Pétition fermée

Abolir les chambres d'isolement en psychiatrie en France

Cette pétition avait 152 signataires


Non! La chambre d’isolement en psychiatrie n’est pas thérapeutique! Développons des alternatives à la psychiatrie punitive ! « Malgré les recommandations existantes, la mise en chambre d’isolement ne repose sur aucun protocole précis et s’applique au jugement du médecin voire de l’infirmier. Elle est aléatoire et sert de menace permanente contre nous, les usagers si nous refusons d’obtempérer pour des valeurs qui nous semblent justse comme le droit à la parole ou à l’implication quant à notre suivi ou la lutte contre l’abus de médicaments. Ainsi nous sommes des prisonniers sans crime et sans jugement, nous allons déjà très mal et nous sommes livrés à nous-mêmes derrière des murs où l’angoisse, la peur, l’énervement se mélangent. Vous avez peur qu’on vous oublie alors vous criez, ce qui prolongera votre séjour. Reste les cellules filmées qui ne nous paraissent pas conformes aux droits d’un citoyen n’ayant commis aucun crime. J’ai était victime de sévices mais mes cauchemards restent ceux de l’hôpital. Pour que les médecins aient un rôle de soignants, ils ne devraient pas décider de l’enfermement ou alors rendre des comptes à la justice pour que les usagers ne se sentent plus abandonnés par ses lois. Nous ne sommes pas des citoyens de seconde catégorie. »  Ce type de témoignage n’est pas isolé. En 2014 en France, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté lui-même, qui relevait que les pratiques étaient très différentes d’un établissement à l’autre (et même d’un service à l’autre), faisait état de nombreux témoignages de patients estimant avoir été totalement délaissés durant leur séjour en chambre d’isolement : sentiment d’avoir été punis par les personnels de santé ; restrictions difficiles à accepter sans en comprendre les motifs (sorties de la chambre limitées, aucun objet autorisé, interdiction de fumer, indignité liée à l’obligation d’utiliser un seau pour ses besoins, conditions matérielles dégradées...) ; une grande majorité indique avoir souffert d’un manque d’information et de considération, la visite des infirmiers auprès des patients isolés se limitant trop souvent à la satisfaction des besoins élémentaires et à la surveillance des constantes[1]. Des pratiques hétérogènes et mal documentées en France Le recours à l’isolement en psychiatrie est une pratique répandue, avec un cadre législatif propre à chaque pays. La fréquence d’utilisation des chambres d’isolement varie fortement d’un pays à l’autre. En France, relativement peu d’études sont publiées sur la pratique de la mise en chambre d’isolement et sa fréquence d’utilisation. Quelques travaux existants révèlent des pratiques hétérogènes sur le territoire national mais en 2015, la mission parlementaire d’information sur la santé mentale et l’avenir de la psychiatrie n’a pu, faute de données objectives suffisantes, “mesurer l’importance du recours à l’isolement et à la contention dans les services psychiatriques”. Les auditions auxquelles elle a procédé font cependant penser que cette pratique est en augmentation. Plus de 1500 chambres d’isolement en psychiatrie étaient dénombrées en 1996[2] et deux ans plus tard, un audit national évaluait la durée de mise en chambre d’isolement largement supérieure en France par rapport aux autres pays européens[3]. Une utilité thérapeutique non démontrée Dans les années 1990, en France, suite à la dénonciation de pratiques abusives dans l’utilisation des chambres d’isolement, la circulaire du 19 juillet 1993, dite « circulaire Veil »[4] [35] restreint le champ de leur utilisation en énonçant: 1) que des patients en hospitalisation libre ne peuvent en aucun cas être installés dans des services fermés à clef, ni a fortiori dans des chambres verrouillées ; 2) que l'atteinte à la liberté d'aller et venir librement ne peut se réaliser que pour des raisons tenant à la sécurité du malade et sur indication médicale ; 3) qu'il doit y avoir adéquation entre des soins portant atteinte à la liberté et les modalités d'hospitalisation. De nombreuses études ont montré que la mise en chambre d’isolement était plus corrélée à des facteurs liés à l’équipe et au service qu’à des facteurs liés à l’agitation ou à la violence des patients hospitalisés[5]. La littérature internationale tend quant à elle à prouver que la non utilisation de la chambre d’isolement (comme de la contention) est thérapeutique. Des expériences nord américaines se sont orientées vers des méthodes alternatives à la chambre d’isolement avec succès. Les participants au congrès international mené en 1999 au Québec sur le sujet de l’isolement et de la contention[6] concluent que, nulle part, on a pu démontrer que l’utilisation plus fréquente de la contention assurait une meilleure sécurité des personnes. Les études disponibles tendent également à démontrer que les techniques de contention ne facilitent pas non plus le travail du personnel en raison de ses effets néfastes sur les plans physique et psychologique. Une privation de liberté avant tout Non thérapeutique, liberticide, traumatisante, la mise en chambre d’isolement continue d’être prescrite médicalement. Au Québec, la prise de conscience du caractère non éthique et inefficace de l’isolement a débouché sur une politique nationale actant d’une part que ces mesures sont « des mesures de protection pour empêcher une personne de causer à autrui ou à elle-même des lésions » et recherchant d’autre part des solutions pour l’élimination de ces pratiques (« prendre tous les moyens possibles pour prévenir l’apparition ou l’escalade de situations potentiellement dangereuses ou générant une escalade d’agressivité et ce, sans mettre en péril la sécurité des membres du personnel »)[7]. Nous, usagers, pair-aidants, médecins, familles, chercheurs, élus… mais avant tout citoyens: - revendiquons la reconnaissance du caractère non thérapeutique de la mise en chambre d’isolement ainsi que les dérives indignes auxquelles elles donnent lieu - demandons au gouvernement de commanditer un audit national des mises en chambres d’isolement, et la généralisation des expériences alternatives qui ont déjà fait leurs preuves à l’étranger mais également dans certains territoires français: centres d’accueil et de crise, maisons de répit[8], gestion des crises à domicile, directives anticipées[9], formations à la prévention des situations de violence. - exigeons enfin, dans l’attente d’une disparition des chambres d’isolement, que ces mesures relèvent du contrôle du juge des libertés et de la détention, compte tenu de son statut de mesure privative de liberté. L’isolement est un traumatisme et non un soin. Toute privation de liberté doit relever de la justice. Il existe des alternatives.  Sonia Suez, pair aidante, représentante des usagers en formation Pauline Rhenter, sociologue Christophe Lançon, Professeur de psychiatrie   Premiers signataires : Sophie Herman, éducatrice Magali Rasplus, pair aidante Tim Greacen, chercheur en psychologie Laurent El Ghozi, élu à la mairie de Nanterre Serge Cintolesi, pair aidant Nicolas Daumerie psychologue Alain Karinthi, médiateur de santé pair, consultant Claire Karinthi, proche d’usager Jérôme Bruneau, éducateur spécalisé Vincent Girard, psychiatre Dirk Putzschel, médecin addictologue Thomas Saïas, professeur de psychologie Patricia Pasqualini Julien Grard, anthropologue Maïté Arthur, Déléguée Régionale ARGOS 2001, Présidente de l’Union nationale GEM-France Philippe valloatto médiateur pair -aidant , aide-soignant Louis-François Gagné, pair aidant certifié Hermann Handluber, Association France Médiation Emma Beetlestone, psychiatre Pascale Estecahandy, médecin de santé publique Patrick Le Cardinal, psychiatre Thomas Bosetti, psychiatre [1] Rapport du Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté, 2014.[2] Morello R, Riou M, Morel P, Thouin A. Les chambres d'isolement en milieu psychiatrique. Revue Epidémiologique Sante Publique, 1996;44:214-20.[3] HAS, anciennement Agence National d'Accréditation et d'Evaluation en Santé, audit clinique appliqué à l'utilisation des chambres d'isolement en psychiatrie. ANAES, juin 1998[4] Circulaire n° 48 DGS/SP3 du 19 juillet 1993 portant sur le rappel des principes relatifs à l’accueil et aux modalités de séjours des malades hospitalisés pour troubles mentaux. [5] Okin RL. Variation among state hospitals in use of seclusion and restraint. Hosp Community Psychiatry 1985;36:648-52; Carpenter MD, Hannon VR, McCleery G, Wanderling JA. Variations in seclusion and restraint practices by hospital location. Hosp Community Psychiatry 1988;39:418-23, Thompson P. The use of seclusion in psychiatric hospitals in the Newcastle area. Br J Psychiatry 1986;149:471-4, Way BB, Banks SM. Use of seclusion and restraint in public psychiatric hospitals: patient characteristics and facility effects. Hosp Community Psychiatry 1990; 41:75-81. [6] Lors du colloque international sur l’isolement et la contention, Pour s’en sortir et s’en défaire, auquel prenait part près de 500 personnes provenant du Québec, de plusieurs provinces du Canada, des États-Unis, de l’Angleterre et de la France, plus d’une quarantaine de conférenciers et de conférencières de qualité issus de domaines et champs d’intérêt divers, y compris des personnes utilisatrices de services en santé mentale, vinrent y partager leurs expériences.[7] Article 118.1 de la Loi sur les services de santé et les services sociaux du Québec.[8] Les maisons de répit, appelées parfois Soteria Houses, sont des alternatives à l’hospitalisation: ce sont des maisons non médicalisées accueillant quelques semaines des personnes traversant une crise émotionnelle; l’aide qui y est apportée provient de personnes qui ne sont pas des professionnels de la santé mais qui ont une expérience commune avec les personnes accueillies. [9] Les directives anticipées ne concernent en France que la fin de vie. Dans d’autres pays, comme les Etats-Unis ou la Suisse, elles peuvent concerner toute personne qui souhaiterait anticiper un moment où elle ne serait plus en état de décider pour elle-même et devrait faire des choix quant aux soins jugés bénéfiques en cas de crise.


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