Manifestations populaires en Iran - Lettre ouverte au Président Emmanuel Macron

Le problème

Monsieur le Président de la République,

Depuis le 16 septembre dernier et l’assassinat de la jeune Mahsa Amini, la nation iranienne s’est soulevée contre le régime de la République islamique et paie le prix fort pour faire entendre son désir de l’abolir. 

Pas une journée ne passe sans que les Iraniens, et en particulier les Iraniennes, ne sortent dans les rues pour affronter les symboles de l’autorité de ce régime et ses institutions. Toutes les catégories sociales et toutes les communautés sont désormais unies par les mêmes slogans : « Femme, vie, liberté » et « À bas la République islamique ». 

Ce mouvement généralisé est une marche nationale et populaire vers la liberté à laquelle la France doit s’associer. La patrie de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, ne peut plus, à force de vouloir un compromis sur le programme nucléaire, se compromettre elle-même.

Depuis vingt ans, le régime islamique instrumentalise son programme nucléaire à des fins de chantage pour obtenir les concessions qu’il exige, et en premier lieu le silence du monde sur les atrocités qu’il commet contre le peuple iranien. En ce sens, il joue au bâton et à la carotte avec le monde libre et le monde libre se prête volontiers à ce jeu.

Comme seule réponse, la communauté internationale n’a eu de cesse d’accroître les sanctions économiques. Mais ces sanctions ont-elles convaincu le régime de changer de comportement ? Assurément non. Seul en souffre le peuple iranien, auprès duquel le régime n’a jamais rendu de compte. A ces restrictions internationales, le régime a ajouté sa propre politique d’oppression et les enfants des dignitaires de ce régime vivent en dehors de toute contrainte, dans les capitales occidentales où ils y dilapident les fonds publics du pays.

Si le JCPOA de 2015 a laissé croire qu’une solution diplomatique était possible, il n’a pas empêché le régime de semer l’instabilité dans toute la région. L’Irak parvient-il à se reconstruire ? La Syrie est-elle sur le chemin de la réconciliation nationale ? Le Liban a-t-il retrouvé la paix et la prospérité ? Dans ces pays, les peuples protestent également contre l’influence de ce régime et les ravages dont il porte seul la responsabilité. Et plus proche de chez nous, en Europe, il a affirmé son total soutien à la guerre de Vladimir Poutine contre le peuple ukrainien et lui fournit armes et munitions. 

Monsieur le Président de la République, il faut se rendre à l’évidence : aucun accord sur le nucléaire ne sera appliqué par ce régime dans l’esprit d’un traité de paix. Ses dignitaires ne veulent pas d’une coexistence pacifique et n’ont jamais fait d’effort en ce sens. C’est la raison pour laquelle vos prédécesseurs, depuis le Président Valery Giscard d’Estaing, ont échoué dans leur recherche permanente d’un statu quo. 

Il n’est donc pas trop tôt pour réorienter la politique iranienne de la France et écouter la voix du peuple iranien. Nous savons ce dont est capable le régime islamique. De promesse en promesse, de mensonge en mensonge, il a fait remonter le pire du poison extrémiste dont les sociétés européennes connaissent bien le danger qu’il représente et contre lequel les Iraniens se battent aujourd’hui au prix de leur vie. 

Il est donc temps pour la France d’être à l’initiative du changement et d’adopter une position alternative, plutôt que de nourrir une interminable attente et se résoudre à se rallier à la toute fin face aux circonstances. 

Dans ces heures, la France doit s’en remettre à ses valeurs les plus profondes, celles qui face à l’abîme l’ont conduite à lever la tête et à agir en accord avec son âme. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas de vaines revendications mais le résultat de siècles de lutte pour le droit à l’auto-détermination. Elles sont le socle de la République française et le serment de chaque Français envers son pays.

Comment alors la France peut-elle se complaire dans cette contradiction qui consiste à défendre la mémoire des victimes de la Shoah tout en serrant la main d’un homme qui, lui-même bourreau de milliers de personnes, questionnait la veille de votre rencontre la véracité de la pire des tragédies du XXème siècle ? Comment la France peut-elle compter trouver un accord avec ce type de personnage, et le système dont il est issu ? Votre approche fait le pari que la France et ses partenaires ont les mêmes valeurs que la République islamique, mais rien n’est plus faux. 

Nous, Français d’origine iranienne, qui devons tout à cette France que nous aimons et chérissons tant, voulons la voir agir en demeurant fidèle à la vision du général de Gaulle pour qui sa grandeur est liée à la liberté du monde par un pacte vingt fois séculaire.

En conscience des intérêts de la France, nous vous exhortons à vous placer du bon côté de l’Histoire : de choisir le peuple contre la junte. La France tient une place de choix dans le cœur des Iraniens.  Continuer de traiter d’égal à égal avec vos « homologues » de la République islamique revient à brader ce capital.  

Exigez du régime en place la libération immédiate et sans condition de tous les prisonniers politiques, le respect des dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques dont l’Iran est signataire, le respect du droit des femmes et en particulier de l’égalité des droits entre hommes et femmes, et la tenue d’un référendum sous supervision internationale sur le souhait des Iraniens à vouloir ou non le maintien du régime de la République islamique. 

La vocation de la France est d’écrire l’Histoire, et non d’en être une spectatrice passive.

Avec l’assurance de notre considération la plus haute et de nos déférents respects.

Femme, Vie, Liberté

 

Les premiers signataires de cette lettre ouverte sont :

 

Sahand Saber - avocat au barreau de Paris

Alexandre Fatemi - chef d’entreprise

Sou Abadi - réalisatrice

Mansour Bahrami - ancien joueur de tennis professionnel

Sepand Danesh - artiste peintre

Reza Deghati - artiste photographe

Arache Djanati Atai - astrophysicien

Behi Djanati Atai - comédienne

Négar Djavadi - écrivaine

Hamid Djavdan - comédien

Javad Dajavahery - écrivain

Sarah Doraghi - journaliste et comédienne

Sepideh Farsi - réalisatrice

Rezvan Farsijani - créatrice styliste

Ghass - artiste peintre

Mina Kavani - comédienne

Chayan Khoi - artiste photographe et peintre

Mahyar Monshipour - ancien champion du monde de Boxe

Shahrokh Moshkin-Ghalam - comédien-danseur

Mehdi Nayebi - entrepreneur

Ashkan Noroozkhani - photographe

Golnaz Payani - artiste plasticienne

Soudeh Rad - militante LGBTQ

Reza Rihai - réalisateur

Vanecha Roudbaraki - artiste peintre

Golan Rouzkhosh - chef d’entreprise

Shéhérazade Semsar-de Boisséson - chef d'entreprise

Syrus Shahidi - comédien

Ariana Vafadari - chanteuse lyrique

avatar of the starter
Sahand SABERLanceur de pétition

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Le problème

Monsieur le Président de la République,

Depuis le 16 septembre dernier et l’assassinat de la jeune Mahsa Amini, la nation iranienne s’est soulevée contre le régime de la République islamique et paie le prix fort pour faire entendre son désir de l’abolir. 

Pas une journée ne passe sans que les Iraniens, et en particulier les Iraniennes, ne sortent dans les rues pour affronter les symboles de l’autorité de ce régime et ses institutions. Toutes les catégories sociales et toutes les communautés sont désormais unies par les mêmes slogans : « Femme, vie, liberté » et « À bas la République islamique ». 

Ce mouvement généralisé est une marche nationale et populaire vers la liberté à laquelle la France doit s’associer. La patrie de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, ne peut plus, à force de vouloir un compromis sur le programme nucléaire, se compromettre elle-même.

Depuis vingt ans, le régime islamique instrumentalise son programme nucléaire à des fins de chantage pour obtenir les concessions qu’il exige, et en premier lieu le silence du monde sur les atrocités qu’il commet contre le peuple iranien. En ce sens, il joue au bâton et à la carotte avec le monde libre et le monde libre se prête volontiers à ce jeu.

Comme seule réponse, la communauté internationale n’a eu de cesse d’accroître les sanctions économiques. Mais ces sanctions ont-elles convaincu le régime de changer de comportement ? Assurément non. Seul en souffre le peuple iranien, auprès duquel le régime n’a jamais rendu de compte. A ces restrictions internationales, le régime a ajouté sa propre politique d’oppression et les enfants des dignitaires de ce régime vivent en dehors de toute contrainte, dans les capitales occidentales où ils y dilapident les fonds publics du pays.

Si le JCPOA de 2015 a laissé croire qu’une solution diplomatique était possible, il n’a pas empêché le régime de semer l’instabilité dans toute la région. L’Irak parvient-il à se reconstruire ? La Syrie est-elle sur le chemin de la réconciliation nationale ? Le Liban a-t-il retrouvé la paix et la prospérité ? Dans ces pays, les peuples protestent également contre l’influence de ce régime et les ravages dont il porte seul la responsabilité. Et plus proche de chez nous, en Europe, il a affirmé son total soutien à la guerre de Vladimir Poutine contre le peuple ukrainien et lui fournit armes et munitions. 

Monsieur le Président de la République, il faut se rendre à l’évidence : aucun accord sur le nucléaire ne sera appliqué par ce régime dans l’esprit d’un traité de paix. Ses dignitaires ne veulent pas d’une coexistence pacifique et n’ont jamais fait d’effort en ce sens. C’est la raison pour laquelle vos prédécesseurs, depuis le Président Valery Giscard d’Estaing, ont échoué dans leur recherche permanente d’un statu quo. 

Il n’est donc pas trop tôt pour réorienter la politique iranienne de la France et écouter la voix du peuple iranien. Nous savons ce dont est capable le régime islamique. De promesse en promesse, de mensonge en mensonge, il a fait remonter le pire du poison extrémiste dont les sociétés européennes connaissent bien le danger qu’il représente et contre lequel les Iraniens se battent aujourd’hui au prix de leur vie. 

Il est donc temps pour la France d’être à l’initiative du changement et d’adopter une position alternative, plutôt que de nourrir une interminable attente et se résoudre à se rallier à la toute fin face aux circonstances. 

Dans ces heures, la France doit s’en remettre à ses valeurs les plus profondes, celles qui face à l’abîme l’ont conduite à lever la tête et à agir en accord avec son âme. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas de vaines revendications mais le résultat de siècles de lutte pour le droit à l’auto-détermination. Elles sont le socle de la République française et le serment de chaque Français envers son pays.

Comment alors la France peut-elle se complaire dans cette contradiction qui consiste à défendre la mémoire des victimes de la Shoah tout en serrant la main d’un homme qui, lui-même bourreau de milliers de personnes, questionnait la veille de votre rencontre la véracité de la pire des tragédies du XXème siècle ? Comment la France peut-elle compter trouver un accord avec ce type de personnage, et le système dont il est issu ? Votre approche fait le pari que la France et ses partenaires ont les mêmes valeurs que la République islamique, mais rien n’est plus faux. 

Nous, Français d’origine iranienne, qui devons tout à cette France que nous aimons et chérissons tant, voulons la voir agir en demeurant fidèle à la vision du général de Gaulle pour qui sa grandeur est liée à la liberté du monde par un pacte vingt fois séculaire.

En conscience des intérêts de la France, nous vous exhortons à vous placer du bon côté de l’Histoire : de choisir le peuple contre la junte. La France tient une place de choix dans le cœur des Iraniens.  Continuer de traiter d’égal à égal avec vos « homologues » de la République islamique revient à brader ce capital.  

Exigez du régime en place la libération immédiate et sans condition de tous les prisonniers politiques, le respect des dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques dont l’Iran est signataire, le respect du droit des femmes et en particulier de l’égalité des droits entre hommes et femmes, et la tenue d’un référendum sous supervision internationale sur le souhait des Iraniens à vouloir ou non le maintien du régime de la République islamique. 

La vocation de la France est d’écrire l’Histoire, et non d’en être une spectatrice passive.

Avec l’assurance de notre considération la plus haute et de nos déférents respects.

Femme, Vie, Liberté

 

Les premiers signataires de cette lettre ouverte sont :

 

Sahand Saber - avocat au barreau de Paris

Alexandre Fatemi - chef d’entreprise

Sou Abadi - réalisatrice

Mansour Bahrami - ancien joueur de tennis professionnel

Sepand Danesh - artiste peintre

Reza Deghati - artiste photographe

Arache Djanati Atai - astrophysicien

Behi Djanati Atai - comédienne

Négar Djavadi - écrivaine

Hamid Djavdan - comédien

Javad Dajavahery - écrivain

Sarah Doraghi - journaliste et comédienne

Sepideh Farsi - réalisatrice

Rezvan Farsijani - créatrice styliste

Ghass - artiste peintre

Mina Kavani - comédienne

Chayan Khoi - artiste photographe et peintre

Mahyar Monshipour - ancien champion du monde de Boxe

Shahrokh Moshkin-Ghalam - comédien-danseur

Mehdi Nayebi - entrepreneur

Ashkan Noroozkhani - photographe

Golnaz Payani - artiste plasticienne

Soudeh Rad - militante LGBTQ

Reza Rihai - réalisateur

Vanecha Roudbaraki - artiste peintre

Golan Rouzkhosh - chef d’entreprise

Shéhérazade Semsar-de Boisséson - chef d'entreprise

Syrus Shahidi - comédien

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