
Nous approcher de la vérité sur le massacre de Thiaroye (1er décembre 1944 au Sénégal) est un véritable parcours du combattant pour contrer de multiples obstructions destinées à cacher l'ignominie. Il s'agit bien d'un crime prémédité contre d'anciens prisonniers de guerre qui avaient osé réclamer leurs droits. La version officielle demeure la répression sanglante d'une mutinerie ou rébellion armée avec 35 morts, 35 blessés et 34 condamnations. Suite à l'avancée des connaissances de ce fait historique hautement symbolique et aux recours devant la justice, le ministère des armées ne conteste plus l'existence des fosses communes mais ne révèle toujours pas l'endroit pourtant connu, ni le nombre de victimes (plus de 300?) et encore moins leur identité. Jean-Yves Le Drian, dans un courrier daté de février 2021, a confirmé trois fosses communes. Une telle précision démontre aussi l'existence d'archives. La fouille des fosses communes permettra l'exhumation des corps et de l'étendue du mensonge d'Etat avec, dans la foulée, le procès en révision.
Pour accéder à la liste des rapatriés (leur nombre a été diminué pour camoufler le nombre de victimes), à la liste des victimes, à la cartographie des fosses communes, aux calculs des soldes, primes de démobilisation et pécule dont ces hommes ont été spoliés, il faut consulter les archives restées auprès des forces françaises au Sénégal jusqu'à leur dissolution en 2011. Le ministère des armées répond invariablement que ces archives n'existent pas ou plus. Difficile d'y croire. En qualité d'historienne, j'ai saisi le tribunal administratif de Paris le 23 mai 2016 avec un rejet par jugement en date du 27 septembre 2017 Remarque : Conclusions favorables du rapporteur public Autorisation de saisir à nouveau le TA si éléments nouveaux
Des éléments nouveaux prouvant l'existence de ces archives ont permis de redéposer une requête le 24 octobre 2018 au TA de Paris. Conclusions défavorables du rapporteur public ! et donc Rejet par jugement du 29 janvier 2021.
Un pourvoi devant le Conseil d'Etat a été formé le 29 mars 2021 par Maître François Pinatel mais c'est une décision de non admission en date du 4 mars 2022 avec peu de motivations. Remarque : des archives consultées sur le cimetière de Thiaroye montrent qu'elles étaient bien auprès des forces françaises au Sénégal puis auprès de l'administration centrale avant versement au Service historique de la Défense en 2015. Mais toujours aucune trace des archives du massacre de Thiaroye.
Il faut donc saisir la CEDH [Cour européenne des droits de l'homme]. C'est important car les obstructions à la manifestaton de la vérité sur ce massacre viennent bien de l'Etat français. 4000 euros sont nécessaires pour cette procédure complexe.
Merci pour votre soutien
Le pourvoi pour les sommes spoliées déposé par Biram Senghor, fils d'une victime, a, quant à lui, été admis par le Conseil d'Etat.
Lien vers la cagnotte ouverte en soutien à cette démarche:
https://www.leetchi.com/c/thiaroye-et-la-cedh
Merci.