Kampanya güncellemesiIl faut sauver la ferme de Bois LuzyMonsieur Jean Noël BEVERINI intervient pour sauver le batiment
Catherine LORENZIFransa
29 Oca 2018
Monsieur Jean Noël Beverini se mobilise pour tenter de sauver la ferme. Il a écrit un très beau texte destiné à sensibiliser les intellectuels marseillais sur destruction de cette belle et ancienne bâtisse. Je le transmets ci dessous . Un reportage sur la ferme a été diffusé ce soir 29 janvier au JT 19/20 de France 3. Ne lâchons rien, tentons de préserver, avec Mr Beverini, qui s’est déjà mobilisé pour la carrière de la Corderie, notre patrimoine historique marseillais si souvent menacé! Voici le texte de Mr Beverini:
UNE ANCIENNE CHAPELLE BASTIDAIRE À MARSEILLE ?
NON, L’ANCIENNE CHAPELLE BASTIDAIRE DE MARSEILLE.
UNE ANCIENNE FERME BASTIDAIRE À MARSEILLE ?
NON, L’ANCIENNE FERME BASTIDAIRE DE MARSEILLE.
L’emploi dans la langue française de l’article défini revêt toute son importance. J’ai parlé il y a quelques jours d’une chapelle située dans le 12° arrondissement de Marseille jouxtant un bâtiment de ferme du XVIII° siècle, tous deux devant être détruits au profit de la construction de deux immeubles d’habitation. La ville de Marseille a délivré un permis de détruire et accordé un permis de construire.
UNE HISTOIRE PEU CONNUE mais … QUI MÉRITE DE L’ÊTRE
Les premières recherches, telles que je les ai annoncées, ne me permettent plus de parler simplement d’une chapelle et d’un corps de ferme. Il convient, en effet, désormais de parler de « La » chapelle et de « La » ferme de Bois-Luzy dont je vous propose de découvrir avec moi la surprenante richesse. Convenez que l’emploi approprié de l’article défini n’est pas innocent dans notre belle langue. Après cette présentation des lieux et de l’Histoire, il vous appartiendra de juger si, comme dans la chanson de Francis Cabrel : « Vous pourrez détruire tout ce qu’il vous plaira ».
Je vous disais précédemment que la chapelle, unique malgré son pauvre aspect, avait été élevée sur le domaine de l’ancienne bastide Gaillard de Longjumeau, bastide aujourd’hui disparue en ce lieu qui porte maintenant le nom de Bois-Luzy. Je ne me doutais pas de la valeur historique tout à fait exceptionnelle du site et des éléments bâtis que les siècles ont jusqu’à présent conservés pour les conduire jusqu’à nous.
Le cadastre révolutionnaire
La Révolution, parmi toutes ses décisions, entreprit de dresser un inventaire de l’ensemble des biens et propriétés détenus par les particuliers et, en tout premier lieu, des propriétés des familles nobles aux fins de saisie et de ventes. Ce relevé révolutionnaire désigné sous le nom de « cadastre révolutionnaire » s’est naturellement intéressé à Marseille et à ses différents quartiers. Le commissaire répartiteur allait visiter toutes les propriétés et maisons de maître et en dressait la description précise. Ainsi avons-nous le relevé des quartiers de Saint-Julien et de Saint-Barnabé. (les quartiers anciens ne correspondent pas automatiquement à ceux d’aujourd’hui).
L’enseignement du cadastre révolutionnaire
La propriété en question comprenant notre bastide disparue, sa chapelle et ses bâtiments divers toujours présents appartenait alors à la famille Gaillard de Longjumeau. Cette famille de haute noblesse française était venue s’installer en Provence à la fin du XVI° siècle. En 1521 Michel de Gaillard avait épousé une fille illégitime de Charles d’Orléans et demi-sœur de François Ier. Les Gaillard de Longjumeau donnèrent des conseillers à la Cour des Comptes et au Parlement d’Aix-en-Provence. Un des descendants fut maire de Marseille comme précédemment indiqué. C’est dire si nos deux villes de Marseille et d’Aix-en-Provence sont intéressées par le devenir des lieux.
Le domaine, particulièrement remarquable, affiche une contenance de 125 carterets confrontant au Levant le chemin de Beaumont Lemaitre (aujourd’hui chemin Cadouz) ; au Midi, une propriété Gondran puis Morin et au Couchant le petit chemin traversier des viols. Il comprend, tel qu’il nous est décrit par le commissaire répartiteur :
- un bâtiment de maître regardant la mer. L’exposition est donc splendide. Il s’élève sur quatre étages sur une de ses façades et sur deux au Nord avec deux « croisées » (fenêtres), indication qui nous renseigne sur le caractère pentu du terrain.
- une maison de paysan
- une étable
- trois greniers à foin
- une loge à cochons
- une bergerie dite à l’époque « Jas » de trois cannes
- un poulailler
- une garenne
- une aire pour battre les grains.
Le bâtiment de maître est entouré d’une vaste terrasse caractérisant les bastides parmi les plus somptueuses et est garni d’un « parterre » à savoir un jardin fleuri. Une allée d’oliviers de cent pas de long sur quatre de large nous permet d’imaginer la majesté provençale de l’entrée de la bastide qu’en été les cigales ne devaient pas dédaigner d’égayer de leurs chants. Il reste, je crois aujourd’hui, quelques oliviers auprès de la ferme, ainsi que de très anciens platanes, deux muriers et un puits. Cinq carterets en pinèdes complètent l’agrément ainsi qu’un potager, un « frutier » (jardin de fruits) et un lavoir. Un jet d’eau murmure devant la demeure. La propriété de Gaillard de Longjumeau est véritablement splendide et l’ancien commissaire du Bataillon de marins-pompiers de Marseille que je suis n’est pas sans noter la présence d’un « poste à feu », à savoir un équipement destiné à lutter contre d’éventuels incendies. Les terres de la ferme bastidaire produisent du vin à hauteur de « 50 000 milleros », du blé en quantité de « 36 charges » et alternativement de la luzerne. De l’huile d’olive évidemment malgré le fait que le dernier hiver et la froidure ont entrainé la mort de 1200 pieds d’oliviers. Cela seul démontre l’étendue du domaine. Sans nous casser la tête nous passerons allègrement sur la production d’amandes et de fruits secs.
Des voisins inattendus…
La présence des Gaillard de Longjumeau est loin de satisfaire entièrement à l’histoire du lieu. En effet, jouxtant la propriété, une autre famille est également ici implantée. Et non des moindres ! Que dis-je, une des plus fameuses familles marseillaises : les Ruffi. Madame de Ruffi, résidant en ville rue Tapis Vert, possède, en campagne et verdure, des terres limitrophes de celles des Gaillard et une maison. Une étude fine devrait permettre d’en connaître précisément les contours. Nous touchons là à la grande histoire de Marseille. Madame de Ruffi est de la parentèle d’Antoine de Ruffi né à Marseille le 20 juin 1607 et décédé en sa bonne ville le 6 avril 1689, rue Tapis Vert. Aussi prolixe devant sa table d’écriture que dans ses « toiles », il fut père de 10 enfants et de nombreux écrits dont une Histoire de Marseille (1642) et Histoire des Comtes de Provence de 934 à 1480 (1655). L’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille le cite naturellement dans son Dictionnaire des Marseillais (page 308 sous la signature de Felix Reynaud). Son dernier fils, Louis Antoine de Ruffi (30 décembre 1657 à Marseille – 26 mars 1724) poursuivit grandement l’œuvre de son historien de père.
LA CHAPELLE
Toutes les bastides marseillaises étaient loin de posséder une chapelle sur leurs terres. La bastide de Gaillard, elle, en détient une, celle précisément dont nous parlons, qui existe toujours et qu’il nous faut sauver. Le terme de « bastide » recouvre, en réalité, des bâtiments de nature fort différente. Certaines n’étaient que des constructions modestes alors que d’autres appartenant à de gros négociants et commerçants affichaient un luxe de tout premier ordre, à l’exemple de la Magalone que ses propriétaires les Magalon, vivant rue Grignan, ne cessèrent d’embellir. Dans ces dernières seules, terrasse, jardins, jets d’eau et parterre forment un tapis d’agrément pour leurs propriétaires. Dans ces dernières, seules également, se dresse une chapelle.
Il serait trop long ici de présenter l’origine de cette haute tradition d’un lieu privé de culte, d’un lieu saint, soit intégré dans les murs du château, du logis noble ou de maître, soit séparé du corps d’habitation principal. Au château Borely, par exemple, la chapelle est intérieure. Chez les Gaillard, la chapelle est distincte mais la façade de l’ancienne bastide la regardait de ses « croisées » d’un seul trait de vue et sans obstacle. La Terre sous les pieds et le Ciel sous les yeux. Un prêtre venait chaque dimanche célébrer la messe. La chapelle, privée dans son statut, dépendait cependant de la paroisse rurale du lieu, elle-même rattachée à la grande paroisse du diocèse.
Les différents propriétaires successifs
Nous connaissons les mutations successives de propriété : en 1853 le domaine est acheté par un sieur Briqueler, puis en 1856 par un armateur, monsieur Bazin qui, en 1861 construit le château actuel acquis par la Générale Foncière avant de devenir propriété de la ville de Marseille en date du 6 juillet 1926 avec les travaux de transformation en auberge de Jeunesse. Un article de la Revue Marseille de juin 1938 sous le numéro 11 et la signature d’Hippolyte Leveau, pseudonyme de l’historien Raoul Busquet, rend compte précisément de ces évolutions.
DES PIERRES, UNE MÉMOIRE ET UNE HISTOIRE À SAUVER
Au cœur des anciens domaines bastidaires des Gaillard de Longjumeau et des Ruffi, la chapelle et le corps de ferme de Bois-Luzy ont résisté aux mutations, au temps et à l’histoire des hommes. Ces derniers vestiges de notre XVIII° siècle marseillais méritent toute notre attention et notre respect. Ils ont été préservés jusqu’en notre année 2018. Ces reliques d’Histoire et d’histoire de notre terroir marseillais et provençal ne peuvent être arrachées d’un trait de plume et d’une griffe de tractopelle à notre présent. Après la fin du chant des cigales dans l’allée de la bastide disparue, allons-nous devoir chanter la complainte nostalgique de la disparition de ce dernier trésor bastidaire et historique, religieux et pastoral du XVIII° siècle marseillais ? Essayons de ne pas commettre à nouveau les fautes du passé et espérons donc que, selon une belle expression ancienne du temps de nos bastides « l’erreur n’ait pas un cou si cuirassé qu’il soit si difficile à tordre !
Jean Noël Beverini
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