Petition updateL'APPEL DES 43: ASSISES NATIONALES, POUR LA POURSUITE D'UN DIALOGUE FEDERATEUR

Table ronde sur la question de Mayotte

Change COMORESComoros
May 4, 2018
Table ronde sur la question de Mayotte Le 23 mars 2018, le Collectif de la 3eme voie (C3V) a invité des personnalités de la société civile et du monde politique pour échanger sur la question de Mayotte, qui pèse sur le devenir des Comores depuis bientôt 43 ans. La table ronde était animée par Kamal Saindou, journaliste et membre du CNPA et quatre intervenants de divers horizons : Maitre Atiki, représentant du Comité Maoré, Said Ahmed Said Ali, ancien ministre (1985-1990), Myriam Baroine, représentante de la plateforme des femmes politiques et Said Abasse Ahamed, chercheur et Dr en sciences politiques. La question de Mayotte a pris ces dernières semaines un tournant avec l’escalade de violence sur l’ile de Mayotte dont les principales victimes sont les originaires des autres îles des Comores. La situation fait craindre un risque de guerre civile avec des répercussions dramatiques sur les autres îles. Ces évènements interpellent à nouveau les comoriens sur la nécessité d’un dialogue politique qui conduise au règlement définitif de la question de Mayotte et au respect de l’intégrité territoriale des Comores. 1. Introduction L’animateur a rappelé la genèse du C3V, né à la suite des frustrations et déceptions générées par l’organisation des assises nationales. Ces dernières avaient été annoncées comme devant être un cadre de dialogue et de recherche de solutions pérennes aux différents goulots d’étranglement qui pèsent sur le développement des Comores. Le manque d’inclusivité et de profondeur dans l’analyse de ces goulots d’étranglement s’est traduit par des conclusions et recommandations superficielles qui selon les initiateurs du mouvement de la 3e voie ne peuvent constituer des réponses aux maux qui frappent le pays. C’est ainsi que 43 personnalités du monde politique, social et culturel ont lancé l’appel à la poursuite d’un dialogue fédérateur en vue de corriger les lacunes constatées dans la conduite des assises nationales. A ce jour, l’appel a recueilli plus de 500 signatures et la mobilisation se poursuit afin d’amener les différents acteurs à reconsidérer cet exercice. Parmi les goulots d’étranglement qui impactent le développement et la stabilité des Comores se trouve la question de Mayotte. Différend politique entre la France et les Comores, différend juridique pour la communauté internationale, elle n’en demeure pas moins une problématique qui questionne la construction de l’identité comorienne. En 43 ans, deux générations ont subi l’absence de réponse à cette question et la récente actualité pose encore une fois la nécessité de trouver des solutions afin d’éviter un embrasement qu’aucune partie ne pourra maitriser. 2. Etat de la problématique La question de Mayotte est née d’une interprétation controversée du principe de libre détermination des peuples à disposer d’eux-mêmes, qui s’est traduite par l’annexion de l’île de Mayotte par la France depuis bientôt 43 ans. Cette dernière a connu plusieurs statuts avant d’être consacrée 101ème département de la République Française en 2011 en violation flagrante du droit international. L’instauration du visa Balladur depuis 1995 a eu pour conséquence la requalification en « clandestins » des autres comoriens présents en Mayotte sans visa. Les deux conséquences les plus significatives de cette obligation de visa sont d’une part, les dizaines de milliers de morts en mer pour avoir tenté la traversée des 70 kms qui séparent Anjouan et Mayotte et d’autre part, les 20.000 reconduites aux frontières enregistrées chaque année. Le phénomène le plus marquant est la proportion grandissante des mineurs isolés à Mayotte qui développent la délinquance urbaine et l’insécurité, faute de prise en charge adéquate. Face à cela, une population mahoraise désemparéegère difficilement ses frustrations liées à un ancrage artificiel à la république française et à l’absence d’un lien réel avec les ressortissants des autres îles. La départementalisation a exacerbé les inégalités sur l’île, accroissant de fait l’insécurité et le développement d’un sentiment de haine des mahorais tant envers la France que les Comores. 3. Résumé des discussions Les différents intervenants sont revenus sur la forfaiture entretenue depuis l’exposé de l’histoire de l’archipel. Ainsi sont dénoncés l’instrumentalisation de la sémantique et le détournement de l’histoire pour justifier l’occupation illégale de Mayotte par la France. En effet parler de « Mayotte restée sous administration française » au lieu de « Mayotte territoire occupé par la France» n’a pas le même impact. De même propager l’idée d’un désir historique des mahorais de se démarquer des autres îles de l’archipel, alors que le territoire des Comores a toujours été considéré sans la moindre ambiguïté comme composé de quatre îles, participe d’un dangereux procédé visant à faire accepter le fait accompli. Jusqu’en 1990, fin de la période d’Ahmed Abdallah, des mahorais ont toujours été présents dans le gouvernement comorien. Les responsables politiques qui se sont succédés depuis cette période n’ont jamais exprimé clairement leurs revendications sur Mayotte. Il existe un consensus au niveau des élites de faire respecter le droit international mais concrètement, il n’y a jamais eu de stratégie définie sur les moyens d’y parvenir. Il existe pourtant plusieurs moyens de pression et mécanismes qui pouvaient être activés pour obtenir gain de cause. Parallèlement, la population (notamment les jeunes) de part et d’autre s’est démobilisée, occupée à résoudre les défis du quotidien et rendant encore plus difficile le règlement de cette question. Celle-ci s’est complexifiée en ajoutant aux dimensions politique et juridique, une dimension économique et sociale qui complique davantage l’atteinte d’un consensus au sein de la population sur cette question. Les deux générations qui se sont succédées depuis l’indépendance ont creusé le fossé entre les communautés, faute de vision partagée. La population de chaque île évolue dans des réalités spécifiques qui engendrent des revendications différentes. Par conséquent, l’établissement d’un socle commun de revendications devient difficile. Plus grave encore, l’absence de réponse et de perspective de règlement suscite des questionnements sur la capacité et la volonté des comoriens à vivre ensemble, au regard des flambées séparatistes enregistrées ces dernières années. Le projet de balkanisation de l’archipel se déroule progressivement aidé par la faillite des gouvernants successifs à régler définitivement cette question et définir une politique favorisant le rapprochement. L’Etat comorien n’a jamais été en mesure, depuis près de 43 ans d’indépendance, d’offrir de réelles perspectives à son peuple, favorisant ainsi le repli sur soi des mahorais et le mythe d’un eldorado mahorais pour les autres comoriens. L’absence de position claire ajoutée à la crainte de l’ancienne puissance colonisatrice a conduit à une grande improvisation dans l’approche de la question de Mayotte, voire à des contradictionsainsi qu’à la signature de conventions opaques ne réglant jamais la question de manière définitive. Les autorités comoriennes sont maintenant confrontées à un pays aux réalités disparates et des citoyens qui développent des stratégies de survie différentes selon la localisation géographique. S’ajoute à cela une faible maîtrise des enjeux géopolitiques actuels, ce qui affaiblit la qualité de l’analyse et la recherche de solutions adéquates. Les échanges ont permis de lever des points d’ombre tels que le présumé retrait de l’inscription de la question de Mayotte à l’ordre du jour de l’assemblée générale de l’ONU. La question est bien inscrite à l’ordre du jour mais ne fait plus l’objet de débat (depuis 1994) faute de proposition concrète des autorités comoriennes. Ils ont également permis de pointer l’incapacité des dirigeants à développer des propositions pour résoudre ce dossier, la faiblesse de la société civile à s’accaparer la question, l’absence de lecture nationale de cette problématique (la plupart des écrits sur le sujet émane de l’étranger 4. Orientations L’élaboration d’une stratégie nationale pour le retour de Mayotte devient particulièrement urgente en vue de poser les termes du débat auprès des instances appropriées. Pour ce faire, il est nécessaire de se fixer un résultat et un terme ainsi que les étapes et mécanismes à activer à cet effet. Il est également important d’analyser les contraintes et les moyens de les atténuer. De nombreuses recommandations ont émergé des discussions :  Donner une priorité au règlement de cette question par la demande d’un dialogue politique avec la France (et non sur les questions de coopération et de circulation des personnes et des biens uniquement comme cela a été le cas jusqu’à présent),  Promouvoir un dialogue inter-comorien pour jeter les bases d’un vivre-ensemble (identifier les relais à Mayotte pour conduire ce dialogue, promouvoir les acteurs mahorais qui se battent depuis 43 ans pour la réunification du pays),  Mener une politique de développement équitable qui vise à réduire les inégalités entre les régions et à développer la circulation des biens et des personnes dans l’archipel,  Conduire un plaidoyer auprès des pays amis et institutions régionales et internationales susceptibles d’appuyer la mise en œuvre de la stratégie nationale,  Faire de la question de Mayotte un sujet de débat public et soumettre les projets de convention avec la France à l’assemblée nationale avant qu’ils ne soient approuvés,  Impliquer la diaspora et lesbi-nationaux dans la recherche de solutions,  Responsabiliser les intellectuels comoriens, les universités et centres de recherche pour déconstruire les mythes véhiculés et rétablir la conception de la nation dans l’imaginaire collectif,  Développer la vigilance sur l’instrumentalisation de la sémantique (bannir du vocabulaire sur Mayotte des termes et expressions comme « territoire sous administration française, immigration clandestine, sans-papiers, archipel de Mayotte, etc »  Développer une campagne de sensibilisation offensive permettant à la population, notamment les jeunes, d’avoir une meilleure connaissance de l’histoire et des tenants et aboutissants de cette annexion du territoire,  Impliquer les organisations de la société civile et les médias dans la recherche de solutions et la dissémination de messages de plaidoyer forts sur cette question,  Dénoncer la situation de crise humanitaire et organiser la confection de plaintes susceptibles de faire l’objet de procédures spéciales relatives aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays  Faire de la question de Mayotte une revendication constante et non un événement ponctuel une fois l’an  Favoriser les activités allant dans le sens du rapprochement des communautés. 5. Conclusion A l’issue de près de trois heures de discussions, l’assistance a pu réaliser la complexité de la question de Mayotte qui recouvre à la fois des dimensions historique, juridique, politique, économique et sociale. La nécessité d’aller en profondeur sur chacune de ces dimensions a été mise en lumière. Il est ressorti l’importance pour chaque acteur de s’approprier ces recommandations initiales mais aussi d’approfondir la réflexion et de poursuivre le plaidoyer pour la sauvegarde de l’unité nationale. Au terme de ces échanges fructueux, le C3V se propose d’adresser dans l’immédiat aux autorités comoriennes une déclaration sur la position de la société civile sur la question de Mayotte et les propositions de sortie de crise.Le C3V propose de tenir un colloque sur la question de Mayotte dont les actes feront office de référence sur le processus de réintégration de l’île comorienne. La nécessité d’une sensibilisation accrue notamment envers les jeunes générations a été vivement recommandée. Le C3V s’engage en outre à soutenir toute initiative allant dans le sens du règlement de cette question.
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