Les dessous de l'histoire: Mussolini à Montréal/Confronting History: Mussolini in Montreal

Les dessous de l'histoire: Mussolini à Montréal/Confronting History: Mussolini in Montreal

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Notre-Dame-de-la-Défense Petition Committee started this petition to Ville De Montreal and

(English version will follow)
Per la petizione in italiano, clicca su questo link.

Cette lettre a été rédigée par un comité de membres de la communauté italienne et signée par des citoyens d'origines diverses, de convictions politiques et de confessions religieuses différentes travaillant dans le monde de la science, de la culture, du social et de l'associationnisme

Nous voulons présenter une proposition au sujet de la fresque située dans l'église Notre-Dame-de-la-Défense à Montréal (un monument national sous la protection du gouvernement) dans laquelle sont représentés, entre autres, le pape Pie XI, le scientifique Guglielmo Marconi et le dictateur Benito Mussolini. Dans cette fresque, on peut également identifier les hiérarques fascistes Italo Balbo, Michele Bianchi, Emilio De Bono et Cesare Maria De Vecchi, qui ont mené les « chemises noires » dans la « marche sur Rome » en 1922. 

Cette fresque a été réalisée par le peintre Guido Nincheri en 1931 en hommage aux Accords du Latran signés entre le Saint-Siège et l'Italie pour mettre fin à des décennies de divergences. On est dans une période où les idées du fascisme trouvent aussi des adeptes à Montréal à cause de l'influence des associations, des journaux et de l'Église catholique. Par exemple, dans une étude publiée par le Centre d'histoire de Montréal, la chercheuse Julie Noël affirme que le père Maltempi, une figure influente dans la communauté italienne, véhiculait « l'idée qu'un bon Italien est un bon catholique et un bon fasciste ». 

Il nous semble nécessaire d’amorcer une réflexion sur la nécessité de distinguer, dans le respect de la mémoire de la communauté italienne, l'histoire de l'Église de Montréal de la trajectoire du fascisme en Italie, à Montréal et dans le monde. 

Le seul document qui fournit une contextualisation historique de la fresque à l'intérieur de l'église - une petite brochure - ne mentionne pas le fait que la présence du fascisme à Montréal a créé de profondes divisions et maintes disputes au sein de la communauté italienne locale. En outre, le texte omet de mentionner le nom des quatre hiérarques fascistes.

La brochure semble également justifier la présence de la fresque par le fait qu'elle a été peinte avant la « méchante alliance avec Hitler », que nous supposons être l'alliance militaire de 1939. Une telle affirmation est extrêmement problématique, car une affinité idéologique entre le fascisme et le nazisme a toujours existé. La première vraie faute de Mussolini n'a pas été de s'allier à Hitler, mais d'avoir instauré une dictature implacable des années auparavant. En fait, il est important de rappeler qu'il n'y a pas deux Mussolini ni deux fascismes et que les crimes commis dans la phase finale du régime fasciste sont la conséquence directe d'une idéologie et d'une politique basées sur la violence et la répression.

Entre 1922 et 1925, Mussolini s’empare du pouvoir en ayant recours à des assassinats politiques, comme celui du prêtre Don Minzoni. La personne soupçonnée d'être l'instigateur du meurtre, Italo Balbo, est représentée sur la fresque. De nombreux autres opposants au régime ont été emprisonnés ou envoyés en exil forcé. Don Sturzo, fondateur du premier parti catholique en Italie, était l'un d'entre eux.  

Avant la signature du pacte d'acier de 1939, l'Italie fasciste a commis des crimes atroces en Libye et elle a envahi l'Éthiopie, causant ainsi de nombreux morts dans la population civile au moyen d'armes chimiques. Elle a aussi attaqué la République espagnole en accord avec Hitler et a promulgué les lois raciales de 1938

Plus tard, après le début de la Seconde Guerre mondiale, l'Italie de Mussolini a participé au génocide des Juifs et des Roms et a créé des dizaines de camps de concentration en Italie et en ex-Yougoslavie. De nombreux massacres de civils ont été commis en Grèce, dans les Balkans et en Italie. Jusqu'à 750 000 soldats italiens qui refusent de s'engager avec les fascistes, ainsi que des milliers de partisans et d'homosexuels, sont déportés en Allemagne. Les massacres nazis-fascistes sur le sol italien entre 1943 et 1945 sont innombrables.

Au Canada également, les Italiens ont dû subir les conséquences de l'entrée en guerre de Mussolini. En raison de la présence sur le territoire de sympathisants du régime, plus de 600 citoyens italo-canadiens, automatiquement et souvent injustement associés à l'idéologie fasciste, ont dû subir le traumatisme de la détention dans le camp d'internement de Petawawa. Ils ont en effet été déclarés « enemy aliens » par le gouvernement canadien pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui constituait une suspension parfaitement arbitraire de leurs droits civils.

Nous déplorons que l'image d'un dictateur dans un lieu de culte dont la vocation est de promouvoir des valeurs de fraternité, d'unité et de paix, au sein d’une ville, Montréal, qui se distingue par son respect de la diversité et des principes démocratiques, soit présentée sans explications aux nouvelles générations. En raison d'un manque d'approche historique et critique de la période en question, on suppose souvent qu'il n'y avait pas de catholiques et d'Italo-Canadiens antifascistes à Montréal, et que l'adhésion au fascisme en dehors de l'Italie était généralement considérée comme une simple manière d’affirmer son identité. 

Cette proposition s’inscrit dans la foulée d’un mouvement critique populaire qui considère qu'il est nécessaire de rebaptiser les rues et de retirer les monuments dédiés aux personnalités racistes et anti démocratiques. Comme la présence de Mussolini dans cette fresque fait partie d'une œuvre plus vaste et plus complexe, nous considérons une voie alternative, c'est-à-dire celle d’expliquer, de contextualiser et d’éduquer. Nous vivons un moment historique crucial. Nous assistons à la recrudescence des mouvements nazis-fascistes, racistes et négationnistes. Il est donc urgent de s'interroger sur le sens de notre héritage historique et de se demander honnêtement, en tant que communauté italo-canadienne et montréalaise, si ce sont là les racines dans lesquelles nous voulons nous reconnaître. Il est essentiel de fournir les outils qui pourront permettre aux citoyens d'évaluer les erreurs historiques de notre passé et le rôle que les représentations artistiques dans l'espace public peuvent jouer dans la transmission d'idéologies négatives. 

La réflexion sur cette fresque est donc l'occasion pour nous tous et toutes de nous confronter aux pages noires de notre histoire.

Voici ce que nous proposons : 

  1. Qu'un ou plusieurs panneaux explicatifs soient placés à l'intérieur et/ou devant l'église, avec un texte rédigé par un comité d'historiens et d'experts reconnus dans le domaine et représentatifs de la diversité de notre communauté et de notre ville.
  2. Que les mêmes experts soient chargés de réécrire, dans les deux langues officielles et en italien, le texte de la brochure. 
  3. Qu’il y ait dans l’église une plaque à la mémoire de Don Minzoni tué par les fascistes en 1923, symbole des nombreux catholiques et prêtres antifascistes. 
  4. Qu’il y ait à l’extérieur de l’église, ou dans le parc Dante adjacent, une plaque ou un monument aux victimes du fascisme et à la mémoire des soldats canadiens et montréalais morts sur le front italien.

Notre initiative veut commémorer et mettre en valeur l'histoire des émigrants italiens qui, entre souffrance et sacrifice, et malgré les actes de discrimination dont ils ont été victimes, ont grandement contribué au développement économique, social et artistique de Montréal. L'église Notre-Dame-de-la-Défense a historiquement eu une fonction fondamentale en tant que pôle socioculturel et point de référence religieux pour la communauté italienne. Un rôle dû avant tout au travail extraordinaire de l'Église catholique dans la gestion des paroisses et des bénévoles locaux, toujours en première ligne pour les pauvres, les émigrants, les familles et les communautés. 

Nous pensons qu'un dialogue ouvert avec la paroisse, ses visiteurs, les Italo-Canadiens et la grande communauté de Montréal sur l'histoire du fascisme et les effets que ce passé a eu sur notre ville et notre communauté jusqu'à ce jour est fondamental. L'installation de panneaux explicatifs et la révision du pamphlet permettraient de contextualiser cette fresque qui a une grande importance historique sans « normaliser » l'influence du fascisme dans les communautés d'hier et d'aujourd'hui. Les pierres tombales à la mémoire des morts aideraient à se souvenir des nombreux Italiens et Canadiens qui ont combattu le fascisme. En particulier, la commémoration de la figure de Don Minzoni nous rappelle qu’il y avait également au sein de la Résistance des brigades de partisans catholiques (les nazis-fascistes ont exécuté près de 300 prêtres).

Nous sommes convaincus que l'introduction de tels instruments historiques et contextuels rendrait justice aux valeurs de démocratie, de tolérance et d'engagement civil propres à la ville de Montréal, et elle enrichirait également la Petite Italie de nouveaux exemples d'art et de culture. Nous espérons que cette proposition recevra votre soutien et que vous pourrez vous joindre à nous.

Le comité :
Marta Boni (Professeure agrégée, Université de Montréal)
Cassandra Marsillo (Enseignante, Dawson College)
Giuliana Minghelli (Professeure agrégée, McGill University)
Marco Piana (Professeur adjoint, Smith College)
Giovanni Princigalli (Cinéaste et membre du centres de recherche CHORN)
Luca Sollai (Chargé de cours, Université de Montréal)

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This letter was drafted by a committee of members of the Italian community and signed by citizens of various origins and religious denominations, and with different political beliefs, working in science, culture, and community organizing

We want to present a proposal for the fresco located in the church of Notre-Dame-de-la-Défense in Montreal (a national monument under government protection), in which are depicted, in addition to Pope Pius XI and the scientist Guglielmo Marconi, the dictator Benito Mussolini and fascist hierarchs Italo Balbo, Michele Bianchi, Emilio De Bono, and Cesare Maria De Vecchi, who led the black shirts in the "march on Rome" in 1922.

The fresco was painted by the artist Guido Nincheri in 1931, to commemorate the Lateran Pacts stipulated between the Vatican and Italy to reconcile their respective States after years of conflict. It was a period in which the Fascist ideology also found followers in Montreal, thanks to the influence of associations, newspapers, and the Catholic Church. For example, in a study published by the Centre d’histoire de Montréal, researcher Julie Noël writes that Father Maltempi, an influential figure in the Italian community at the time, promoted "the idea that a good Italian is a good Catholic and a good Fascist."

In respect for the memory of the Italian community, it seems necessary, at the moment, to reflect on how to distinguish the history of the Church in Montreal from the trajectory of Fascism in Italy, Montreal, and the world. 

The only document that provides a historical contextualization of the fresco inside the church - a short pamphlet - makes no mention that the presence of Fascism in Montreal was the object of deep division and opposition within the local Italian community. Further, the text omits the names of the four fascist hierarchs in the company of the dictator.

The pamphlet also seems to justify the fresco's presence by the fact that it was painted before the "infamous alliance with Hitler," which we assume is the 1939 military pact. Such a statement is extremely problematic because an ideological affinity between Fascism and Nazism had always existed. Mussolini's first real fault was not that of allying himself with Hitler, but that of having already established a brutal dictatorship many years earlier. In fact, it is essential to reiterate that there are not two Mussolini and two Fascisms, and that the crimes committed in the last years of the regime are the direct consequence of an ideology and a political approach built on violence and repression.

Between 1922 and 1925, Mussolini conquered power through political assassinations, including that of the priest Don Minzoni. The person suspected of being the instigator of the murder, Italo Balbo, is depicted on the fresco. Many other opponents were imprisoned, sent to confinement or forced into exile. Don Sturzo, the founder of the first Catholic party in Italy, was one of them. Before the Pact of Steel in 1939, Fascist Italy committed atrocious crimes in Libya, invaded Ethiopia, subjugating the population through indiscriminate violence and the use of chemical warfare, attacked the Spanish Republic in alliance with Hitler, and issued the racial laws of 1938

Later, during the Second World War, Mussolini's Italy participated in the genocide of the Jews and Roma, and created dozens of concentration camps in Italy and former Yugoslavia. Numerous civilian massacres were committed in Greece, the Balkans, and Italy. As many as 750,000 Italian soldiers who refused to enlist with the fascists, and thousands of partisans, and members of the LGBTQ community were deported to Germany. Between 1943 and 1945, there were countless Nazi-Fascist massacres of civilians on Italian soil.

Even in Canada, Italians had to suffer the consequences of Mussolini's entry into the war. Due to the presence of sympathizers of the regime, over 600 Italian-Canadian citizens, automatically and often unjustly associated with the Fascist ideology, had to suffer the trauma of detention in the Petawawa internment camp. They were declared "enemy aliens" by the Canadian government during the Second World War, in what was a veritable arbitrary suspension of their civil rights.

Our concern is that this uncritical presentation of the image of a dictator continues for future generations, within a place of worship promoting the values of brotherhood, unity, and peace; and in a city - Montreal - that stands out for its respect for diversity and democratic principles. As a historical approach to the period in question is lacking, the current mainstream narratives tend to infer the idea that there were no anti-fascist Catholics and Italian-Canadians in Montreal, and that adherence to Fascism outside Italy must be seen as an indulgent celebration of identity. 

This proposal parallels a popular critical movement that seeks to rename streets and remove monuments dedicated to racist and anti-democratic personalities. Since Mussolini's presence in this fresco is part of a larger and more complex work, we think that, in this case, we could consider an alternative. That is, to explain, contextualize, and educate. We are living through a significant historical moment. We are witnessing the rise of Nazi-Fascist, racist, and negationist movements. It is therefore urgent to raise questions about the meaning of our historical heritage and to ask ourselves honestly, as Italo-Canadians and Montrealers, if these are the roots in which we want to recognize ourselves. We believe it is essential to provide the tools through which citizens can reflect on the role artistic representations in public spaces can play in condoning harmful ideologies, and thus reflect on and evaluate [our] past historical mistakes.

As such, reflecting on this fresco is an opportunity for all of us to come to terms with dark moments of our history.

Therefore we propose: 

  1. That one or more explanatory panels be placed inside and/or in front of the church, with a text written by a committee of historians and established experts in the field, representative of the diversity of our community and city.
  2. That the same committee be entrusted with the task of rewriting, in the two official languages and in Italian, the text of the pamphlet. 
  3. That a plaque be placed in the church in memory of Don Minzoni, killed by Fascists in 1923, a symbol of the many Catholics and anti-Fascist priests.
  4. That a plaque or monument be placed either outside the church or in the adjacent Parc Dante to commemorate the victims of Fascism and the Canadians and Montrealers who died on the Italian front.

Our initiative aims to commemorate and enhance the history of Italian emigrants who, amidst suffering and sacrifice, and despite the acts of discrimination to which they were subjected, have contributed significantly to Montreal's economic, social, and artistic development. The church of Notre-Dame-de-la-Défense has had an historical function as a socio-cultural centre and religious reference point for the Italian community. A role due, above all, to the Catholic Church's extraordinary work in the management of parishes and local volunteers, and consistent work at the front lines for the poor, migrants, families, and communities.

We believe that an open dialogue on the history of Fascism and the effects that this past has had on our city and our community to date, with the parish, its visitors, Italo-Canadians, and the Montreal community at large, is fundamental. The installation of explanatory panels and a revision of the pamphlet would help contextualize a work of great historical importance without "normalizing" the influence of Fascism in our communities’ past and present. The memorial to the fallen would help remember the many Italians and Canadians who fought Fascism. Specifically, commemorating Don Minzoni reminds us of the Catholic partisan brigades (the Nazi-Fascists executed almost 300 priests) that fought in the Resistance.

The introduction of such historical and contextual instruments would do justice to the values of democracy, tolerance, and civil commitment proper to the city of Montreal and would also enrich Little Italy with new artistic and cultural works. We hope that this proposal meets with your approval and that you consider joining us. 

The committee:
Marta Boni (Associate Professor, Université de Montréal)
Cassandra Marsillo (Public Historian and Teacher, Dawson College)
Giuliana Minghelli (Associate Professor, McGill University)
Marco Piana (Assistant Professor, Smith College)
Giovanni Princigalli (Filmmaker and member of the CHORN research centre)
Luca Sollai (Teacher, Université de Montréal)

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