copie du courrier adressé à différents membres du gouvernement

Je suis la maman de C qui aura 8 ans le 23 septembre 2019.
C a été diagnostiqué enfant HPI (Haut Potentiel Intellectuel), aussi appelé enfant précoce.
Selon l’ANPEIP, Association Nationale Pour les Enfants Intellectuellement Précoces, « L’enfant intellectuellement précoce est un enfant dont le développement intellectuel est en avance par rapport à celui des enfants de son âge, et qui présente certaines particularités dans son processus de compréhension et d’apprentissage. Ce sont les nombreux paradoxes qui caractérisent le plan affectif et cognitif de ces enfants particuliers qu’il faut connaître pour les identifier et les accompagner vers leur épanouissement personnel et leur réussite scolaire.
(…) Si dans l’inconscient collectif, « précocité » rime trop souvent avec « facilité », telle n’est pas la réalité de ces enfants et de leur entourage. La précocité intellectuelle de l’enfant peut le mettre en situation de difficulté et de souffrance aussi longtemps que l’environnement qui lui est proposé n’est pas en adéquation avec ses besoins particuliers.
(…) Ses développements affectif, relationnel et psychomoteur sont habituellement plus en rapport avec son âge biologique. Cette différence de rythme de croissance, ou « dyssynchronie », entre les différentes composantes de sa personnalité différencie fortement cet enfant des autres enfants de son âge et nécessite des mesures d’éducation adaptées. »
De même, le professeur Jean-Charles Terrassier a mis en évidence que ce syndrome de dyssynchronie pouvait être un handicap. D’après lui, « l’enfant présente un développement hétérogène des aspects affectifs, psychomoteur et intellectuel. Cela introduit également un décalage dans la relation qui s’installe entre l’enfant et son entourage. Les enfants précoces font également souvent preuve d’hypersensibilité. C’est pourquoi une structure familiale stable est très important pour leur équilibre. »
Ainsi, tous les professionnels sur le sujet de la précocité s’accordent pour dire que ces enfants présentent un décalage plus ou moins marqué entre leurs compétences intellectuelles et leur développement psycho-affectif.
Cet éclairage me semblait nécessaire afin que vous puissiez comprendre les particularités et la complexité de ces enfants. Ils ne sont pas différents en soi mais ont un cerveau qui fonctionne différemment et par conséquent des comportements différents.
Et c’est bien là tout le problème, la méconnaissance d’un large public sur le fonctionnement de ces enfants aux particularités parfois déconcertantes.
Je vous écris aujourd’hui car C et moi-même sommes victimes de cette méconnaissance.
C a intégré le système scolaire classique, à 4 ans, en moyenne section de maternelle.
L’année suivante, l’institutrice de grande section de maternelle a fait un signalement aux services sociaux car elle estimait que les particularités de C, tant dans son comportement que dans son discours, révélaient une souffrance de l’enfant en conséquence d’une sur-stimulation intellectuelle de ma part.
Ce signalement a conduit à une enquête sociale. Celle-ci concluait que les particularités de C et sa dyssynchronie étaient un témoignage de sa souffrance, qui elle-même était occasionnée par une sur-stimulation de ma part et une mésentente entre les parents. (La rupture de liens entre le père de C et moi-même est intervenue pendant ma grossesse et le père de C bénéficiait de droits classiques, à savoir un week-end sur deux et la moitié des vacances.)
Ces enquêtes sociales nous ont conduit devant le juge des enfants. J’ai alors été dépeinte comme une mère qui mettait en danger son enfant dans son développement psycho-affectif, de par ma non reconnaissance et ma non remise en question sur ma responsabilité envers les attitudes et aptitudes particulières de mon enfant.
C a alors été placé en famille d’accueil pendant 8 mois, du 14 février au 17 octobre 2018.
Il a été expertisé par le pédopsychiatre désigné par le tribunal. Celui-ci a conclu que « la rigidité cognitive de l’enfant, ses angoisses, sa volonté de perfection, sa volonté de contrôler par le savoir, démontrent son propre désir d’apprendre. Les éléments cognitifs de C permettent d’évoquer un enfant surdoué qui justifie probablement une pédagogie adaptée à ses besoins intellectuels. Les éléments de l’entretien suggèrent une relation mère-enfant épanouissante, constructive, non pathogène, respectueuse de l’intérêt de l’enfant et de ses besoins. L’entretien ne trouve aucun élément de dangerosité au sein de la relation entre madame et son fils. Il n’y a donc pas d’indication d’ordre psychiatrique, ni chez C, ni chez sa mère, ni au niveau de la relation mère-enfant, à la poursuite du placement de C, ni à la restriction des droits de visite et d’hébergement de madame vis-à-vis de son fils. Au contraire, il apparait nettement que l’enfant est encore plus angoissé et désemparé du fait d’un placement qui le soustrait brutalement de sa mère.
L’état clinique de l’enfant suggère de recommander à la juridiction un élargissement rapide des contacts et des rencontres avec sa mère. L’état psychique de l’enfant semble suggérer de recommander une garde principale à sa mère.
Il semble essentiel de permettre à C d’investir sa pensée et les savoirs pour lesquels son appétit est grand, il importe de le laisser lire, découvrir le monde, faire de la musique, du dessin, de la chorale, apprendre des langues … même si son emploi du temps peut, par certains aspects, paraître chargé. »
Cette expertise a eu lieu le 20 février 2018 et C ne m’a été rendu que le 17 octobre 2018.
Pendant le placement, il a également rencontré une neuro-pédo-psychologue à plusieurs reprises afin de se prononcer sur sa précocité. Cette professionnelle concluait de la manière suivante : « Le bilan retrouve une hétérogénéité inter et intra échelle, qui n’est pas un critère d’exclusion pour parler de haut potentiel intellectuel. Les résultats aux échelles du WISC.V retrouvent des capacités dans la moyenne, dans la moyenne forte, élevées et très élevées pour l’âge. L’étude statistique des résultats à ces échelles permettent de mettre en avant le point fort de C : le domaine de la Mémoire de travail. Son « point faible » en comparaison avec l’ensemble de la batterie de tests est le domaine de la Vitesse de traitement, élément souvent retrouvé chez les enfants au profil HPI étant donné la difficulté à retranscrire à l’écrit la quantité d’informations trop importantes qu’ils peuvent avoir en tête. (…) Etant donné le contexte familial et juridique, il se pourrait que les résultats que C a obtenu à ce bilan soient en-dessous de ses « réelles capacités » ou en tout cas, de ce que l’on aurait pu observer lorsqu’il est dans son environnement habituel. »
Depuis son retour à la maison, je fais suivre C par une psychologue afin qu’il puisse se reconstruire sereinement suite à ce placement.
Le père de C, restant convaincu des conclusions des rapports sociaux, a saisi le Juge aux Affaires Familiales afin d’en obtenir la garde.
Le JAF a alors demandé aux services sociaux de lui apporter leur orientation. Pour ce faire, ils m’ont conviée dans leurs locaux. J’ai été reçue pendant près de 2 heures, ils sont revenus sur tout ce qui avait pu m’être reprochée dans les rapports précédents le placement. Ils ont été jusqu’à me reprocher que ce n’était pas normal que C n’avait quitté ses couches le jour qu’à 4 ans et la nuit à 6 ans. Pourtant, les études scientifiques montrent que l’énurésie primaire (lorsque l’enfant n’a jamais réussi à maîtriser complètement sa vessie) est plus courante chez les garçons et qu’elle concerne 10 à 15% des enfants de 5 ans et 6 à 8% de ceux de 8 ans, sans aucun problème d’ordre physiologique ou psychologique.
Je suis restée sur mes positions initiales, à savoir que ce qu’ils qualifiaient d’interpellant et d’inquiétant quant au comportement de C, comme étant une expression de sa souffrance, sont ni plus ni moins que des comportements « normaux » pour un enfant précoce. Les services sociaux m’ont alors expliquée que si je persistais dans le déni, si je ne reconnaissais toujours pas ce qui m’était reproché avant le placement, si je refusais la mise en place d’une garde alternée avec le père de C, ils allaient peut-être préconiser qu’il soit à nouveau placé, en me précisant, je cite : « La garde alternée c’est ce qui vous sauverait du placement. »
Tout ceci n’est qu’une démonstration d’intimidation, d’harcèlement, à la limite du chantage. Cela fait 3 ans que ma famille subi cet acharnement socio-judiciaire.
Je me sens réellement acculée et je crains profondément pour l’équilibre et l’avenir de C.
Je fais aujourd’hui appel à vous car moi, la maman de C, n’est plus en mesure de le protéger contre cette broyeuse socio-judiciaire.
Il faudrait pouvoir évoluer sur 2 fronts.
J’aimerais que la précocité intellectuelle soit abordée sur tous ses aspects particuliers au cours de la formation de tous les professionnels qui seront amenés à être confronté un jour à ce type d’enfant.
Cela permettrait que ces enfants soient identifiés comme HPI. Cela permettrait de leur proposer un accompagnement adapté à leurs particularités et non à les juger comme « bizarre », « inquiétant », « interpellant ».
Je n’ai commis aucun crime. Je n’ai commis aucun délit. Si tel aurait été le cas, j’aurais pu prétendre, comme tout justiciable, à une enquête à décharge, à faire citer des témoins. J’aurais pu faire entendre ma voix. J’aurais pu bénéficier de la présomption d’innocence.
Mais quand un service social vous accuse, quand un juge des enfants vous accuse en se fondant sur les rapports de ces services sociaux, alors vous n’êtes pas un justiciable comme les autres car vous ne pouvez pas bénéficier de la présomption d’innocence, ni de l’enquête à décharge ou de citation de témoin.
Vous êtes condamné sur le papier, avant même l’audience devant le tribunal pour enfants ou avant d’être reçu par un travailleur social. Vous êtes condamné sur des rapports de services sociaux qui méconnaissent les caractéristiques d’un enfant HPI.
C’est pourquoi je vous demande de réfléchir à ces 2 aspects et faire évoluer la loi pour protéger ces enfants et leur famille du jugement trop hâtif de la part de personnes peu ou pas formées à ce genre de situation, à ces enfants si particuliers.
Il parait que la différence est une force, n’en faites pas une arme pour condamner.