

L’handiphobie, le sexisme et le mépris de classe : quand la culture déshumanise.
Le problème
Je m’appelle, je travaille, je crée. Je ne demande pas la charité : je réclame la place.
Il y a des jours où mon existence semble juger mon œuvre avant même qu’on la lise. On commence par des mots “petits” et des silences “grands” : un regard qui calcule, une phrase qui minimise, un doute jeté sur ma parole. On me demande d’être reconnaissante d’être “tolérée”, puis on me reproche d’en parler, de rendre visible ce que je vis, de ne pas gommer mes besoins. Quand je prends la parole avec sincérité, on me réduit au rôle qu’on m’a préparé : celui d’une douleur à masquer. Comme si mon handicap devait disparaître pour que mon travail soit enfin acceptable.
Mais l’exclusion ne s’arrête pas là. Il y a aussi la classe sociale, ce plafond invisible qui décide des portes qui s’ouvrent. Même quand mon parcours parle—mes films, mes efforts, ma persévérance—certains concluent sans me regarder : “Elle ne correspond pas.” À quel idéal ? À quel format “bien rangé” ? À une trajectoire qu’on croit déjà connaître ?
Et au-dessus de tout plane une autre grille : je suis une femme. On attend la docilité, le sourire, la petite place. On applaudit quand je suis utile, on efface quand je dérange. On me parle comme à quelqu’un dont la légitimité serait à corriger, à contrôler, à raval er.
Je me suis souvent sentie “réglée” au lieu d’être choisie : réglée sur des attentes et des préjugés, sous peine de refus qui ressemblent à des fins de non-recevoir. Puis, quand la porte s’entrouvre, elle se referme dès que je réclame d’exister pleinement. L’on m’autorise à entrer, mais pas à prendre.
Je le dis clairement : j’ai dix-sept ans de carrière. Dix-sept ans de travail, d’essais, d’apprentissages, de nuits à répéter, de combats à tenir. J’ai joué avec les plus grands noms du cinéma. Je mérite pourtant à peine d’apparaître : pas de dossiers de presse, pas de place dans la narration officielle. On peut faire un film “avec moi”, et ensuite m’enlever de l’affiche.
La violence est là : dans l’effacement après coup. L’œuvre devient vitrine, la personne devient invisibilité. On efface pour préserver l’illusion. On neutralise pour ne pas déranger. On retire du récit pour ne pas avoir à reconnaître l’injustice.
Je refuse d’être “inhabitable” pour le confort des autres. Je refuse qu’on fasse de mon corps, de mon parcours, de mes difficultés une excuse pour m’exclure. Je refuse qu’on réduise mon travail à un “malgré” ou à un “en dépit”, comme si créer était une permission.
L’égalité n’est pas un slogan : c’est une méthode. Des moyens. Des adaptations concrètes. Des castings où l’on sélectionne d’abord les talents, pas les relations. Parité et dignité : mêmes exigences de respect, mêmes chances de se former, de répéter, de tourner, d’écrire, de produire—avec ou sans handicap.
Je veux travailler et être correctement payée. Je veux être respectée. Je veux que mon nom soit cité dans les crédits et dans les dossiers de presse, comme un nom normal, sans être présenté comme une exception. Je veux ma place en tant qu’artiste—dans des expositions gratuites aussi—et qu’on reconnaisse mes compétences, pas seulement “mes différences”. Je veux que les équipes arrêtent d’appeler “complications” le fait de travailler avec organisation, respect et compétences.
Je cherche des vrais rôles, des expositions où je suis reconnue.
Que l’on cesse de croire que l’art “se mérite” selon des codes de classe ou de genre. Que l’on cesse de confondre peur et réel, prudence et refus.
Je suis une femme. J’ai un handicap. J’ai dix-sept ans de carrière. J’ai joué avec les plus grands. Je suis une artiste reconnue. Pourtant on m’écarte quand il s’agit de raconter le film.
Ouvrez les portes. Donnez les moyens. Reconnaissez la personne au lieu de corriger sa présence. Regardez-moi comme vous regardez les autres : sans condition, sans tri, sans verdict. La considération, enfin.

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Le problème
Je m’appelle, je travaille, je crée. Je ne demande pas la charité : je réclame la place.
Il y a des jours où mon existence semble juger mon œuvre avant même qu’on la lise. On commence par des mots “petits” et des silences “grands” : un regard qui calcule, une phrase qui minimise, un doute jeté sur ma parole. On me demande d’être reconnaissante d’être “tolérée”, puis on me reproche d’en parler, de rendre visible ce que je vis, de ne pas gommer mes besoins. Quand je prends la parole avec sincérité, on me réduit au rôle qu’on m’a préparé : celui d’une douleur à masquer. Comme si mon handicap devait disparaître pour que mon travail soit enfin acceptable.
Mais l’exclusion ne s’arrête pas là. Il y a aussi la classe sociale, ce plafond invisible qui décide des portes qui s’ouvrent. Même quand mon parcours parle—mes films, mes efforts, ma persévérance—certains concluent sans me regarder : “Elle ne correspond pas.” À quel idéal ? À quel format “bien rangé” ? À une trajectoire qu’on croit déjà connaître ?
Et au-dessus de tout plane une autre grille : je suis une femme. On attend la docilité, le sourire, la petite place. On applaudit quand je suis utile, on efface quand je dérange. On me parle comme à quelqu’un dont la légitimité serait à corriger, à contrôler, à raval er.
Je me suis souvent sentie “réglée” au lieu d’être choisie : réglée sur des attentes et des préjugés, sous peine de refus qui ressemblent à des fins de non-recevoir. Puis, quand la porte s’entrouvre, elle se referme dès que je réclame d’exister pleinement. L’on m’autorise à entrer, mais pas à prendre.
Je le dis clairement : j’ai dix-sept ans de carrière. Dix-sept ans de travail, d’essais, d’apprentissages, de nuits à répéter, de combats à tenir. J’ai joué avec les plus grands noms du cinéma. Je mérite pourtant à peine d’apparaître : pas de dossiers de presse, pas de place dans la narration officielle. On peut faire un film “avec moi”, et ensuite m’enlever de l’affiche.
La violence est là : dans l’effacement après coup. L’œuvre devient vitrine, la personne devient invisibilité. On efface pour préserver l’illusion. On neutralise pour ne pas déranger. On retire du récit pour ne pas avoir à reconnaître l’injustice.
Je refuse d’être “inhabitable” pour le confort des autres. Je refuse qu’on fasse de mon corps, de mon parcours, de mes difficultés une excuse pour m’exclure. Je refuse qu’on réduise mon travail à un “malgré” ou à un “en dépit”, comme si créer était une permission.
L’égalité n’est pas un slogan : c’est une méthode. Des moyens. Des adaptations concrètes. Des castings où l’on sélectionne d’abord les talents, pas les relations. Parité et dignité : mêmes exigences de respect, mêmes chances de se former, de répéter, de tourner, d’écrire, de produire—avec ou sans handicap.
Je veux travailler et être correctement payée. Je veux être respectée. Je veux que mon nom soit cité dans les crédits et dans les dossiers de presse, comme un nom normal, sans être présenté comme une exception. Je veux ma place en tant qu’artiste—dans des expositions gratuites aussi—et qu’on reconnaisse mes compétences, pas seulement “mes différences”. Je veux que les équipes arrêtent d’appeler “complications” le fait de travailler avec organisation, respect et compétences.
Je cherche des vrais rôles, des expositions où je suis reconnue.
Que l’on cesse de croire que l’art “se mérite” selon des codes de classe ou de genre. Que l’on cesse de confondre peur et réel, prudence et refus.
Je suis une femme. J’ai un handicap. J’ai dix-sept ans de carrière. J’ai joué avec les plus grands. Je suis une artiste reconnue. Pourtant on m’écarte quand il s’agit de raconter le film.
Ouvrez les portes. Donnez les moyens. Reconnaissez la personne au lieu de corriger sa présence. Regardez-moi comme vous regardez les autres : sans condition, sans tri, sans verdict. La considération, enfin.

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Pétition lancée le 27 juin 2026