manoir du XVIe siècle », et considérant même la nécessité d’études complémentaires concernant ce site : «  Toutefois, des études complémentaires sur l’écrin du monument me paraissent nécessaire afin de déterminer si cette solution garantie sa conservation et le maintien de son intérêt dans un environnement transformé. Si ces études ne permettaient pas de trouver un aménagement en ce sens, il serait alors nécessaire d’étudier l’hypothèse d’un déplacement du monument ».

En l’absence d’étude, nous avons réalisé un travail de recherche sur l’histoire du lieu qui s’est avérée conséquente. Dans l’hypothèse où le projet d’autoroute ne voit pas le jour, nous espérons que la collectivité puisse valoriser l’environnement de ce site, ou que des travaux de recherches approfondies puissent être engager, en sachant que le propriétaire actuel (DS Smith Packaging) ne semble ne pas être opposé à une restauration. On rappelle aussi que le manoir et ses dépendances étaient déjà menacés dans les années 1970, mais un projet de sauvegarde a pu être mis en place soutenu par le maire de l’époque, Pierre Toutain, mais surtout par le financement de travaux de restauration par l’ancien propriétaire la papeterie Nouvelle Chapelle Darblay.

Il s’avère que l’architecture du manoir, de ses dépendances, ses agréments (la grotte artificielle et le puits), et de son parc (détruit lors de la restauration de 1986) sont semblables aux plan des maisons des champs établis par Jacques Ier Androuet du Cerceau, qui est l’instigateur d’une nouvelle architecture à la française s’inspirant des codes de la renaissance italienne. Tandis que l’histoire des personnes qui y ont vécu est associée à des évènements historiques importants de la seconde moitié du XVIe siècle, lors du développement du commerce international à Rouen favorisé par la piraterie et la contrebande, et à cause de la fonctionnalité de ce manoir fortifié lors des guerres de religion.

On en tire plusieurs éléments importants :

- Vers 1550, le premier détenteur et potentiel commanditaire du domaine de La Chapelle était un corsaire, il s’agit de Pierre de Contes, un marin d’origine orléanaise – fils de Jeanne de Beauharnais. En 1549, ce capitaine de la marine du Ponant s’installe en Normandie, alors à la tête de L’Espérance, l’un des douze navires garde-côtes basés au Havre de Grâce et entretenus par Henri II, et a très certainement accompagné le capitaine François Le Clerc – réputé comme le premier corsaire français surnommé Jambe de Bois et qualifié selon l’adage de « toujours prêt à l’abordage » – à l’occasion des conflits avec l’Angleterre en Écosse.

Un document des archives générales des Indes espagnoles nous renseigne sur les corsaires français ayant sévi depuis la paix du Cateau-Cambrésis, et indique la participation de « Pierre de Compte Alias el Cappitan de la Chappelle ». De Contes fait donc partie des premiers pirates ou corsaires normands du XVIe siècle, et le seul à notre connaissance qui aurait fait édifier un domaine autour de Rouen, cela à la manière du dieppois Jean Ango mais dans des dimensions plus réduites. C’est au lendemain du traité du Cateau-Cambrésis, en mai 1560, que Pierre de Contes ira piller plusieurs navires espagnols alors à la tête d’un autre navire, La Pucelle ; pour ce faire il va être le premier à engager le pilote portugais Francisco Díaz Mimoso – connu comme « le pilote borgne » –, celui-ci sera employé plus tard par le parti protestant pour conduire les navires de René de La Laudonnière lors l’expédition avortée pour établir un Refuge protestant en Floride ;

- Sur ordre de François II, le capitaine de La Chapelle a été chargé de s’emparer de dix navires hollandais pour les fournir à la flotte de guerre du Ponant rassemblée au Havre, pour la tentative désespérée des Guise cherchant à repousser l’armée anglaise d’Elisabeth Ière qui encerclait le contingent français et sa régente, Marie de Guise, à Leith en Écosse ;

- Pierre de Contes est aussi le dédicataire de la dernière œuvre de Guillaume Le Testu, la Mappemonde en deux hémisphères de 1566. Le Testu n’a fait de dédicace qu’à une seule autre personne : l’amiral de Coligny, dans sa Cosmographie universelle – au vu de son pedigree, de Contes s’est probablement converti au protestantisme, tout comme une large partie de sa famille vivant à Orléans, ce qui pourrait en partie expliquer cette dédicace. Son blason se trouvant sur la carte est aussi celui qui orne le puits monumental ;

- L’épouse du capitaine de La Chapelle, Florimonde Feu, était alliée à la famille de L’Aubespine – les frères Sébastien et Claude de L’Aubespine ont été des personnages centraux du pouvoir royal depuis François Ier jusqu’à la régence de Catherine de Médicis, et ont été des architectes du traité de paix du Cateau-Cambrésis –, et son père Jean Feu, un important président du parlement de Normandie de son époque, étant celui qui avait la confiance de François Ier pour traiter entre la cour et le parlement de Rouen, il a aussi été un important régent-docteur en droit de l’université d’Orléans ;

- Concernant l’architecture du site, outre les aménagements dans leur ensemble seraient similaires aux plans de maisons des champs établis par du Cerceau, il y subsiste les vestiges d’une grotte artificielle de type renaissance, quasiment unique en Normandie – une autre au château de Dieppe redécouverte en 2017 –, ressemblant à certains égards à la grotte des Pins de Fontainebleau – attribuée au Primatice.

Il reste aussi une large part de l’architecture défensive du manoir en partie remaniée au cours du XIXe siècle, notamment son portail et ses tours, tandis que le manoir en lui-même a reçu un parement de briques. Le fief sur lequel le manoir est implanté, était la possession de l’armateur rouennais Jacques Ier Le Pelletier, seigneur de Martainville en 1504. Ce fief nommé Herlandais est connu pour avoir été donné par le roi d’Angleterre, Henri Ier de Beauclerc, fils de Guillaume Le Conquérant, avec la charge de préparer sa « maison d’Oissel » donnée à Roland d’Oissel ;

- Marie de Contes, fille unique du capitaine de La Chapelle, a épousé Jean Camus de Saint Bonnet. Ce dernier, originaire d’une famille lyonnaise participant à renflouer les caisses du royaume pendant les conflits, dont de nombreux membres ont été proches du gouvernement, va prendre le parti d’Henri IV.  Il a été à Rouen le trésorier général de France, et un des treize commissaires des États de Normandie de 1587. Il a participé à la prise de Louviers, et est nommé « capitaine général des Chasses et forest de nostre bailliage de Rouen » par Henri IV en 1595, au même moment où ce roi a instauré une nouvelle politique forestière, les forêts étant alors en partie décimées après un siècle de guerres. Son père Jean (II) Camus a été un important intendant des finances de Charles IX, et le greffier de son Conseil privé, tandis que ses oncles, Antoine et Claude Camus, ont été les premiers receveurs généraux du clergé sous Charles IX, et Geoffroy Camus de Pontcarré, un proche d’Henri III puis d’Henri IV. En 1594, Maximilien de Béthune, duc de Sully, va séjourner au manoir du « sieur de Saint-Bonnet » avant d’aller à la rencontre du chef ligueur André-Baptiste de Villars pour traiter de la reddition de la ville de Rouen ;

- Marie de Contes et Jean sont les parents de l’écrivain Jean-Pierre Camus, évêque de Belley, une figure importante de la littérature baroque du XVIIe siècle, un proche de François de Sales et Honoré d’Urfé, le plus prolifique de son temps – 275 volumes incluant plus de 900 nouvelles. Il aurait influencé Pierre Corneille pour Polyeucte, et serait selon certains un précurseur du roman noir. De retour à Rouen 1646 et 1649, il prend le poste de vicaire général et coadjuteur du Chapitre de Rouen, et s’y voit opposé à Blaise Pascal dans l’affaire dite de Saint-Ange. En tant que directeur spirituel, Camus a notamment encadré sa cousine, Louise de Marillac, et le père Claude Bernard. Il a inscrit des passages autobiographiques dans un de ses romans édifiants, où il raconte sa jeunesse passée au manoir de La Chapelle, endroit qu’il surnomme le « château d’Icidie », mais aussi des paysages environnants, en particulier celui des coteaux de Saint-Adrien. Ce récit permet de croiser la fonction architecturale réelle et une idée de la manière dont la vie devait s’y dérouler, et à l’occasion de la dernière guerre de religion. On peut citer de cet ouvrage :

« Du côté où le soleil darde ses premiers rayons, la veuë est bornée, par l’éloignement d’une grande demie lieuë, d’une agréable colline, qui d’un traict d’œil faict voir en sa pante une agréable variété de vallons, de rochers, de vignes, de bois, de prez, de tertres & de pentes ; au pied coule ce grand fleuve, qui baigne les hauts murs de Paris : Fleuve dont le dos toujours chargé de richesses merveilleuses. Les rivages tous semez de fleurs font voir une grande & vaste prairie verdoyante en tout temps, & qui dure autant & pus que la portée de l’œil ».

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[ Publication initiale ]

Aidez-nous à sauver le site du Manoir de la Chapelle à Oissel (Normandie),  menacé par le projet autoroutier dit "Contournement Est de Rouen".
IL Y A URGENCE !

Ce projet de Contournement Est a pris du retard grâce aux contestations émanant des nombreuses collectivités concernées par les emprises. Hélas, l’opération a été déclarée d’utilité publique par décret du 14 novembre 2017. Pire, le 19 novembre 2020, le Conseil d’Etat a rejeté en bloc les recours contre ce décret formés par de nombreux requérants dont 8 communes et 7 associations.

UN IMPACT AUSSI SUR LE PATRIMOINE ARCHÉOLOGIQUE ET DES CONSÉQUENCES ENVIRONNEMENTALES MAJEURES

Outre ce site remarquable, le tracé du "Contournement Est  de Rouen" passant par Oissel met en péril un autre site proche, au caractère également exceptionnel. Des vestiges archéologiques  et des fossiles préhistoriques, bison et mammouth pour ne citer qu’eux, sont disséminés à proximité du site et le long de la Seine et ont déjà été mis à jour. Une partie de ces vestiges seraient donc voués à l’oubli et recouverts de béton, détériorés et/ou rendu inaccessibles.

Il a été aussi attesté une présence de Vikings notamment sur « l’Île Sainte Catherine » à Oissel. Les « Iles le long des berges de la Seine » auraient abritées les Camps Vikings lors de leurs raids sur la ville de Rouen au IXe s. Oissel est chargée d’une histoire encore trop peu explorée et ce projet achèvera tout espoir d’exploration du passé.

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Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur les impacts environnementaux aux abords du site qu’implique le Contournement Est.

D’une part, l’impact sur le point captage d’eau dit de la Chapelle, ressource en eau majeure de la Métropole Rouen-Normandie. Selon l’étude d’impact, ce point de captage est menacé par un risque fort de pollution induit par le projet.

D’autre part, le site Natura 2000 que sont les « Îles et berges de la Seine en Seine-Maritime » qui est une zone spéciale de conservation de 236 ha, dont 19.35% (45.71ha) pour la seule ville de Oissel  et sera impacté par le tracé du viaduc entre les Authieux et Oissel. Il s’agit d’un lieu de passage et de nidation de certains oiseaux migrateurs, et il représente presque un tiers des espèces végétales invasives connues en Haute-Normandie

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Pour les points détaillés ci-dessus, il est important d’alerter et de se mobiliser contre le tracé destructeur du Contournement Est de Rouen. 
Nous vous remercions pour votre aide et votre soutien !

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