Une fois de plus, les plus hauts juges espagnols ont frappé un grand coup et démis de ses fonctions le président exécutif catalan Quim Torra, après avoir déjà assuré les années précédentes que le président légitime catalan Carles Puigdemont ne pouvait point exercer sa fonction. La Cour suprême espagnole a décidé à l'unanimité, en dernière instance, de priver Quim Torra du droit de se porter candidat pendant un an et demi pour «désobéissance» et de lui infliger une amende de 30 000 euros.
Immédiatement après son élection en juillet 2018, le président exécutif catalan a fait apposer une banderole portant les mots «Llibertat presos polítics i exiliats / Libérez les prisonniers politiques et les exilés» et un ruban jaune de solidarité au palais de la Generalitat de Catalunya à Barcelone, qui ne pouvait en aucun cas être attribué à un parti politique en particulier, mais plutôt à l'exercice de manière générale du droit fondamental et humain à la liberté d'expression garanti par la constitution espagnole et à la promotion de la solidarité avec tous les prisonniers politiques et les exilés dans le monde entier. Lorsqu'une autorité subordonnée, la Commission électorale centrale, lui a demandé de retirer cette bannière, il n'a pas accédé à cette demande dans un premier temps et a invoqué le droit fondamental à la liberté d'expression. Après de nombreux allers-retours, une nouvelle banderole a alors été accrochée le 27 septembre 2019 avec l'inscription «Llibertat d'Opinió i d'Expressió — Article 19 de la Declaració Universal dels Drets Humans» («Liberté d'opinion et d'expression — Article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme»).
Suite à un arrêt de première instance rendu contre lui par la Cour suprême de Catalogne le 19 septembre 2019, le mandat de Quim Torra en tant que membre du Parlement catalan a été révoqué le 27 janvier 2020. Une deuxième affaire contre Quim Torra est actuellement (en septembre 2020) devant la Cour suprême de Catalogne en première instance. Quim Torra a fait savoir publiquement ce qu'il pensait de cette farce et de ce qu'il considérait comme la décision déjà établie.
La destitution d'un président catalan par un tribunal espagnol soulève plusieurs questions juridiques :
En tant que président de la Catalogne, Quim Torra était-il lié par un ordre d'une autorité subordonnée ?
Pourquoi, pour des raisons de neutralité dans une campagne électorale, aurait-il dû être obligé de s'abstenir d'une expression générale de solidarité avec les prisonniers politiques et les exilés du monde entier, qui, de plus, ne pouvait être attribuée à un parti politique en particulier ?
Le principe de proportionnalité est-il respecté lorsque le président de la Catalogne est démis de ses fonctions par une autorité subordonnée en raison du non-respect d'un ordre contraire au droit constitutionnel espagnol et au droit international impératif ?
Une suspension d'un an et demi du droit d'éligibilité pour une question aussi mineure, non seulement au niveau espagnol, mais aussi au niveau européen, enfreint-elle clairement non seulement le droit européen mais aussi, en particulier, la Convention européenne des droits de l'homme ?
Comment la Cour européenne des droits de l'homme de Strasbourg se prononcera-t-elle un jour ?
Comment est-il possible que trois des juges de la Cour suprême espagnole, qui ont envoyé des hommes politiques catalans irréprochables en prison pendant de nombreuses années sans base juridique factuelle dans le droit pénal espagnol dans une affaire pénale qui violait le système juridique espagnol et violait en partie les droits de l'homme, soient maintenant également autorisés à décider si une déclaration de solidarité du président catalan avec les prisonniers politiques doit conduire à sa déposition comme président de la Generalitat de Catalunya ? N'y a-t-il aucune crainte de partialité en Espagne ?
La minorité nationale catalane en Espagne a longtemps souffert d'une oppression, d'une persécution et d'une répression sans précédent. La récente attaque des juges espagnols contre le plus haut représentant élu du peuble catalan n'est pas une expression de l'État de droit, mais une nouvelle tentative d'un pouvoir judiciaire qui n'est nullement neutre, mais qui agit avec des objectifs politiques pour restreindre les droits du peuple catalan et l'empêcher d'exercer son droit à l'autodétermination.
Et l'Europe reste silencieuse et observe ce qu’il se passe en Espagne et Catalogne sans faire rien !