
Tribunal de Lille À la barre, le chasseur accusé d’avoir empoisonné une buse et un chien au curater nie tout en bloc
Jeudi, un ancien agriculteur et président de société de chasse de Mons-en-Pévèle était devant la cour du tribunal de grande instance pour répondre de la mort d’une buse et d’un chien au curater en août 2018.
Cédric Gout | 26/05/2019 6 partages Partager Twitter
Le tribunal de grande instance (TGI) de Lille rendra son jugement dans cette affaire le 6 juin. PHOTO FLORENT MOREAU LA VOIX DU NORDLe tribunal de grande instance (TGI) de Lille rendra son jugement dans cette affaire le 6 juin. PHOTO FLORENT MOREAU LA VOIX DU NORD - VDNPQR
LECTURE ZEN
L’homme devant Jean-Marc Defossez, le président de la 8e chambre du TGI, est âgé de 70 ans et a le teint rubicond. C’est le président de la société de chasse des Deux villes de Mons-en-Pévèle. G. D. est accusé d’avoir détruit une buse variable (espèce protégée) à l’aide de carbofuran (substance active du curater utilisé jadis dans les cultures de betteraves) et interdit depuis 2008, de l’avoir injecté dans un pigeon mort pour éliminer des prédateurs de gibier et d’avoir tué un chien appartenant à un habitant de Mons-en-Pévèle. Ce procès fait suite à une enquête de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).
La buse et le chien, un bull-terrier de 35 kg, sont morts foudroyés après avoir goûté au cadavre d’un pigeon se trouvant au bord d’un chemin de promenade. Quelques instants après la découverte de la buse, G. D. a retrouvé le propriétaire du chien, et une amie avec qui il se promenait, pour la récupérer et « la remettre à l’ONCFS » a-t-il indiqué à la barre. Le chien et la buse ont été autopsiés. Dans la ferme du fils de l’ancien agriculteur, les agents de l’ONCFS ont trouvé un bidon de 7 kg de carbofuran et une seringue. Pour la procureure de la République, Nathalie Leduc, il y a « un faisceau d’éléments qui permettent de dire qu’il est coupable » mais G. D. a répété à l’audience qu’il ne l’est pas.
Plus simple que le piégeage
Le tribunal a posé beaucoup de questions sur la technique de l’empoisonnement pour tuer des prédateurs de gibier. Pratique répandue chez les chasseurs, parce que plus simple que le piégeage par un garde assermenté. G. D. la connaît mais, lui, n’en fait pas usage. « Sauf il y a cinq ans pour tuer des rats. » Le curater est interdit depuis 2008 en France. Ancien agriculteur, le savait-il ? « Le bidon appartenait à mon père. On l’a depuis trente ans. C’était pour les cultures de betteraves. »
Cinq associations de défense des animaux se sont portées parties civiles. La procureure de la République a requis 6 mois de prison avec sursis, 2 000 € d’amendes et le retrait du permis de chasse de G. D.. Le tribunal rendra son jugement le 6 juin.
«C’est une hécatombe, il faut que cela cesse»
Ces mots sont ceux de Claude Mortelecque, l’avocat de Thierry Wainstein, propriétaire du bull-terrier. Il les a prononcés au cours de sa plaidoirie, avec l’emphase d’un avocat, mais a rappelé qu’autour de Mons-en-Pévèle des chats, des chiens, des renards, des buses disparaissent sans que leurs propriétaires ne sachent pourquoi. « M. D. n’est pas le seul responsable mais les chasseurs ne se privent pas de pratiquer les empoisonnements » a-t-il indiqué.
Pour « nettoyer » leur territoire de chasse des prédateurs du gibier, les chasseurs utilisent, en effet, l’empoisonnement, plus rapide et efficace qu’un garde qui pose des pièges et pour lesquels il y a des démarches administratives. Ils se servent, entre autres, de produits comme le curater, ou temik, « des insecticides non sélectifs », a rappelé la procureure, Nathalie Leduc, dangereux pour la faune, la flore, mais aussi l’homme : « Un enfant aurait pu être intoxiqué et cela aurait été un crime ! », a-t-elle indiqué.
C’est sans doute une des raisons qui a poussé Valérie Ducrocq, habitante de Mons-en-Pévèle, et voisine de G. D., à lancer une pétition sur Change.org. Elle veut faire cesser ces empoisonnements et demande une peine exemplaire.
Rappelons que d’autres empoisonnements au carbofuran ont été signalés dans la région. Plus près de chez nous, en 2018, dans la plaine des Périseaux entre Faches-Thumesnil et Vendeville. Mais que la justice n’a pas retrouvé les auteurs.