Petition updatePréservons le site grec antique du boulevard de la Corderie à Marseille (France)"Marseille est sa mémoire ou n'est pas"
Jean-Noël BEVERINIFrance
Aug 31, 2017
J’emprunte ce titre en plagiant Pierre Nora qui écrit : « La France est sa mémoire ou n’est pas ». Il en est ainsi de Marseille comme de la France. Leur « mémoire » fonde leur existence, comme Nation pour l’une, comme première et plus ancienne ville de France pour l’autre. Chères et chers amis, Les informations fournies ce soir, à l’issue d’une réunion tenue en préfecture des Bouches-du-Rhône (France) confirment l’édification de l’immeuble conformément au permis de construire initialement accordé. La ministre de la Culture s’exprimera par voie de presse. Ces « informations » démontrent-elles que Marseille accède à son statut de « ville–mémoire privilégiée » et de ville de culture respectant la continuité de son histoire et de son identité depuis plus de 26 siècles ? Je laisse à chacun le soin d’en juger. Une remarquable et fondamentale question lui était posée : qu’allait-elle décider ou proposer ? Détruire une « simple » carrière pour certains ? Préserver son berceau originel pour d’autres ? Vous connaissez la réponse que j’apporte personnellement à cette question. Par delà l’image d’une carrière nous avons, pour quelques jours encore, quelques heures peut-être, la vision entière, unique dans le monde méditerranéen et dans un remarquable panorama, d’une ville qui se construit et d’une société nouvelle qui s’édifie. Cette ville est la Massalia des VI° et V° siècles avant J.C. ; cette société est celle de ces grecs venus de Phocée qui vont « révolutionner » au sens fort du terme l’Histoire de ce coin de calanque nommée Lacydon puis de cette entité nommée France. Deux modèles d’organisation sociale étaient en présence : - d’une part, les autochtones ligures, - d’autre part, les « envahisseurs » phocéens. Pour ces derniers, toute l’organisation sociale s’ordonne autour de la notion de cité et la cité s’articule sous le regard des dieux et l’empreinte des lois. Fonder (le verbe n’est pas innocent : on ne dit pas que les Phocéens ont bâti Marseille mais bien qu’ils ont fondé Massalia) une cité est un acte sacré voulu par les dieux et placé sous leurs protections. Pour fonder, faut-il encore un lieu d’où extraire le matériau nécessaire à cette fondation. La sacralisation de l’œuvre atteint la sacralisation de la terre élue pour cette réalisation. C’est en cela que la carrière grecque reçoit elle-même l’empreinte du sacré. L’assise matérielle de Marseille reposait sur cette carrière ; l’assise spirituelle aussi. Bien plus qu’une carrière et l’enseignement qu’elle nous ouvre sur l’économie de la pierre, les techniques d’extraction, l’utilisation des ciseaux de bronze … c’est toute « l’histoire des mentalités » si chère à Georges Duby qui se révèle. Ce ne sont pas que des sarcophages, des blocs modulaires dont la destination réelle reste encore à définir, des meules et des matériaux de construction qui ont été extraits de ce lieu sacré, mais l’histoire sociale de Marseille, celle d’une société en puissance d’une étonnante confiance en elle et d’un incroyable dynamisme. Il faut aussi saisir le progrès spirituel que constitue une carrière dont l’une des vocations est la production de sarcophages. En fin de compte, à défaut de pouvoir admirer « l’accomplissement » des bâtiments, des temples, des remparts, des maisons, des voies et rues construits avec notre carrière, puisque Marseille n’en a conservé aucun, nous avions au moins la richesse et la chance inespérée de pouvoir en voir le « commencement ». Il faut encore, une fois de plus, en remercier l’INRAP, son directeur des fouilles et son équipe. Cette vision est désormais tronquée, diminuée, réduite à la portion congrue. Adieu, berceau de notre enfance et amorce créatrice de Massalia. Tous les marseillais et les visiteurs venus du bout du monde lisent l’inscription gravée sur une plaque de laiton ancrée sur le quai de la Fraternité : « Ici en 600 avant… ». Ici en 2017 après J.C. la carrière qu’ils exploitaient pour construire Massalia qui, par ses hauts faits allait étonner le monde… je vous laisse le soin de terminer la phrase… Je vous concède qu’il y a de l’étonnement ! Je considère que la défense du site a fort mal été gérée dès que certains ont voulu la placer sur un plan politique. Erreur funeste. « Tout ce qu’il y a de beau, est beau par lui-même ; il renferme et contient en soi toute sa beauté. … En effet, tout ce qui est véritablement beau n’a besoin d’aucune autre chose ». Marc Aurèle. Pensées – Livre IV – XXI Le site grec antique était apte à se défendre sur ce terrain, c’est le cas de le dire. Le placer dans des mains politiques, donc d’opposition et de luttes, dénaturait la valeur simplement et hautement archéologique et historique. Le combat entre clans ne pouvait qu’irriter les personnes et figer les esprits. L’introduction du politique a tué le site. Au moment d’édifier le Parthénon, la question s’était posée de savoir s’il convenait de détruire ou de conserver l’ancien mur dressé sur l’Acropole et qui gênait les architectes ! L’oracle de Delphes fut interrogé. Il répondit : À conserver. Il le fut. Qui détruit la mémoire se détruit lui-même. Qui serait allé à l’encontre de la volonté des dieux signait sa propre perte. Il n’y a plus de Pythie mais les conséquences sont toujours les mêmes. Que de leçons d’histoire ont-elles été oubliées ! L’Histoire jugera. Il a manqué un homme public ou une femme de la stature d’un Malraux. En vous remerciant pour votre patience à lire cette communication et en l’attente de la prochaine déclaration ministérielle, recevez nos meilleures salutations avec le vœu de toujours et encore faire progresser fermement votre pétition. Elle n’est pas close. Jean Noël Beverini René Pierini
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