Pour le droit de non-regard médical des demandeurs de prêt en Affection Longue Durée (ALD)

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Madame Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé,

 Je suis une demandeuse d’emprunt, mais aussi une personne en Affection Longue Durée. Ces deux caractéristiques font partie de mon état actuel, mais n’ont aucun lien entre elles. Et pourtant, la loi les assemble et les fait devenir conséquentes l’une vis à vis de l’autre.

Je ne parviens pas à comprendre ce fonctionnement. Les assureurs se basent sur les risques de décès d’une personne, calculant alors la probabilité de perte d’argent qu’ils peuvent percevoir, refusant ainsi des demandes de prêts sous le motif de la maladie. Si ces derniers acceptent le prêt, au bout de plusieurs semaines de traitement de dossier, à une personne en Affection Longue Durée, la personne ne sera jamais aussi couverte qu’une personne officiellement en bonne santé. La personne malade peut alors n’être couverte que pour le décès, et se retrouver à payer des surprimes d’assurance. Elle paye donc plus cher, pour avoir le strict minimum de couverture.

J’ai 21 ans. Je lutte contre la bipolarité et l’anorexie depuis mes 14 ans. Pour perdurer à me battre pour mon bien être, les projets sont mes moteurs. Je suis à côté de cela, demandeuse d’emprunt avec mon conjoint pour acheter une maison.

Je suis suivie médicalement avec des thérapies faite auprès de professionnels de santé, et stabilisée par un traitement neurologique. Mais, il s’avère que pour les assureurs, mes maladies sont un danger pour leur argent. Une question me taraude alors: Si deux personnes face à vous se présentent, l’une est diagnostiquée bipolaire depuis plusieurs années, l’autre n’a pas de maladie inscrite dans son dossier médical. Vous devez faire un prêt à un seul de ces deux demandeurs d’emprunt, qui choisiriez-vous ?  Sûrement le dossier de la personne non malade, afin de limiter vos risques de perdre de l’argent en cas de problème. Plusieurs années après avoir prêté de l’argent à cette personne, celle-ci se suicide. Aviez-vous prédit cela ? Non, car cette personne avait des problèmes psychiatriques, mais n’avait pas été suivie médicalement, ni diagnostiquée. Mais pourtant, la maladie était bien là, et non stabilisée. La question devient alors : Préférez-vous prêter votre argent à une personne malade, prise en charge médicalement, ou à une personne malade, seule, face au déni de sa pathologie ? Une personne malade prise en charge sera infiniment plus sécurisante pour lui accorder un prêt qu’une personne malade sans qu’elle en ait conscience.

Lorsque l’on prête de l’argent à quelqu’un, la première question à se poser pour demeurer en sécurité est « Est-ce que cette personne est assez stable financièrement pour me rendre mon argent dans le délai escompté ? ». Pour ma part, je suis travailleuse, en CDI et j’ai constamment été stable financièrement. Jauger la capacité d’une personne à rembourser un prêt, par sa maladie, devient alors une forme indirecte de discrimination, car ce sont deux éléments distincts.

Nous sommes tous humains, et tous mortels. Je peux être malade mais mourir bien plus tard qu’une personne en bonne santé, ayant un accident. Je peux également être victime d’un drame, mais comme nous tous, le décès ne se calcule pas, aucun algorithme peut donner le chiffre certain de l’espérance de vie d’une personne.

Je suis une demandeuse d’emprunt, mais aussi une personne en Affection Longue Durée. Ces deux caractéristiques font partie de mon état actuel. L’une fera partie de mon état pour toujours, faites en sorte que l’autre ne le soit pas aussi.

Je demande ainsi par cette lettre, sur le même principe que «Le droit à l’oubli » que vous avez mis en place,  le droit de non-regard, vis-à-vis des Affections Longue Durée. Que toutes les personnes soient considérées selon la loi, comme des demandeurs d’emprunt, non jaugés sur leur état de santé, mais sur leurs capacités financières de remboursement.

  • Merci d’avance de votre lecture,

Avec mes respectueux hommages, veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma considération la plus distinguée.

Marine Gaubert.