L'ENSBA doit agir en conséquence des autres institutions artistiques quant au harcèlement.

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Dans le contexte de libération de la parole faisant suite à l’explosion de l’affaire Weinstein, qui a permis de mettre la société en face de ses pires éléments et systèmes d’oppression (soit la culture du viol), Madame la Ministre de la Culture Françoise Nyssen a décidé de venir prendre la température dans les deux écoles d’art les plus proches de son lieu de travail.

Une de ces écoles est celle des Beaux-arts de Paris. Au moment où cette visite avait lieu, le 26 octobre, le Théâtre Paul Éluard de Bezons avait publié un communiqué à propos de témoignages de différentes femmes danseuses et chorégraphes de harcèlement et agression contre l’un des artistes qui avait un spectacle programmé et coproduit chez eux.

Aussi la direction du théâtre mettait alors en pause son spectacle afin de pouvoir agir en conséquence. Cette personne n’étant autre qu’un professeur des Beaux-arts de Paris, Daniel Dobbels.

La visite de la ministre avait beau venir comme une coïncidence, cette libération de la parole venait révéler plus que jamais à quel point le monde de l’art et ses écoles ne sont pas épargnées par l’un des problèmes les plus décisifs de ce début de siècle.

En effet, il était aussi question à cette réunion de la sous-représentation des femmes dans les milieux professionnels de l’art : par exemple aux Beaux-arts de Paris : sur 60 professeurs théoriques et pratiques et techniques confondus, 18 femmes, une moyenne d’âge de 58 ans, face à 60% de femmes dans les rangs des étudiant.e.s. Les chiffres des artistes femmes vivant de leur pratique après leur sortie de l’école étant plus inquiétants encore.

Mais le sujet du harcèlement et de l’agression était aussi nécessairement à l’ordre du jour : notre directeur Jean-Marc Bustamante avait alors déclaré : “Aucune plainte ne remonte jusqu’à moi.” Ce dont on ne peut malheureusement pas s’étonner, étant donné les structures d’écoute inadaptées à l’école, et le climat délétère de l’art, où la première monnaie d’échange est celle du pouvoir, de son abus et par conséquent de sa crainte.

Il ne faut pas manquer de rappeler, comme c’était le cas dans l’article du “Monde” du 27 octobre, rapportant en plus des faits de cette réunion, que M. Bustamante avait tenu en 2006 des propos sexistes dans un catalogue d’exposition.

Dans un droit de réponse, la direction a considéré le choix de la part de la journaliste comme “particulièrement orienté[…], incit[ant] le lecteur à penser que le ministère aurait sciemment choisi les Beaux-Arts parce que ces derniers seraient dans une situation de crise. Ce n’est absolument pas le cas.” [sic]. Tout cela sans pourtant pouvoir répondre à la véritable raison de ce communiqué, l’atteinte à l’image de l’école via son directeur, et l’impossibilité de répondre à ses propos.

Le communiqué précise encore que “ [le choix de la journaliste du “Monde”] des propos de nos étudiants, [sont] bien plus nuancés et moins spectaculaires que ceux que vous avez extraits de leur contexte”. Nous, étudiant.e.s, présent.e.s à cette réunion, et rédigeant cette pétition précisons à notre tour que nous ne considérons nullement nos propos sortis de leur contexte et rendent compte de toute la nuance, celle de l’urgence, de la situation. Plus loin encore, de dire que l’école s’est engagée “ “très tôt” dans “une double démarche de labellisation Égalité et Diversité”, comme si cela était un gage suffisant et de bonne foi.

Cependant, à l’aune du communiqué diffusé par le TPE - Bezons le 16 novembre, qui statue comme suit :

 “Après la réception de plusieurs témoignages […] d’abus et violences sexuelles sous couvert de la danse, [et] entendu le chorégraphe et l’énoncé d’une “ambiguïté du désir qui fait la danse”, le TPE retire son soutien [financier et moral, nda] à la création de Daniel Dobbels.”

 Nous demandons à la direction des Beaux-arts de Paris d’assumer clairement sa double position : celle d’école et de lieu artistique, alors que le communiqué sus-cité synthétise parfaitement ce que nous voulons ici dire :

Le TPE dit sa solidarité autant que la colère d’avoir été trompé et utilisé [...] Effectivement il ne nous appartient pas de juger du point de vue de la justice. Nous ne le faisons pas. Quid en revanche de l’engagement artistique ?”

Alors oui, quid de cet engagement, artistique et plus encore, pédagogique, où, sur un plan général, le statut de professeur-artiste laisse une dangereuse porte ouverte à deux types d’abus différents, particulièrement si l’affaire Dobbels reste sous silence en nos murs ?

Dès lors une demande simple, mais significative : une prise de parole publique et claire de la part des Beaux-arts de Paris, là où le silence ne peut être de mise.

Lors du rendez-vous avec Madame la Ministre, des initiatives étudiantes face à ce problème étaient évoquées, et là où l’école semble manquer autant de solutions que de prises de position, certain.e.s étudiant.e.s ont décidé de créer une plateforme en ligne pour recueillir anonymement des témoignages de harcèlement ou d’agression, vis-à-vis tant des étudiants que des professeurs.

Les premiers témoignages recueillis montrent que le problème est bien plus répandu et insidieux que suggéré par la réponse de l’école au “Monde”. 

Mains sur la cuisse, insultes sexistes, harcèlement sexuel et moral, élèves contraintes d'éviter des professeurs et des cours tout au long de leur cursus, humiliations, remarques sur l'apparence, présupposés sexistes sur la qualité du travail… 

Dès lors notre deuxième demande : car la position tenue par la direction, par exemple pour le cas Dobbels, dont elle est au courant depuis un mois, et a déclaré ne rien pouvoir faire “tant que ce n’est pas instruit par la justice” ou encore “tant que ça ne s’est pas passé à l’école”, est intenable.

Intenable tout d’abord pour ses étudiant.e.s qui ne peuvent plus supporter d’avoir à continuer à souffrir de témoignages jugés irrecevables sous prétexte qu’ils ne sont pas remis à la justice, qui a trop de fois rappelé son incapacité à traiter ces cas et la violence qu’elle dirige contre les victimes en classant ces affaires sans suite.

Intenable enfin pour une école, qui prétend à former les personnes qui feront le monde et l’art de demain, en restant dans un en-deçà amoral quant à la double exigence de l’art et de la pédagogie.

Ces derniers jours, sous l'impulsion de Joan Ayrton, artiste nommée directrice des études depuis la rentrée 2017, l'école opère un "grand rangement". Quand nous lui avions fait part du cas Dobbels, elle avait apprécié le parallèle fait entre ce rangement et le signalement de ce type de comportement problématique. Ce rangement doit aussi venir s’appliquer dans les engagements, ou leur absence, ou leur irrespect de l’école et ses acteurs.

Car si l’art est le fait de porter un regard critique sur son époque, alors ses acteurs qui n’en sont plus capables doivent faire place nette dans les institutions en question.  

Nous avons fait un signalement groupé à la direction, et nous demandons que des mesures soient prises : avertissement, sanction, sensibilisation, structure d'écoute, engagement dans le débat.

Mona Darley, Chloé Labous, Elsa Michaud, Matthieu Brion, Gabriel Gauthier, des étudiant.e.s des Beaux-arts de Paris.



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