Maurice Kamto : appel au respect du droit international

0 a signé. Allez jusqu'à 1 500 !


ENGLISH VERSION BELOW

La Branche française de l’Association de droit international et la Société française pour le droit international appellent leurs membres et tous les défenseurs de l’Etat de droit à signer la pétition ci-dessous relative à l’arrestation et à la détention du Professeur Maurice Kamto :

Deux jours après la « Marche blanche » organisée pour contester le résultat officiel de l’élection présidentielle au Cameroun, Maurice Kamto, candidat à cette élection, professeur agrégé des facultés de droit françaises, avocat, ancien membre et président de la Commission du droit international des Nations Unies, ancien ministre délégué auprès du Vice-Premier ministre, ministre de la Justice du Cameroun, ainsi que les personnes qui ont été interpellées avec lui le lundi 28 janvier 2019 à Douala par les autorités camerounaises, sont toujours détenus depuis. Pour la plupart, ces personnes ont été conduites dans les locaux du Groupement spécial d’opérations, unité spéciale de la police de Yaoundé, sans notification d’acte justifiant leur garde à vue ou leur détention et sans avoir immédiatement accès à leurs avocats. Maurice Kamto et 28 de ses partisans ont été inculpés dans la nuit du 12 au 13 février 2019 par le Tribunal militaire de Yaoundé de rébellion, d’insurrection et d’hostilité contre la patrie pour avoir exprimé pacifiquement leur contestation des annonces des résultats des dernières élections au Cameroun. Maurice Kamto et ses co-inculpés ont été transférés à la prison centrale de Kondengui, connue pour ses conditions de détention particulièrement sévères.

Nous n’entendons pas nous ingérer dans les affaires intérieures de la République du Cameroun mais nous souhaitons exprimer notre préoccupation à l’égard du sort qui leur a été et leur est toujours réservé et rappeler les principes fondamentaux du droit international qui s’appliquent en la matière. La souveraineté, si elle confère des droits aux États, leur impose aussi des devoirs, y compris à l’égard de leurs propres ressortissants.

La République du Cameroun a souvent dans le passé manifesté son attachement au droit international, notamment devant la Cour internationale de Justice devant laquelle elle a été représentée par le Professeur Kamto. Elle a notamment ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et la Charte africaine de la Démocratie, les Elections et la Gouvernance.

Sur le fondement de ces textes, la République du Cameroun s’est engagée à respecter, parmi d’autres, les droits fondamentaux suivants : nul ne peut être inquiété pour ses opinions et toute personne a droit à la liberté d’expression ; tout citoyen a le droit de voter et d’être élu, au cours d’élections périodiques et honnêtes ; le droit de réunion pacifique est reconnu ; tout individu a droit au respect de la dignité humaine ; nul ne peut faire l’objet d’une mesure d’arrestation ou de détention arbitraire ; toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement par un tribunal compétent, indépendant et impartial.

Nous, juristes, appelons au respect scrupuleux par toutes les autorités concernées, dans un contexte électoral sensible, des principes qui figurent dans les instruments conventionnels précités, principes auxquels la République du Cameroun a souverainement souscrit.

                                                                 *

The French Branch of the International Law Association and the French Society of International Law, call on their members and all defenders of the rule of law to sign the petition below concerning the arrest and detention of Professor Maurice Kamto:

Two days after the “White March” organised to peacefully contest the official result of the presidential election in Cameroon, Maurice Kamto, candidate in this election, Professor of the French Faculty of Law, lawyer, former member and President of the United Nations International Law Commission, former Minister Delegate to the Deputy Prime Minister, Minister of Justice of Cameroon, as well as the persons who were arrested with him on Monday 28 January 2019 in Douala by the Cameroonian authorities, have been detained ever since. Most of these persons were taken to the premises of the Special Operations Group, a special unit of the Yaoundé police, without notification of any act justifying their custody or detention and without immediate access to their lawyers. Maurice Kamto and 28 of his supporters were charged during the night of 12 to 13 February 2019 by the Yaoundé Military Court with rebellion, insurrection and hostility against the Fatherland for peacefully expressing their protest against the announcements of the results of the last elections in Cameroon. Maurice Kamto and his co-accused were transferred to Kondengui Central Prison, which is known for its appalling detention conditions.

We do not intend to interfere in the internal affairs of the Republic of Cameroon, but we wish to express our concern for their fate and to recall the fundamental principles of international law that apply in this regard. Sovereignty, while conferring rights on States, also imposes duties on them, including towards their own nationals.

The Republic of Cameroon has often in the past demonstrated its commitment to international law, notably before the International Court of Justice, before which it was represented by Professor Kamto. In particular, it has ratified the International Covenant on Civil and Political Rights, the African Charter on Human and Peoples’ Rights, the Convention against Torture and Other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment or Punishment and the African Charter on Democracy, Elections and Governance.

On the basis of these texts, the Republic of Cameroon has undertaken to respect, among others, the following fundamental rights: everyone shall have the right to hold opinions without interference and the right to freedom of expression; every citizen shall have the right to vote and to be elected at genuine periodic elections; the right of peaceful assembly shall be recognized; everyone shall have the right to the respect of their dignity; no one may be subjected to arbitrary arrest or detention; everyone shall be entitled to a fair and public hearing by a competent, independent and impartial tribunal established by law.

We, lawyers, solemnly call for scrupulous respect by all the authorities concerned, in a sensitive electoral context, for the principles contained in the aforementioned treaties, principles to which the Republic of Cameroon has sovereignly subscribed.