IME de Moussaron : Maltraitances en toute impunité

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Témoignage de Céline Boussié : 


De 2008 à 2013, j'ai exercé la fonction d'Aide Médio-Psychologique au sein de l'IME de Moussaron. Sans formation préalable j'ai été jetée dans le grand bain en accompagnant, au sein de cet établissement,  un public d'enfants, d’adolescents et adultes polyhandicapé tout âge et sexe confondu. 

Dès mon entrée j'ai été interpellée par les pratiques menées au sein de cette structure mais manquant d'expérience, de recul dans le rythme effréné de travail et des conditions d'exercice exigeantes, je n'ai pas eu immédiatement les armes nécessaires afin de signaler ce qui me choquai et heurtait mon éthique professionnelle naissante. 

Avec le temps et constatant des situations qui me semblaient tout du moins anormales sinon totalement inadaptée au respect de la condition humaine, des enfants, ados adultes en pouponnière nourris par sonde qui n'étaient pas hydratés, des enfants, ados, adultes auxquels on ne fournissait pas un suivi médical (dentaire ou gynécologique), une promiscuité dure et difficile à supporter : les enfants faisaient leurs besoins dans des seaux les uns à côté des autres, des enfants brûlés par des robinets inadaptés d'où coulait une eau trop chaude et qui n'étaient pas conduits à l'hôpital en temps et en heure.

Puis un jour un décès, une jeune fille faisant une crise épilepsie ( crise que je ne comprendrais que plus tard en formation)  pour laquelle, malgré mon insistance, personne n'a réagit et qui a été conduite, bien trop tard à l'hôpital et y a perdu la vie. 

Après avoir alerté en interne ( direction, chsct, syndicat maison), signalé les situations graves auxquelles j'assistais, interpellé mes collègues et ma hiérarchie. Après avoir interpellé les autorités de tutelle (Agence Régionales de Santé et l'Inspection Générale des Affaires Sociales), je me suis finalement résolue à me tourner  vers les journalistes et la presse en 2015. J'ai pris la parole en public et accepté de risquer ma situation professionnelle, sociale et personnelle afin que ces maltraitances cessent. 

Ces dénonciations publiques m'ont valu, comme la majorité des lanceurs d'alerte,  deux plaintes pour diffamation, un procès et un licenciement.  Le Tribunal de Toulouse m'a relaxée en Novembre 2017 par un jugement exemplaire, une première en France pour un lanceur d'alerte, validant ainsi les dénonciations formulées que j'avais formulés comme l'avaient fait avant moi  trois lanceurs d'alerte en 95 et 99 : Didier, Crystel et Bernadette pour qui nous exigeons que l'Etat les réhabilite dans leurs droits et leur présente des excuses publiques. 

Aujourd'hui encore, malgré ma relaxe, malgré les dénonciations, malgré les plaintes des familles, des professionnels, et de la secrétaire d'état, dont  9 ont été  classées sans suite par le procureur de la République d'Auch et une jugée par un non lieu, les responsables de ces maltraitances ne sont toujours pas inquiétés mis en examen, jugés puis condamnés. " Ils ne dirigent plus l'établissement mais ont eu un passeport pour l'impunité ayant bénéficié de connexions et connivences politiques extrêmement forte tant dans le département que sur le plan national.