Feb 1, 2018
Bonjour à tous, Merci pour vos messages. Pour répondre : non la victime ne peut pas faire appel, seul l'accusé et le ministère public le peuvent dans un procès aux Assises. J'espère que ce sera le cas du ministère public comme il avait demandé une peine de 5 ans. Et vous l'avez bien compris ici, un acquittement ne veut pas dire que l'accusé n'est pas coupable, il s'agit de l'appréciation des jurés. Je comprends que vous soyez révoltés, je le suis évidemment également mais je me suis battue, j'ai dénoncé les dysfonctionnements, j'ai osé faire tout ça alors que ce n'est pas dans mes habitudes, je suis assez discrète. J'en suis fière et vous savez pourquoi ? De nombreuses femmes ont réussi à parler, à aller déposer plainte après ma pétition. De nombreuses victimes ont aussi compris qu'elles n'étaient pas seules à vivre un traumatisme et surtout qu'elles ne devaient plus en avoir honte. Parler du viol dérange, parler du viol en public dérange x1000. Je l'ai bien compris dans ce procès. Le mieux serait de se taire de la plainte jusqu'à jugement, de vivre recluse et de continuer quand même à avoir un travail, une famille, un mari. De ne pas paraître trop fragile non plus. À aucun moment on ne prend en compte les ravages des violences sexuelles sur la vie ! Et je sais que vous êtes nombreux ici à comprendre tout ça car les victimes sont très très nombreuses et les proches qui les soutiennent aussi. Il faut en finir avec les préjugés car quand à trois reprises aux Assises on me parle de ma tenue vestimentaire au moment des faits (robe et collants), je me demande si on est bien en 2018. Voici l'article sur l'acquittement que je trouve le plus respectueux à mon égard pour vous faire une idée. Les autres articles sont parfois terribles. Il faudrait revoir la psychologie et peut-être faire intervenir des spécialistes des violences sexuelles tels que Muriel Salmona dans les cour d'assises. On me reproche d'avoir menti au départ, je m'explique : après le viol je suis allée voir ma meilleure amie et ma belle-sœur pour me confier. Plus tard dans la soirée ma famille a contacté la police sans mon accord (ils ont bien fait au final). Je ne voulais pas parler et à cause de l'insistance et du choc que je venais de subir, j'ai dit que le viol avait eu lieu dans un square en bas de chez moi par un homme cagoulé (pour ne pas donner une identité). Pour autant la police a continué à insister et j'ai donc donné le nom de celui qui m'avait agressée étant plus jeune (il a été condamné en 2004). Au bout de 15 Minutes ma belle-sœur à qui je m'étais confiée a donné aux policiers la véritable identité du violeur et le lieu. J'ai confirmé aussitôt. Bref il est quand même incroyable que depuis le début on me reproche cela alors qu'il est très simple de comprendre le choc émotionnel dans les heures qui suivent un viol. Jamais mes déclarations n'ont varié, ce qui n'est pas le cas du violeur qui a changé sa version après les résultats de l'ADN. Mais évidemment les médias vont mettre l'accent sur moi car une victime doit être "parfaite" sinon elle n'est pas crédible. De même concernant le stress post-traumatique qui est intervenu quatre ans après les faits et l'expert psy qui vient dire à la barre que mon traumatisme ne doit pas venir que de ça car il est tardif. Que pensez donc de Flavir Flament qui s'est souvenue de son viol trente ans après ? Bien sûr qu'un choc peut mettre du temps à éclater ! On appelle cela la mémoire traumatique ! Au procès il a quand même commencé par dire "Je ne me souviens plus de ce qui s'est passé, ça fait plus de six ans" Et ensuite on l'acquitte ! Je le redis, il faut cesser de faire culpabiliser les victimes. Des prostituées se font violer, est-ce qu'elles ne méritent pas d'être entendues parce qu'elles sont prostituées? De même lors des viols conjugaux ! On a encore ce cliché de penser qu'un viol ça n'existe pas si les vêtements ne sont pas déchirés ou que le vagin n'est pas en sang ! Qu'ils se réveillent tous !!!!!
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