Macky Sall, fossoyeur de notre démocratie et caution morale de la Fondation Mo Ibrahim


Macky Sall, fossoyeur de notre démocratie et caution morale de la Fondation Mo Ibrahim
Das Problem
(English Version Below)
Il arrive que l’histoire trébuche. Mais quand elle s’effondre volontairement dans l’amnésie, alors l’indignation devient un devoir. En intégrant Macky Sall à son conseil d’administration, la Fondation Mo Ibrahim tourne le dos à ses principes fondateurs et accorde un blanc-seing à l’un des dirigeants les plus critiqués de l’histoire politique sénégalaise pour sa dérive autoritaire, son mépris des institutions et sa politique économique fondée sur l’endettement débridé et la falsification comptable.
Pourtant, la fondation s’était donnée pour mission, depuis sa création, de « promouvoir une gouvernance exemplaire et un leadership responsable » sur le continent africain. À travers l’indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG), elle évalue précisément la qualité des institutions, la démocratie, l’État de droit et les droits de la personne. Or, si l’on appliquait strictement ces critères à Macky Sall, son profil relèverait davantage du contre-exemple que du modèle. Faut-il rappeler que la Fondation elle-même a, dans ses rapports, exprimé ses préoccupations quant au recul démocratique et aux restrictions des libertés dans plusieurs pays, dont le Sénégal sous Macky Sall ?
Un passif démocratique accablant
L’héritage de Macky Sall n’est pas celui d’un bâtisseur, mais d’un fossoyeur obstiné de la démocratie sénégalaise. Sous sa présidence, l’État de droit a été méthodiquement vidé de sa substance : instrumentalisation de la justice à des fins politiques, musellement de la presse, emprisonnements massifs d’opposants politiques, coupures arbitraires d’Internet, dissolution de partis et de mouvements citoyens, manipulation des calendriers électoraux, tentatives de coup d’État institutionnel — la liste est longue, consternante, documentée.
Mais plus encore, son règne fut lourdement taché de sang. Entre 2021 et 2024, des dizaines de manifestants pacifiques ont été tués par les forces de sécurité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : des étudiants, de jeunes militants, de simples passants ont péri dans les rues de Dakar, de Ziguinchor, de Bignona ou de Saint-Louis, pour avoir exercé un droit fondamental et constitutionnel : celui de résister. Ces morts ne sont pas de simples bavures. Ils sont les témoins silencieux d’un régime qui, au nom de l’ordre, a préféré gouverner par la terreur.
Le rapport Afrobarometer de 2023 confirme cette réalité : plus de la moitié des Sénégalais (53 %) considéraient que leur pays n’était plus une démocratie effective. Ce chiffre témoigne d’un effondrement de la confiance populaire dans les institutions, corollaire direct de la « méthode Macky Sall » faite de duplicité, de concentration autoritaire du pouvoir, et d’un usage cynique de la « raison d’État » pour justifier l’injustifiable.
La tentative avortée de troisième mandat n’était pas une erreur de jugement, mais l’aboutissement d’un projet mûri de longue date, soutenu par une caste de politiciens et de consultants internationaux rémunérés pour interpréter la Constitution. L’épisode du décret du 3 février 2024, par lequel il a suspendu le processus électoral à la veille de la campagne présidentielle, a été unanimement condamné comme un coup d’État institutionnel, y compris par le Conseil constitutionnel sénégalais.
Un gestionnaire sans scrupule et sans transparence
L’autre pan du « legs » de Macky Sall, que la Fondation Mo Ibrahim semble avoir passé sous silence, est le désastre économique et financier qu’il a légué au peuple sénégalais. Comme l’ont révélé les rapports de la Cour des comptes, il a systématiquement sous-estimé la dette publique, dissimulé les déficits budgétaires, contracté des emprunts hors budget et détourné l’éthique de la gouvernance publique.
Dans un contexte de croissance inégalitaire, où plus de 37 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, le faste des grands projets d’infrastructure a masqué une absence criante d’inclusivité et de durabilité. La jeunesse sénégalaise, abandonnée à un secteur informel précaire, a payé le prix fort de cette politique d’endettement au service d’intérêts privés et de clientélismes.
Le discours que Macky Sall tient désormais depuis son exil doré au Maroc, en se posant en « homme de paix », contraste violemment avec la réalité de son pouvoir. La paix dont il se réclame est celle des cimetières de la démocratie. On ne reconstruit pas une légitimité internationale sur les ruines d’un pays que l’on a contribué à diviser et affaiblir.
La Fondation Mo Ibrahim, une caution morale en question
L’enjeu ici dépasse le cas Macky Sall. Il s’agit d’interroger la cohérence éthique et la crédibilité de la Fondation Mo Ibrahim elle-même. Peut-elle encore se revendiquer comme un baromètre impartial de la gouvernance africaine en promouvant des figures qui incarnent l’exact opposé de ses valeurs ?
Certes, l’institution n’est pas exempte du droit à l’erreur. Mais une telle nomination ne peut être interprétée que comme une capitulation morale ou, pire, comme une instrumentalisation politique de son prestige au service de la respectabilité des anciens autocrates.
Dans un continent où la confiance entre les peuples et les élites est souvent rompue, où les nouvelles générations réclament des leaderships transparents, démocratiques et responsables, ce type de décision affaiblit le combat commun pour la souveraineté populaire, la justice et la redevabilité.
Accepter Macky Sall dans le cercle restreint des « sages » de la gouvernance africaine, c’est officialiser le double discours : le langage fleuri de la démocratie dans les rapports internationaux, et les pratiques autoritaires sur le terrain. C’est banaliser la violence institutionnelle, les détournements de procédure, la répression des libertés, au nom d’une prétendue stabilité.
La Fondation Mo Ibrahim, si elle veut rester fidèle à sa mission, doit reconsidérer cette nomination, ou à tout le moins, expliciter les critères éthiques sur lesquels elle fonde une telle décision. L’Afrique mérite mieux que la reconversion dorée de ses anciens autocrates. Elle mérite des leaders de rupture, pas des fossoyeurs recyclés.
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
Can Macky Sall, the Gravedigger of Senegalese Democracy be a Moral Compass for the Mo Ibrahim Foundation ?
It occasionally happens that history stumbles. However, when it is driven towards amnesia, it becomes a moral imperative to raise a voice of protest. By inviting Macky Sall to join its council members, the Mo Ibrahim Foundation disregards its fundamental principles and bestows honor upon one of Senegal’s most controversial politicians for his authoritarian tendencies, disregard for democratic institutions, and economic policies supported by excessive debt and manipulation of public records.
Indeed, since its inception, the foundation has dedicated itself to the mission of “promoting exemplary governance and responsible leadership across the African continent.” With its Mo Ibrahim Governance Index, it sought precisely to evaluate the strength of institutions, of democracy, of the rule of law and of the upholding of human rights. The rigorous application of these criteria to Macky Sall would show him an anti-model rather than an exemplary figure. Must it be reminded that the Mo Ibrahim Foundation itself had published reports expressing its concerns regarding the setbacks of democracy and restrictions of civil liberties in many countries, including Senegal under the leadership of Macky Sall?
Macky Sall’s Appalling Democratic Balance Sheet
Macky Sall’s legacy isn’t that of a consolidator but rather that of a steadfast gravedigger of senegalese democracy. Under his presidency, the rule of law was methodically emptied of its substance: the judicial was made to serve petty politician’s ends, the press was muzzled, opposition leaders and sympathizers were jailed en masse, the internet repeatedly and arbitrarily shut down, political parties and civil society organizations dissolved, election schedule manipulated, institutional coups attempted – the list, alas, goes on and on, outrageous and documented.
Moreover, his presidency was stained with blood. Between 2021 and 2024, dozens of peaceful demonstrators were killed by armed forces. The numbers speak for themselves: students, young idealistic militants, ordinary passers-by, and according to current evaluations more than eighty of his constituents were slain in the streets of Dakar, Ziguinchor, Bignona or Saint-Louis for having exercised their constitutional right: resistance to oppression. Their deaths are not missteps. They are the silent witnesses of a regime which, in the name of order, choose to rule with terror.
The 2023 Afroboremeter evidences Macky Sall’s failure to uphold democracy: a significant portion of Senegalese citizens (53%) believe that their country was no more effectively a democracy. This figure illustrates the decline in public trust in institutions, a direct corollary of the “Macky Sall method”, made of duplicity, authoritarian concentration of power, cynical uses of the “reason of state” to justify the democratically unjustifiable.
The aborted attempt to run for a third mandate wasn’t a result of miscalculation, but rather the culmination of a long-term project supported by a group of politicians and international consultants who were recruited to favorably interpret the constitution. The episode of the decree of February 3, 2024, by which Macky Sall suspended the electoral process on the eve of the presidential campaign, was unanimously condemned as an institutional coup d’état, including by the Senegalese Constitutional Court.
An Unscrupulous and Nebulous Manager
An other infamous aspect of Macky Sall’s “legacy” which the Mo Ibrahim Foundation seems willing to overlook is the economical and financial disasters he bequeathed the senegalese people. As revealed by reports from the La Court des Comptes (Court of Auditors), he systematically underestimated the extent of the public debt, concealed the budgetary deficit, contracted loans outside the budget, and displayed a lack of ethical conduct in his management of the public treasury.
In a context of unequal growth, where over 37% of the population lives below the poverty line, the pomp of his onerous infrastructure projects hardly conceals the glaring lack of inclusivity and sustainability in his policies. The Senegalese youth, left to fend for themselves in precarious employment within the informal sector, bore the brunt of this policy, while Sall’s clientele and private interests reaped the benefits.
Macky Sall’s current posturing as a “man of peace” from his comfortable Moroccan exile violently contrasts with the hard facts of his presidency. The only peace he can legitimately claim is the one that lies in the cemeteries of democracy. He cannot build international legitimacy on the ruins of a country he played a role in destroying and weakening.
Has the Mo Ibrahim Foundation become an unreliable moral compass?
The stakes are higher than Macky Sall. The ethical coherence and credibility of the Mo Ibrahim Foundation itself are at stake. Can it still claim to be an impartial barometer of African governance by promoting figures that exemplifies exactly the contrary of its values ?
Of course, the institution can make mistakes. However, this mistaken nomination can only be interpreted as moral capitulation or, even worse, as an instrumentalization by the Foundation of its prestige to make autocrats respectable.
In a continent where trust between the people and their elites is frequently eroded, where new generations demand transparent, democratic, and accountable leadership, such decisions undermine the collective struggle for popular sovereignty, justice, and accountability.
To admit Macky Sall into a prestigious group of wise women and men in African governance is to blatantly apply double standards: pronounce eloquent speeches on democracy in international reports, while simultaneously approving the practice of authoritarianism on the ground. It is to downplay institutional violence, abuses of democratic processes, and the suppression of freedoms in the guise of so-called stability.
The Mo Ibrahim Foundation must reconsider its nomination or clarify its ethical criteria if it is to remain faithful to its mission. Africa deserves better than the golden reconversion of its old autocrats. Our continent needs breakthrough leaders, not recycled gravediggers.
Signataires :
1. Boubacar Boris Diop, Ecrivain, Dakar
2. Félix Atchadé, médecin, Paris
3. Seynabou Sougoufara, Biologiste, University of Warwick, Manchester
4. Youssou Mbargane Guissé, chercheur à la retraite, IFAN, UCAD
5. Mouhamed Abdallah Ly, Directeur de recherches assimilé, IFAN, UCAD
6. Abdourahmane Seck, Maître de conférences titulaire, UGB
7. Mamadou Diallo, Doctorant, Columbia University
8. Oumar Dia, Maître de conférences titulaire, FLSH, UCAD
9. Abdou Aziz Diouf, Professeur titulaire, FSJP, UCAD
10. Fatoumata Tacko Soumaré, Enseignante-vacataire, UCAD
11. Seynabou Ndiaye, professeur de philosophie, Lycée Malick Sy, Thiès
12. Ndeye Nattou Sadji, professeur de philosophie, Lycée Sergent Malamine Camara, Dakar
13. Abdoulaye Keita, Directeur de recherches assimilé à la retraite, IFAN
14. Ibrahima Thiaw, Directeur de recherches, IFAN, UCAD
15. Demba Ndiaye, Journaliste, Dakar
16. Yamar Samb, enseignant-chercheur en droit, UGB
17. Doudou Diop, Maître de recherche en botanique, IFAN, UCAD
18. Mbissane Ngom, Professeur titulaire, UGB
19. Papa Abdou Fall, Professeur assimilé, FLSH, UCAD
20. Mounirou Diallo, Maître de conférences titulaire, FLSH, UCAD
21. Mory Thiam, Maître de conférences titulaire, FLSH, UCAD
22. Harouna Sy, Professeur titulaire à la retraite, FASTEF, UCAD
23. Mamadou Kabirou Gano, Maître de conférences titulaire à la retraite, FASTEF, UCAD
24. Thierno Guèye, Maître de conférences assimilé, FASTEF, UCAD
25. Habib Ba, philosophe, La Haye, Pays-Bas
26. Pape Cherif, Bertrand Bassène, Maître de conférences titulaire, FLSH, UCAD
27. Benoît Tine, Professeur assimilé, UASZ
28. Ibrahima Touré, CROUS-UASZ
29. Ousseynou Sène, Comptable matières, UFR SES
30. Lamine Badji, Administrateur d’ENO à l’UN-CHK
31. Mamadou Seydou Ba, Vacataire, UASZ
32. Alioune Ndiaye, Professeur assimilé, FST, UCAD
33. Cheikh Kassé, Maître de conférences titulaire à la retraite, FASTEF, UCAD
34. Abdoulaye Mbaye, Enseignant-chercheur, ESP, UCAD
35. Mouhamadou Thiam, Professeur titulaire, ESP, UCAD
36. El Hadji Samba Ndiaye, Professeur assimilé, FSJP, UCAD
37. Jean Sibadioumeg Diatta, Maître de conférences titulaire, FLSH, UCAD
38. Mouhamed Lat Diop, Maître de conférences titulaire, EBAD, UCAD
39. Mor Dièye, Maître de conférences titulaire, EBAD, UCAD
40. Alioune Badara Mboup, Professeur assimilé, ESP, UCAD
41. Ibrahima Xalil Niang, Maître de conférences assimilé, FLSH, UCAD
42. Alioune Thiongane, FMPO, UCAD
43. Salif Baldé, Maître de conférences titulaire, ESEA, UCAD
44. Jean Domingo, Enseignant-vacataire à la FST, UCAD
45. Marie Olivia Guèye, Informaticienne, Ngaparou
46. Amadou Fall, Professeur assimilé à la retraite, FASTEF-UCAD
47. Diéry Ngom, Maître de conférences titulaire, UADB
48. El Hadji Malick Sy Camara, Maître de conférences assimilé, FLSH-UCAD
49. Ansoumana Diémé, Elève-Professeur, ENSETP, UCAD
50. Pierre Sané, Ancien secrétaire général d’Amnesty international
51. Yaya Diallo, responsable pédagogique, CUK-UASZ
52. Tidiane Sow, Coach en communication politique, Dakar
53. François Joseph Cabral, Professeur titulaire, FASEG, UCAD
54. Cheikh Thiam, Professeur titulaire, Amherst college
55. Benjamin Diouf, Professeur assimilé, FLSH, UCAD
56. El Hadji Farba Diop, Chef du service de l’éducation, Musée des Civilisations noires (MCN)
57. Raoul Manga, fonctionnaire, Ontario, Canada
58. Cheikh Thiaw, Professeur titulaire, USSEIN
59. Mouhamed Lamine Ly, Médecin, Dakar
60. Massamba Diouf, Professeur titulaire, FMPO, UCAD
61. Saliou Ngom, Chercheur, IFAN, UCAD
62. Bocar Kane, Université de Strasbourg
63. Diéré Diédhiou, Chef du service pédagogique de l’UFR des Sciences de la santé, UASZ
64. Upahotep Kajor Mendy, Secrétaire général du Conseil départemental de Ziguinchor
65. Serigne Sèye, Maître de conférences titulaire, FLSH, UCAD
66. Ibra Sène, Professor, Wooster college, USA
67. Souleymane Gomis, Professeur titulaire, FLSH, UCAD
335
Das Problem
(English Version Below)
Il arrive que l’histoire trébuche. Mais quand elle s’effondre volontairement dans l’amnésie, alors l’indignation devient un devoir. En intégrant Macky Sall à son conseil d’administration, la Fondation Mo Ibrahim tourne le dos à ses principes fondateurs et accorde un blanc-seing à l’un des dirigeants les plus critiqués de l’histoire politique sénégalaise pour sa dérive autoritaire, son mépris des institutions et sa politique économique fondée sur l’endettement débridé et la falsification comptable.
Pourtant, la fondation s’était donnée pour mission, depuis sa création, de « promouvoir une gouvernance exemplaire et un leadership responsable » sur le continent africain. À travers l’indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG), elle évalue précisément la qualité des institutions, la démocratie, l’État de droit et les droits de la personne. Or, si l’on appliquait strictement ces critères à Macky Sall, son profil relèverait davantage du contre-exemple que du modèle. Faut-il rappeler que la Fondation elle-même a, dans ses rapports, exprimé ses préoccupations quant au recul démocratique et aux restrictions des libertés dans plusieurs pays, dont le Sénégal sous Macky Sall ?
Un passif démocratique accablant
L’héritage de Macky Sall n’est pas celui d’un bâtisseur, mais d’un fossoyeur obstiné de la démocratie sénégalaise. Sous sa présidence, l’État de droit a été méthodiquement vidé de sa substance : instrumentalisation de la justice à des fins politiques, musellement de la presse, emprisonnements massifs d’opposants politiques, coupures arbitraires d’Internet, dissolution de partis et de mouvements citoyens, manipulation des calendriers électoraux, tentatives de coup d’État institutionnel — la liste est longue, consternante, documentée.
Mais plus encore, son règne fut lourdement taché de sang. Entre 2021 et 2024, des dizaines de manifestants pacifiques ont été tués par les forces de sécurité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : des étudiants, de jeunes militants, de simples passants ont péri dans les rues de Dakar, de Ziguinchor, de Bignona ou de Saint-Louis, pour avoir exercé un droit fondamental et constitutionnel : celui de résister. Ces morts ne sont pas de simples bavures. Ils sont les témoins silencieux d’un régime qui, au nom de l’ordre, a préféré gouverner par la terreur.
Le rapport Afrobarometer de 2023 confirme cette réalité : plus de la moitié des Sénégalais (53 %) considéraient que leur pays n’était plus une démocratie effective. Ce chiffre témoigne d’un effondrement de la confiance populaire dans les institutions, corollaire direct de la « méthode Macky Sall » faite de duplicité, de concentration autoritaire du pouvoir, et d’un usage cynique de la « raison d’État » pour justifier l’injustifiable.
La tentative avortée de troisième mandat n’était pas une erreur de jugement, mais l’aboutissement d’un projet mûri de longue date, soutenu par une caste de politiciens et de consultants internationaux rémunérés pour interpréter la Constitution. L’épisode du décret du 3 février 2024, par lequel il a suspendu le processus électoral à la veille de la campagne présidentielle, a été unanimement condamné comme un coup d’État institutionnel, y compris par le Conseil constitutionnel sénégalais.
Un gestionnaire sans scrupule et sans transparence
L’autre pan du « legs » de Macky Sall, que la Fondation Mo Ibrahim semble avoir passé sous silence, est le désastre économique et financier qu’il a légué au peuple sénégalais. Comme l’ont révélé les rapports de la Cour des comptes, il a systématiquement sous-estimé la dette publique, dissimulé les déficits budgétaires, contracté des emprunts hors budget et détourné l’éthique de la gouvernance publique.
Dans un contexte de croissance inégalitaire, où plus de 37 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, le faste des grands projets d’infrastructure a masqué une absence criante d’inclusivité et de durabilité. La jeunesse sénégalaise, abandonnée à un secteur informel précaire, a payé le prix fort de cette politique d’endettement au service d’intérêts privés et de clientélismes.
Le discours que Macky Sall tient désormais depuis son exil doré au Maroc, en se posant en « homme de paix », contraste violemment avec la réalité de son pouvoir. La paix dont il se réclame est celle des cimetières de la démocratie. On ne reconstruit pas une légitimité internationale sur les ruines d’un pays que l’on a contribué à diviser et affaiblir.
La Fondation Mo Ibrahim, une caution morale en question
L’enjeu ici dépasse le cas Macky Sall. Il s’agit d’interroger la cohérence éthique et la crédibilité de la Fondation Mo Ibrahim elle-même. Peut-elle encore se revendiquer comme un baromètre impartial de la gouvernance africaine en promouvant des figures qui incarnent l’exact opposé de ses valeurs ?
Certes, l’institution n’est pas exempte du droit à l’erreur. Mais une telle nomination ne peut être interprétée que comme une capitulation morale ou, pire, comme une instrumentalisation politique de son prestige au service de la respectabilité des anciens autocrates.
Dans un continent où la confiance entre les peuples et les élites est souvent rompue, où les nouvelles générations réclament des leaderships transparents, démocratiques et responsables, ce type de décision affaiblit le combat commun pour la souveraineté populaire, la justice et la redevabilité.
Accepter Macky Sall dans le cercle restreint des « sages » de la gouvernance africaine, c’est officialiser le double discours : le langage fleuri de la démocratie dans les rapports internationaux, et les pratiques autoritaires sur le terrain. C’est banaliser la violence institutionnelle, les détournements de procédure, la répression des libertés, au nom d’une prétendue stabilité.
La Fondation Mo Ibrahim, si elle veut rester fidèle à sa mission, doit reconsidérer cette nomination, ou à tout le moins, expliciter les critères éthiques sur lesquels elle fonde une telle décision. L’Afrique mérite mieux que la reconversion dorée de ses anciens autocrates. Elle mérite des leaders de rupture, pas des fossoyeurs recyclés.
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
Can Macky Sall, the Gravedigger of Senegalese Democracy be a Moral Compass for the Mo Ibrahim Foundation ?
It occasionally happens that history stumbles. However, when it is driven towards amnesia, it becomes a moral imperative to raise a voice of protest. By inviting Macky Sall to join its council members, the Mo Ibrahim Foundation disregards its fundamental principles and bestows honor upon one of Senegal’s most controversial politicians for his authoritarian tendencies, disregard for democratic institutions, and economic policies supported by excessive debt and manipulation of public records.
Indeed, since its inception, the foundation has dedicated itself to the mission of “promoting exemplary governance and responsible leadership across the African continent.” With its Mo Ibrahim Governance Index, it sought precisely to evaluate the strength of institutions, of democracy, of the rule of law and of the upholding of human rights. The rigorous application of these criteria to Macky Sall would show him an anti-model rather than an exemplary figure. Must it be reminded that the Mo Ibrahim Foundation itself had published reports expressing its concerns regarding the setbacks of democracy and restrictions of civil liberties in many countries, including Senegal under the leadership of Macky Sall?
Macky Sall’s Appalling Democratic Balance Sheet
Macky Sall’s legacy isn’t that of a consolidator but rather that of a steadfast gravedigger of senegalese democracy. Under his presidency, the rule of law was methodically emptied of its substance: the judicial was made to serve petty politician’s ends, the press was muzzled, opposition leaders and sympathizers were jailed en masse, the internet repeatedly and arbitrarily shut down, political parties and civil society organizations dissolved, election schedule manipulated, institutional coups attempted – the list, alas, goes on and on, outrageous and documented.
Moreover, his presidency was stained with blood. Between 2021 and 2024, dozens of peaceful demonstrators were killed by armed forces. The numbers speak for themselves: students, young idealistic militants, ordinary passers-by, and according to current evaluations more than eighty of his constituents were slain in the streets of Dakar, Ziguinchor, Bignona or Saint-Louis for having exercised their constitutional right: resistance to oppression. Their deaths are not missteps. They are the silent witnesses of a regime which, in the name of order, choose to rule with terror.
The 2023 Afroboremeter evidences Macky Sall’s failure to uphold democracy: a significant portion of Senegalese citizens (53%) believe that their country was no more effectively a democracy. This figure illustrates the decline in public trust in institutions, a direct corollary of the “Macky Sall method”, made of duplicity, authoritarian concentration of power, cynical uses of the “reason of state” to justify the democratically unjustifiable.
The aborted attempt to run for a third mandate wasn’t a result of miscalculation, but rather the culmination of a long-term project supported by a group of politicians and international consultants who were recruited to favorably interpret the constitution. The episode of the decree of February 3, 2024, by which Macky Sall suspended the electoral process on the eve of the presidential campaign, was unanimously condemned as an institutional coup d’état, including by the Senegalese Constitutional Court.
An Unscrupulous and Nebulous Manager
An other infamous aspect of Macky Sall’s “legacy” which the Mo Ibrahim Foundation seems willing to overlook is the economical and financial disasters he bequeathed the senegalese people. As revealed by reports from the La Court des Comptes (Court of Auditors), he systematically underestimated the extent of the public debt, concealed the budgetary deficit, contracted loans outside the budget, and displayed a lack of ethical conduct in his management of the public treasury.
In a context of unequal growth, where over 37% of the population lives below the poverty line, the pomp of his onerous infrastructure projects hardly conceals the glaring lack of inclusivity and sustainability in his policies. The Senegalese youth, left to fend for themselves in precarious employment within the informal sector, bore the brunt of this policy, while Sall’s clientele and private interests reaped the benefits.
Macky Sall’s current posturing as a “man of peace” from his comfortable Moroccan exile violently contrasts with the hard facts of his presidency. The only peace he can legitimately claim is the one that lies in the cemeteries of democracy. He cannot build international legitimacy on the ruins of a country he played a role in destroying and weakening.
Has the Mo Ibrahim Foundation become an unreliable moral compass?
The stakes are higher than Macky Sall. The ethical coherence and credibility of the Mo Ibrahim Foundation itself are at stake. Can it still claim to be an impartial barometer of African governance by promoting figures that exemplifies exactly the contrary of its values ?
Of course, the institution can make mistakes. However, this mistaken nomination can only be interpreted as moral capitulation or, even worse, as an instrumentalization by the Foundation of its prestige to make autocrats respectable.
In a continent where trust between the people and their elites is frequently eroded, where new generations demand transparent, democratic, and accountable leadership, such decisions undermine the collective struggle for popular sovereignty, justice, and accountability.
To admit Macky Sall into a prestigious group of wise women and men in African governance is to blatantly apply double standards: pronounce eloquent speeches on democracy in international reports, while simultaneously approving the practice of authoritarianism on the ground. It is to downplay institutional violence, abuses of democratic processes, and the suppression of freedoms in the guise of so-called stability.
The Mo Ibrahim Foundation must reconsider its nomination or clarify its ethical criteria if it is to remain faithful to its mission. Africa deserves better than the golden reconversion of its old autocrats. Our continent needs breakthrough leaders, not recycled gravediggers.
Signataires :
1. Boubacar Boris Diop, Ecrivain, Dakar
2. Félix Atchadé, médecin, Paris
3. Seynabou Sougoufara, Biologiste, University of Warwick, Manchester
4. Youssou Mbargane Guissé, chercheur à la retraite, IFAN, UCAD
5. Mouhamed Abdallah Ly, Directeur de recherches assimilé, IFAN, UCAD
6. Abdourahmane Seck, Maître de conférences titulaire, UGB
7. Mamadou Diallo, Doctorant, Columbia University
8. Oumar Dia, Maître de conférences titulaire, FLSH, UCAD
9. Abdou Aziz Diouf, Professeur titulaire, FSJP, UCAD
10. Fatoumata Tacko Soumaré, Enseignante-vacataire, UCAD
11. Seynabou Ndiaye, professeur de philosophie, Lycée Malick Sy, Thiès
12. Ndeye Nattou Sadji, professeur de philosophie, Lycée Sergent Malamine Camara, Dakar
13. Abdoulaye Keita, Directeur de recherches assimilé à la retraite, IFAN
14. Ibrahima Thiaw, Directeur de recherches, IFAN, UCAD
15. Demba Ndiaye, Journaliste, Dakar
16. Yamar Samb, enseignant-chercheur en droit, UGB
17. Doudou Diop, Maître de recherche en botanique, IFAN, UCAD
18. Mbissane Ngom, Professeur titulaire, UGB
19. Papa Abdou Fall, Professeur assimilé, FLSH, UCAD
20. Mounirou Diallo, Maître de conférences titulaire, FLSH, UCAD
21. Mory Thiam, Maître de conférences titulaire, FLSH, UCAD
22. Harouna Sy, Professeur titulaire à la retraite, FASTEF, UCAD
23. Mamadou Kabirou Gano, Maître de conférences titulaire à la retraite, FASTEF, UCAD
24. Thierno Guèye, Maître de conférences assimilé, FASTEF, UCAD
25. Habib Ba, philosophe, La Haye, Pays-Bas
26. Pape Cherif, Bertrand Bassène, Maître de conférences titulaire, FLSH, UCAD
27. Benoît Tine, Professeur assimilé, UASZ
28. Ibrahima Touré, CROUS-UASZ
29. Ousseynou Sène, Comptable matières, UFR SES
30. Lamine Badji, Administrateur d’ENO à l’UN-CHK
31. Mamadou Seydou Ba, Vacataire, UASZ
32. Alioune Ndiaye, Professeur assimilé, FST, UCAD
33. Cheikh Kassé, Maître de conférences titulaire à la retraite, FASTEF, UCAD
34. Abdoulaye Mbaye, Enseignant-chercheur, ESP, UCAD
35. Mouhamadou Thiam, Professeur titulaire, ESP, UCAD
36. El Hadji Samba Ndiaye, Professeur assimilé, FSJP, UCAD
37. Jean Sibadioumeg Diatta, Maître de conférences titulaire, FLSH, UCAD
38. Mouhamed Lat Diop, Maître de conférences titulaire, EBAD, UCAD
39. Mor Dièye, Maître de conférences titulaire, EBAD, UCAD
40. Alioune Badara Mboup, Professeur assimilé, ESP, UCAD
41. Ibrahima Xalil Niang, Maître de conférences assimilé, FLSH, UCAD
42. Alioune Thiongane, FMPO, UCAD
43. Salif Baldé, Maître de conférences titulaire, ESEA, UCAD
44. Jean Domingo, Enseignant-vacataire à la FST, UCAD
45. Marie Olivia Guèye, Informaticienne, Ngaparou
46. Amadou Fall, Professeur assimilé à la retraite, FASTEF-UCAD
47. Diéry Ngom, Maître de conférences titulaire, UADB
48. El Hadji Malick Sy Camara, Maître de conférences assimilé, FLSH-UCAD
49. Ansoumana Diémé, Elève-Professeur, ENSETP, UCAD
50. Pierre Sané, Ancien secrétaire général d’Amnesty international
51. Yaya Diallo, responsable pédagogique, CUK-UASZ
52. Tidiane Sow, Coach en communication politique, Dakar
53. François Joseph Cabral, Professeur titulaire, FASEG, UCAD
54. Cheikh Thiam, Professeur titulaire, Amherst college
55. Benjamin Diouf, Professeur assimilé, FLSH, UCAD
56. El Hadji Farba Diop, Chef du service de l’éducation, Musée des Civilisations noires (MCN)
57. Raoul Manga, fonctionnaire, Ontario, Canada
58. Cheikh Thiaw, Professeur titulaire, USSEIN
59. Mouhamed Lamine Ly, Médecin, Dakar
60. Massamba Diouf, Professeur titulaire, FMPO, UCAD
61. Saliou Ngom, Chercheur, IFAN, UCAD
62. Bocar Kane, Université de Strasbourg
63. Diéré Diédhiou, Chef du service pédagogique de l’UFR des Sciences de la santé, UASZ
64. Upahotep Kajor Mendy, Secrétaire général du Conseil départemental de Ziguinchor
65. Serigne Sèye, Maître de conférences titulaire, FLSH, UCAD
66. Ibra Sène, Professor, Wooster college, USA
67. Souleymane Gomis, Professeur titulaire, FLSH, UCAD
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Die Entscheidungsträger*innen
Petition am 11. April 2025 erstellt