

Faute de moyens. Faute de justice.
Le problème
Je ne suis ni magistrat, ni avocat, ni greffier. Juste un étudiant en droit.
Ce qui suit me concerne, vous concerne, et nous consterne.
J'ai pris le temps de vérifier les chiffres. Les voici.
- 11,3 juges pour 100 000 habitants, contre 17,6 dans la médiane européenne.
- 3,2 procureurs pour 100 000 habitants, contre 11,2 dans la médiane européenne.
La sous-dotation ne s'arrête pas aux magistrats. Elle touche toute la chaîne judiciaire :
- 37,3 personnels non-juges, contre 57,9 dans la médiane européenne.
- 0,6 personnel de soutien aux procureurs, contre 14,7 dans la médiane européenne.
- 106 avocats, contre 155 dans la médiane européenne.
Sur les moyens humains, la France se classe 43e sur 44 États membres du Conseil de l'Europe.
Et la charge de travail confirme ce classement : environ 2 000 affaires par an et par procureur, contre 200 ailleurs en Europe.
Vous pouvez relire ces chiffres. Ils ne sont pas près de changer.
Et ce n'est pas qu'une question d'effectifs. C'est aussi une question d'argent.
Rapporté à la richesse du pays, le budget consacré au fonctionnement de la justice (tribunaux, ministère public, aide juridictionnelle) représente 0,20 % du PIB en France, contre 0,28 % pour la médiane européenne.
L'écart paraît minuscule. Traduit en euros, il ne l'est pas : pour le combler, il faudrait environ 2,3 milliards d'euros de plus par an.
L'une des plus grandes économies d'Europe consacre à sa justice une part de sa richesse plus faible que beaucoup de ses voisins.
Et l'argent qui existe n'est pas toujours bien réparti. La Cour des comptes a documenté, en février 2026, des tribunaux où des bureaux de magistrats ont été supprimés et où des avocats consultent leurs dossiers sur le palier des escaliers, faute de place. Elle décrit un immobilier judiciaire devenu une variable d'ajustement : la première chose qu'on sacrifie quand il faut économiser ailleurs.
Et le temps, lui aussi, se répartit. Quand le pénal devient la priorité absolue, le reste de la justice attend. Un licenciement contesté ? 16 mois au minimum aux prud'hommes. Un appel, quel qu'il soit ? Souvent plus d'un an.
Chaque heure donnée au pénal pour rattraper son retard est une heure prise ailleurs : ce qu'on gagne d'un côté, on le perd de l'autre.
En dix ans, le nombre de victimes de violences sexuelles enregistrées en France a été multiplié par 2,6, passant de 51 900 en 2016 à 132 300 en 2025.
Le ministère de l'Intérieur attribue largement cette hausse à la libération de la parole. Cela ne dit pas que la réalité, elle, ait reculé. Dans les deux cas, les moyens n'ont pas suivi.
Et voilà le piège : à moyens constants, prioriser une catégorie de violences, c'est presque toujours en délaisser une autre. En 2025, au moins 164 féminicides ont été recensés en France, contre 141 en 2024.
Ce n'est pas qu'on refuse de protéger. C'est qu'on ne peut pas tout traiter en priorité, à la fois, avec les mêmes effectifs.
Quand tout devient prioritaire, plus rien ne l'est vraiment.
Une justice qui va trop vite risque de mal juger. Une justice qui prend le temps de bien juger risque de juger trop tard. Aucune des deux n'est acceptable, et c'est pourtant ce choix que l'insuffisance des moyens impose chaque jour à celles et ceux qui rendent la justice.
Et quand un drame éclate, la tentation est grande de chercher un responsable parmi les professionnels qui ont traité le dossier, et de le sanctionner avant même que l'enquête soit terminée.
Cela n'efface aucune faute réelle, là où il y en a : une responsabilité établie doit être jugée, comme pour tout le monde. Mais sanctionner avant de comprendre, c'est confondre une défaillance individuelle avec l'épuisement de tout un système.
On l'a vu ces dernières semaines : des magistrats mis en cause publiquement, certains placés sous protection après des menaces de mort. Le message envoyé à toute une profession est brutal : travailler avec dix fois trop de dossiers ne protège de rien, le jour où l'un d'eux tourne au drame.
Résultat : certains hésitent désormais à s'afficher, même lors de simples rassemblements de soutien à leurs collègues, par crainte d'être identifiés et que cela leur soit un jour reproché. Ce n'est pas qu'une affaire de peur. C'est le symptôme d'une époque où l'on se rassemble de moins en moins pour une cause commune, et où l'on se protège de plus en plus seul.
Pourtant, ils ont déjà essayé de parler d'une seule voix : en 2021, des milliers de professionnels signaient un texte d'alerte sur ce sujet précis. Quatre ans plus tard, rien n'a changé, sauf l'ampleur du problème.
Je porte ce texte au nom de celles et ceux qui font vivre la justice au quotidien, et au nom de toutes les personnes pour qui elle n'est pas une affaire de métier, mais une affaire de société.
Ce que les professionnels de la justice demandent n'a rien d'extraordinaire, et ils le répètent depuis des années : des moyens à la hauteur de leurs missions.
Que les recrutements de magistrats et de greffiers se poursuivent, parce qu'ils restent trop peu nombreux face aux besoins. Que leurs conditions de travail cessent de se dégrader. Que l'indépendance de la justice soit réellement garantie.
Quant aux chiffres européens cités plus haut, ce ne sont pas des revendications : ce sont les preuves d'un retard que les professionnels dénoncent depuis longtemps.
Ce n'est pas une revendication de corps. C'est une condition pour qu'une victime obtienne réparation, qu'une personne mise en cause soit jugée équitablement, et qu'un justiciable n'attende pas des années une réponse à laquelle il a droit.
Récemment, à propos de l'affaire Lyhanna, il a été dit au plus haut niveau de l'État qu'il ne fallait « entendre aucun argument de moyens ».
Notre Constitution confie pourtant à ce même niveau de l'État un rôle précis : celui de garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire. Garantir cette indépendance, c'est aussi donner à la justice les moyens d'exister.
À la lecture de ces chiffres, chacun jugera.
Une justice qui manque de moyens, c'est une démocratie qui boite un peu plus chaque année.
Vous n'avez pas besoin d'être juriste, magistrat ou avocat pour exiger qu'elle fonctionne. Juste citoyen.
Ce texte ne changera rien s'il reste entre nous.
Signez-le. Partagez-le. Plus on est nombreux derrière, plus c'est difficile à ignorer.
- Effectifs et budgets : Commission européenne pour l'efficacité de la justice (CEPEJ), rapport 2024 (données 2022).
- PIB France 2024 : Eurostat.
- Immobilier judiciaire : Cour des comptes, « La gestion de l'immobilier des services judiciaires », 25 février 2026.
- Délais de jugement : ministère de la Justice, références statistiques 2024.
- Violences sexuelles : ministère de l'Intérieur (SSMSI), bilan 2025.
- Féminicides : collectif Nous Toutes, recensement 2025.
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Le problème
Je ne suis ni magistrat, ni avocat, ni greffier. Juste un étudiant en droit.
Ce qui suit me concerne, vous concerne, et nous consterne.
J'ai pris le temps de vérifier les chiffres. Les voici.
- 11,3 juges pour 100 000 habitants, contre 17,6 dans la médiane européenne.
- 3,2 procureurs pour 100 000 habitants, contre 11,2 dans la médiane européenne.
La sous-dotation ne s'arrête pas aux magistrats. Elle touche toute la chaîne judiciaire :
- 37,3 personnels non-juges, contre 57,9 dans la médiane européenne.
- 0,6 personnel de soutien aux procureurs, contre 14,7 dans la médiane européenne.
- 106 avocats, contre 155 dans la médiane européenne.
Sur les moyens humains, la France se classe 43e sur 44 États membres du Conseil de l'Europe.
Et la charge de travail confirme ce classement : environ 2 000 affaires par an et par procureur, contre 200 ailleurs en Europe.
Vous pouvez relire ces chiffres. Ils ne sont pas près de changer.
Et ce n'est pas qu'une question d'effectifs. C'est aussi une question d'argent.
Rapporté à la richesse du pays, le budget consacré au fonctionnement de la justice (tribunaux, ministère public, aide juridictionnelle) représente 0,20 % du PIB en France, contre 0,28 % pour la médiane européenne.
L'écart paraît minuscule. Traduit en euros, il ne l'est pas : pour le combler, il faudrait environ 2,3 milliards d'euros de plus par an.
L'une des plus grandes économies d'Europe consacre à sa justice une part de sa richesse plus faible que beaucoup de ses voisins.
Et l'argent qui existe n'est pas toujours bien réparti. La Cour des comptes a documenté, en février 2026, des tribunaux où des bureaux de magistrats ont été supprimés et où des avocats consultent leurs dossiers sur le palier des escaliers, faute de place. Elle décrit un immobilier judiciaire devenu une variable d'ajustement : la première chose qu'on sacrifie quand il faut économiser ailleurs.
Et le temps, lui aussi, se répartit. Quand le pénal devient la priorité absolue, le reste de la justice attend. Un licenciement contesté ? 16 mois au minimum aux prud'hommes. Un appel, quel qu'il soit ? Souvent plus d'un an.
Chaque heure donnée au pénal pour rattraper son retard est une heure prise ailleurs : ce qu'on gagne d'un côté, on le perd de l'autre.
En dix ans, le nombre de victimes de violences sexuelles enregistrées en France a été multiplié par 2,6, passant de 51 900 en 2016 à 132 300 en 2025.
Le ministère de l'Intérieur attribue largement cette hausse à la libération de la parole. Cela ne dit pas que la réalité, elle, ait reculé. Dans les deux cas, les moyens n'ont pas suivi.
Et voilà le piège : à moyens constants, prioriser une catégorie de violences, c'est presque toujours en délaisser une autre. En 2025, au moins 164 féminicides ont été recensés en France, contre 141 en 2024.
Ce n'est pas qu'on refuse de protéger. C'est qu'on ne peut pas tout traiter en priorité, à la fois, avec les mêmes effectifs.
Quand tout devient prioritaire, plus rien ne l'est vraiment.
Une justice qui va trop vite risque de mal juger. Une justice qui prend le temps de bien juger risque de juger trop tard. Aucune des deux n'est acceptable, et c'est pourtant ce choix que l'insuffisance des moyens impose chaque jour à celles et ceux qui rendent la justice.
Et quand un drame éclate, la tentation est grande de chercher un responsable parmi les professionnels qui ont traité le dossier, et de le sanctionner avant même que l'enquête soit terminée.
Cela n'efface aucune faute réelle, là où il y en a : une responsabilité établie doit être jugée, comme pour tout le monde. Mais sanctionner avant de comprendre, c'est confondre une défaillance individuelle avec l'épuisement de tout un système.
On l'a vu ces dernières semaines : des magistrats mis en cause publiquement, certains placés sous protection après des menaces de mort. Le message envoyé à toute une profession est brutal : travailler avec dix fois trop de dossiers ne protège de rien, le jour où l'un d'eux tourne au drame.
Résultat : certains hésitent désormais à s'afficher, même lors de simples rassemblements de soutien à leurs collègues, par crainte d'être identifiés et que cela leur soit un jour reproché. Ce n'est pas qu'une affaire de peur. C'est le symptôme d'une époque où l'on se rassemble de moins en moins pour une cause commune, et où l'on se protège de plus en plus seul.
Pourtant, ils ont déjà essayé de parler d'une seule voix : en 2021, des milliers de professionnels signaient un texte d'alerte sur ce sujet précis. Quatre ans plus tard, rien n'a changé, sauf l'ampleur du problème.
Je porte ce texte au nom de celles et ceux qui font vivre la justice au quotidien, et au nom de toutes les personnes pour qui elle n'est pas une affaire de métier, mais une affaire de société.
Ce que les professionnels de la justice demandent n'a rien d'extraordinaire, et ils le répètent depuis des années : des moyens à la hauteur de leurs missions.
Que les recrutements de magistrats et de greffiers se poursuivent, parce qu'ils restent trop peu nombreux face aux besoins. Que leurs conditions de travail cessent de se dégrader. Que l'indépendance de la justice soit réellement garantie.
Quant aux chiffres européens cités plus haut, ce ne sont pas des revendications : ce sont les preuves d'un retard que les professionnels dénoncent depuis longtemps.
Ce n'est pas une revendication de corps. C'est une condition pour qu'une victime obtienne réparation, qu'une personne mise en cause soit jugée équitablement, et qu'un justiciable n'attende pas des années une réponse à laquelle il a droit.
Récemment, à propos de l'affaire Lyhanna, il a été dit au plus haut niveau de l'État qu'il ne fallait « entendre aucun argument de moyens ».
Notre Constitution confie pourtant à ce même niveau de l'État un rôle précis : celui de garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire. Garantir cette indépendance, c'est aussi donner à la justice les moyens d'exister.
À la lecture de ces chiffres, chacun jugera.
Une justice qui manque de moyens, c'est une démocratie qui boite un peu plus chaque année.
Vous n'avez pas besoin d'être juriste, magistrat ou avocat pour exiger qu'elle fonctionne. Juste citoyen.
Ce texte ne changera rien s'il reste entre nous.
Signez-le. Partagez-le. Plus on est nombreux derrière, plus c'est difficile à ignorer.
- Effectifs et budgets : Commission européenne pour l'efficacité de la justice (CEPEJ), rapport 2024 (données 2022).
- PIB France 2024 : Eurostat.
- Immobilier judiciaire : Cour des comptes, « La gestion de l'immobilier des services judiciaires », 25 février 2026.
- Délais de jugement : ministère de la Justice, références statistiques 2024.
- Violences sexuelles : ministère de l'Intérieur (SSMSI), bilan 2025.
- Féminicides : collectif Nous Toutes, recensement 2025.
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Pétition lancée le 24 juin 2026