Arts vivants : pour la prolongation de la PCU et le soutien de la diffusion numérique

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Pour donner suite aux dernières annonces gouvernementales, nous comprenons que le retour à la normale pour les arts vivants sera repoussé très loin dans le temps. Nous comprenons la nécessité d’une reprise très graduelle du secteur puisque la santé publique doit primer. Cependant, dans l’urgence d’éviter l’effondrement de l’écosystème des arts vivants, nous réclamons des actions immédiates, requises par tous les paliers de gouvernements en commençant par une meilleure compréhension des enjeux reliés aux arts vivants par le gouvernement. 

Le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbault, déclarait récemment qu’il n’y a pas de programme de relance prévu. Du côté provincial, le discours de la ministre de la culture, Nathalie Roy, ne tient pas compte de la spécificité des pratiques du secteur des arts vivants, ce qui crée un malaise profond dans notre secteur: dans sa première participation au point de presse quotidien, nous avons crû comprendre que pour le gouvernement du Québec, les besoins de la culture sont principalement représentés par la réouverture des ciné-parcs. Les contextes spécifiques de création, de production et de diffusion des arts vivants sont pour l’instant complètement écarté malgré les recommandation formulées par les représentant.es de nos associations professionnelles.  

Conséquemment, nous réclamons trois axes d’actions immédiates: 

1) Prolongement de la PCU pour les artistes/travailleurs pigistes jusqu’à la réouverture des salles

- La PCU tire à sa fin pour les artistes et travailleur.euses culturel.les qui en bénéficient, et la plupart de ces contribuables seront sans revenu à partir de la mi-juillet. Il est impératif que cette aide financière capitale soit prolongée, étant donné que la reprise complète du secteur n'est toujours pas envisageable: il est impensable de laisser tomber les milliers de travailleur.euses du secteur. 

- De plus, un plus grand assouplissement des règles d’admissibilité à la PCU est nécessaire, par exemple en autorisant des gains supérieurs à 1000$ dont l'excédent serait soustrait de la somme de 2000$.  Ceci permettra un retour progressif au travail de ces professionnels et aidera à freiner un exode des artistes vers d’autres secteurs, ce qui entraînerait une dangereuse perte de spécialisation dans le secteur. 

- La prolongation de la Subvention salariale d’urgence du Canada ne tient pas compte des artistes pigistes qui ne sont pas salariés d’un organisme, ce qui est le cas de la majorité des artistes de la scène: cette mesure ne permettra pas aux artistes au statut précaire d’éviter un naufrage financier personnel ni d’éviter une perte de spécialisation dans le milieu. Le statut de travailleur.se autonome est une accommodation fiscale consentie par les travailleurs.ses pour faciliter la gestion des entreprises et des affaires de l’État: ce dernier est loin d’être un privilège, et cette situation ne devrait pas créer une sous-classe de citoyen.ennes à qui les mesures de compensation salariales ne sont pas accessibles.

- Nous demandons de surcroît que le programme de la PCU permette l’instauration d’un filet social pour les artistes et autres travailleurs.ses culturels et ce, afin d’assurer un revenu de base pérenne qui reconnaît leur rôle essentiel à notre société. 

2) Fonds ciblé pour les initiatives numériques et mise en place et financement d’une plateforme de diffusion pour tous les arts vivants :

- De façon générale, les arts vivants sont peu préparés pour ce virage numérique soudain. Les frais de production pour des captations de qualité requiert un soutien financier immédiat et suffisant, et ce, tant pour les organismes établis que pour les petits collectifs d’artistes. Les coûts associés aux captations et à la diffusion s’ajouteront aux coûts de base d’une production présentée en salle : ni les artistes, ni les organismes ou les diffuseurs ne peuvent absorber ces coûts. 

- Un fonds bonifié pour subventionner l’enregistrement d’albums serait également essentiel à court terme afin d’encourager le secteur à se concentrer sur ce médium durant les mois précédant la reprise des concerts devant public.

- Nous demandons urgemment la mise en place et le financement par le MCCQ, le Conseil des arts du Canada ou Patrimoine Canada d’une plateforme de diffusion dédiée aux productions numériques des arts vivants. La centralisation sur une seule plateforme évitera un éparpillement des fonds et permettra sa mise en place plus rapidement et efficacement. Ceci permettra aux créateurs.trices de se concentrer sur ce qui les définit : la création. Suite à la reprise des activités, cette plateforme sera complémentaire aux représentations en salle et non un substitut. Le MCCQ devrait considérer Télé-Québec (télé et web) comme une plateforme potentielle pour ces besoins. Une plateforme de visionnement et de location du type de celles utilisées par l’industrie du cinéma (Netflix, Illico, etc.) pourrait également être considérée. 

3) Une collaboration directe entre les gouvernements et le secteur pour établir un plan de reprise adapté aux spécificités des arts vivants :

- Plusieurs associations ont déjà fournis leurs recommandations (CQM, GMMQ) mais les annonces de vendredi dernier ne démontrent pas que le gouvernement du Québec est à l’écoute des recommandations du secteur.

- Un calendrier est primordial afin de planifier la reprise des activités ou entreprendre des projets alternatifs, ceci, même si les dates doivent changer dû à la progression de la pandémie. Sans calendrier, nous constatons présentement une réticence des diffuseurs à embaucher des artistes pour des projets, qu’ils soient futurs ou actuels, ce qui risque de créer un effet boule de neige en réduisant davantage le travail disponible à court et moyen terme. 

- En sachant que pour l’instant un retour en salle devant public n’est pas envisageable, les gouvernements doivent comprendre que le travail des artistes se déroule en plusieurs étapes. Sans toutefois présenter des spectacles devant public, nous pouvons et devons retourner en répétition et veiller à la recherche et à la création en respectant les indications de la santé publique. Ainsi, les artistes pourront présenter leurs productions dès la réouverture des lieux de diffusion et travailler à des projets en diffusion alternative.

- Au fur et à mesure que le déconfinement progresse, les lieux publics (parcs, scènes extérieures, etc.) pourraient être utilisés pour la diffusion des arts de la scène à petit déploiement, toujours dans le respect des recommandations de la santé publique. Il faut autoriser rapidement ces initiatives pendant que la saison estivale offre les conditions de travail extérieures idéales et que le public fréquente ces lieux. Ceci pourrait  offrir des occasions de revenus aux artistes et travailleur.euses du secteur culturel.

Avant de conclure, il nous apparaît primordial de vous signaler la détresse psychologique et l’anxiété qui s’installent et ne cessent d’augmenter chez tous les travailleur.euses culturels.les, non seulement en raison de la position financière très fragile où ils se trouvent, mais aussi en raison de la perte de sens qu’occasionne l’incertitude à long terme de toute une industrie à laquelle ils.elles consacrent leur vie et leur talent. La résilience légendaire des artistes souvent soulignée est en train de s’effriter.

À l’instar de nombreux pays ayant adopté des plans de relance ambitieux pour les arts, nous demandons que nos gouvernements soient audacieux et misent eux aussi sur la richesse, la diversité et le dynamisme caractéristiques des artistes et leur donneront les moyens de prendre une part active à la réouverture de notre société.

Stéphanie Pothier, mezzo-soprano, membre UDA, collectif Projet ClairObscur 

Jeffrey Stonehouse, flûtiste, membre GMMQ, Ensemble Paramirabo

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Performing arts: for the extension of the CERB and the financial support for digital broadcasting.

Following the latest government announcements, we understand that the return to normalcy for the performing arts will be postponed for some time. We understand the need for a very gradual return to activity in the sector as public health must take precedence. However, in the urgency to avoid the collapse of the performing arts sector ecosystem, we demand immediate actions, required by all levels of government, beginning with a better understanding of the issues related to the performing arts. 

Canadian Heritage Minister Steven Guilbault recently stated that there is no scenario for the reopening of the cultural sector. On the provincial side, the narrative of the Minister of Culture, Nathalie Roy, does not take into account the specific practices of the performing arts sector.  This creates deep discomfort in our sector.  In her first participation in the daily press conference,  the Minister seemed to imply that culture is mainly represented by drive-in theatres. The specific contexts of creation, production and presentation of the performing arts are, for the time being, completely excluded despite the recommendations made by the representatives of our professional associations (CQM, GMMQ).  Our professional associations have recommended adaptations that would allow a controlled resumption of the performing arts.  We concur with their recommendations, and regret that they have been disregarded by the government.  

Consequently, we demand three immediate lines of action:

1) Financial support for freelance artists / workers

- The CERB is coming to an end for the artists and cultural workers who currently benefit from it, and most will be without income as of mid-July. It is imperative that this vital financial aid be extended until the reopening of performance spaces. It is unthinkable to drop the thousands of workers in the sector.

- More flexibility in the eligibility rules for the CERB is needed to allow more self-employed income for example by allowing earnings greater than $ 1,000, the excess of which would be subtracted from the amount of $ 2,000. This will allow a gradual return to work for arts professionals and will help curb an exodus of artists to other sectors, which would lead to a dangerous loss of expertise in the sector.

- The extension of Canada's Emergency Wage Subsidy does not take into account freelance artists who are not employees of an organization, which is the case for the majority of performing artists. This measure will not allow financial stability for artists or avoid a loss of expertise in the field. The status of “self-employed worker” is a fiscal accommodation granted by the workers to facilitate the management of companies and state affairs. The latter is far from being a privilege, and this situation should not create a sub - class of citizens to whom wage compensation measures are not accessible.

- We also ask that the CERB program pave the way for the creation of a social safety net for artists and other cultural workers, in order to ensure a sustainable basic income that recognizes their essential role in our society.

2) Targeted fund for digital initiatives and setting up and financing of a dissemination platform for all performing arts:

- Generally speaking, the performing arts are poorly prepared for this sudden shift to digital distribution. The production costs for quality recordings require immediate and sufficient financial support, both for established organizations and for small groups of arti. The costs associated with capturing and broadcasting are in addition to the basic costs of a production presented in theaters: neither artists, organizations nor presenters can absorb these costs.

- An enhanced fund to subsidize recording of albums is also essential in the short term to encourage the sector to focus on this medium in the months leading up to the resumption of live concerts.

- We urgently request the establishment and funding by the MCCQ, the Canada Council for the Arts and/or Canadian Heritage of a dissemination platform dedicated to digital productions of the performing arts. Centralization on a single platform will avoid a scattering of funds and allow its implementation more quickly and efficiently. This will allow creators to focus on what defines them: creation. Following the resumption of live performances, this platform will be complementary to indoor performances and not a substitute. The MCCQ should consider Télé-Québec (TV and web) as a potential platform for these needs. A viewing and rental platform of the type used by the film industry (Netflix, Illico, etc.) could also be considered.

3) Direct collaboration between governments and the sector to establish a resumption of activity that is adapted to the characteristics of the living arts:

- Several associations have already provided their recommendations (CQM, GMMQ) but the announcements made last Friday do not show that the Government of Quebec is listening to recommendations from the sector.

- A timeline is essential in order to plan the resumption of activities or undertake alternative projects, even if the dates have to be adjusted due to the progression of the pandemic. Without a schedule, we are currently seeing a reluctance on the part of presenters to hire artists for projects, whether future or current, which risks creating a snowball effect by further reducing the work available in the short and medium term.

- Knowing that for the moment a return to performing live before a public audience is not possible, governments must understand that the work of artists takes place in several stages. Although we cannot present shows to live audiences, we can and must return to rehearsal and ensure research and creation while respecting the physical distancing and other public health directives. In this way, the artists will be ready to present their productions as soon as the places of distribution are reopened and/or to work on projects for alternative distribution.

- As deconfinement progresses, public places (parks, outdoor stages, etc.) could be used for the dissemination of performing arts on a small scale, always in compliance with public health recommendations. These initiatives must be quickly authorized while the summer season provides ideal outdoor working conditions and the public visits these places. This could provide some, albeit limited, income opportunities for artists and workers in the cultural sector.

Before concluding, we believe it is essential to point out to you the psychological distress and anxiety that are settling in, and constantly increasing, among all cultural workers.  This angst is not only because of the very fragile financial position in which they find themselves, but also because of the loss of meaning caused by the long-term uncertainty of an entire industry to which they dedicate their lives and their talent. The legendary resilience of the artists is eroding.

Like many countries that have adopted ambitious stimulus plans for the arts, we demand that our governments be bold and also build on the richness, diversity and vitality that characterize artists and give them the means to take active part in the reopening of our society.

Stéphanie Pothier, mezzo-soprano, UDA member, Projet ClairObscur

Jeffrey Stonehouse, flutist, GMMQ member, Ensemble Paramirabo