Les récréations obligatoires, pas dans la cour des profs!

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Le gouvernement du Québec annonçait, le 12 février 2019, que toutes les écoles primaires du Québec devront offrir deux récréations d’au moins 20 minutes chacune par jour, l’une le matin et l’autre l’après-midi, et que le régime pédagogique serait modifié pour inclure cette nouvelle obligation. Malgré l’avis de plusieurs acteurs du milieu, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur affirme que cette nouvelle mesure n’engendrerait pas de coûts supplémentaires, puisque la surveillance fait déjà partie de la tâche des enseignantes et enseignants. Nous partageons le fort consensus social reconnaissant les bienfaits des récréations et de l’activité physique pour les élèves. Nous estimons cependant que les paramètres de cette décision unilatérale et précipitée ont des effets considérables sur la charge de travail des enseignantes et enseignants et sur l’organisation scolaire. Ainsi :

  • Considérant que le gouvernement n’a pas consulté en amont le personnel qu’il dit vouloir valoriser pour écouter ses solutions et prendre en compte ses contraintes;
  • Considérant que le gouvernement n’a pas tenu compte des conséquences non négligeables des récréations obligatoires sur les grilles-horaires des écoles et sur l’organisation du transport scolaire;
  • Considérant que l’imposition de ces récréations allongerait l’horaire des élèves du préscolaire, qui devront nécessairement être pris en charge par du personnel sans qu’aucune somme supplémentaire ne soit prévue à cette fin;
  • Considérant l’état des lieux de plusieurs cours d’école, petites, mal équipées ou mal entretenues faute de ressources, notamment l’hiver;
  • Considérant que le temps de surveillance de la récréation n’est pas un temps de pause pour les enseignantes et enseignants, bien au contraire;
  • Considérant que tout temps de surveillance effectué par une enseignante ou un enseignant est directement retiré du temps disponible consacré à ses autres importantes tâches éducatives que sont la récupération, l’encadrement et les activités étudiantes, et qui doivent pourtant être réalisées dans le cadre scolaire;
  • Considérant qu’avant même cet ajout obligatoire à la tâche, la situation actuelle de pénurie avait déjà augmenté la charge de travail des enseignantes et enseignants, qui tiennent l’école à bout de bras depuis trop longtemps;
  • Considérant que faire bouger les enfants est une responsabilité partagée par l’ensemble des acteurs scolaires et de la société, et ne doit pas reposer sur les seules épaules des enseignantes et enseignants;

Nous, enseignantes et enseignants du Québec, demandons au gouvernement de surseoir à son projet de règlement sur les deux récréations obligatoires. Nous l’invitons plutôt à consulter l’ensemble du personnel du milieu scolaire pour trouver des solutions respectueuses et acceptables pour toutes et tous, qui n’en rajouteront pas dans la cour déjà trop pleine des enseignantes et enseignants, et ce, au plus grand bénéfice des enfants.